‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 289 sur 553 · ET PROC. OB MERI · texte numérisé non relu

ET PROC. OB MERI

TA EJVS

prêtre Andoche 8c le diacre Thyrse; il s'y trouvait aussi le sous-diacre Andéol, qui évangélisa le Vivarais. Bientôt une persécution terrible vint arrêter l'œuvre des apôtres gallo-grecs. En l'année 177, sous le règne de Marc Aurèle, cinquante chrétiens des plus distingués des églises de Lyon & de Vienne furent emprisonnés, & parmi eux nous devons citer saint Pothin, Sanctus, diacre de Vienne, & Vectius Epagathe, un des ancêtres de Grégoire de Tours. Quarante-huit furent martyrisés à Lyon; deux autres , Marcel & Valérien , qui réussirent à s'échapper, subirent la mort à Châlons-sur-Saône & à Tournon. La plupart des missionnaires asiatiques périrent ainsi dans la même persécution, & le nom chrétien fut comme anéanti dans toute cette région 'j mais bientôt il fut relevé, grâce au zèle de saint Irénée. Il est donc certain que, dès la un du second siècle, Lyon fut le foyer d'où la foi chrétienne rayonna sur les pays voisins. Le bienheureux Irénée, successeur de saint Pothin sur le siège de Lyon, fut un des promoteurs de ce grand mouvement qui conquit au christianisme tout l'Est de la Celtique, une partie de la Viennoise & quel-

' l'dsl vastissimam martyrum stragem & saeneitlium passionum crudclitatem, de qua etiam Chrisli famuli, quos tune illustrhsiviae urbes Vienna & Lugdunum Icnebant, ad eccledas Asiae & Phrîgiac scripta miserunt, cum pêne ad integrum Chrisli nomen a gentilibus crederelur exstinctum. 'Ruinart, Acta Martyrum, p, 6ji.)

ques villes de la Narbonnaise. Aussi les saints Pères l'appellent-ils, avec raison, « la lumière des chrétiens occidentaux, l'homme apostolique qui éclaira l'Occident, l'apôtre qui convertit & illumina les Celtes, u Non content de gagner à la foi chrétienne la plus grande partie de la cité lyonnaise, il envoya à Besançon le prêtre Ferréol & le diacre Ferrution ou Ferjeux, & à Valence le prêtre Félix & les diacres Fortunat & Achillée. Ces prédicateurs fondèrent des églises dans les lieux qui leur avaient été assignés.

Peut-être aussi faut-il rattacher à la mission gallo-grecque de Lyon ou au mouvement religieux qui en fut la suite & qui, jusqu'au milieu du quatrième siècle, poussa vers l'Occident les missionnaires de l'église d'Orient, ceux qui les premiers vinrent prêcher la religion nouvelle dans la Narbonnaise. Nous n'avons, il est vrai, aucune donnée certaine à cet égard; mais nous savons, par les auteurs & par des inscriptions, qu'au troisième siècle les relations commerciales étaient fréquentes entre l'Asie Mineure, Marseille, Arles, Agde & Narbonne. Ainsi que nous l'avons dit page 290, se trouveraient expliqués les noms grecs portés par les plus anciens apôtres de la Narbonnaise, Tfophime à Arles, Aphrodise à Béziers , la dédicace de deux églises à saint Nazaire, celle d'un monastère à saint Polycarpe, l'évêque de Smyrne, qui dirigea vers la Gaule saint Pothin & saint Irénée. [E. M.]

An I 80

Ce R. Père remarque que cette inscription doit être postérieure au règne d'Adrien, & antérieure à celui de Septime Sévère, par la raison que M. Gavïiis étoit de la société d'Adrien, qui ne fut instituée que par Antonin Pie, son successeur, & qu'après le règne de Septime Sévère on ne trouve plus dans les inscriptions des Sodales Hadrianales. Il ajoute que la famille des Gaviiis étoit établie à Vérone, où on trouve diverses inscriptions qui la regardent, & que notre M. Gavius fut Augure (Quinquennale ; car c'est ainsi qu'il explique ces lettres de l'inscription Q. AUG. Il prétend que quoique on puisse les expliquer par Quaestori Augustï, il est cependant plus naturel de leur donner la première interprétation pour deux raisons : l'une, parce qu'il n'est pas ordinaire que la lettre Q avec un trait circonflexe marqué dans l'inscription, signifie Quaestor, & l'autre, qui lui paroît beaucoup plus solide, parce qu'il ne convenoit pas à M. Gavius d'exercer la charge de questeur de l'empereur, après avoir été membre de la société d'Adrien & gouverneur de la Narbonnoise, dignités fort au-dessus de celle de questeur'.

' C'est à l'épigraphie, comme on l'aura remarqué, que les Bénédictins empruntent la plupart des renseignements qu'ils ont recueillis sur l'administration de la Province, à partir du règne d'Auguste, & sur les fonctionnaires d'ordre & de titre divers qui présidaient aux divers rouages de cette administration. Les historiens anciens, qui ne parlent des gouverneurs de la Province ', de leurs questeurs & de leurs lieutenants (^uaestores , legati), que dans les cas assez rares où leur nom se trouve mêlé à l'histoire des événements généraux de leur temps, sont en réalité beaucoup moins riches de faits 8c de renseignements précis que ces textes arides en apparence où nous retrouvons les noms, prénoms & surnoms de ces hauts fonctionnaires ekactement écrits & accompagnés presque toujours d'une espèce d'état de services (cursus honorum) , dans lequel se trouve énoncée ou résumée en quelques mots la série des emplois militaires, politiques ou municipaux, & celle des dignités religieuses dont ils avaient été successivement revêtus. Mais on sait en même temps que cette source de documents est aujourd'hui beaucoup plus riche qu'elle n'était au commencement du dix-huitième siècle, grâce à la multiplicité des découvertes qui se succèdent souvent d'année en année, & que la critique, qui en reproduit ou en interprète les textes, est ellemême infiniment plus avancée qu'elle ne l'était au temps des Bénédictins. De là, dans cette partie de leur travail, des lacunes qu'il devenait important de combler & des erreurs d'interprétation que nous aurions voulu pouvoir contrôler de point en point avec toute l'attention qu'elles méritent. C'est ainsi, pour nous borner i quelques exemples, que

' Nous en avon« discuté les titre» dans une note précédente.

nous avons vainement cherché dans leur liste des praesiJcs de la Province le nom d'un Torquatus Novellius, dont le proconsulat répondrait chronologiquement au règne de Néron (5^ à 68), & dont la biographie nous est mieux connue que celle de la plupart de ses successeurs, puisque nous savons, grâce à son épitaphe, qu'il était mort à quarantequatre ans (anno[s] agens XXXXlllI), à la fin de son proconsulat (|proco]s. prov'tnc(iae) Narion(ensis) in cuius honoris fine...) & dans une des villes de son gouvernement, qui ne peut être que Fréjus ([For]o lulii Jecessit), comme l'a supposé M. Léon Renier, dans une excellente étude sur cette inscription , dont l'authenticité avait été remise en question par M. Théodore Mommsen '.

M. Ernst Herzog, qui a publié, il y a quelques années, de savantes & de judicieuses études sur l'histoire de la Gaule Narbonnaise pendant la domination romaine, a comblé une partie des lacunes que nous venons de signaler dans les deux chapitres de son livre fpars I", c. ï & 3) relatifs à l'histoire de la Province proprement dite & dans le recueil d'inscriptions qui lui sert de complément & de preuves. Mais il lui est arrivé plus d'une fois d'en omettre à son tour de très-importantes, qu'il n'a pas eu le temps de chercher dans les manuscrits, devenus fort rares, où elles sont enfouies. C'est ainsi que nous avons retrouvé, dans un recueil manuscrit du seizième siècle (celui de Charles de

' .l/c/.i«^'cs Ji-yiicrafliic. p. .(-S & suiv. — Il avait ctc de plus chargé d'y percevoir les impôts & J'y recruter des iioinnics pour combler les vides qui se produisaient dans les ariniics des fronticres. (I.efr. cens, accip. H dilcct. [Icfraliis cemuum accipiendorum ti- dileclator].) — Voyez Muratori, ySo-g; Heiuen, n. 6.i53; Léon Renier, Mélanges dépigraphie. p. 4K à 73 ; Herzog. Appfnd. epigr. n. 64S.

An 187

XXX. — La Narbonnoise infectée des erreurs des basilidiens ou gnostiques.

Sous l'empereur Commode qui, en succédant à l'empire après Marc Aurèle, ne succéda ni à l'esprit ni aux excellentes qualités de ce prince, les Gaules eurent le malheur de se voir désolées' par la guerre des Déserteurs. La Narbonnoise eut en même temps celui ^ d'être infectée des erreurs de Marc^,

Romieu) , le texte mutilé d'une longue inscription qui existait de son temps (vers i 670), dans la ville d'Arles, & que nous serons forcé de reproduire telle que le vieil épigraphiste la lisait : le monument dans lequel elle était encastrée « en une pierre antique, contre une muraille, vers le portai de Genieur » , ayant depuis longtemps disparu ' ;

Celle d'un Titus Musidius Polianus, qui aurait gouverné la Province sous le titre de Praetor pro~ consule , assez commun dans les monuments du premier & du second siècle, n'y figure pas davantage, quoiqu'on la trouve reproduite en toutes lettres dans le recueil de Gruter* (p. 440, 2), comme celle du duumvir narbonnais Titus Cominius, oubliée aussi par le savant allemand dans la liste qu'il a donnée des magistrats municipaux de cette ville célèbre "

3 Voir notre Corpus cpii^raphicum au tome 11 de cette édition.

"> T-MVSIDIO-POI. lANO

COS'PRO-COS-PROVINC GALLIAE'NARB-TR''PL-Q XVIR'STL-IVDIC'CVR-VIARVM PRAEF ' FRVMENri ' DANDI E X • S • G

Une glose manuscrite, imprimée cliez Gruter, à la suite de ce texte, semblerait indiquer, il est vrai, qu'il figurait dans le recueil du faussaire Pirro Ligori, ce qui expliquerait, en la légitimant, l'omission intentionnelle alors de iM. Herzog. Mais Gruter nous apprend lui-même que le monument auquel il l'emprunte existait encore de son temps, à Rome, dans la maison d'un noble romain, nommé Horazio Oricellari, & qu'il tenait la copie publiée par lui d'un de ses correspondants habituels, le aignor Castalione. Nous devons ajouter que rien dans ce texte ne paraît de nature à justifier les détianccs dont il aurait été l'objet, s'il s'agit ici d'autre chose que d'un oubli & qu'il a été tout récemment allégué (186S) dans un livre d'une érudition saine & judicieuse, VHistoire de la préture, de M. Edmond Labatut, p. 249.

■» Voyez stipra, p. 128, la note sur les origines de Carca.^o Volcarum. — Il laut ajouter au nom de ce Cominius celui d'un Caius Ignius Sisenna, que nous avons retrouvé dans le plus ancien recueil des inscriptions de Narbonne, rédigé dans la première moitié du seizième siècle (i539), par le chanoine Antoine Raynouard. I. 'inscription à laquelle il l'a empruntée figurait à cette époque dans l'église d'un village voisin de Narbonne & connu alors sous le nom de Saint-André de Ville-Romieu.

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