‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 275 sur 553 · PRAEF-VE... CV · texte numérisé non relu

PRAEF-VE... CV

TRIVM-PROV-GALL-LVGDVNENS NARBONENS-ET-AaVITAKENS

praef(ecto) Te(hi)cu(lationis) trium prov(in-

ciarura) Gall(iae), Lugdunens(is), Narbonensfis) & Aquitanens(is) — (Gbuter, p. 44, n. 3.)

Mais il restait à savoir si les Bénédictins ne s'exagéraient pas à leur tour la valeur de ce document, dont l'authenticité ne serait rien moins que certaine, si les épigraphistes auxquels Gruter l'emprunte* le tenaient du célèbre faussaire Pirro Ligori, comme semblerait l'indiquer une glose signée de lui & relative à la restitution du mot vehiculationis ou vehiculat'ionum '. Le texte de l'inscription dont les Bénédictins ne paraissent point comprendre le vrai sens mènerait lui-même à de tout autres conclusions que celles qu'ils en tirent,

reur Galba), les autres aux historiens & aux géographes anciens dont ils discutent longuement les indications & les calculs contradictoires.

4 Voyez tome II, Note XIX, | i.

5 " Antc hortos dirpenses in via Romae. (Gbuter, 440, 3.)

6 « £■ Lipsio & Ursini schedis. » (Gruter, /./.)

' C'est probabiemement à ce titre qu'elle a été repoussée par un épigraphiste éminent (M. T!i. Mommsen) dans un recueil qui manque comme bien d'antres à nos Bibliothèques de province. {Epigr. Anall. 22 [Ber. d. S. Ges. de W, i832] p. 247 ) Mais nous devons rappeler incidemment qu'elle avait été jugée moins sévèrement par Orelli, qui l'a reproduite intégralement dans ses Inscriptiones selectae, n. 3178 (d'après Muralori, qui l'empruntait lui-même au recueil de Ligori, 514-1), & qu'elle a tout récemment trouvé grâce devant un juge plus sévère encore, M. le professeur Henzen {Annotationes Orellian. n. 3178, t. 3, p. 292), qui la croit plutôt interpolata quQjictitia^ en s'autorisant, il est vrai, d'arguments tout différents de ceux que nous invoquons ici.

puisqu'il suffit de l'examiner avec un peu d'attention pour être convaincu que les trois provinces dont il est question ici n'avaient rien de commun avec le groupe de provinces, connues sous le titre de Très Provinciae Galliae & qu'il s'agit tout simplement ici de trois des quatre provinces gauloises dans lesquelles notre fonctionnaire (un L. Mussius Aemilianus, Italien d'origine, comme nous l'apprend l'inscription) aurait exercé successivement les fonctions de directeur ou de surveillant des charrois [praefectus vehiculationum) dus à l'Etat ou à ses agents par \cs provinciales^ . En les désignant chacune par leur nom, contrairement aux habitudes épigraphiques du pays, le lapicide aurait eu précisément pour but de les distinguer des trois provinces du Nord, dont les noms, connus de tout le monde en Gaule, n'avaient jamais besoin d'être énoncés comme ils le sont ici.

Strabon, qui décrit d'une manière si pittoresque & si exacte l'enceinte à ciel ouvert (Σfiv) où se célébraient à Lyon les cérémonies du nouveau culte', parle avec admiration d'une autre inscription, gravée, dit-il, en gros caractères, sur les parois de l'autel monumental (Pmjji'oç S^iôXo-^oç) qui occupait le centre de l'enceinte. Cette inscription, qui n'était, suivant toute apparence, que l'inscription dédicatoire du monument, inauguré vingthuit ou trente ans auparavant, contenait les noms des soixante nations ou cités gauloises associées pour cette oeuvre commune '**, & nos lecteurs regretteront certainement avec nous que le géographe, après les avoir lus 8t comptés, n'ait pas eu la bonne pensée de les copier textuellement, comme

fi C'est ainsi que l'on voit assez fréquemment, sous l'Empire, les procurateurs impériaux exerçant simultanément ou successivement leurs fonctions dans la Narbonnaise & dans l'Aquitaine, dont le régime administratif différait à plus d'un égard, comme nous le remarquions tout à l'heure. (V. pass. notre Corp. epigr. Narbon. : Magistratus publia.)

9 II était situé, dit-il, dans la presqu'île formée par le confluent des deux rivières (U'itfi a'j^Q^X^ wv iro-rofiûiv. — Stbab. lib. 4, c. 3, § 2), à quelque dislance d'un vicus celtique (yicus & pagus Condatc7isis), appartenant au petit peuple des Segusiavi (Voir, chez M. de Boissieu, la curieuse inscription qui nous a révélé ces détails, Inscr. aiitiq. de Lyon, p. 19-21) & séparé par la Saône de la nouvelle ville de Lug.hmum, assise alors tout entière sur la rampe de collines escarpées & riantes qui dominent à la fois la rivière & la presqu'île : rpo

TaÛTT^Î ï5pUTat tT,; lïiXewç. (Strab. /./.)

àpiSiiiv , xol (ixovi^ ToiTuv txàd-to'j |nta (avec les statues de ces soixante nations, une pour chaque nation; Strab. /./.). Il nous semble impossible de douter, en présence de détails aussi précis & aussi exacts, que le géographe n'ait point poussé au moins jusqu'.i Lugdunnm sou voyage dans les Gaules. tS que son témoignage, piccicux partout, ne soit ici celui d'un témoin oculaire-

LXXXV. — Jr<; peuples de Nimes renversent la statue de Tibère.

Dans la suite, Auguste fit deux voyages consécutifs dans les Gaules, accom- ^^ ^^ ^^^^ pagné de Tibère, fils de Livie'sa femme, à qui il donna le titre d'empereur, 744-746

Pline copiait, trente ou quarante ans plus tard, la grande inscription du trophée d'Auguste, dans les Alpes, hérissée aussi de noms barbares ou obscurs ". Nous n'en serions point réduits à chercher par des voies détournées, comme nous le faisons aujourd'hui, les noms & la nationalité de ces soixante cités sur lesquelles on disserte depuis plus de trois siècles ". Mais, à défaut de ce document officiel, emporté l'un des premiers, suivant toute apparence, avec l'autel sur lequel il était gravé, on a retrouvé & l'on- retrouve encore dans la ville basse de Lugdunum , bâtie sur l'emplacement du sanctuaire antique, un assez grand nombre d'inscriptions ou de fragments d'inscriptions monumentales, qui paraissent marquées elles-mêmes d'un caractère officiel, car elles portent presque toutes le nom des Trois Provinces ou des Trois- Gaules : TRES PROVINCIAE GALLIAE, TRES GALLIAE, gravé en gros caractères, au-dessous ou à côté de chaque légende". Ce sont des attestations ou des témoignages honorifiques rendus au nom des Trois Prov;nces '*, les uns aux prêtres de

■ ■ Voyez Pline. Nat. Histor., 1. 3, c. 20 [24]. C'est gr^ce à cette copie que nous connaissons aujourd'hui les noms & quelquefois le pays des petites populations gauloises ou ligures qui habilaient à cette époque le versant français des Alpes {génies Alpinae), depuis les sources du Rhône jusqu'à la mer. Il ne manque à cette longue nomenclature, dont l'exactitude a étii confirmée par de récentes découvertes (Voyez, au tome II, Note CX, notre dissertation sur le trophée de Pompée dans les Pyrénées), que les douze ou quinze civitates du petit royaume de Donnus, respecté par les Romains jusqu'au règne de Néron & dont les noms nous ont été conservés à leur tour par un autre monument épigraphique encore subsistant, l'inscription de l'arc-de-triomphc de Suze. (Ohelu, n. 626.)

" Voir chez M. de Boissieu {Op. laud. p. 82, n. 3) la liste fort incomplète encore de ces érudits & de ces historiens (ceux de Lyon en tête, Paradin . Rubys, .Ménestrier, Colonia, Pierre de Marca, Spon & Brosseitc), jusqu'à la dissertation fort discutable de François .Artaud : Dhserl. sur le$ méJailles d'Auguste S- de Tibère au revers de l'autel de Lyon, & au livre tout récent de M. Aug. Bernard : Le temple d Auguste & la nationalité gauloise, Lyon. Perrin, i863.

•1 A en juger par la taille & la forme habituelle des blocs massifs (pierre de Choin) sur lesquels sont gravées ces légendes monumentales, il y a plus d'une raison de croire qu'elles figuraient, avant leur mutilation, dans les parois d'un portique circulaire ou elliptique qui formait l'enceinte extérieure («fiCo'A'ji) de l'Hiéron. Le sanctuaire du Commune des Trois-Gaules aurait eu ainsi , comme tous les grands sanctuaires de l'Orient, à commencer par celui de Delphes, son murus inscriptus (on l'appelai! aussi murus ou paries sacer), dont les débris mutilés reflètent bien imparfaitement, il est vrai, les souvenirs oubliés de son histoire.

■« Et à la suite de décrets discutés au sein de l'assemblée (in concilia ijalliarum, marbre de Torigny), dont ces attestations peuvent êtie regardées comme le résumé ofllciel. ho-

l'autel ou à divers membres de leur famille, les autres à des employés de l'association ", dont l'assemblée des Trois Provinces récompensait ainsi le zèle & la probité attestés par de longs services. A en juger par les renseignements que nous

mologué & déclaré conforme. (Voir passim chez M. Em. Hubner, Inscr. Hisp , les inscripl- des xoivà espagnols.)

•5 Ces employés, que l'on a confondus longtemps avec ceux de l'administration provinciale (Voyez .M. de Boissieu, pass. & Henzen , in indice Orelliano . « officium potius videtur esse provinciae quam imperii Romani, • suh vocib. allector, inquisitor Gatliarum), appartenaient, selon toute apparence, aux bureaux de l'association dont l'administration financière parait avoir été assez con.pliquée, en raison surtout du grand nombre de parties contractantes dont les cotisations de nature diverse devaient être contrôlées au cheflieu de l'association. Nous en trouverions la preuve dans les titres exceptionnels de ces emplois particuliers à l'épigraphie de la Gaule, puisqu'on ne les retrouve plus dans celle des provinces voisines, ni dans les textes de lois relatifs à l'administration générale de l'Empire, & dans une curieuse inscription relative à un affranchi des Trois Gaules : « P. Cl(audius), trium Galliar(um) Lib(ertus), Abascantus » , dont le titre rappelle exactement ceux de nos employés. (La voir chez jM. Henzen. qui l'a publiée dans le troisième volume des Inscr. sélect. d'Orelli.) Tous ceux de ces fonctionnaires dont les noms nous sont ainsi parvenus étaient originaires de l'une ou de l'autre des trois provinces chevelues. Tous avaient été honorés, dans leurs cités respectives, des hautes magistratures municipales, désignées chez les Romains sous le titre générique d'honorés. Mais il parait certain, d'un autre côté, qu'aucun d'eux n'avait exercé antérieurement les fonctions de sacerdns ad aram, dont on ne les voit jamais prendre le titre; aussi nous contenterons-nous de signaler ici les noms des civitates auxquelles ils appartenaient; celles des Suessiones (le Soissonnais) & des Viromandui (le Vcrmandois), en Belgique (De Boissieu , p. 266-267) ; — en Aquitaine, celles des Pictavi (le Poitou) & des Cadurci (le Querci) (De Boissieu, p. 278) ; — dans la Lugdunaise, celles des Sequani (p. 265) & des Turnnes (la Touraine) (p. 267), sans les casser formellement parmi les villes de l'association , comme le font les épigraphistes lyonnais. — Les seuls magistrats impériaux à nous connus auxquels l'association ait décerné des éloges, en raison aussi de leur bonne gestion & de leur probité, sont le procurateur Tib. Antislius Marcianus, • le premier des chevaliers romains attachés à la perception de l'impôt auquel l'assemblée ait décerné l'honneur d'une statue équestre à dresser près de l'autel des Césars » (De Boissieu, p. 269), un des gouverneurs de la Province, M. Aem. Fronto, dont l'Inscription, encore incomplète, a été supérieurement restituée par M. Léon Renier (chez M. Aug. Bernard, /./. p. 97-98), & quelques magistrats financiers d'un ordre inférieur : Censitor prov(inciae) Lugd(unensis) item Lugd(uni); Exact(or) tribut(oriim) civitat(um) Gall(iae) ; procuralor ferrar(i)arum), &c.. dont on trouvera les titres dans des inscriptions lyonnaises, étrangères aussi à l'association. (Voir M. de Boissieu, p. 257, 271, 276 & pass.) Ajoutons incidemment que les inscriptions dont nous nous occupons ici sont presque toutes gravées sur des cippes de pierre ou de marbre destinés à servir de supports à des statues, à l'uivcrse de celles des sacerdotes ou des membres de leurs familles qui se pressaient sur les parois du murus sacer. chevauché de distance en distance par les mots sacramentels : 'IRES PROVINCIAE GALLIAE, TRES GALLIAE, écrits souvent en lettres énormes.

An de Rome 744-746

en récompense des avantages qu'il avoit remportés sur les Allemans, Il y ajouta, quelque temps après, la puissance du tribunat; mais Tibère ne répondit

fournissent ces inscriptions intéressantes à plus d'un titre, les prêtres du nouveau culte étaient désignés ici sous le nom générique de prêtres de l'autel ou du temple [sacerdos arae , sacerdos ad aram Rom. S- Aug., apud aram '*, ad templum Rom, & Aug., ad templum Augg., Caess. N) & formaient un collège dont tous les membres étaient égaux, en prérogatives comme en titre (sodalitium). Quoiqu'ils appartinssent pour la plupart aux premières familles de la Gaule, à cette aristocratie de naissance ou de fortune que César désignait sous le nom de primores ou de principes Galliae ", tous ceux dont les noms sont arrivés jusqu'à nous avaient parcouru hiérarchiquement tout le cercle des magistratures municipales, organisé par les Romains dans le chef-lieu de leurs civitates respectives [omnibus honoribus apud suos, in civitate sua, in patria functus.) Il y a même plus d'une raison de croire, en voyant cette formule reparaître dans chaque monument, que ce n'était qu'à la suite de cette espèce de noviciat qu'ils étaient investis, pro-

'6 De là le titre de sacerdos arensis, donné par une intéressante inscription des Petrocorii (Périgueux) à deux membres de la même famille, C. Pompeius Sanctus & M. Pompeius Lîbo, fils du précédent, qui s'étaient succédé, suivant toute apparence, dans le sacerdoce de l'autel, comme représenîants ou comme délégués de leur ville natale. (Voyez À1M. M'igr. de Taillefer, Antiquités de Vésone, t. i, p. 29, & Galy, Catalogue du musée de Périgueux , 1862, p. 43.) Une nouvelle inscription en deux registres, découverte à i,yon. cette fois (1861), nous a révélé l'existence & les noms de deux autres membres de cette famille : un C. Pompeius, (ils du prêtre M. Pompeius Libo, & une Pompeîa Sabina, qui aurait été sœur & non point nièce (neptis) du même personnage, si elle était fille du prêtre Pompeius Sanctus, comme le dit formellement l'inscription qui lui est consacrée : .nmpeiae | Sabinae \ Filiae | Pompei j Sancti \ Nepti \ Pompei | ihonis. (IVl. Aug. Bernard. Op. lauJ. p. 74.) — Sans avoir été honoré comme son père & son grand-père des hautes fonctions du sacerdoce ad aram, ce Pompeius était évidemment resté influent & considérable dans son pays natal, puisque c'est au nom & aux frais des Petrocorii qu'avait été dédié le monument auquel nous empruntons tous ces détails : Ciritas Petrocorvm pvblicc, l.l. En ajoutant deux nouveaux noms à la généalogie de cette famille sacerdotale, celte nouvelle inscription a rétabli sous sa véritable forme le nom du second des deux prêtres de l'autel dont le cognomen, écrit en abrégé LIB. sur le marbre de Périgueux, avait été étrangement défifiguré par les épigraphistes périgourdins, qui le complétaient par le mot Libertus ou IJbertinus, oubliant que les prêtres de l'autel étaient presque sans exception les hommes les plus considérables de leur pays & de leur ville.

'^ T9 $e ûiTYJxoov itpoxaTÉXafit Toùq T:pt!»Tovç... ]jLCTaiTt}X'!'à[Aevo{,

(Dio Cassius, lit). 54, p. 543.) — Le nom de Iulius, que portent au premier siècle un assez grand nombre de ces prêtres (C. Iulius Vercundaridubius. — C. Iulius, C(aii) lul(ii) Otuaneuni F(ilius), Ru/us — C. Iulius, M(arci filius) & deux autres lulii chez les Carnutes), conduirait à la même conclusion par une autre voie, puisque l'on sait que Jules César, après la conquête, prodiguait le litre de ciris Romanus aux chefs des grandes familles gauloises & que la plupart d'entre eux, en devenant ses clients, avaient pris ie nomen de sa famille.

bablemftit par l'ordo ou le conseil municipal de leur ville, de ce haut sacerdoce, dont les fonctions devaient être viagères & inamovibles, puisque l'on trouve des prêtres en exercice & en titre pendant vingt ans & plus ". Leurs noms, qui nous seraient presque tous inconnus, comme ceux des acolytes (assistants ou prêtres inférieurs), qui composaient avec eux la députation de chaque cité, sans les monuments épigraphiques auxquels nous faisons ici allusion ", y sont presque toujours suivis du nom de la civitas dont ils étaient devenus les représentants, & en relevant avec attention les noms de ces civitates, qui ne sont le plus souvent que les anciennes nationalités de la- Gaule, délimitées & réorganisées par les Romains, on a reconnu que toutes celles dont les noms sont ainsi parvenus jusqu'à nous appartenaient sans exception aux provinces conquises & annexées par César, comme le supposaient, sans preuves suffisantes, il est vrai, les érudits du dix-septième siècle "°. C'est ainsi que

'8 Le fait nous paraît ressortir jusqu'à l'évidence du fragment suivant, sur lequel nous reviendrons plus loin :

mKWlHi c I N I D v L j ;.-.î licinitwrici^fIl

Q.V I - s A c E R D O T I U M APVDARAM-'DVQ'KT

(De BoissiEU, /./. p. 91.)

Ne voyions-nous pas tout à l'heure, chez les Petrocorii, deux personnages du même nom qui avaient figuré l'un ^ l'autre, & l'un après l'autre, suivant toute apparence, à la tête de la députation chargée de représenter la cii'itas à l'autel du conlluent, conserver l'un & l'autre le titre de sacerdos arensis, qui n'était point limité à la durée d'une session, comme nous le dirions aujourd'hui, & que de nouvelles élections ne périmaient point î

-T D E O A P O L L I N I COBLE DVLITAVO M ' P O M P E 1 V S • C • P O M P SAN CTI ' S ACERDOT ARENSISFII. ' Q.vk-LIB

sac;rdosarensis

(In honorem d[nmus]) dlivinae] & deo Apollini Coblednlitavo M(arcus) Pompeius, C(aii) Pomp(eii) Sancti. sacerdo(ti)s

arensis fil(ius). Quir(ina tribu). Lib(o), sacerdos arensis

— (e sched. mss. meis.)

■9 Une curieuse inscription de Lugdunum, sur laquelle nous reviendrons aussi (Voyez plus loin notre étude sur le Commune de la proviiice narbonnaise), nous a révélé l'existence & le nom (M. Oppius Placidus) d'un de ces prêtres inférieurs, qu'elle désigne sous le titre spécial d'aruspex ou haruspcx, comme on l'écrivait encore au commencement du premier siècle. A en juger par les termes très-catégoriques de l'inscription, ils auraient été au nombre de soixante, comme les sacerdotes dont ils relevaient , & présidés aussi par l'un d'entre eux qui prenait le titre dt^ primus haruspex de LX.

"* Nous songeons surtout ici au savant Pierre de Marca,

lyi

pas à cet honneur, car, au lieu d'aller prendre le commandement des troupes dans l'Arménie, comme il en étoit chargé, il se retira dans l'île de Rhodes, où

An de Home 744-746

nous pouvons inscrire dès aujourd'hui dans cette liste bien incomplète encore le nom des Nervii (le Hainaut actuel), qui appartenaient, comme on le sait, à la région septentrionale de la Belgique, la plus éloignée par conséquent du chef-lieu de l'association; — dans la Lugdunaise, ceux des AeJui (Autun & le Morvan), des Arverni (l'Auvergne) & des Sequani (la Franche-Comté), auxquels on peut ajouter sans hésitation les Tricassini (Troyes & la Champagne), les 5enortej (l'ancien évèché de Sens), les Carnutes (Chartres & le Chartrain), les Segusiayi (Feurs & le Forez) & la colonie de Lugdunum (Colonia Copia LugJunensis), dont le territoire était enclavé dans celui des Seguslavi ; — dans l'Aquitaine, celui des Santones (Saintes & la Saintonge), & celui des Bituriges Cuit (Bourges & le Berry ) , regardés aussi comme un des plus puissants peuples de la Gaule centrale, où ils dominaient avant les Aedues & les Arvernes. Le nom de ces Bituriges, qui ne figure point dans les inscriptions monumentales auxquelles nous empruntons tous ces détails, était gravé en gros caractères & en abrégé sur les gradins d'un cirque, où se célébraient, suivant toute apparence, les fêtes 8t les jeux annuels, auxquels font allusion plusieurs des écrivains anciens *'. Les députations des soixante cités y auraient eu leurs places réservées, comme elles les avaient dans le temple voisin de l'autel, où se tenaient, suivant toute apparence, les séances de Vassemilée des Trois- Gauîes (Conciîiurti Gaîliae, Gaîliarum.^

Indépendamment des témoignages complaisants que l'association rendait ainsi à tel ou tel de ses membres, il n'était pas rare de voir les villes associées décerner elles-mêmes à leurs concitoyens, devenus leurs mandataires, des éloges ou des statues, dont les bases inscrites sont quelquefois parvenues jusqu'à nous. C'est ainsi que l'on a retrouvé, près de Cahors, au commencement de ce siècle, sur un socle de marbre blanc, le nom d'un Marcus Lueterius Léo ", descendu , suivant toute apparence,

qui soutenait cette th^sc dans sa dissertation de Primatu LugJunensi, p. 21 5. & que les Bénédictins prennent de préférence à partie dans la Note XiX de leur tome II.

" Palleal ut nuJis pressit qui calcibus anguem, Aut Lugdunenscm rhetor dicturus ad aram.

(JuvÉNAL, Satir. i, v, 43-44.)

— Edidit (Caius Caesar) & peregre speclacula : in t\icilia. Syracusis, astycos tudos & in Gallia, Lugduni, miscellos. (Suétone, C. Caesar, c. 20.).

" Le grand cippc de marbre blanc, sur lequel l'inscription est gravée, a servi, au moyen âge, de dalle funéraire au tombeau d'un noble espagnol, réfugié & mort en France, comme nous l'apprend son épitaphe, gravée au revers du titulux antique. De l'église du petit village de Pern, où il servait de marchepied au maître-autel, il a été transporté à Cahors, oii on le voit aujourd'hui relégué dans une cour de la préfecture.

du célèbre Lucterius, le défenseur àWxelloJunum, & qui avait accepté, comme bien d'autres, s'il ne l'avait point brigué, le titre de prêtre à l'autel de Rome & des Augustes. Ailleurs, ce sont ces prêtres eux-mêmes que les inscriptions nous montrent, élevant des autels aux dieux gaulois & romains de leur ville natale ipatria) ", ou y bâtissant, à leurs frais, des monuments publics, comme le célèbre pont romain de Saintes, dont l'un des portiques est encore debout, surmonté d'une inscription, gravée sous le règne de l'empereur Tibère '^, comme le vaste réservoir [piscinam & campum) qu'un riche bourgeois de la civitas des Médiomatrikes avait fait creuser dans l'intérieur de la ville, à l'usage des habitants & des étrangers [Mediomatricis & advenis dat.^'j. Le nom de ces nouvelles villes, que la provenance des monuments nous laisserait deviner en partie, est souvent écrit en toutes lettres dans le corps ou à la fin de la légende, & nous devons constater que toutes celles dont les noms sont arrivés jusqu'à nous par cette autre voie appartiennent aussi à l'une ou à l'autre des trois provinces chevelues ; celles des Morini 8c des Mediomatrici à la Belgique, celles des Cadurci, des Santones & des Petroconi à l'Aquitaine, agrandie par Auguste '°.

ai Nous citerons comme exemple l'autel dédié « Minervae. ladae » par un prêtre de Rome & des Augustes, qui était en même temps duumvir de la colonie des Morini, Ce monument, aujourd'hui perdu, avait été découvert, à ce qu'il paraît, « au pays des Sycamhres, à un demi-mille de la ville de Nimègue. ■ (Voyez Gruter, p. 80, 6, & Ménestrier, Hist. consul, de Lyon, p. 76.J — Deux autels, découverts l'un & l'autre à Lyon, avaient été dédiés par le séquane Q. Adginnius Martinus, " prêtre à l'autel de Rome & d'Auguste, » le premier au Jupiter optimus maximus des Romains, le second à un Mars local {Marti Segomoni sacrum) , patron ou protecteur de notre sacerdos, qui avait pris son nom. (Gruter, i3, 16. - Id. 58, 5.)

>4 Remarquer dans cette inscription , qui a été publiée & commentée bien des fois, la généalogie de la famille du dédicant, C. Iulius Rufus, dont le père (C. lulius Otuaneunus) & le grand-pire (C. lulius Cedemon, prononce^ Kedenion) , portent, l'un & l'autre, le nom du divin Jules (voir plus haut), tandis que l'arrière-grand-pêre, antérieur évidemment à la conquête, est désigné sous le nom tout gaulois d'Epotsorovidus , sans trace cette fois du nomen triplex,

= 5 L'inscription qui nous a conservé le souvenir de cette libéralité anonyme était gravée sur les deux faces d'une dalle inscrite, publiée par M. Aug. Bernard , p. 77, qui la tenait, dit-il. de M. Charles Robert, l'auteur d'un savant travail sur répij^raphie des Médiomatrikes, A défaut du nom du dédicant, emporté tout entier de l'un & de l'autre côté, on y voit au moins qu'il était prêtre de l'aulcl de Romc& des Augustes, comme tous les personnages dont nous parlons ici.

»6 Voir dans les recueils de M. VI. de Boissieu & Aug. Bernard Ijiass,) les preuves & les textes à l'appui de ces nouvelles assertions. — Abstraction faite des éloges que l'association

décernait ainsi à la plupart de ses membres ( honorent

déferre, marbre de Torigny), concurremment quelquefois avec ceux que leur déférait leur ville natale (chez les Santones, par exemple), on voit dans certains cas le concilium lui-même prendre l'initiative de ces honneurs locaux

An de Rome

An de Rome

AndeJ.-C.

il fit quelque séjour'. Il s'y comporta si mal, qu'il s'attira la haine & le mépris de toutes les villes de l'Empire qui lui avoient fait le plus d'honneur. Celle de Nimes, entre autres, fit abattre les statues qu'elle lui avoit fait élever. La paix profonde dont l'Empire jouissoit alors étoit un heureux présage de celle que la naissance du Fils de Dieu apporta bientôt après sur la terre , & qui en renouvela toute la face.

Il y aurait plus d'une raison de croire, en s'en tenant à ces indications, un peu négatives jusqu'ici, que le célèbre autel de Rome & des Augustes avait été bâti exclusivement par les trois provinces de la Gaule chevelue, & que c'était à elles qu'appartenaient les soixante cités, dont les délégués composaient ce que l'on appelait le conseil ou l'association des Trois-Gaules "; car personne ne songera plus, après ce que nous venons de dire, à distraire la Belgique ou l'Aquitaine du Commune des trois provinces, comme le proposaient les Bénédictins. Unies par le sang & par la langue à la Lugdunaise, ces deux nouvelles circonscriptions pouvaient se croire liées à elle & à sa métropole par une solidarité qui avait ses raisons d'être dans le présent comme dans le passé. C'est évidemment à ce titre qu'elles avaient renoncé en sa faveur au droit ou au devoir d'organiser dans telle ou telle de leurs grandes villes (où l'on n'en a jamais trouvé trace, que nous sachions ''*j un culte particulier à la divinité de Rome & des Augustes. Mais il n'en était plus de même de la Narbonnaise, que tant de choses séparaient des trois provinces chevelues, comme nous le constations au commencement de

& décerner dans leur propre pays, à tel ou tel de ses membres, des honores d'autant plus recherchés qu'ils étaient plus rares. C'est ainsi qu'un fragment d'inscription, découvert à Saintes, nous a conservé le souvenir d'un monument élevé

dans cette ville aux frais des Trois-Gaules Très prorin-

ciae Galliae de publico (Aag. Bernard, Op. laud. p. 74) & que l'une des deux inscriptions lyonnaises d'Adginnius Martinus nous parle ^'honores décernés pai- les l'rois-Gaules

à lui & aux siens dans « la cité des Séquancs » in civitatc

Scquanonim , Très provinciae Galliae honores & suis decreverunt. (Gruter, p. 58, n. 5.) — Chez les Viducas^es (un petit peuple de la Lugdunaise, cette fois), c'était de même au nom des Trois-Provinces & à la suite d'un décret régulièrement rendu par l'assemblée qu'avait été érigée la statue

( non sine solido marmore statune honorem déferre

cupimas ) à laquelle sert de base le célèbre cippe inscrit

de trois côtés, connu aujourd'hui sous le nom de marbre de

Torigny Très prov(inciae) Gall(iae), primo uinquam),

monumentum in sua ciritate posuerunt. (Voir le texte de l'inscription chez M. Léon Renier, Mém. des Antiq. de France, t. 22, & chez M. Aug. Bernard, Op. laud. p. 108.)

37 In concilia Galliarum, instinctn quorumdam

quasi ex cnnsensu provinciae (marbre de Torigny) , Epist. Aedini Iuliani (J.I.).

^8 Delà peut-être, comme conséquence, l'absence de capitale, au sens moderne du mot, dans chacune des deux provinces où les métropoles ne paraissent qu'à la suite du morcellement provincial opéré au quatrième siècle de notre ère.

cette étude. A son titre de province autonome, politiquement &administrativement distincte du reste de la Gaule, elle était tenue aux mêmes devoirs que les provinces voisines de l'Espagne, oii l'on trouve le culte des empereurs établi dès les premières an nées du premier siècle, & nous allons voir qu'elle a eu, comme elles & presque en même temps qu'elles, son culte provincial de Rome & des Augustes", dont l'existence nous est attestée, directement cette fois, par des monuments analogues à ceux que l'on retrouve en si grand nombre à LugJunum , mais avec cette différence qu'ils sont toujours originaires de la Narbonnaise proprement dite, & que les prêtres auxquels ils sont dédiés étaient connus ici sous le titre générique àe flammes provinciae Narboncnsis. (Voyez la note 4 de la page 277.)

Le plus singulier de tout cela, c'est que les monuments concluants & décisifs auxquels nous faisons allusion n'étaient point inconnus aux Bénédictins eux-mêmes, qui les citent ou les allèguent en plus d'un endroit de leur histoire. Mais il leur en coiite, comme ils l'avouent na'ivement, d'admettre l'existence d'une assemblée gauloise dont la noblesse & les grandes villes du Languedoc auraient été systématiquement exclues. Ils paraissent surtout blessés de l'impolitesse que l'on aurait faite à leurs représentants en ne les invitant même point aux fêtes & aux jeux variés [ludi miscelli, v. supra) qui avaient marqué la dédicace de l'autel ^", & confondant ainsi tous les âges de notre histoire, comme ils confondent les sphères distinctes du culte augustal, devenu la religion dominante de la Gaule & de l'Empire, ils ont fini par laisser complètement dans l'ombre une des institutions les plus caractéristiques de la province dont ils écrivaient l'histoire. [E. B.]

' Dion Cassius, 1. 64. — Suétone, in Tiberio, c. 9, 1 o & 1 I .

^9 Voir notamment au livre III, en; & au tome II de cette édition aux Preuves, l'inscription de Q. Saionius Se-

verinus ; jlamen provinciae Narbonensis, classée sous

le n" 52.

30 « Nous avons cependant lieu de croire que les peuples de cette province y prirent autant de part que les autres & que les principaux d'entre eux assistèrent à cette cérémonie; » & plus haut : <■ Il fit appclei- à celte fête soixante des principaux peuples des Gaules. » (Livre 11 , c. lxxxiv.)

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