EX - VOTO
L-'CORNELIVS-' SEÎJEXS L ■» CORNELIVS " CAPRARIVS L » CAESELLlVS-rPHOEEVS
— • Quoique les dédicants de cet ex voto ne prennent pas formellement le titre de magistri Larum ou Vicornnit il est au
nommoit le collège des sévirs augustales , parce qu'ils étoient consacrés au culte d'Auguste. Les anciennes inscriptions qui nous restent ont conservé les
An :
de cette ville, & dont le sacerdoce était exercé aussi par six prêtres plébéiens, choisis en partie dans la classe des chevaliers romains (équités Romani a pleée) & dans celle des affranchis (et très libertiniy.
Ce que l'on peut affirmer au moins, en s'autorisant de leur titre i^Augustales '" & des indications épigraphiques qui le précisent & l'expliquent", c'est que l'institution avait pour but spécial de rendre un culte à la divinité de l'empereur ou des empereurs (numen Auguiti) , & que les membres de cette association religieuse formaient dans chaque ville une corporation plus ou moins nombreuse [corpus, collegiumj, composée exclusivement d'affranchis". A l'exemple des corporations ouvrières {collegia. opificum) & des corporations charitables (collegia salutar'ia, funeraî'icia)^ avec lesquelles elles auraient plus d'un point de ressemblance, leur personnel, dont le nombre ne paraît pas avoir été limité, se divisait en simples membres [corporati, populus) 8c en dignitaires ou officiers (on les désignait à Narbonne sous le nom de decuriones Sevirorum), qui composaient ce que nous appellerions aujourd'hui la chambre ou le conseil de l'ordre, car c'est d'ordinaire en leur nom que sont rendues les ordonnances (décréta) relatives à l'aliénation de terrains appartenant à la compagnie, ou à l'érection de statues qu'elle décernait à ses frais à tel ou tel de ses membres, quelquefois même à des étrangers dont la corporation avait reçu des présents ou des services ",
Les seviri proprement dits, qui composaient le sacerdoce du coîlegium, ce que nous appellerions aujourd'hui ses prêtres en exercice, étaient chargés particulièrement de tout ce qui touchait de près ou de loin au culte de l'empereur & aux cérémonies de ce culte. C'était eux qui, aux jours de fête, « immolaient chacun leur victime '* » devant le temple du nouveau dieu, un des premiers qui aient
moins certain, par la forme de leurs noms, énoncés sans le nomen patrii & sans le nomen tribus, qu'ils appartenaient tous les trois à la classe des affranchis.
' Nous empruntons ces détails à la grande inscription de l'autel d'Auguste, dont le texte sera publié dans notre Corpus epi^raphicum , comme celui des diverses inscriptions auxquelles nous faisons ici allusion.
■" liTTil liri Augustales, ou lïïTil Augustales, comme on les appelait familièrement à Narbonne.
'* Voir pass. noire Corpus epigraplicum sub vocib. Narbo Martius, Nemausus. Baeterrae.
" Voir à Narbonne & ailleurs leurs innombrables (îpitaphes, qui indiquent d'ordinaire la profession ou le métier qu'ils exerçaient. (Corpus epigraphicum pass.)
" Inlat{is) arcae seviror(,um) nb locum & luilio(nem)
statuae, HS n(ummum) ïïïî (id est qualluor milibus)
{Inscr. de L. Aemilius Arcanus, ii Narbonne.)
" hostias inmolent singulas. {Inscrip. arae Narb.)
été érigés dans les provinces ", eux qui dirigeaient & précédaient, la tête voilée, ces longues processions d'hommes où tous les habitants, sans en excepter les étrangers domiciliés, venaient l'un après l'autre jeter leur pificée d'encens sur le brasier de l'autel du nouveau dieu & verser une libation de vin sur le sol qui lui servait de base '^.
A l'exemple des corporations industrielles ou charitables auxquelles nous les comparions tout à l'heure, les collèges des seyiri avaient dans chaque ville un local affecté à leurs réunions'", un album où étaient inscrits hiérarchiquement les noms de leurs membres, des archives & une comptabilité plus ou moins bien tenues. La caisse ou le coffrefort de la compagnie (arca) " était placée d'ordinaire sous la surveillance d'un curateur (curator^^ spécialement chargé d'en contrôler les dépenses, d'en surveiller & d'en encaisser les revenus, car elles avaient, comme toutes les corporations légalement reconnues (corpora licite coeuntia) , le droit de posséder, d'acquérir & d'aliéner, sans distinction de biens meubles ou immeubles ". Mais elles en différaient en ce sens qu'elles n'avaient point celui de se recruter elles-mêmes par de libres élections, comme le faisaient les corporations proprement dites, la'iques ou religieuses. Tous les membres, à quelque catégorie qu'ils appartinssent, devaient être nommés par les décurions de leur ville "" auxquels ils payaient, à titre de joyeux avènement, une
" Templum ut in colonia Tarraconensi strucrctur Augusln, petentibus Hispanis,permissum (76.S de Rome, 1 5 ap. J. C.) dalumque in omnes provincias exemplum. (Tacit. Annal. 1. i, c. 78.)
'8 .... (ï calonis S- incolls, ad supplicandum numini ei«s,
thus & v\num Je suoea die praestent thure, v\no
supplicent injimum solum huius arae. (Inscript, arae
Narb. l.l.)
" Celui de Caere, pour n'en citer qu'un, tenait ses séances dans une dépendance du grand temple de la ville. (Voyez la grande inscription de Vcsbinus, commentée dans notre Mémoire ; Sur les registres des délibérations des curies, Mém. de l'Acad. des Sciences, Inscriptions & Belles-Lettres de Toulouse, tirage à part, p. i à 11.)
'8 Elle est mentionnée à plusieurs reprises dans les inscriptions sévirales de Narbonne où revient fréquemment celte
formule : In lotis arcae Sevirorum HS nummum
(V. supra.)
'9 Nous citerons comme exemple les loca que le sévirat de Narbonne aliénait à la suite d'un décret régulièrement rendu par les décurions du coîlegium. — /.. d. d. d. Sei'ir. (Locus datus dccrcto decurionum Sevirorum.) — Loco dalo ex decreto Sevirorum ob locum & tuitionem staluac. (Inscr. pass.)
"" Voir passim les Recueils d'Oreili-Henzen (n»' 2914, 2942, 2980. &c.) & de M. Em. Hubner. où l'on trouve à
plusieurs reprises des phrases comme celle-ci : Fausius
gui inter primas Augustales, a decurionibus Auguslalisfactus est (Or. Henz, 2980) Sévir Aug. décréta decurionum primus «S perpetuus. (Em. Hubner, Inscript. Hisp. indices, p. 760.)
noms de plusieurs d'entre ces sévirs, Si en particulier de Q. Fullonius Tolosanus, de Q. Julius Servandus, de L. Aemilius Moschus, de P. Olitius
somme plus ou moins forte ", indépendamment des cotisations annuelles ou mensuelles dues par chacun d'eux à la caisse de la confrérie". En dépit du caractère officiel que leur conférait leur titre de prêtres des Augustes, les seviri, comme nous venons de le dire, n'appartenaient point à la classe des hommes libres (^ingenul'j ; tous sans exception sortaient de celle des affranchis (esclaves émancipés), dont ils devenaient pour ainsi dire les représentants, & c'est probablement à cause de cela que les inscriptions de l'époque impériale considèrent leurs collèges moins comme une corporation au sens strict du mot que comme une classe distincte (ordo) qui avait, sous cette nouvelle forme, son rang & sa place marquée dans la bourgeoisie ''. Elle y figure d'ordinaire entre le corps des décurions (ordo decurionum) , dont les sévirs se trouvaient exclus à leur titre d'affranchis, & celui de la plèbe {populus, plebs universa) auquel appartenaient la plupart des corporations proprement dites "',
On a supposé, sans preuves suffisantes peut-être, que les sévirs ainsi élus restaient attachés pendant toute leur vie à la confrérie dans laquelle les confinait le choix des décurions '■". Une inscription , italienne il est vrai, nous a conservé le nom d'un « sévir qui avait vécu pendant quatre-vingt-trois ans & exercé pendant quarante-cinq '^. » Mais ils jouissaient en revanche de prérogatives recherchées alors par tout le monde & qui devenaient précieuses surtout pour des hommes nouveaux, à peine sortis des chaînes de l'esclavage dont ils gardaient encore
" Elle était, à Assises, de 200 sesterces, qui devaient être versés au trésor municipal, (/n rem publicam, Orelli , 11° 2983.)
=>» Ce n'était même que par une sorte de faveur, émanée directement du palatium, que les seviri de telle ou telle ville obtenaient le droit de se donner une caisse commune, que semblait impliquer la constitution de leur collcgium n nr{i)
Au^'(ustales) socii (ceux de Brixi,i), quibus, ex permissu Div(i) pii, arcam habere permiss{um). (Orelli, ig\3.)
'î M. Herzog, qui a signalé l'un des premiers (Gallia Narb. p. 202) la distinction sur laquelle nous insistons ici, remarque avec raison que les collegia Seiirorum ne se donnaient jamais de patrons spéciaux, probablement parce qu'ils étaient protégés, à leur titre d'ordo municipalis, par le patron du municipe ou de la colonie.
'** Voici quelques-uns de ces énoncés, empruntés aux grands recueils cpigrapbiques : Decuriones, Aui;uslales, populus. — Decttrioncs, Auifustales. plebs universa. — Decuriones, Seviri, plebs utriusque sexus. — Ordo decurionum, Sexviro-
rum, plebs. — Decuriones, Seviri, municipes & incolae ,
pass.
»5 Le titre de perpetuus , que l'on rencontre énoncé
dans plusieurs textes, à la suite du mot si^i'iV (V. p. 33), n'implique-t-il pas une exception que l'on n'aurait point exprimée si le fait eût été général, une faveur analogue à celle de primus Augustalis & que n'obtenaient point tous les membres du collegium?
'« MouMSEN, Inscript. Neapolitan, n" 2527.
la marque. C'est ainsi qu'ils avaient des places réservées au cirque & au théâtre, qu'ils siégeaient audessous des décurions dans les repas publics & qu'ils prenaient part, avec ou sans eux, aux distributions d'argent" qui suivaient ces repas annuels, fondés d'ordinaire par un riche testateur qui payait ainsi des honneurs publics demandés & obtenus par lui. Dans certaines fêtes & dans certaines villes, ils marchaient, comme les décurions, précédés de deux licteurs armés de la hache & des faisceaux ". Ceux auxquels ne suffisait pas ce titre sonore de Seviri Augustales qu'ils faisaient graver en grosses lettres sur leurs tombeaux [yivit, Vivus, Viv,, V., Sihi, &c,) en y joignant le nom & les surnoms de la ville à laquelle ils appartenaient (Illlll VIR ■ AVG • C. I. P. C. N. M.) pouvaient briguer le même titre dans celles du voisinage & joindre ainsi deux ou trois sévirais à celui de leur ville natale ". Ils obtenaient même de certaines curies complaisantes ou besogneuses le titre de décurion honoraire, qui leur donnait le droit de porter, aux jours de fête, le costume & les insignes des membres de la curie '". Les fonctionnaires impériaux, qui trouvaient dans les sévirs des citoyens toujours soumis, dévoués sans examen à l'autorité dont ils étaient les prêtres en même temps que les sujets, se montraient complaisants à leur tour pour ces vanités de parvenus, qui n'avaient rien de blessant, à tout prendre, que pour les familles de l'ancienne aristocratie municipale, éclipsée par eux dans leurs maisons comme dans leurs tombeaux. A l'exemple des empereurs, devenus les patrons publics des faibles & des humbles, ils prenaient volontiers en main leurs intérêts contre les magistrats municipaux avec lesquels ils avaient souvent maille à partir. Ils se montraient favorables aux affranchissements qui avaient pour résultat d'accroître le nombre des affranchis & d'augmenter par suite l'importance que la fortune leur assurait , dans certaines villes surtout, où le commerce & l'industrie paraissent avoir passé de très-bonne heure entre leurs mains ".
s7 ,5 sportuQae) n(omine) s{ingulis) Sevir(is) X (de-
narios) nu. (Voir passim notre Kecueil des Inscriptions de Narbonne.)
'8 In postibus triclinii fasces erant cum securibus Jixi. (PÉTRON. Satyricon, c. 3o.)
=9 C'est ainsi que le sévir Nemausensis, C. Aurclius Partbenius, s'était fait nommer Sévir Atigustal à Lyon, à Narbonne, à Orange « & sans rien payer nulle part. » {Inscript. Nemaus. chez M. Herzog, n» i83.)
3» Voir les inscriptions de Nimes, où l'on trouve beaucoup de Seviri Augustales ornamentis decurionalibus honorait. {Ibid. n- i83 à 1S8.)
3" Voir, dans notre Recueil épigraphique, les nombreuses inscriptions d'affranchis que l'on découvre encore tous les jours à Nimcs & surtout à Narbonne.
An :
A-pollonius, &c. ' Ce dernier se rendit si recommandable par ses libéralités 8t par ses services que, pour en éterniser la mémoire, ses collègues lui firent dresser une statue aux dépens de leur trésor commun, composé des dons & des offrandes que le peuple superstitieux faisoit à l'autel d'Auguste. Nous remarquerons à ce sujet que c'est mal à propos que Catel a retranché, dans plusieurs inscriptions qu'il a rapportées le premier Si le dernier des deux II numériques posés de la manière suivante : Iiiiil, ce qui désigne ces sévirs augustales : cet auteur aura pris peut-être ces deux II numériques pour des parenthèses, parce que, en effet, ces chiffres sont plus grands que les quatre autres qu'ils renferment.
Les villes^ de Nimes, de Béziers, d'Uzès 8c plusieurs autres de la Province donnèrent, à l'exemple de Narbonne, des marques de leur zèle Si de leur vénération pour Auguste; elles lui dédièrent des temples, lui firent dresser des autels, établirent des collèges de flamines ou de sévirs augustales, 81 firent frapper des médailles à son honneur. La ville de Nimes se distingua entre autres par l'établissement d'un collège de flaminiques augustales, outre celui des sévirs, pour le culte du même empereur. Une ancienne inscription de Béziers fait encore mention^ d'une flaminique ou prêtresse de Julie Auguste, c'est-à-dire, comme on l'expliriue, de Livie, femme de ce prince, qui (juitta ce nom pour prendre celui de Julie, suivant le testament de l'empereur, son époux. On infère de cette inscription que la colonie de Béziers fit bâtir un temple 8c institua des prêtresses pour honorer cette princesse comme une divinité, 8c on prétend qu'elle en avoit fait construire un autre à l'honneur d'Auguste ''.
A en juger par des indications chronologiques, que ce ne serait pas le lieu de discuter & d'apprécier ici, l'institution aurait été en pleine efflorescence dans les grandes villes de la Narbonnaise dès le milieu du premier siècle de notre ère. L'importance & la richesse de leurs confréries, florissantes encore au temps des Antonins, n'y auraient décliné réellement qu'à partir du troisième siècle, où la hiérarchie municipale des orjines allait disparaître comme les incapacités sociales & politiques de l'ancienne société romaine, sous le niveau de la législation impériale, qui ne reconnaissait plus, à partir du règne de Caracalla , que deux classes d'hommes dans l'empire : celle des esclaves d'où l'on sortait toujours par l'affranchissement^', 8c celle des Cives Romani, réduits au rôle légal de sujets sous l'omnipotence du pouvoir impérial.
' Voir, au tome II, le Recueil des inscriptions de la Province.
Grasser 8t Guiran, Antiijuitates Nemausenses. — Andoque, Histoire de Béliers, p. 9 & suiv. — Voir tome II, le Recueil des inscriptions de la Pro-
'" Voirpassim les Codes Tht'odosien & Justiiiieii.
vince. — Hardouin, Opéra, p. 704. — Gruter, Corpus inscriptionum, p. 23 1, n°' il & 1 2 ; p. 323, n. 11.
' Andoque, Histoire de Béliers, p. 10.
' Il est incontestable que les grandes villes de la Narbonnaise ont eu de très-bonne heure ' des temples dédiés à la divinité de l'empereur & un culte public organisé dans chacun de ces temples. Il ressort même du témoignage irrécusable des inscriptions antiques que plusieurs de ces villes ont déifié & adoré simultanément divers membres de la maison impériale (ou de la maison divine : domus divina, comme on allait l'appeler), dont le culte se trouvait ainsi associé dans la même ville & quelquefois dans le même temple à celui de l'empereur régnant '.
' Apres la mort d'Auguste & mcmc de sou vivant, couiine l'indique le mot célèbre de Tacite, confirmé lui-même par des inductions de plus d'un genre : Nihil deorum konoribus relictum, cum se templis tir effigie numintim per famines & sacerjotes coli vellet. (Tacit. Ann. 1. 1, c. 10.) Jules César n'avait-il pas eu, avant Auguste, ses temples à fronton, ses statues, son pulvinar & ses famines? (Cic. Philippic. 1 1. 43, IIO.)
* C'est ainsi que la ville de Béziers, s'il faut en juger par deux inscriptions malheureusement perdues, aurait eu son culte de Livie (lulia Aug-Huta) à côté de celui d'Auguste. Elles ont été publiées par Andoque {Catalogxte des Evesques de
An 2
Outre les sévirs dont on vient de parler, il y en avoit d'autres qui prenoient le titre de flamines augustales de la province Narbonnoise. C'étoient
Les prêtres de ces divers cultes étaient désignés, comme ceux des grands dieux à Rome', sous le nom de flamines ou de flaminiques *, suivis du nom de l'empereur ou de celui du prince auquel le culte
était dédié : Flamen iivi Augusti, item Drusi &
Germanici caesarum (Nemaus.). — Flamen Germanici caesaris (Vienn.) '. Ailleurs on les trouve désignés sous le titre de Flamines August. ou Divi Augusti; quelquefois sous celui de Flamines Romae & Augusti (Keiis, Nemaus.) qui doit remonter lui-même aux premières années de l'Empire, car il rappelle de très-près la légende (ROM[ae] et AVG[usto]; du célèbre autel dédié à Auguste, & de son vivant, par les soixante nations de la Gaule Chevelue. (Voir plus haut, pp. 267-272.) Ce ne sera que postérieurement au règne de Tibère*, que ces cultes municipaux, marqués à l'origine d'un certain caractère de spontanéité & d'originalité locale, se façonneront les uns sur les autres, comme paraissent l'avoir fait, dans une sphère inférieure, les collèges des sévirs augustaux, & que leurs prêtres seront uniformément désignés sous le titre àe Jla~ men Augusti , flamen Augg. [Augustorum] , flamen Auguslalis, souvent même sous celui de flamen tout court, qui ne peut s'appliquer, ainsi énoncé, comme l'a remarqué avec raison M. Ernst Herzog', qu'au culte de l'empereur ou des empereurs, devenu le culte officiel de la plupart des villes provinciales.
Quoique les inscriptions auxquelles nous en sommes à peu près réduits ici ne nous apprennent pas grand chose sur l'organisation intérieure de ces cultes officiels, on reconnaît pourtant à plus d'un indice que les fonctions de flamine n'étaient jamais confiées qu'à des personnes d'un rang élevé, dont la plupart exerçaient ou avaient exercé les hautes magistratures de leur cité '. Electifs, comme
Béliers, p. 10) & paraissent très-authentiques, l'une & l'autre, quoique -M. Herzog ne les mentionne point.
i Maximae dignationh flamen Dialis est inter quindecim flamines. (Festus, p. 1 5+.)
* Car les femmes y étaient admises comme les hommes, quelquefois même à leur place, s'il faut s'en tenir aux indications & aux inductions que nous fournissent jusqu'ici les textes épigraphiques.
5 C'est de la même manière que l'on dira plus tard : Flamen Neronis; Flamen divi Claudl; divi Titi; dtvi Traiani Parthici, &c. (Inscr. pass.)
6 Tiberius flamines sibi decerni prokibuit. (Sueton. Tib. 26.) Ce qui n'a point empêché certaines villes espagnoles de lui élever de son vivant des statues & des temples avec des prêtres affectés à son culte : f/(amen) ri(berii) Caesaris AugiasU), comme nous l'apprennent les Indices de M. Em. Hûbner. (Inscr. Hisp. ind. pass.)
1 Oaltia Narbonensis, p. 235.
• Voir à ce sujet les inscriptions citées par M. Herzog ou reproduites par lui dans son Appendix epigrapliica (pass.).
l'étaient chez les anciens les prêtres de tous les cultes, ils auraient été élus aussi par le conseil des décurions, s'il faut en juger par deux inscriptions de la ville de Vienne, les seules, il est vrai, où ce mode d'élection soit formellement énoncé'. Quelques-uns d'entre eux ajoutent à leur titre de flamine l'épithète de perpétuas, que la plupart négligeaient de mentionner. Il y a toute raison de croire pourtant que leurs fonctions étaient viagères, puisque l'on ne trouve presque jamais de numéro d'ordre (1 1 iis, /rer[um], fer[tium]j accolé au titre de flamine ou à celui de flaminique'", & que tous ceux dont les inscriptions nous ont conservé les noms paraissent être morts dans l'exercice de leurs fonctions.
Ce que l'on peut au moins regarder comme certain, c'est que les plus grandes villes de la Province ne possédaient qu'un seul flamine ou qu'une seule flaminique en titre, & que le même dignitaire pouvait être chargé de présider au culte de l'empereur & à celui des princes de la maison divine auxquels la ville avait élevé des autels ". Il faut donc renoncer absolument à ces prétendus collèges de flamines ou de flaminiques, que les Bénédictins confondent visiblement avec ceux des sévirs augustaux & dont ils croyaient, par suite de cette erreur, ressaisir les traces dans la plupart de nos grandes villes. Le nombre considérable de flaminiques que paraît avoir possédé la ville de Nimes ", s'expliquerait, si le hasard n'y est pour rien, par l'habitude plus régulière qu'ailleurs d'associer les femmes des flamines au culte du nouveau dieu, & par l'ardeur vaniteuse avec laquelle les plus grandes dames de la ville [matronae) recherchaient ici ces fonctions religieuses dans lesquelles elles se seraient succédé presque sans interruption pendant un ou deux siècles. A Béziers, dont la constitution rappelle à la fois celle de Nimes & celle de Narbonne, on trouve, à côté des flamines en fonction, des augures & des flamines honoraires dont l'existence
9 C(<3io) Passerio, P{ublii) F(ilio) , Vol{tinia tribu) , A{fro) , lrib(uno) militljim) l^g(ionis) xxii , ïïîï viro , flam{ini) Divi Aug(usti) d{ecreto) diecurionum) flam'ini) Germ(anici) Cae(saris),&c. (Chorier. Antiquités de Vienne,
édit. de 1828, p. 52i.) D(ecreto) diecurionum), Flami-
nica Viennae. (Chorier. p. 186.)
"* M, Herzog, qui dit jamais (l.l. p. 234), oublie visiblement le texte suivant que je revoyais  Narbonne il y a quelques jours & qu'il a publié lui-même : U Kuteno Veien-
to{ni) — M virio), q(uinquennali) — flamini primum
(Append. epigr. n" 22.)
" Voir passim, les témoignages des inscriptions que nous avons citées.
" On n'en compte pas moins de huit dans V Appendix epigraphica de M. Herzog (n" l3o-i49, '55), qui doit en omettre plus d'une.
ceux' des principales villes, comme de Narbonne, de Nimes, de Vienne, Sic, dont l'institution venoit sans doute des fêtes 8t des dédicaces des temples que les provinces célébrèrent en corps & instituèrent à l'honneur d'Auguste, ou des sacrifices qu'on oftVoit, les Jours solennels, au nom de toute la Province & des peuples qui s'y rendoient de toutes parts. Ces sévirs étoicnt pour l'ordinaire des personnes de mérite Si de considération. Séverin, qui étoit flamine ou sévir de la province Narbonnoise à Nimes, étoit en môme temps tribun ou colonel de la huitième légion*, ce qui prouve que les habitans de la Province
An 1
nous est .ittcstie par le texte suivant, d^couTert à Béziers en 1869, postérieurement i l'époque où M. Hcrïog a publié VAppcniix cpigraphica qui sert de base à son livre.
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C(aio), Cassii filio , Pup(inea tribu) Primo ) duumviro, augurii otn\amcntis\, flainonii ornamcn[tij| honorato, praef|rcto]cohort(i) primaeRae- [torunij. — Ce beau texte, que nous avons étudié l'automne dernier [1872] à Béziers, sur le marbre original, avait été- publié dès l'année 1870, avec quelques variantes de lecture & d'interprétation, par M. Louis Noguicr, dans le Bulletin de la Soci/té archéologique de Béliers, p. 1 80 à 181. |K. B.|
' Grasser & Cuiran, Anti^uitates Nemausenses. — P. de Marca, Dissert, de Primalu. — Spon, Mlscellanea, p. 2o!l. — Voir, au tome II, le Recueil des inscriptions de l.i Province.
' Les détails que les Bénédictins donnent ici sur l'état de la Narbonnaise 81 sur les personnages qui, selon eux, y auraient exercé des fonctions publiques ou religieuses, leur ont été Tournis par les inscriptions recueillies en si grand nombre dans le sol de la Narbonnaise, principalement à Narbonne Se à Nimes; mais, de leur temps, la science épigraphique n'avait pas acquis le degié de certitude qu'elle a atteint de nos jours. Des travaux plus récents ont permis, les uns de déterminer plus exactement certains points restés obscurs, les autres de modifier ou de changer les idées 81 la manière de voir des savants sur le gouvernement, l'organisation sociale 8( les mœurs des Romains. Aussi trouve-t-on, dans les chapitres qui précèdent & dans les suivants, de fausses attributions 8i des faits erronés. Une note ' a donné le résumé de ce qu'on pense aujourd'hui des Augustales; nous dirons ici quelques mots des associations particulières 8( privées, composées d'ouvriers
■ Voir fia» haut, p. ]7.t & suiv
8c de gens de métier, ou constituées dans un but funéraire [Collegia, sodalieia, eollegia funeratieia), qui jouèrent un si grand rfile dans la vie des Romains 81 qui, faute d'avoir été suffisamment connues au siècle dernier, ont trompé les Bénédictins en leur faisant, plus d'un* fois, considérer comme des officiers municipaux ou comme revêtus de fonctions publiques des personnages qui n'ont jamais exercé que les humbles fonctions de président ou de questeur d'une association privée*.
Un des plus grands besoins que paraissent avoir éprouvé les Romains est celui de se réunir; de là ces nombreux collèges ou associations ouvrières (eollegia) 81 ces confréries religieuses appelées sodalités (sodalieia) qui, de Rome, se répandirent rapidement dans presque toutes les provinces d« l'Empire. Ils se multiplièrent surtout en Orient, en Italie 8( dans les Gaules, pajrs riches, où Aorissaient le commerce 8c l'industrie. Nimes Se Narbonne en avaient un grand nombre, comme le prouvent des inscriptions connues depuis longtemps Se celles que la main des hommes ne cesse de tirer du sol. Ces collèges ou associations nt différaient guère entre eux que par leur plus ou moins d'importance } leur organisation était partout la même; elle était calquée sur celle de la cité ou du miinicipe romain, le collège étant considéré comme une petite cité, une cité particulière dans la cité véritable : même constitution, mêmes lois, mêmes officiers. La société se choisissait, en effet, des chefs dont les fonctions se ressemblaient beaucoup, quoique leur nombre 81 leur nom diflériit souvent d'un collège à l'autre. On les appelait , tantôt maîtres ou présidents (magisiri , quinquennales) , tantôt administrateurs (euratores). Au-dessous d'eux se trouvaient des questeurs chargés d'administrer la fortune de la société 8c d'autres officiers d'une moindre importance. Ils jouissaient tous de certaines préroga-
» Voir sur le» OMOciolion» privdcs tlici les Romains Mominscn, de Cntlegiit & suJaliciit Romjnorum, Kiel, 1X4.'). — Il 0 i{i publiii sur le iiiOinc sujcl , dans la Revue Jet Deux Mon^len (dviccmbrc 1871), un intiircssnnl travail de M. (iasloii Hoissicr, inlilulè le» Asincialioni ouvrlt^rc» ehei les Homaint. Nous lui avons cmpriinlt!, en le résumant, une partie de» faits qui composent cette note.
An
étoient admis aux principales charges militaires de l'Empire. Nous en verrons dans la suite d'autres exemples. La Narbonnoise fournit aussi des gens de
tives ; ainsi, dans les repas de corps, ils recevaient une meilleure portion que les autres associés & leur nom figurait en tête de Valbum ou liste officielle des membres, liste tenue avec soin & revisée tous les cinq ans comme celle du sénat romain & des conseils municipaux des villes de province.
Le motif qui donnait le plus souvent naissance à un collège était une occupation commune, un même genre de vie; ainsi chaque corps de métier avait son association, qui portait son nom. Les charpentiers, /airi tignarii, les marchands de bois, dendrophor'ïj les patrons de radeaux ou de barques, scapharii j les boulangers, pistores ^ les armateurs de navires ou nautae, sont ceux dont les noms figurent le plus souvent dans les inscriptions.
L'exercice ou la protection d'une industrie commune n'était pas toujours le seul but que se proposaient les associés, corporati, puisque beaucoup de collèges comptaient dans leur sein des membres actifs dont la profession ou la position sociale ne répondait en aucune façon au nom que portait le collège. Le but véritable des associés était alors de se réunir pour vivre avec leurs amis, trouver hors de chez eux des distractions & se rendre ainsi la vie plus agréable. Dîner & se réjouir ensemble, tel était en réalité le grand but que se proposaient toutes les sociétés romaines.
Le lieu où se réunissaient les membres s'appelait la scholi. Si le collège avait une importance réelle, s'il était de ceux auxquels les magistrats accordaient des privilèges & certaines prérogatives, les dècurions concédaient aux confrères, pour la construction de leur schola, un emplacement sous le portique d'une basilique ou sur un terrain municipal; souvent cet emplacement était donné par un riche particulier auquel on avait accordé le titre de protecteur de l'association. L'entretien de ce monument était un des grands soucis des dignitaires & des sociétaires; les riches faisaient à cet effet des donations spéciales; ils en faisaient surtout pour la décoration du petit temple qu'il renfermait & qui en constituait la partie la plus importante. Ce temple était orné avec le plus grand soin; on y trouvait, non-seulement l'image de la divinité protectrice de la société, mais encore celles d'autres dieux qui, en apparence, n'avaient aucun rapport avec elle. C'était là que les associés se réunissaient pour prendre les décisions importantes & procéder aux élections. Un fonctionnaire, nommé aedituus, sorte de sacristain, était chargé spécialement de l'entretien du temple.
La religion, comme on le voit, occupait une grande place dans toutes ces associations. Ce qui,
chez les peuples antiques, constituait la cité, c'était l'adoration du même dieu, & les collèges étant constitués sur le modèle de la cité, c'était également par un culte commun qu'ils affirmaient leur existence. Quoique, à l'exemple de ce qui se passait dans la cité, le culte diit être accompli d'ordinaire par les magistrats de l'association, quelques-unes se donnaient cependant des prêtres spéciaux. On en trouve dans celles qui sont attachées à la célébration des jeux publics. Celles des mimes & des athlètes grecs avaient à leur tête un grand -prêtre & se donnaient le nom de Saint- Synode. Ce sentiment religieux, manifesté par les associations romaines, fut réel & très-intense au commencement; il avait fini par s'émousser dans les derniers temps. Mais si les associés n'avaient plus la foi primitive, ils conservèrent toujours le culte & les pratiques religieuses.
Une cause qui, d'ailleurs, rattachait les collèges à la religion, était le soin qu'ils prenaient de la sépulture de leurs membres. Les funérailles étaient, dans l'antiquité, un acte essentiellement religieux. On croyait fermement que ceux-là seuls jouiraient du repos & du bonheur dans l'autre vie, qui avaient été ensevelis selon les rites; aussi prenait-on un soin particulier pour se préparer un tombeau ; c'était le souci de tout le monde; on y songeait d'avance pour n'être pas pris au dépourvu; on tenait surtout à être enterré auprès des siens, dans des sépultures de famille. Les collèges qui, pour les pauvres gens, remplaçaient souvent la famille, avaient été amenés à construire pour leurs membres des sépultures communes. Après avoir passé la vie ensemble, dans les mêmes travaux & les mêmes plaisirs, c'était une consolation de savoir qu'on reposerait dans la même tombe. Un tombeau commun était alors construit, grâce ordinairement aux libéralités que les protecteurs faisaient aux collèges qui les avaient nommés.
Cette pratique, habituelle aux membres d'un même collège, de partager la même sépulture, amena peu à peu la création de sociétés qui n'eurent d'autre but que de fournir à peu de frais une tombe à leurs membres. Ces sociétés, que l'on appelle funéraires, étaient fort nombreuses. On en distingue deux groupes principaux. Le premier a laissé des monuments nommés coîumharia; ce sont des édifices souterrains dans les murs desquels on creusait de petites niches qui contenaient une ou deux urnes. A l'origine, ces columharia étaient destinés à réunir après leur mort les affranchis & les esclaves des maisons riches. Plus tard, les gens qui n'avaient pas de tombeaux de famille
lettres qui se rendirent recommandables dans le siècle d'Auguste. Fabius, dont nous devons la connoissance à un ancien commentateur d'Horace , se distingua, sous le règne de ce prince, par ses écrits sur la secte des stoïciens'. Il étoit natif de Narbonne & avoit été partisan de Pompée. Il paroît, par un coup de dent qu'Horace lui donne, dans une de ses satires, que ce poëte, qui le traite de grand 'parleur, n'étoit pas son ami, & qu'ils avoient eu quelque démêlé.
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Ed. origin.
regardèrent comme avantageux de trouver place dans ces édifices qui résistaient mieux au temps 81 à la malveillance qu'une pauvre tombe isolée, placée sur le bord d'un grand chemin. Aussi l'habitude de s'associer pour faire construire un columèarium à frais communs devint-elle de plus en plus fréquente. Les associations de ce genre ne prennent jamais le nom de collège, elles portent celui de sociétés (sodaîicia) , & ceux qui les composent se contentent du nom général de socii, sans y rien ajouter. Elles sont cependant entièrement organisées comme les collèges ordinaires; elles ont leurs administrateurs qui font construire le columharium, leurs questeurs, chargés de surveiller la caisse commune, leurs décurions, &c. Les gens qui sont enterrés dans ces columharia appartiennent à des conditions très-différentes, & toutes les professions y sont- représentées.
L'autre groupe de sociétés funéraires comprend des associations qui se distinguent des premières par la façon dont on les désigne ordinairement; leurs membres prennent le nom d'un dieu dont ils se disent les adorateurs (cultores Jov'iSj cultores Herculis, cultores Urae fontis). On les avait prises, jusqu'à ces derniers temps, pour des collèges purement religieux, institués pour honorer le dieu dont ils prenaient le nom. M. Mommsen, le premier, a démontré que les associations de ce genre n'étaient autre chose que des sociétés funéraires. On ignore pourquoi elles ne portent pas le même nom que les autres, on sait seulement qu'elles sont d'une époque plus récente. Les coîumbar'ta élevés par des sociétés collectives appartiennent au commencement du premier siècle de notre ère, & on ne trouve pas de traces des sodalités, dans les inscriptions, avant Nerva. L'organisation de ces dernières présentait aussi quelques différences, dues à la manière dont elles percevaient les fonds nécessaires à leur existence. Pour suffire aux frais des funérailles, chaque associé reçu dans le collège versait une certaine somme, à titre de droit d'entrée, & tant qu'il faisait partie de l'association, il payait une cotisation mensuelle qui n'était jamais très-èlevée, surtout, comme il arrivait souvent, quand le collège était composé de pauvres gens, d'affranchis & d'esclaves. Ces cotisations & le droit d'entrée réunis étaient loin de
suffire aux frais qu'aurait exigés la construction d'un columbarium ; aussi les membres d'une semblable association n'en construisaient-ils point. Lorsqu'un confrère mourait, la société payait à celui qu'il avait institué son héritier une somme pour lui acheter un tombeau ou une place dans un columbarium étranger. Cette somme, appelée /uneraticium, variait suivant la richesse du collège; on en prélevait une partie pour être distribuée auprès du bûcher à ceux des confrères qui assistaient aux funérailles 8t qui avaient voulu faire honneur au défunt par leur présence.
En principe & aux termes d'un sénatus-consulte, mentionné par Marcianus dans'le Digeste, les confrères se réunissaient une fois par mois pour payer leur cotisation ; ils ne pouvaient le faire plus souvent. Tandis que les anciennes sociétés funéraires n'avaient qu'une existence temporaire, qu'elles pouvaient prendre fin après la construction du columbarium, les nouvelles, au contraire, avaient une raison de durer toujours : le fonds social n'était plus fait en une fois, il s'alimentait par des cotisations mensuelles. Or les associations perpétuelles offraient des inconvénients que ne présentaient point les anciennes; de là, pour les Romains, la nécessité de réglementer les premières 8c la condition imposée aux membres de ces sociétés de ne pas se réunir plus d'une fois par mois. Dans la suite, la législation se montra, en fait, beaucoup moins sévère, on peut dire même qu'elle leur accorda la liberté la plus entière. Elle n'avait pas défendu de se réunir pour un motif religieux, 8i les confrères pour lesquels les réunions mensuelles étaient devenues une distraction puissante, cherchèrent bientôt les occasions de se réunir plus souvent; les fêtes religieuses servirent de prétexte, 8t comme elles n'étaient jamais trop nombreuses, au besoin, quand elles manquaient, on en faisait naître. Dans ces réunions, on dînait en commun. Il arriva ainsi que les associations, fondées en vue de la mort, prirent une grande place dans la vie, 81 il fallut des lois somptuaires pour régler l'ordonnance des repas qui, parleur renouvellement fréquent 8i leur prodigalité, finirent par créer un véritable abus.
' Voir Horace, edit. varier, lib. I , satira 1 , v. 14.
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III, — État de la Province sous Tibère. — Votiénus Montanus, natif
de Narbonne.
La vénération des Gaulois pour Auguste augmenta beaucoup lorsque, après sa mort, Tibère, son fils adoptif Se son successeur, eut fait faire son apothéose, ce qui servit beaucoup à étendre le culte de cette prétendue divinité. Tibère succéda aux inclinations bienfaisantes de cet empereur, 8(. la ville de Narbonne lui fut redevable, selon les conjectures d'un ' moderne, du rétablissement de son capitole Se de ses poids. Sous le règne de ce prince, Aulus Vibius Avitus, après avoir été consul, gouverna l'Aquitaine sous le titre de président que lui donne ^ Pline, & qu'on donnoit déjà indifféremment aux gouverneurs des provinces, soit qu'ils fussent proconsuls, propréteurs, ou seulement lieutenans de l'empereur. Strabon^, qui vivoit dans ce temps-là, donne aussi le titre de généraux i3Tpirr,v;j;i ou commandans à ceux de la Narbonnoise, en parlant de l'indépendance de la ville de Nimes, avec ses vingt-quatre bourgs, des gouverneurs de la même province.
Il paroît que la Narbonnoise fut florissante sous le règne de'* Tibère, Se ([u'elle jouissoit alors d'une paix profonde. Suivant la description que le même Strabon fait de cette Province, on y cultivoit les arts St les sciences, £<. ses habitans étoient aussi polis que les Romains, dont ils parloient communément la langue. Le port de Narbonne étoit le plus considérable du pays, & cette ville, qui étoit la métropole de toute la Province, surpassoit par son commerce toutes celles des Gaules. Nimes étoit une ville moins considérable que Narbonne, mais son commerce n'étoit guère moins étendu; elle étoit d'ailleurs très-recommandable par le gouvernement de sa république. Les habitans de Toulouse'', plus pacifiques que leurs ancêtres, donnoient alors tous leurs soins au règlement de leur police, à l'agriculture Se au commerce, que la situation de leur ville au milieu de l'isthme formé par les deux mers Se dont l'étendue étoit d'environ trois mille stades dans l'endroit le plus étroit, favorisoit beaucoup. Béziers tenoit enfin le quatrième rang parmi les villes de cette partie de la Narbonnoise qui est en deçà du Rhône. Strabon remarque qu'on voyoit moins de villes le long de la mer, à cause de l'exposition de la plage aux vents du midi ou d'Afrique. Telle est la description que ce géographe, contemporain de Tibère, fait de cette partie de la Province.
Les mines d'argent qu'on voyoit, suivant le même auteur, dans le Gévaudan Se le Rouergue, pays de l'Aquitaine voisins de la Narbonnoise, contribuoient à enrichir ces deux provinces ; mais ces richesses ne servoient qu'à fomenter la cupidité Se l'avarice des gouverneurs. La rigueur avec laquelle ils exigèrent
' Hardouin, Opéra, p. i\z. ^ Voir ci -dessus, p. 1|5 & suiv., la note sur
' Pline, I.-34, c. 18. Narbonne; p. i5i & suiv. celle sur Nimes, &
' Strabon, 1. 4, p. 187, [édition Didot, p. i55]. p. 1 67 & suiv. celle sur Toulouse, où se trouvent
■• Ibid. [édition Didot, p. 157]. réunis, sur l'histoire & le commerce de ces villes,
— Pomponius Mêla, de Situ orbis. — Martial, 1. 8, des renseignements beaucoup plus précis que ceux
epigram. 72. donnés par les Bénédictins. [E. M.]
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la levée des impôts, sous le règne de Tibère, excita dans les Gaules une révolte si générale, que soixante-quatre peuples prirent les armes. Tacite', qui fait mention de cette révolte, ne marque pas si ceux de la Narbonnoise furent du nombre des rebelles : peut-être qu'étant soumis au gouvernement du peuple romain, tandis que les trois autres provinces des Gaules obéissoient aux gouverneurs qui commandoient au nom de l'empereur, ils furent moins exposés aux vexations des favoris de ce prince qui avoient ordinairement l'administration des provinces de son département. Il paroît du moins qu'Antistius Labéo, qui gouverna^ la Narbonnoise vers ce temps-là, s'attira l'affection des peuples. Il avoit obtenu ce gouvernement sous le titre de proconsul, quoiqu'il n'eût encore exercé que la charge de préteur. Le désir de s'adonner tout entier à l'étude des belles lettres Si des beaux arts lui avoit fait refuser les honneurs du consulat sous l'empire d'Auguste; il mourut dans un âge ("^f "''f'jo fort avancé. Pline fait mention du goût qu'il avoit pour la peinture. On le fait auteur de plusieurs ouvrages, 8c entre autres de quinze livres sur les disciplines étrusques.
Un^ des plus célèbres personnages qui illustrèrent dans Rome le règne de Tibère, fut Votiénus Montanus, natif de la ville de Narbonne, homme également recommandabie par les qualités du cœur & de l'esprit. Il se distingua surtout par son goût pour l'éloquence 8(. pour la poésie, St passoit, au rapport de Tacite, pour un des plus excellens génies de son temps. Nous apprenons de Sénèque qu'il fut accusé devant l'empereur Tibère, à la sollicitation de ses propres concitoyens, c'est-à-dire des habitans de la colonie de Narbonne : nous ignorons le sujet de cette accusation, à moins que ce ne soit ce qui le fit déférer pour avoir parlé en public des désordres de ce prince, dont chacun s'entretenoit en particulier. Tibère fut d'autant plus piqué de cette dernière accusation, qu'il eut le désagrément d'entendre réciter en plein sénat, d'une manière fort crue, par le délateur de Votiénus, tous les déréglemens & les infamies que ce dernier lui reprochoit, & dont il ne se sentoit que trop coupable : aussi déchargea-t-il sa colère sur cet illustre Narbonnois, qu'il relégua dans les îles Baléares ou de Majorque, où il mourut environ deux ans après '*.
Le dépit que Tibère conçut, à cette occasion, des discours trop libres qu'on An 26
' Tacite, ^rtrtaZfS, 1. 3, c. 40 & 47. tamment la suivante, que les épigraphistes du
' Pline, 1. 35, c. 7. — Hardouin, Opéra, in indice seizième siècle avaient défigurée en séparant mala-
auctorum, t. 1 , p. 95. droitement le V du reste du mot auquel il appar-
' Sénèque, Controvers. 5, 1, 7. — Eusébe, Chro- tient :
nicon. — Martial, 1. 8, e/iigram. 72. — Tacite, ^n- 1^ , VOTIFNVS
naJfSj 1. 4, c. 42. — Voir Serviez, /cj //ommcj i7/us- L • L ' PVDENS
tre, Je Languedoc, f. 26. FADIA • D . L
' A défaut de témoignages directs sur le person- i r- c v t i a nage célèbre à plus d'un titre dont les Bénédictins
résument ici l'histoire, on retrouve à Narbonne L(ucius) Votiénus, L(ucii) l(ibertus), Pudens;
le nom de sa famille dans plusieurs épitaphes Fadia, C(aiae) l(iberta), Licentin. (Gruteb, p. 1002,
d'hommes libres ou d'aCranchis. Nous citerons no- 7, a Scaligero.) [E, B.)
tenoit sur sa conduite, contribua beaucoup à la résolution qu'il prit de se retirer dans l'île de Caprée pour y mieux dérober au public la connoissance de ses dissolutions & de ses débauches dans lesquelles il vécut encore plusieurs années. Selon quelques inscriptions', ce prince fit réparer les chemins & les édifices publics de la Narbonnoise ; il paroît du moins que le chemin
d'Arles à Nimes fut refait la trente-deuxième année de sa puissance tribuni-
An 3o tienne, ou l'an 3o de J.-C.