‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 281 sur 553 · X. — Galba reçoit à f^arbonne les députés du sénat de Rome · texte numérisé non relu

X. — Galba reçoit à f^arbonne les députés du sénat de Rome

Galba étoit encore en Espagne lorsque, ayant appris, au mois de juin', la mort de Néron & la députation que le sénat lui envoyoit pour le reconnoître empereur, il se rendit en diligence à Narbonne pour recevoir les députés, accompagné d'Othon, alors propréteur de la Lusitanie, qui l'avoit reconnu des premiers, & qui fut ensuite son successeur^. Vinius, qui avoit le plus contribué à son élévation, le suivit aussi avec sa légion. Les envoyés du sénat ayant rencontré Galba auprès de Narbonne, lui firent leurs complimens Se lui témoignèrent l'empressement du peuple de Rome à le voir bientôt dans la capitale de l'Empire. Ce prince leur fit un très-bon accueil & les régala splendidement, mais il s'abstint, par grandeur d'âme, de se servir de la vaisselle d'or & d'argent de Néron qu'on lui avoit déjà envoyée, & ne se servit que de la sienne, dans les festins qu'il donna à ces ambassadeurs.

Galba, s'étant rendu ensuite à Narbonne, y prit le titre de'* césar, & y reçut les soumissions des peuples des Gaules qui étoient accourus de toutes parts, avec le serment de fidélité des officiers romains qui se tiouvoient dans les mêmes provinces. Il punit d'un autre côté, avec une grande sévérité, ceux de la Gaule 8c de l'Espagne qui avoient témoigné trop d'attacbement pour Néron, 8c qui ne l'avoient reconnu empereur qu'avec peine. Il dépouilla quelques-uns d'entre eux d'une partie de leurs terres, 8c en particulier les peuples de Trêves, de Lyon 8c de Langres, qui lui avoient été les plus opposés.

XI. — Ajfection de Galba pour la Narbonnoise. — Colonie de Toulouse.

Autant ce prince fut sévère envers les peuples qui avoient refusé ou négligé de suivre la révolte de Vindex, autant il se montra bienfaisant à l'égard de

■ Voir, tome II, Note XX. ' Plutarque & Suétone, in Galba.. — Tacite,

' Plutarque & Suétone, m GoZAa. — Tacite, His- Historiarum 1. i , c. 8 & 53. toriarum 1. i , c. 8 & 53. ■• Zonaras, Annales.

ceux qui avoient embrassé son parti. Il déchargea ces derniers d'un quart des impositions, leur accorda le droit de bourgeoisie romaine & fit mourir les intendans ' qui, par leurs vexations, les avoient réduits à la dernière extrémité. La ville de Vienne, dans la Narbonnoise, eut entre autres beaucoup de part à ses faveurs & à son affection, parce qu'elle avoit été une des plus empressées à épouser ses intérêts.

On attribue à cet empereur la fondation de la colonie de Toulouse^ qui fit frapper une médaille^ à son honneur. C'est, en effet, le plus ancien monument que nous ayons de cette colonie, dont le géographe Ptolémée '^ fait mention dans le siècle suivant^ : ainsi, si Galba en fut le fondateur, ce fut sans doute en reconnoissance de l'attachement des Toulousains à son parti. Âprès<5 la fondation de cette colonie, Toulouse fut ornée, de divers édifices publics, 8c entre autres d'un capitole & d'un amphithéâtre. Une ancienne inscription parle d'un de ses plus illustres citoyens, nommé M. Clodius Flaccus, qui, après avoir été duumvir & flamine dans cette colonie, fut tribun ou colonel de la quatrième légion, 8c à qui ses compatriotes firent ériger un monument^. La Narbonnoise fut encore redevable à Galba de son agran-

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' Tacite, Histor'iarum I. i , c. 65.

' Voir, sur l'emplacement des deux Toulouses, livre II, p. 167, note 2, & au sujet de la prétendue médaille antique dont parlent ici les Bénédictins & du passage de Ptolémée, ce qui a été dit ci-dessus, p. zoy, note 1. Si Toulouse avait reçu le titre de colonie romaine, cette colonie n'aurait pu être fondée que par Jules César, comme le croit Herzog & comme le dit M. Barry dans la note citée. Mais ce dernier a parfaitement établi que cette ville n'a jamais eu de colonie proprement dite & qu'elle jouissait seulement du droit latin. — Voyez livre II, page i3i, la note 5, sur les origines de Toulouse. [E. M.)

* Goltzius, Thésaurus ret antitjuariae, p. 241.

* Ptolémée, Geographia.

' Voyez aussi, au tome II, la Hôte CXVII sur Toulouse.

^ Voyez, au tome II, le Recueil des inscriptions de la Province.

' L'authenticité de l'inscription que mentionnent ici les Bénédictins n'a jamais été sérieusement contestée, que nous sachions ', quoique le monument qui nous l'a conservée ait disparu depuis longtemps & que nous soyons réduits, pour l'ap-

' L'archevêque de l'arragone Don Antonio Agoslino, d'après Icquc! Grutiir l'a publiée, la tenait lui-même, non point du faussaire Ligori. comme Gruter le croyait à tort (M. le professeur Heuzen n'en a point retrouvé trace dans les sche- Jae mss. de I-igori), mais d'un ami anonyme, qui lui avait adressé en même temps une inscription d'Osca (Huesca aujourd'hui) dont l'authenticité est également inattaquable. Elles figurent, l'une & l'autre, à la page 7S dans le calepin mss. du savant archevêque que M. Émilc léebiier a eu entre les mains 'Jnscr. Hisp. n. 3oo8 .

précier, à la copie qu'en a publiée Janus Gruter, dans les premières années du dix-septième siècle. Elle paraît de plus exactement lue à un ou deux détails près, altérés probablement sur le marbre antique ', & l'on s'explique en la lisant qu'elle ait eu plus d'une fols le privilège d'attirer l'attention des érudits qui se sont occupés plus ou moins sérieusement de notre ancienne histoire '.

M r C L O D I O M -l'-GAL'FLACCO IIVIRO-BIS-FLA MINI -TRIBVNO M I L I T V M ' L E G - 1 I I i F I. A V I A F. - V I R O - P R E S TANTISSIMO-GIVI OPTIMO-OB-PLVRIMA ERGA-REM-P-SVAM MERITA-CIVES-LABI TOLOSANI-ET-IKCOLAE

(Grutek, cccxcii, 4.)

Le M. Clodius Flaccus (& non point Claudius), de la tribu Gaîeria, dont elle nous a conservé le nom, était évidemment un personnage considérable dans sa ville natale [civi optimo), où elle nous le

' Nous citerons notaminejit le chilTre du duumvirat ts. celui de la légion, qui ne peut être que la quatrième, en raison de répithële sous laquelle elle est désignée. Le mot prestantissimn, que M. Hûbncr corrige inutilement (praesljnlissimo), est souvent écrit comme il l'est ici par un t* simple.

' A partir du dix-hnitièrne siècle au moins, car on ne la trouve mentionnée ni chez Catel ni chc^ Lafaille.

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Éd. origin.

dissement par l'union' que cet empereur fit à cette province des peuples des Alpes maritimes, appelés Bodiontios 8c Sentios ou Sontientios : Digne étoit la ville capitale de ces derniers.

XII. — Galba massacré, la Narhonnoise se déclare en faveur d'Othon,

(S* ensuite pour Vitellius.

Ce prince, après avoir congédié avec honneur les députés du sénat, partit de Narbonne & s'avança vers Rome à petites journées. La suite de son règne

montre revêtu à deux reprises des fonctions du duuravirat, la première des magistratures municipales. Honoré en même temps du titre de flamine ou de prêtre des augustes (voyez plus haut), il avait rendu à sa patrie de nombreux & d'utiles services [oh plurima erga rempuhlicam. suam mérita^ dont elle s'était montrée reconnaissante, en lui élevant à ses frais une statue de marbre ou de bronze à laquelle notre inscription [ara inscripta) servait probablement de base. Le titre de respuhlica , sous lequel elle s'y désigne elle-même, ne permet point de douter qu'elle n'ait eu, comme toutes les villes provinciales de la Gaule & de l'Espagne, son organisation municipale & sa population, divisée ici, comme elle l'était souvent, en deux classes bien distinctes : les cives ^ (les indigènes ou les natifs de la ville), & les incolae , c'est-à-dire les étrangers domiciliés qui jouissaient à ce titre [incolatus nomine, pass.) de certains droits politiques.

Les Bénédictins, que ces indications paraissent avoir frappés, comme elles ont frappé depuis M.Dumège, & les écrivains qui le copient, les appliquent sans hésitation à la Tolosa des bords de la Garonne, dont les inscriptions sont très-rares, comme on le sait, & assez peu explicites pour la plupart. C'était elle que l'inscription désignait sous le titre honorifique de respuhlica , particulier, comme ils le croyaient, aux villes privilégiées de l'Empire, à elle ou à ses habitants, que Clodius avait rendu les bons offices qui lui avaient mérité le titre de civis optimus & prestantissimus. Mais ils ne nous disent point que le monument sur lequel ils appuient ces conclusions, discutables elles-mêmes, a été découvert à soixante ou quatre-vingts lieues deToulouse, sur les bords du Rio Cinca, l'un des affluents de la Sègre '', & que ces deux localités, assez éloignées l'une de l'autre, se trouvent séparées ici par une haute chaîne de montagnes, franchissables au plus par des pié-

■* Remarquer incidemment ce titre de cives, qui suffirait seul pour écarter ici l'idée d'une colonie romaine (on sait que Toulouse y avait des prétentions) & même celle d'une colonie latine dont les habitants prennent dans leurs actes officiels celui de coloni : colotii & incolae.

5 Dans la petite ville de Puebla de Castro, du diocèse de Barbastro, qui paraît avoir été habitée, sinon populeuse, à l'époque romaine.

tons pendant les trois ou quatre mois de l'année où les pors des Pyrénées sont dégagés de la neige qui les obstrue. Les habitants de la ville au nom de laquelle le monument avait été dédié sont désignés dans l'inscription sous le nom de LABI TOLOSANI, qui diffère au moins par sa préfixe Labi de l'ethnique Tolosanus , Tolosensis, Tolosas, affecté exclusivement aux habitants de la Tolosa gauloise". La tribu Galeria, à laquelle appartenait le destinataire du monument, n'aurait elle-même rien de commun avec la tribu Vohinia , dans laquelle étaient inscrits, comme nous l'apprennent les monuments locaux, ceux des Tolosates qui obtenaient le titre de citoyen romain & les privilèges attachés à ce titre.

Il est donc à peu près impossible de songer ici à un de ces déplacements fortuits ou intentionnels qu'ont eui à subir plus d'une fois les monuments antiques de notre pays ', & nous n'hésitons point, pour notre part, à restituer à l'Espagne Citérieure*, à laquelle il appartient sans conteste^, le monument que s'attribuaient nos anciens historiens , en laissant au hasard (ou à de plus habiles) le soin d'expliquer les affinités fortuites ou non que présente le nom des deux villes'". [E. B.]

' Pline, Hist. natur. 1. 3, c. 4.

6 Nous repoussons sans hésitation, pour notre part, la lecture Flavi ou Flavio Tolosani que M. Hûbner propose (/./.) de substituer à ce nom inconnu. Comment supposer, en elTet, que le lapicida qui écrit correctement le nom des Tolosani (sans parler du reste de l'inscription), ait altéré précisément le titre officiel de Flavi ou de Flavio, si commun en Espagne ?

? Nous songeons ici à l'inscription d^Ebusus, bizarrement attribuée à la ville de Perpignan, où elle avait été transportée (voir une des Notes précédentes), & à celle de Saint-André de Surcda, dédiée à l'empereur Gordien III par les habitants de la colonie do Narbonne (Decumani Narbonenses) , à laquelle on la restitue aujourd'hui. (Voir notre Recueil d'épigraphie, à la fin du tome II de la présente édition.)

* Avec M. Em. Hûbner, qui l'a reproduite parmi les inscriptions de la Tarragonaise (/nscript. Hispan. n. 3oo8) & M. Herzog, qui l'a omise, avec intention évidemment, dans son recueil d'inscriptions des Tolasani. (fiait. Narbon. Append. epigraph. Tolosa.)

9 C'est à ce titre que nous plaçons ici l'inscription ellemcmc, en l'excluant de notre Recueil épigraphiquc.

'" Le nom de la Tolosa du pays basque (Guipuzcoa) ressemble de plus prés encore à celui de notre Tolosa garonnaise, & se présentera de lui-même à l'esprit de nos lecteurs, quoiqu'il paraisse, de même que celui de Ltibi Tolosa, complètement inconnu aux écrivains de l'antiquité.

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HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. III. igS

ne répondit pas ' à ses commencemens : les mauvais conseils de ses favoris, St entre autres de Titus Vinius, ancien gouverneur de la Narbonnoise, lui gâtèrent entièrement l'esprit &<. le cœur & l'engagèrent dans des démarches qui le rendirent également odieux à ses peuples & à ses troupes. Les uns & les autres, surpris de ne plus trouver en lui cette modestie 5t ce caractère de bonté qui les avoient enchantés les premiers jours de son règne, se soulevèrent contre lui, & les troupes de la Germanie, qui avoient été des dernières à le reconnoître, furent des premières à l'abandonner. Elles proclamèrent à sa place Vitellius, qu'il venoit de leur donner pour commandant, 8c qui, moins modeste que Verginius, son prédécesseur dans le même gouvernement, souffrit volontiers cette proclamation. Vitellius eut en même temps un compétiteur en la personne d'Othon qui, se croyant plus digne de l'empire que Pison, adopté

par Galba, fit soulever dans Rome les prétoriens. Ceux-ci, après avoir massacré

ce dernier, le i5 de janvier de l'an 69 de J.-C, élurent aussitôt Othon à An 69 sa place.

Celui-ci n'eut pas été plutôt reconnu^ par le sénat, qu'il le fut ensuite par la plupart des peuples de l'Empire, 81 entre autres par ceux de la Narbonnoise 8t de l'Aquitaine qui se déclarèrent en sa faveur par les intrigues de Julius Cordus, gouverneur de cette dernière province ; le reste des Gaules avoit déjà pris le parti de Vitellius. Othon subrogea au consulat, le premier de mars suivant, Poppéus Vopiscus, natif de Vienne, dans la Narbonnoise, en considération de l'ancienne amitié qui étoit entre eux. Cette ville étoit une des plus attachées au parti de ce prince, tandis que celle de Lyon, sa rivale, soutenoit les intérêts de Vitellius; mais elle fut obligée de se soumettre bientôt après à ce dernier avec le reste de la Narbonnoise 8t toute l'Aquitaine, par la crainte d'une armée de quarante mille hommes, que cet empereur envoya d'Italie, sous la conduite de Fabius Valens, pour s'assurer de la partie des Gaules qui s'étoit déclarée en faveur de son compétiteur. Valens, s'étant rendu d'abord à Lyon, passa le Rhône dans le dessein de soumettre la Narbonnoise à Vitellius, & s'avança vers Vienne qu'il étoit résolu d'assiéger. Les habitans, ne se voyant pas en état de se défendre, vinrent au-devant de lui & implorèrent sa clémence. Ce général leur pardonna & se contenta de leur imposer de grosses amendes pécuniaires, sans vouloir écouter les Lyonnois, leurs ennemis, qui auroient souhaité qu'il eût puni cette ville d'une manière plus rigoureuse.

Xin. — Succès des armes d'Othon dans la Narbonnoise.

Après la soumission de Vienne, Valens continua lentement sa marche vers les Alpes, par le pays des AUobroges 8<. des Vocontiens, laissant partout de tristes marques de sa cruauté 5c de son avarice. Se s'empara du passage de ces

' Plutarque & Suétone, in Galba. — Tacite, Hii~ ' Tacite, Hhtoriarum 1. i , c. âi & seq.; c. 76

toriarum I. 1 , c. 6 & seq. & seq.

montagnes pour en défendre l'entrée aux troupes d'Othon. Les progrès que Cécinna, autre général vitellien, faisoit d'un autre côté en Italie', obligèrent enfin Othon à se mettre en marche pour s'y opposer. Ce prince envoya en même temps une armée dans la Narbonnoise pour tâcher de remettre cette province sous son obéissance; mais comme les Vitelliens occupoient les passages des Alpes, il fit embarquer ses troupes sur une flotte, avec ordre de tenter une descente sur les côtes. Othon fut d'abord assez heureux : il battit en différentes occasions l'armée de Cécinna vers le Pô, & la flotte qu'il avoit envoyée vers les côtes de la Narbonnoise remporta quelques avantages sur ses ennemis. Suédius Clémens, Antonius Novellus & Aemilius Pacensis commandoient les troupes de débarquement, qui firent d'abord une descente sur les côtes de la Ligurie & des Alpes maritimes, & la ville de Vintimille éprouva la première toute la tureur du soldat. Ces généraux s'avancèrent ensuite vers les côtes de la Narbonnoise. Fabius Valens, général des troupes de Vitellius qui commandoit dans cette province au nom de ce prince & qui étoit alors à la garde des passages des Alpes, fut informé des approches de la flotte d'Othon par les députés de diverses colonies de la Province, qui vinrent lui demander du secours. Ce général ordonna aussitôt àJuliusClassicus, en présence de ces députés, de se mettre en marche pour aller renforcer les garnisons des places maritimes, 8c en particulier de la colonie de ui',p"f"i. Fréjus, avec deux cohortes des troupes de Tongres, toute la milice de Trêves & quatre escadrons de cavalerie. 11 fit ensuite marcher du côté de la mer l'élite de ses légionnaires, avec une cohorte de Liguriens, douze escadrons de cavalerie & cinq cents Pannoniens qui n'étoient pas encore sous les enseignes. Ce dernier corps fut destiné pour faire front à l'armée d'Othon qui avoit déjà débarqué £<. s'étoit campée de la manière suivante.

Une partie, jointe aux habitans (j)agani) du pays qui se déclarèrent j)our Othon , occupoit les collines le long de la côte & faisoit face aux Vitelliens. Elle étoit appuyée des soldats prétoriens qui s'étendoient jusques à la mer & qui étoient soutenus à leur tour par les vaisseaux de la flotte. Les Vitelliens, de leur côté, plus forts en cavalerie qu'en infanterie, postèrent les Alpins, ou peuples des Alpes, sur les hauteurs voisines de l'armée d'Othon, Su. les légionnaires qui étoient fort serrés derrière leur cavalerie. Telle étoit la disposition des deux armées lorsque la cavalerie de Trêves engagea témérairement le combat. Elle fut reçue avec vigueur par les vétérans d'Othon, qui, à la faveur d'une grêle de pierres que les paysans, mêlés parmi eux, jetoient avec beaucoup d'adresse, & soutenus des vaisseaux de la flotte qui incommodoient extrêmement les Vitelliens, les enveloppèrent, les mirent en désordre Si les auroient entièrement défaits, si la nuit qui survint n'eût favorisé leur fuite.

Les Vitelliens revinrent à la charge, malgré leur défaite, à la faveur d'un nouveau renfort qui les joignit. Ils surprennent les troupes d'Othon, plus

' Tacite, Histonarum 1. i , c. 87 & seq.; 1. 2, c. 1 & seq.

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occupées à se réjouir de leur victoire qu'à se mettre en garde contre une nouvelle attaque, égorgent les gardes avancées, entrent dans le camp & portent la terreur jusque dans les vaisseaux des ennemis. Les soldats d'Othon, quoique attaqués de toutes parts, raniment leur courage, font ferme sur la colline Se se défendent avec tant de valeur qu'ils battent à leur tour les Vitelliens 8c les obligent, après avoir perdu les commandans des cohortes de Tongres, qui vendirent chèrement leur vie, d'abandonner le champ de bataille. Les troupes victorieuses, se laissant alors emporter à l'ardeur du combat, poursuivent vivement les Vitelliens; mais la cavalerie de ces derniers, ayant fait volte face, tombe sur eux & les taille en pièces. P^,nfin, après une action également vive &. meurtrière de part & d'autre, les deux armées se séparèrent comme si elles fussent convenues d'une trêve. Celle de Vitellius se retira à Antibes, ville municipale de la NaVbonnoise, Si la flotte d'Othon se remit en mer 8c se rendit à Albenga, dans la Ligurie intérieure.

XIV. — Mort d'Othon. — Passage de Vitellius par la Narbonnoise pour se

rendre en Italie.

Valens, général de Vitellius, étoit alors parti de la Province ' pour se rendre à Pavie, dans le dessein de se joindre à Cécinna Se de marcher avec lui contre Othon, qui venoit à eux en personne. Ces deux généraux, après leur jonction qui se fit à Bédriac, lieu situé entre Crémone 8c Mantoue, livrèrent bataille à cet empereur, qui fut entièrement défait 8c qui, de désespoir, se plongea le poignard dans le sein, après un règne de trois mois, ce qui assura l'empire à Vitellius, son compétiteur. Ce dernier, qui étoit encore dans les Gaules, se voyant délivré de son ennemi, partit peu de temps après pour se rendre en Italie 8c prit la route de Vienne, où, à son passage, il rendit lui-même la justice. Son règne ne fut guère ni plus heureux ni plus long que celui de ses deux prédécesseurs : plus occupé du soin de satisfaire ses plaisirs c[ue de celui de gouverner l'Empire, il se rendit si méprisable à la plupart de ses officiers 8c à ses troupes, que les légions d'Orient proclamèrent à sa place Vespasien , pour lors occupé dans la Judée à la guerre contre les Juifs, 8c l'homme de son temps le plus digne de l'empire Se le plus capable de gouverner. Quoique Vespasien méritât cet honneur par ses vertus Se par ses services, il eut pourtant besoin du secours de ses amis pour se soutenir contre Vitellius, son compétiteur. Il se servit utilement, entre autres, des sages conseils de Mucien, son favori. Se de la valeur d'Antonius Primus, qui commandoit alors une des meilleures légions de la Pannonie Se qui eut la gloire de le placer en quelque sorte sur le trône de l'P'mpire.

' Tacite, HistorUrum 1. 2, c. 27 Se seq.j c. 58 & seq. — Suétone, in yitellio.

XV. — Antonius Prîmus, général de Vespasien, natif de Toulouse.

Antonius Primus étoit né à Toulouse, mais nous ignorons si sa famille étoit originaire de cette ville. Peut-être descendoit-il de Marcus Primus qui ^Éd.origin^ fut gouverneur de la Macédoine' sous l'empire d'Auguste. Quoi qu'il en soit, on lui donna le surnom^ gaulois de Becco, qui veut dire bec de coq; il vint au monde avec toutes les bonnes 81 les mauvaises qualités qui peuvent conduire à une haute fortune 3. Suivant le portrait que Tacite nous en a laissé, il étoit hardi, entreprenant, intrépide, vigilant, actif; homme d'intrigue & de ressource; fécond en bons Se en mauvais expédiens; également propre au repos Se à l'action; bon soldat, habile capitaine, nécessaire en temps de guerre, dangereux en temps de paix; d'un tempérament vif Se impétueux, d'un naturel inquiet 8e remuant, cherchant à troubler le repos des autres, lors même que personne ne troubloit le sien; toujours prêt à susciter des querelles ou à les soutenir; vain jusqu'à l'arrogance; d'une éloquence toujours victorieuse, en sorte que, soit qu'il parlât au peuple ou qu'il exhortât les troupes, il les persuadoit aisément 8c gagnoit leur affection, quand il vouloit s'en donner la peine; habile à former des projets, plus habile à les exécuter; heureux dans tous les partis qu'il prenoit, parce qu'il n'en prenoit jamais aucun sans réflexion ; cruel Se sanguinaire dans le combat, hors de là doux Se modéré; libéral jusqu'à l'excès, mais perdant le mérite de ses libéralités par les rapines 8<. les extorsions qu'il faisoit pour se dédommager de ses profusions; jaloux du mérite des autres qu'il ne manquoit jamais de déprimer pour élever le sien; enfin, ne pouvant souffrir d'égal, Se moins encore de supérieur.

Avec ce mélange de vertus Se de vices, Primus avoit fait une fortune des plus brillantes. Il étoit parvenu à la dignité de sénateur, par ses intrigues, sous l'empire de Néron, mais il s'étoit deshonoré bientôt après par l'indignité qu'il eut de vendre à prix d'argent son témoignage pour soutenir un testament supposé, ce qui le fit chasser honteusement du sénat. Il auroit porté le reste de ses jours la honte de sa dégradation, si Galba, voulant signaler le commencement de son règne par des actions de clémence, ne l'eût rétabli avec d'autres dans la dignité de sénateur. Cet empereur lui donna même le commandement de la septième légion nouvellement levée Se qui fut surnommée galbienne pour la distinguer d'une autre de même nom. Après la mort de Galba, Primus, se trouvant sans protecteur, tâcha de s'en faire un nouveau en la personne d'Othon à qui il offrit ses services; mais, voyant que cet empereur faisoit peu de cas de ses offres, il attendit une occasion plus favorable de se rendre nécessaire Se saisif* celle que lui présenta l'élection de Vespasien.

' Dion Cassius, 1. 54, p. 522. ' Suétone, in Vitellio, p. 102. — Tncite, Anna-

' Suétone, in Vitellio, p. 102. — Tncite, Anna- les, 1. 14, c. 4 ; Historiarum 1. 2, 3 & 4. les, 1. 14, c. 4; Historiarum 1. 2, 3 & 4. ■* Tacite, Historiarum 1. 2, c. 86.

XVI. — Primiis porte la guerre en Italie en faveur de Vespasien.

Primus étoit pour lors dans la Pannonie, à la tête de la septième légion galbienne, qui, de même que la treizième, qui se trouvoitdans la même province, n'étoit nullement disposée à favoriser le parti de Vitellius. Ce général profita de cette disposition &, à l'exemple des trois légions de la Mœsie qui venoient de se déclarer pour Vespasien, il embrassa avec elles les intérêts de cet empereur. Les troupes de la Dalmatie ayant pris bientôt après le même parti, toutes les légions de l'illyrie, composées' la plupart des recrues que la province Narbonnoise leur avoit fournies quelques années auparavant, se trouvèrent favorables à ce prince. Primus, après les avoir rassemblées, se mit à leur tête de sa propre* autorité, leur persuada de porter la guerre ^ en Italie contre Vitellius Se s'avança aussitôt vers Aquilée, suivi d'Arrius Varus, avec quelque infanterie & une partie de la cavalerie.

Cette ville lui ayant ouvert ses portes, il s'empara ensuite de diverses places voisines, d'où il pénétra jusques à Padoue, faisant relever partout où il passoit, autant par reconnoissance que par politique, les statues de Galba, son bienfaiteur, que les ennemis de cet empereur avoient fait abattre '*. Il fut joint, peu de temps après, par les deux légions de la Pannonie avec lesquelles il marcha droit à Vérone, sans aucun ordre & contre le dessein de Vespasien, qui auroit voulu qu'il se fût arrêté à Aquilée jusques à l'arrivée de Mucien. Primus voul oit s'assurer de la première de ces deux villes & en faire sa place d'armes, tant pour étendre sa cavalerie, qui faisoit sa principale force, dans les vastes campagnes qui sont aux environs, que pour ôter aux généraux de Vitellius le secours qu'ils en tiroient. Se pour être plus en état d'empêcher que les troupes de ce prince, qui dévoient venir de la Rhétie Se de la Germanie, n'allassent le joindre. Cécinna, général de cet empereur, qui étoit lidoriRin. campé alors du côté de Crémone, s'avança aussitôt à la tête de six légions, de huit qu'il commandoit, comme s'il eût voulu combattre Primus. Il songeoit cependant moins à lui livrer bataille qu'à faire sa paix avec Vespasien, dont il voyoit le parti grossir tous les jours; c'est ce qui l'engagea en chemin à taire une tentative pour débaucher ses propres troupes en faveur de cet empereur; mais ses soldats, indignés de sa perfidie, se jetèrent sur lui, le chargèrent'de chaînes, se donnèrent d'autres généraux S<. allèrent rejoindre à Crémone le reste de l'armée de Vitellius.

Sur l'avis de cet événement, Primus, qui avoit été joint par deux autres légions. Si qui ne souhaitoit rien tant que d'en venir aux mains avec les Vitelliens, avant qu'ils ne reçussent de nouveaux secours, part de Vérone 5c fait tant de diligence, qu'il arrive en deux jours à Bédriac, lieu déjà fameux par la défaite d'Othon. Le lendemain, s'étant avancé à huit milles au delà avec quatre mille chevaux, St ayant été informé, à onze heures du

' Tacite, Annales, 1. i 5, c. i3. ' Tacite, Historiarum 1. 3, c. 6 & seq.

' Dion Cassius, 1. 65, p. 737. ' liid.

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matin, de l'approche de la cavalerie vitellienne qu'on avoit déjà vue paroître, il assemble le conseil de guerre pour délibérer sur le parti qu'il devoit prendre. Sur ces entrefaites, Arrius Varus, se laissant emporter à l'ardeur de son courage, sans attendre la fin de la délibération ni l'ordre du général, s'avance avec quelques chevaux 8t attaque brusquement les Vitelliens qu'il fait plier : mais ceux-ci, se voyant soutenus, le repoussent 8c l'obligent de se retirer avec tant de précipitation que sa troupe porte l'alarme dans le camp. Les Vitelliens, s'étant aperçus de ce désordre, poursuivent vivement les fuyards, &. la défaite de toute la cavalerie de Primus étoit infaillible si, dans cette conjoncture, ce général n'eût trouvé sur-le-champ une ressource dans sa présence d'esprit & dans sa valeur : voyant donc ses soldats épouvantés de la déroute de Varus & prêts à se débander, il fait ouvrir ses escadrons pour donner retraite aux fuyards, & fait faire un signal pour avertir ses légions qui étoient demeurées derrière, de marcher en diligence à son secours; il fait ensuite si bien par ses discours, ses promesses & son exemple, qu'il ramène ses troupes au combat, Se, comme s'il eût eu le secret de se multiplier, il se trouve à propos dans tous les endroits où le danger est le plus pressant & où ses troupes ont le plus besoin de sa présence & de ses ordres. Cependant, malgré son activité, voyant que ses soldats plioient de nouveau sous les efforts des ennemis 8< qu'ils se débandoient, entraînés par l'exemple d'un enseigne qui avoit abandonné son poste, il court à cet officier, & l'ayant joint, lui arrache avec fureur le signe militaire des mains & le perce de son javelot. Il rallie aussitôt cent chevaux & fait tête à l'ennemi, jusqu'à ce que le reste de sa cavalerie, à qui heureusement la situation du terrain ne permettoit pas de s'écarter beaucoup, l'eût rejoint. Primus, après des prodiges de valeur, met enfin la cavalerie ennemie en fuite & la poursuit jusques à ((uatre milles de Crémone, où il rencontre deux légions de Vitellius qui s'étoient avancées sur le faux bruit de la victoire de cette cavalerie. Alors celle de Primus, avec quelque infanterie qui venoit de le joindre, chargea ces deux légions si à propos qu'elles prirent le parti de se retirer dans leur camp, après avoir abandonné le champ de bataille.

Ce combat ayant fini sur le soir, & toutes les légions que Primus avoit laissées à Bédriac étant enfin arrivées dans le même temps, elles demandèrent avec instance de poursuivre les Vitelliens & de les aller forcer dans leur camp de Crémone dès le soir même, comptant d'emporter cette place & de s'enrichir de ses dépouilles; mais Primus, ne jugeant pas à propos de suivre l'ardeur de ses soldats 8c de s'exposer à une si grande entreprise, au milieu des ténèbres, fit tout ce qu'il put pour les en détourner 8c pour leur persuader de différer cette attaque jusques au jour suivant. Malgré cela, ses troupes vouloient absolument la tenter, mais elles turent obligées d'en abandonner le dessein, sur la nouvelle de l'approche des six légions de l'armée des Vitelliens, commandées auparavant par Cécinna. Ces légions s'étoient mises en marche pour aller à Crémone joindre les deux autres qui venoient d'être battues; 8c ayant appris en chemin la défaite de leur cavalerie, elles

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avoient fait trente milles ce ioui-là pour venir à son secours : elles mar- td. oiigin.

choient en ordre, dans le dessein d'attaquer l'armée de Primus qui eut à peine le loisir de se mettre en bataille pour leur faire tête. On étoit alors sur la fin du mois d'octobre, & le combat commença vers les neuf heures du soir. Primus soutint d'abord les premiers efforts de ces légions avec toute la valeur possible, & malgré les horreurs & la confusion d'un combat donné au milieu d'une nuit obscure, les deux armées se battirent pêle-mêle sans se connoître, avec autant de fureur que d'opiniâtreté. Cependant les troupes de Primus commençoie'nt à plier, & la septième légion galbienne, dont il avoit le commandement particulier, avoit déjà perdu six de ses principaux centurions & une partie de ses signes militaires, lorsque, bien avant dans la nuit, la lune s'étant levée, ses rayons, qui donnoient dans les yeux des Vitelliens, les empêchèrent de voir leurs ennemis & de tirer droit contre eux, ce qui favorisa beaucoup ces derniers 8c rétablit le combat. La victoire fut vivement disputée jusques au lever du soleil que Primus eut l'adresse de faire courir le bruit que Mucien, général de Vespasien, venoit d'arriver avec un renfort considérable. Alors ses troupes, faisant un dernier effort, comme si elles eussent effectivement reçu ce secours, enfoncèrent les Vitelliens qui s'étoient déjà ébranlés sur cette nouvelle, £< les renversèrent sur leurs chariots 81 sur leurs machines. Primus, profitant de ce moment favorable, les poussa si vivement qu'il les obligea enfin d'abandonner le champ de bataille 8t de prendre la fuite.

Les premiers fruits de la victoire de ce général furent la prise du' camp Se le sac de la ville de Crémone, quoique le premier fût fortifié d'un bon rempart 81 de plusieurs ouvrages, 8t l'autre défendue par une forte 8t nombreuse garnison. On l'accuse d'avoir abandonné cette ville, dans cette occasion, au pillage de quarante mille soldats ou goujats de son armée qui, après s'être enrichis des dépouilles de cette riche colonie 81 y avoir commis une infinité d'excès pendant quatre jours consécutifs, y mirent enfin le feu qui la réduisit en cendres; mais il eût été difficile à Primus de retenir ses soldats, quand il l'auroit voulu, tant ils étoient mal disciplinés. Ce fut peut-être pour se justifier là-dessus qu'il fit crier publiquement qu'on donnât la liberté à tous les prisonniers; mais, soit que ses ordres fussent sincères ou non, ils furent très-mal exécutés; car les soldats, ne voulant pas perdre la rançon de leurs captifs S<. ne trouvant pas à les vendre, les massacrèrent pour la plupart. On fait monter la perte des Vitelliens, tant dans le sac de la ville de Crémone c[ue dans les deux combats qui le précédèrent, à cinquante mille hommes.

XVIL — Valens Jait prisonnier. — La Narbonnoise se déclare en faveur

de Vespasien.

Valens, que Vitellius avoit fait partir de Rome peu de jours après Cécinna, se disposoit, mais lentement, à aller joindre ce dernier, lorsque, ayant appris

■ Tacite, Historiarum 1. 3, c. 26 & scq. — ' Dion Cassius, 1. 65.

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la rapidité des victoires de Primus, il prit la résolution ' de ramasser tous les vaisseaux qu'il pourroit trouver & de passer par mer dans la Narbonnoise pour y assembler les troupes des Gaules & de la Germanie &: y faire diversion en faveur de cet empereur. Dans ce dessein, il s'embarqua au port de Pise; mais les vents contraires l'obligèrent de relâcher à Monaco, où Marcus Maturus, intendant {procurator) de la province des Alpes maritimes, vint le joindre. Cet officier conféra avec lui sur son dessein qui lui parut téméraire & tâcha de l'en détourner : il lui représenta surtout la terreur que la prospérité des armes de Vespasien avoit déjà répandue dans la Narbonnoise & ajouta que Valérius Paulinus, intendant de cette province, ancien ami de Vespasien, 8c homme de tête & d'expédition, avoit gagné les peuples du pays au parti de ce nouvel empereur & les avoit déjà fait déclarer en sa faveur; que cet officier avoit d'ailleurs beaucoup de crédit sur les troupes prétoriennes dont il étoit aimé & respecté, ayant été autrefois leur tribun ou colonel ; qu'il avoit rassemblé non-seulement ceux qui, après avoir été dépossédés de leurs charges par Vitellius, avoient pris volontiers les armes contre lui, mais encore les naturels du pays, avec lesquels il avoit mis les côtes 81 la colonie de Fréjus hors d'insulte; qu'en un mot, les peuples de la Province étoient d'autant plus dévoués à cet intendant, qu'outre qu'il étoit leur compatriote, ils avoient encore lieu d'espérer qu'étant fort avant dans les bonnes grâces de Vespasien, il leur accorderoit sa protection auprès de ce prince. Valens, touché de ces raisons, abandonna l'exécution de son dessein Se se remit en mer pour s'en retourner; mais une tempête l'ayant jeté sur les tft, p"u"g. côtes des îles d'Hyères, il eut le malheur d'être pris par quelques barques que Paulinus avoit envoyées en course.

Les autres provinces^ des Gaules avec celles d'Espagne 81 de Bretagne suivirent bientôt après l'exemple de la Narbonnoise 8c se déclarèrent pour Vespasien. Primus^ se vante, dans une de ses lettres à ce prince, de lui avoir gagné toutes ces provinces : il y a du moins lieu de croire qu'étant sans doute fort accrédité à Toulouse,* sa patrie, il eut beaucoup de part à la déclaration de cette ville 8c des provinces voisines en faveur de cet empereur. Il est d'ailleurs certain"* qu'il contribua beaucoup à celle de Civilis, chef des Bataves, qu'il engagea à prendre les armes contre Vitellius. Enfin le parti de Vespasien grossit si considérablement 8c en si peu de temps, qu'au mois de décembre, Primus avoit déjà poussé ses conquêtes jusques à l'Apennin 8c qu'il ne restoit à Vitellius que le pays qui est entre Terracine 8c Narni.

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