‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 279 sur 553 · V. — Les Gaules opprimées sous Caligula · texte numérisé non relu

V. — Les Gaules opprimées sous Caligula

Les Gaules ne sentirent jamais mieux la perte d'Auguste & de Tibère que sous l'empire de Caius Caligula, leur successeur. Ce prince, dur 81 cruel à l'égard des principaux seigneurs gaulois que ses prédécesseurs avoient comblés d'honneurs & de biens, en fit périr un grand nombre durant le séjour qu'il fit dans le pays, sans autre crime de leur part que d'être riches, ni d'autre motif de la sienne que de s'emparer de leurs richesses '. Il périt enfin

' Tacite, Annales, 1. 1 1 , c. 24. — Dion Cassius, 1. Sp, p. 656.

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lui-même aussi cruellement qu'il avoit fait périr les autres ; il fut massacré par ses propres officiers qui, par ce genre de mort, vengèrent l'Empire des cruautés qu'il avoit exercées sur tant de personnes. Valérius Asiaticus, issu d'une des premières familles de Vienne, dans la Narbonnoise, qui devint ensuite consul, & que ce prince avoit indignement déshonoré, eut beaucoup de part à sa mort.

VI. — L'empereur Claude fait l'éloge des sénateurs de la Narbonnoise 6- leur

accorde un privilège singulier.

Claude, oncle & successeur de ce prince, fit autant de bien à toutes les provinces des Gaules, que Caligula leur avoit fait de mal. Ce nouvel empereur, qui étoit natif de Lyon, fit réparer, dès la deuxième année de son con-

^j^~^ sulat, les chemins de Narbonne à Nimes, & de Nimes à Arles. Pour' marquer son affection & son estime pour les Gaulois des trois provinces (Galliae Comatae) conquises par Jules César, il les fit admettre^ au sénat dans lequel ils n'avoient pu jusqu'alors obtenir l'entrée, quoique plusieurs fussent citoyens romains par privilège ou alliés du peuple romain, tandis que ceux de la Narbonnoise jouissoient de cet honneur depuis le même Jules César qui les y avoit introduits. Claude prit pour prétexte d'accorder cette faveur aux Gaulois de ces trois provinces l'extinction de plusieurs familles patriciennes & la nécessité d'en créer de nouvelles pour augmenter le nombre des sénateurs. Ces Gaulois se donnèrent de leur côté tous les mouvemens possibles pour se procurer cet honneur 8t se rendre les sénateurs favorables. Les anciens leur furent d'abord fort contraires, & il y eut plusieurs discours prononcés pour & contre, sur ce sujet, en plein sénat. L'empereur ayant enfin pris la parole, parla très-favorablement pour ces Gaulois : il loua surtout le zèle pour la gloire & les intérêts du sénat, 8c le mérite personnel des sénateurs de la Narbonnoise, tant de ceux qui avoient été introduits dans le sénat par Jules César, que de leurs descendans, & fit espérer que les Gaulois de la Gaule Chevelue rempliroient la même dignité avec autant de fidélité & de distinction. Il ajouta que, comme on n'avoit pas lieu de se repentir d'avoir admis les premiers, on n'en auroit pas non plus d'accorder cet honneur aux autres. Le discours.de l'empereur fit tant d'impression sur l'assemblée, qu'elle résolut de recevoir ces derniers dans le sénat. Ceux d'Autun y furent admis les premiers, tant parce qu'ils étoient déjà citoyens romains, qu'à cause de leur

An 49 ancienne alliance avec la République.

Éd. origin. Claude, voulant s'attacher de plus en plus les sénateurs de la Narbonnoise, 1. 1, p. 112. ' . . . . . .

leur fit accorder le privilège singulier de pouvoir se rendre^ quand ils vou-

droient & sans permission dans leur province, pour y demeurer & vaquer à

leurs affaires, ce que les autres sénateurs qui avoient du bien dans toutes les

' Beigier, Histoire des grands chemins Je l'Empire ' Tacite, Annales, 1. i i, c. 24. — Suétone, in

romain, p. 712 & 714. — Voir tome II, le Recueil Claudio, des inscriptions de la Province. ' Tacite, Annales, 1. 12, c. 23.

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autres provinces hors de l'Italie, à la réserve de la Sicile, ne pouvoient faire sans le congé de l'empereur. Le sénat voulut bien faire cette grâce aux sénateurs de la Narbonnoise 8c se relâcher en leur faveur de la rigueur de la loi, en considération du respect & de l'attachement (oi egregiam in patres reverentiam) qu'ils avoient pour tous leurs collègues.

VII. — Titus Vinius Rufinus, gouverneur de la Province. — Statius Ursulus,

rhéteur de Toulouse.

Les premières années de Néron, successeur de Claude, firent concevoir de '. '^

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grandes espérances du gouvernement de ce prince, qui déchargea d'abord les provinces de l'Empire de divers impôts onéreux, & dans lesquelles il établit l'ordre 8c la police : mais la suite de son règne ne répondit pas à des commencemens si heureux. Quatre ans après son élévation à l'empire, la Narbonnoise fut gouvernée par T. Vinius Rufinus' avec l'autorité de proconsul, quoiqu'il n'eût été encore que préteur. Tacite, dans le portrait qu'il fait de ce gouverneur, l'accuse de fort grands défauts, 8c en particulier d'une avarice insatiable; il ajoute cependant qu'il avoit beaucoup d'intégrité 8c de justice, 8c qu'il étoit d'une extrême sévérité. Vinius eut ensuite le commandement de la huitième légion dans l'Espagne Citérieure, où il contribua beaucoup à la révolte de Galba ^ 8c à son élévation à l'empire : ce service lui mérita la faveur de ce prince, qui lui procura la dignité de consul 8c lui donna toute sa confiance. L'abus qu'il en fit fut cause de la perte de l'un 8c de l'autre. Du temps de Néron, la province Narbonnoise donna à la république des lettres un fameux rhéteur, natif de Toulouse, appelé Statius Surculus, ou plutôt Ursulus, qu'on prétend^ être le vrai nom de sa famille. Les anciens** auteurs, contents de nous apprendre qu'il professa l'éloquence dans les Gaules avec beaucoup d'applaudissement, nous laissent ignorer les autres circonstances de sa vie; 8c c'est mal à propos que quelques modernes le confondent avec Statius Popinius, poète 8c rhéteur qui vivoit sous le règne de Domitien.

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