I. — Dédicace d'un autel à Narbonne, à l'honneur d'Auguste
JAMAIS règne ne fut plus heureux, ni gouvernement plus doux que celui /f ■ """'fj,"' d'Auguste ; mais aussi jamais prince ne fut plus chéri ni plus honoré dans les provinces & dans les villes de l'Empire. Tous les peuples s'em- An 2 pressoient à l'envi de lui donner des marques publiques de leur affection 8c de leur dévouement : ils portèrent leur vénération pour sa personne, même avant sa mort, jusqu'à le révérer comme un dieu, 8t à élever des temples 8t des autels à son honneur.
Parmi les villes de l'Empire, celle de Narbonne se distingua par l'autel qu'elle dédia à l'honneur de ce prince, trois années avant sa mort, sous le consulat de T. Statilius Scaurus 8t de L. Cassius Longinus. Une ancienne' inscription, trouvée en i566 dans les vieux fondemens de l'ancienne cité de Narbonne, & placée à un coin de la cour du palais archiépiscopal de la même ville, nous apprend que le peuple de Narbonne, après avoir érigé dans le marché public un autel de marbre blanc, sur lequel elle fut gravée, en célébra la dédicace le vingt-deuxième jour de septembre , & que pour honorer la divinité d'Auguste, le peuple s'y dévoua 8t s'imposa l'obligation de célébrer tous i^*]' °"*','"^ les ans une fête à son honneur en cinq différens jours, savoir : le 23 de septembre, jour de la naissance de cet empereur; le 7 de janvier, premier jour de son règne; 8t le 3i de mai que ce prince avoit uni, durant cette même année, les jugemens (judicia plebis decurionibus conjunxit) ou les juges du peuple de Narbonne aux décurions ou sénateurs de la même colonie. Ces termes
' Voir, au tome II, le Recueil des inscriptions de la Province. — Cette inscription est aujourd'hui conservée au musée de Narbonne.
peuvent donner lieu de croire qu'il y avoit eu quelque différend entre le peuple de Narbonne & les décurions de cette colonie, ce qui les avoit obligés peut-être d'en partager le gouvernement. Quoi qu'il en soit, dans ces trois jours de fête, trois chevaliers romains &. trois affranchis de la même colonie, qui formoient ensemble un collège de sévirs, dévoient à l'avenir immoler tous les ans chacun une victime sur cet autel & distribuer de l'encens & du vin aux citoyens & habitans de Narbonne {colonis incolisque) pour en faire des libations à l'honneur d'Auguste. Les deux autres jours de fête marqués dans l'inscription étoient le premier jour de janvier & le 24 de septembre : durant ces deux jours, qui dévoient être moins solennels que les trois autres, ces sévirs dévoient seulement distribuer de l'encens & du vin au peuple pour les mêmes libations. On grava, de l'autre côté de cet autel, les lois suivant lesquelles il fut dédié : c'étoient les mêmes que celles de la dédicace de l'autel de Diane, sur le mont Aventin.
II. — Sévirs augustales de la Province' . — Temples bâtis à l'honneur d'Auguste 6" de Julie, sa femme, dans la même Province.
Les six prêtres destinés pour le service de cet autel & pour les sacrifices qu'on y offroit, formoient, comme l'on a déjà dit, un collège particulier qu'on
' On sait, à peu de chose près, aujourd'hui, grâce aux monuments épigraphiques dont le nombre s'accroît d'année en année, ce qu'étaient, aux deux premiers siècles de l'Empire, ces corporations d'^agasîa/cs'qui paraissent avoir tenu une grandeplace, sinon joué un grand rôle dans les villes romaines de la Narbonnaise.
Un érudit contemporain , qui a écrit une excellente étude sur cette question longtemps incomprise", a supposé, non sans raison, qu'elles se rattachaient, comme point de départ, à l'institution du culte des Lares [Lares, Lares Augusti), établi ou rétabli ' par Auguste dans les divers quartiers de Rome, & auquel il avait donné des prêtres que l'on désignait, à cause de lui, sous le titre flatteur d'^agustales*. Celui de Seviri^, qui s'associe dans les
' On a remarqué avec raison que les lois romaines ne prononcent pas même leur nom & que les jurisconsultes ne s'en occupent pas plus que les historiens proprement dits.
' M. E. Signer, Examen critique des historiens anciens de la vie l> du. règne d'Auguste : Appendice n. 2 & deux articles anticritiques du même auteur publiés dans la Revue archéologique, 3""-" année, deuxième partie, p. 535 & 774. — Voir, sur le même sujet, une dissertation de M Zumpt : De Augustalibus S- seviris Augustalibus commentatio epigraphica. Berolini, 1846, in-4", 86 pages.
3 En l'an 743 de Rome, 1 1 avant J.-C.
^ Voir, à ce sujet, Dion Cassius & les commentateurs d'Horace cités par M. Eggcr ; Ex libertinis sacer dotes dati, qui Augustales sunt appellati (Porphyrion). — hisserai cnim Augustus in compitis deos Pénates conslitui ut studiosius colerenlur. Erant autem libertini saccrdotes qui Augustales dicuntur. (AcRON ad Horat., Satire n, lib. 3, p. 281.)
5 Forme abrégée & adoucie des mois Sexviri, Sextum viri.
villes provinciales à cette épithète A^ A ugastales , s'expliquerait à son tour par cette particularité que la corporation était dirigée & représentée tout à la fois par des mandataires électifs, nommés probablement pour une année, & dont le nom aurait ainsi rejailli sur la corporation elle-même, dont tous les membres, ou peu s'en faut, auraient été investis à tour de rôle de cette espèce de sacerdoce. Mais rien dans tout cela ne prouverait, comme le croyaient nos anciens historiens^, que cette institution, répandue de si bonne heure en Italie comme dans les provinces, soit originaire de la Narbonnaise & même de la ville de Narbonne ', où elle n'aurait été qu'une transformation du culte établi en l'honneur de l'empereur Auguste* par la plèbe
s Et comme l'a répété tout récemment M. Herzog, en reprenant à son insu & en expliquant leur idée. (Giî/;.A'ari. p. 198.)
? Comme on est alors forcé de l'admettre avec eux.
8 Une magnifique inscription , découverte tout récemment dans les murs en démolition de l'ancienne ville, nous paraît prouver de son côté que le culte des Lares, rétabli à Rome par Auguste, aurait de très-bonne heure pénétré dans les grandes villes de la Narbonnaise, ù Narbonne comme à Nimes, & qu'il y est resté distinct, pendant quelque temps au moins, des autres cultes avec lesquels on essaye de le confondre ;
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