‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 290 sur 553 · C-IGNIO-C-F'PAP-SISE NNAE'AEDILI-PRAEF PRO-n-VIR'ET'îi-VlR · texte numérisé non relu

C-IGNIO-C-F'PAP-SISE NNAE'AEDILI-PRAEF PRO-n-VIR'ET'îi-VlR

Ce serait ici le douzième exemple, connu à Narbonne, du titre de Praefectun pro duum viro, qui n'est point particu-

Pressé comme nous le sommes nous-même par notre éditeur & par nos souscripteurs, dont les impatiences excuseront en partie les imperfections de notre travail , nous n'aurons point le temps de soumettre à un examen suivi cette question intéressante, sur laquelle il reste beaucoup à dire. Mais ceux de nos lecteurs que les recherches de l'érudition intéressent encore, trouveront un dédommagement à ces omissions, que nous nous reprochons le premier, dans notre Corpus eplgraphicum , où nous donnerons un recueil aussi complet que possible des inscriptions & des textes relatifs aux magistratus putlici de la Province. [E. B.]

' Hérodien, 1. 1. — Spartien, p. 75.

' S. Irénée, Contra, haeret. 1. 1 , c. 8, 9, 1 5.

' Si le fait avancé ici par les Bénédictins était prouvé, il en résulterait qu'avant la fin du second siècle, des chrétientés auraient existé dans le Toulousain & l'Aquitaine méridionale, ce qui serait contraire à l'autorité des actes de saint Sernin & de Grégoire de Tours, qui prétendent que le christianisme ne fut pas introduit dans cette partie de la Gaule avant l'année 25o. C'est sur le témoignage de saint Jérôme que nos auteurs s'appuient pour alléguer que, sous le règne de Commode, les doctrines de Basilide & de Valentin furent portées dans la Narbonnaise; mais saint Jérôme qui, à cette occasion, cite deux fois saint Irénée, s'est trompé'. Irénée avait dit simplement que l'hérésie des gnostiques, propagée par l'Egyptien Marcus, avait infesté la région du Rhône dans le voisinage de Lyon : n Talia autem dlcentes & opérantes & in us ijuo^ue ^ ^uo sunt secundum nos rcgiones Rhodanenses 3 multas seduxerunt mulieres. ji Saint Jérôme, en affirmant que l'hérésie de Marcus s'était étendue jusqu'à la Garonne, fait donc dire à saint Irénée plus qu'il n'avait avancé ; « Refert Irenaeus vïr apostolicorum temporum & Papiae auditorts, evangelïstac Johann'is dïscipuîus, ep'iscopusque Lugdunens'is eccle"^ siae quod Marcus i^u'idam, de Basihdis gnostici st'irpe descendens pr'imum ad GalUas venerit & cas partes^ per qaas Rhodanus & Garumna fiuunt, sua doctrina

lier, du reste, comme M. Herzog paraît le croire (p. 219), à l'administration municipale de cette grande ville. (Voir passim notre Corpus epigrapliicum.)

' Commentaire sur haïe, cap. 64. — EpUt. 76, alias 29. ad Theodoram yiduam.

An ipi

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. III. Si? — ; — ~

' An 187

disciple de Basilide & de Valentin, deux fameux gnostiques, qui admettoient les deux principes des manichéens, & avoient l'extravagance de se dire parfaits. Marc, qui marchoit sur leurs traces, répandit par lui-même ou par ses disciples leur pernicieuse doctrine dans les pays situés aux environs du Rhône; plusieurs femmes se laissèrent séduire par l'artifice de ces hérétiques; quelques-unes se convertirent dans la suite & firent pénitence. Selon saint Jérôme', les mêmes erreurs firent du progrès aux environs de la Garonne, où elles régnoient encore à la fin du quatrième siècle & d'où elles passèrent en Espagne. On prétend^ cependant que ce saint docteur parle plutôt en cet endroit des priscillianistes , autre espèce de gnostiques, que des marcionites.

XXXI. — Guerres d'Albin & de Septime Sévère. — Fidélité de la Narbonnoise

à ce dernier.

Les marcionites débitèrent leur doctrine corrompue avec d'autant plus de facilité 8t de succès, sous le règne de Commode, que cet empereur étoit luimême l'homme de l'Empire le plus déréglé 81 le plus corrompu. Sa mort, qui fut des plus tragiques, fut suivie du règne de L. Helvius Pertinax : celui-ci étant décédé peu de temps après, Didius Julien, Pescennius Niger & Septime Sévère se disputèrent l'empire. Ce dernier, qui avoit été gouverneur de la Lyonnoise, & qui, par la sagesse de sa conduite, avoit gagné l'affection des peuples de cette province, eut la satisfaction de voir les Gaules^ se déclarer les ÂïïT^ premières en sa faveur. Il employa les deux premières années de son règne à faire la guerre à Pescennius Niger, que l'Orient avoit reconnu; mais comme il craignoit que, pendant cette guerre, Claude Albin, gouverneur de l'île de Bretagne, ne prît les armes contre lui Se ne lui disputât l'empire, il l'honora"* de la dignité de césar pour l'amuser, quoique dans le fond il eût été trèsfâché de l'avoir pour collègue, dans la crainte que, par le crédit & l'autorité qu'il avoit dans le sénat 8<. parmi les troupes, il ne vînt enfin à le dépouiller de la pourpre : aussi tourna-t-il d'abord ses armes contre lui, après avoir défait Pescennius Niger.

Albin, qui n'ignoroit pas les véritables dispositions de Sévère à son égard, étoit passé alors dans les Gaules, les avoit gagnées pour la plupart à son parti 8c y avoit déjà assemblé une armée considérable, malgré la résistance de quelques gouverneurs de province qui refusèrent de le reconnoître 8c de éj. origin. se déclarer pour lui. Il paroît que celui de la Narbonnoise fut de ce nombre

maculaverit hoc scripsit ante annos circiter tre- adversaires de la chronologie de Grégoire deTours,

eentos'. n Remarquons, en passant, que saint Je- s'ils avaient pu découvrir dans ses oeuvres une rfime se trompe ici d'un siècle environ en fixant erreur matérielle aussi énorme! [E. M.] l'âge de saint Irénée'. Que ne diraient point les ' S. Jérôme, epist. 53.

' Tillemont, Uist. ecclés. t. 2. p. 322.

' Pulro/og-id, ddit. Migne, t. 22, col. O87; t. 24, col. 623. P f ' > P-

î Voir VahW Chevalier, Orif^wes de rài'lise de Tours, . Capitolin, V.ta Alhmi. — Spartien & Héro-

p. 27. dien, Vtta Severi. — Dion Cassuis, 1. 75.

An içj

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An 196

& que cette province demeura toujours fidèle à Sévère. L'avantage que remporta Albin, dans quelques combats contre les troupes du parti de cet empe- An 197 reuïy obligea enfin ce dernier de se rendre en personne en deçà des Alpes avec une puissante armée pour combattre son compétiteur. Sévère étoit déjà en marche lorsqu'il déclara césar Bassien, son fils, & lui fit prendre le nom de Marc Aurèle Antonin, sous lequel il est beaucoup moins connu que sous celui de Caracalla, qu'on lui donna par sobriquet. Sévère ne fut pas plutôt arrivé dans les Gaules qu'il alla chercher Albin pour le combattre : ils se rencontrèrent le 19 de février, près de Lyon, dont celui-ci étoit le maître. Le jour suivant, les deux armées en vinrent aux mains : le combat fut d'autant plus vif & sanglant de part & d'autre qu'il devoir décider du sort de l'Empire & de celui des deux compétiteurs. La victoire fut longtemps douteuse; mais elle se déclara enfin en faveur de Sévère, ce qui jeta Albin dans un si grand désespoir qu'il se tua lui-même dans Lyon. Sévère lui fit couper la tête, qu'il envoya à Rome, fit jeter son cadavre dans le Rhône &, pour assouvir entièrement sa vengeance, il sacrifia à son ressentiment la femme & les enfans de ce prince, avec un grand nombre de seigneurs des Gaules qui s'étoient malheureusement engagés dans son parti. Il fit ensuite quelque séjour dans ces provinces pour achever d'y réduire la faction d'Albin.

XXXIL — Inscriptions de Narhonne à Vhonnenr de Septime Sévère. Assemblée provinciale dans cette ville.

Peu de temps après ou avant la défaite de ce dernier, les soldats de la garnison (castrorum) ou du camp de la colonie de Narbonne firent graver une ' inscription, apparemment au pied d'une statue qu'ils élevèrent à l'honneur de Julia Domna, femme de Septime Sévère. Ces soldats l'appellent la mère de César Marc Aurèle Antonin & la leur, ce qui prouve l'affection 81 la fidélité de cette colonie, & sans doute aussi du reste de la Province pour l'empereur Sévère, son époux. La même province & la colonie de Narbonne

donnèrent des marques de leur dévouement pour ce prince, lorsqu'après avoir

An 198 vaincu les Parthes, il eut donné la puissance du tribunat à son fils aîné Marc Aurèle ou Caracalla, avec le titre d'auguste. C. Batonius% qui étoit pour lors premier flamine augustale de la Narbonnoise, sacrifia un taureau {tauroholium) au nom de cette province, à l'honneur de Cybèle, mère des dieux, pour la santé des deux augustes Septime Sévère & Marc Aurèle Antonin. On célébra^ sans doute ce taurobole à Narbonne, dans une assemblée générale de la Province que le proconsul ou président, qui en avoit l'administration, avoit coutume de convoquer dans ces sortes d'occasions.

On a parlé ailleurs des fonctions des flamines ou sévirs augustales de la

' Voir, au- torrte II, le Recueil des inscriptions ' P. de Marca, de Primatu Lugdunensi, p. i 64

de la Province. & seq.

• Ibid.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC, LIV. III. Sig

Province; ainsi, nous nous contentons d'ajouter que les' premiers flamines, tels que C. Batonius, étoient présidens ou chefs du collège de ces sévirs; que ceux-ci étoient élus par les peuples de la Province, ou pour toute leur vie ou pour cinq ans seulement, dans les assemblées annuelles que les proconsuls ou présidens convoquoient dans la métropole, & qu'on appeloit Conventus jurldici; que les mêmes flamines ou sévirs prenoient le nom de la province qui les avoit élus; qu'ils présidoient aux spectacles qu'on donnoit pendant l'assemblée provinciale, & que ces spectacles se donnoient sous leur autorité &t leur direction ^. Cet usage subsista jusques à Constantin qui, avec les sacrifices

An K

' P. de Marca, de Primatu Lugdunensi, p. 164 & seq.

' Le culte provincial de Rome 8c des Augustes, dont on s'est fait longtemps des idées vagues &. inexactes, n'avait rien de commun que le nom & le but avec les cultes augustaux dont nous venons de retrouver & de suivre les traces dans les grandes villes de la Province. Il rappellerait plutôt, comme point de départ, ces fédérations nationales & religieuses de peuples ou de villes que l'on trouve établies de très-bonne heure en Orient comme en Grèce, d'oii elles auraient passé, à la suite des conquêtes & de l'organisation romaine, dans les provinces occidentales de l'Empire'.

Quoique postérieure en date à l'association des soixante cités de la Gaule chevelue, dont nous avons résumé l'histoire (744 de Rome, 1 o av. J. G.)', & à celle des villes espagnoles de la Tarragonaise, qui remonte au moins à l'année 768 de Rome (i5 ap. J.-C.), celle de la province Narbonnaise paraît avoir été conçue dans le même esprit & organisée à peu de chose près de la même manière. Elle avait pour but de réunir, par un engagement librement consenti, toutes les populations de la Province & de les lier par un culte commun au nouveau maître du monde transformé en dieu, & à sa maison divine (^domus divina')^ comme on allait le dire bientôt sans métaphore. — Mais nous devons rappeler à nos lecteurs que les écrivains contemporains ne s'occupent guère plus de ces cultes collectifs que des religions municipales avec lesquelles on les a longtemps confondues, & que nous en sommes toujours réduits, comme mode de renseignements, aux

' Voir sur ces questions, auxquelles de nombreux erudits ont attaché leur nom, les travaux anciens ou modernes de Spanlieim, Vaillant, Van Dale, Sainte-Croix, Dirkscn, Marquardt, &c., en y joignant 'les précieuses indications fournies par les inscriptions antiques dans les recueils de Boeckh, de Ijîbas, &c., & par les monnaies des villes grecques dans ceux d'Eckhel, de Pellcrin, de Mionnet, &c. — C'est en grande partie à l'aide des textes épigraphiquesque nous avons essayé de refaire, il y a quelques années, l'histoire du Panhetlenium à Athènes, dans notre dissertation sur les inscriptions du temple de Jupiter, à JP.zixn. {Mém. de l'Acad. des Sciences de Toulouse, ann. 1849).

' Voyez, livre H, p. 267, note 3.

monuments épigraphiques beaucoup plus rares & moins explicites ici que dans les provinces voisines de l'Espagne & de la Gaule proprement dite.

On reconnaît pourtant, en les étudiant avec un peu d'attention, & en les comparant aux monuments étrangers dont nous venons de parler, que l'association ou le Commune (c'est le nom générique sous lequel les Latins désignaient ces cultes fédératifs, connus en Orient sous celui de xoivà) s'étendait à toutes les villes de la Province, sans exception, à ce qu'il paraît, & que chacune d'elles y était représentée par des mandataires électifs dont quelques-uns nous sont connus, au moins de nom, grâce aux inscriptions gravées sur les autels qui servaient de base à leurs statues. C'est ainsi que nous inscrivons sans hésitation en tête de cette liste bien incomplète encore le nom d'un Trébellius Rufus, originaire de la ville de Tolosa.^, chez les Volkes Tectosages , & qui aurait été un personnage considérable en dehors même de sa ville nat.ile & de sa province, puisque nous le voyons revêtu à Rome du consulat (sans que l'on sache précisément en quelle année) & à Athènes de l'archontat éponyme *, qu'il cumulait avec plusieurs sacerdoces athéniens ou impériaux; sans parler du privilège qu'il avait obtenu de se faire élever des statues '( dans tous les temples & sur toutes les places de la ville ^. » A Vienne [Vienna Allohrogum) , qui faisait, comme Toulouse, partie de l'association, nous trouvons celui d'un Sextus Attius Creticus, qui avait parcouru aussi tout le cercle

' iv TT, «a-.flîi ToAwçy^ Inscr. basis quadrataù qua<^

extat Athenis, in Acropoli, apud Propylaea. (Herzog, Gall, Nûrb. Appendix epigrapltic. n. 267.)

■* xa't !jr»iiov xal ttf;^ovta iiïfivjjAov iv 'Aôiivat; (1.1.).

' iïiidt^iuî ivSfiivtuv «ai cl«iviay iv hivt'i v[a]i.;j xa'i i«ir,j|i»

TY,; TiiC'Xîu; i6]i:w (/./.). I-'inscriplion à laquelle nous empruntons ces détails n'est autre chose que le décret (^«içwna), rendu au nom du peuple athénien par l'aréopage & par le conseil des six cents. I-'édition qu'en avait donnée, il y a quelques ' années. M. C. Keil, d'après le Journal archéologique d'Athènes (ScheJ. cpigr. Naumhurg, i855, p. 41-46), a été repro. duite & corrigée par M. Herzog, d'après une nouvelle copie prise à Athènes par un de ses amis : Quod dedi apographum, Konr. Bursiani debeo amicitiae qui Athenis ipse descripsit. — (Gallia Narb. Append. epigr. n. 267.)

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des païens, abolit le nom & les fonctions des flamines ou sévirs augustales & de leurs collèges.

des honneurs municipaiix de sa ville natale**, à Narbonne, celui d'un Sextus Fadius Musa (?) ' affranchi d'origine, s'il faut en juger par ce cognomen poétique, mais qui ne le cédait en rien, comme vanité, aux pieux personnages dont il était devenu le collègue. A Nimes, où les monuments du Commune sont plus nombreux que dans les autres villes de la Province, nous citerons, d'après eux, un Quintus Solonius Severinus (le Sévérin des Bénédictins), qui avait été (juartumvir dans sa ville natale (IIII v'ir iuri dicunio) ; un Sammius Eutychianus, qui vivait vers le temps de l'empereur Hadrien, comme nous l'apprennent certains détails de son épitaphe, & un troisième personnage, dont les noms ont été malheureusement mutilés sur le marbre qui les portait'.

Aux honneurs municipaux dont ils avaient parcouru hiérarchiquement tous les degrés, la plupart de ces dignitaires joignaient des titres ou des fonctions publiques qu'obtenaient rarement les prêtres des civ'itates proprement dites, celui de chevalier romain, par exemple, que l'on désignait familièrement sous le titre i'equus puhlicus (au datif equo puhl'ico) ou eijuum pubVicum habenî [hahentî) 8c celui d'assesseur dans l'une des cinq décuries chargées à Rome de juger les procès'. Le Toulousain Trebellius Rufus était arrivé, lui, de degré en degré, jusqu'au

fi L'inscription qui nous a conservé le nom de ce llamine a été découverte à Rome, dans le courant du dix-septième siècle.

SEX'ATTÎVS SEX-FIL'VOLT e^^ ETICVS'VIENN OMNIB'HONORIB IN-PATRIA-SVA'FVNC FLAM'PROV-NARB

[Slex(tus) Attius, Sex(ti) fil(ius), Volt(inia[(n*u]), [Cr] eticus, Vienn(ensis) , oninib(us) honorib(us) in patria sua func(tus), flam(en) prov(inciae) Narb(onensis). Elle a été publiée par Spon, dans ses MisccUatiea, i685, p. 2o3, & reproduite de nos jours par M. Cliotard, dans sa nouvelle édition des Recherches de Chorier, p. 543, n. i, & par M. Herzog, sous le n. 5oi de son Appendix epigraphica.

7 Dont nous marquons le nom d'un point d'interrogation, parce qu'il doit exclusivement ce titre à une sitppletio de M. Herzog, qui soulève à son tour des objections de plus d'un genre, & que n'ont admise jusqu'ici aucun des épigraphistcs qui ont publié le monument. (Le voir dans notre Corpus epigraphicum.)

8 Les inscriptions relatives à ces quatre personnages seront publiées in extenso dans le recueil de textes épigraphiques qui servira de complément au tome II de la présente édition. — M. Herzog ajoute à cette liste le nom d'un Caius Junius Priscus, qui aurait été duumvir quinquennalis candidatns dans la ville d'Arles, & flamine de la Province, comme il le suppose en suppléant les quatre lettres EM FL (..[//]em jl\amen provinciae Narbonensis).. — Append. epigr, n. 325.

9 Voyez passiin les textes des diverses inscriptions que nous venons de reproduire ou d'indiquer.

consulat, regardé toujours comme la première & la plus désirable des magistratures publiques, malgré l'insignifiance réelle dans laquelle elles étaient toutes tombées depuis l'établissement de l'pmpire. En tant que prêtres, ils étaient uniformément désignés sous le titre de Flamines Provinciae , Flamines provinciae Narèonensis , & paraissent avoir été tous égaux en attributions & en prérogatives. Electifs, comme les flamines municipaux avec lesquels les Bénédictins les confondent, ils étaient probablement élus comme eux par les membres de VorJo, qui les choisissaient parmi les magistrats émérites de la curie (omnibus honorihus in patria, in civitate sua, in re publica sua functus, pass.) Mais rien n'indique que la durée de ce mandat & celle des fonctions qu'il conférait ait été limitée à quatre ou cinq années, comme le suppose M. Herzog, d'après des inductions plus que discutables "". A Lyon , où les prêtres du nouveau culte étaient désignés sous le titre commun de sacerdotes , les inscriptions du murus sacer nous parlent à plusieurs reprises de prêtres qui avaient exercé le sacerdoce pendant de longues années", & il en était certainement de même à Tarragone, où l'on ne trouve pas plus qu'à Narbonne & qu'à Lyon de prêtres honorés du sacerdoce pour la seconde ou la troisième fois ".

'" " Licet fartasse ad eas adhiberc exemplum conciliorunt Orientîs, quae conveniebant quinto quoque anno; unde concludi potest flamines quoque illos fuisse in quinquennium creatiis. (Herzog, Gall. Xarb. p. 256).

" Voici un des textes, malheureusement mutilé, sur lesquels nous appuyons ces assertions ;

Q as» G 1 N I 0 V L I S5

licinitavrici-fIl

QVl - SACERDOTIVM APVDARAM-DVO 'ET

Q(am(o] [Lijcinio, VIpjii] Licini(i ) Taurici fil(io), qui sacerdotium apud aram duo & (viginti annos ?)...

(De Boissieu, Inscr. antiq. de Lyon, p. 91.)

On peut y joindre les deux fragments suivants, qui paraissent indiquer, l'un & l'autre , un nombre déterminé d'années de sacerdoce :

G A R N QVI-SAGE (De Boissieu, l.l. p. 90.)

ORI ' LICINI CINTl-ANNC S S A G E R D (De Boissieu, /./. p. 92.)

" Il est vrai que ce titre de sacerdos ou isflamen. étendu par nous à tous les membres de l'association , est employé dans un sens beaucoup plus restreint par les érudits allemands, qui l'appliquent exclusivement au président de l'assemblée, en réservant aux simples membres celui de legati.,. ibique habita concilio (tegatorum singularum civiîaîitm) nominasse unum qui dicebatur flamen provinciae.,, (Herzog, Gallia Narb. p. 255. —Voir Marqaardt,Handbuchderroem. Alterthum, 3, 1, 271); mais cette nouvelle assertion ne résiste pas mieux que l'autre au contrôle des textes épigraphiques,

Il paroît que Fabius Cilo Septimus, qui fut gouverneur de la Narbonnoise avec l'autorité de proconsul, & qui exerça, avant ou après, la charge de

An 198

Ce serait alors au corps des prêtres en exercice que s'appliqueraient les mots ftaminales viri, que l'on rencontre de loin en loin dans les inscriptions des zo'.và espagnols '' & que les dictionnaires traduisent à tort par ceux de flamines sortis de charge, si le titre & les fonctions du sacerdoce étaient inamovibles, comme tout semble l'indiquer. — L'assemblée où se discutaient les affaires de l'association & le service du nouveau culte '*, était présidée par un de ses membres qui ne se distinguait de ses collègues que par le titre modeste de primus fiamen Provinciae. C'est au moins ainsi qu'on le trouve traduit, suivant toute apparence, dans l'inscription athénienne de Q. Trebellius Rufus : 'Ap/iEf£Ù; spÛTo; Ir.if/tlxi T^; Ix NïpÊôJvoç". Mais on en est réduit cette fois à de pures conjectures sur la manière dont était élu ce haut dignitaire & sur la durée de ses fonctions, que l'administration romaine avait tout intérêt à surveiller. Tite-Live, qui nous a conservé le nom d'un noble jEdue, C. luUus Vercundar'idubtus y appelé le premier à cette haute position dans le commune des Trois-Gaules,

parmi lesquels on n'en trouve point un seul dodiii , au nom des Trois-Gaules, à ces'prétendus legati , tandis que l'on y compte par quinze ou vingt les noms des sacerdotes de l'aute], dont la plupart seraient arrivés jusqu'à nous, s'ils restaient quinze ou vingt ans en fonctions, & même ceux de simples employés de bureaux auxquels l'association décernait des éloges & des statues.

'J statuant inter Jlaminales viros positam. (Inscript-

de Tarragone, chez M. Em. HQbner, Insc. Hisp, n. 4248.)

'^ Elle éiait connue sous le nom générique de concilium , comme nous l'apprennent les inscriptions de Tarragone. Voyez notamment les n" 4246, consensu concilii, P. H. C.

{provinciae Hispaniae Citerioris), & 423o electo a

concilio provinc{iae) ad statuas aurandas divi Hadriani, & pour la Gaule le marbre de Torigny, in concilio Galliarum (/./.).

■5 Voir M. Herzog, Appendix epigr, n. 267. Nous citerons encore à l'appui de nos conjectures le texte suivant dont les épigraphistes lyonnais ne paraissent pas avoir compris toute l'importance.

M'OPPI-PLACIDI HAR' PRIm ' DELX CVI-LOCVM-SEPVLTVR ORD 'SANCTISSIM' LVG . DEDIT

D(iis) M(anibas) M(arci) Oppii Placidi, Har(uspicis) prim(i) de sexaginta, cui locum sepultur(ae) ord(o) sanclissim(us) I.ug(dunensis) dédit. (Boissieu, Inscript, antiques Je Lyon, p. 80-81.) — Les mots haruspex primus de sexaginta, que nos lecteurs auront soulignés d'eux-mêmes, n'autorisent-ils pas à supposer, comme le remarquait avec raison le P. Ménestrier (Hi's/oir? consul, de Lyon, 1696, p. 76), que les soixante prêtres avaient chacun un certain nombre d'assesseurs ou d'acolytes , parmi lesquels figurait au moins un haruspex & que ces haruspices, présidés ou représentés par Tun d'entre eux, avaient eux-mêmes une hiérarchie analogue à celle des sacerdotes ou des prêtres de l'autel ?

se contente de nous dire qu'il avait été créé sacerdos à la suite de l'inauguration de l'autel dédié solennellement par Drusus, le i'"'' juillet de l'an 744 de Rome (10 avant J. C.) "', sans nous apprendre s'il avait été choisi par l'assemblée ou par Orusus lui-même, comme l'étaient, à l'époque impériale, les présidents des xotvà orientaux, nommés parle proconsul ou le legatus de la province.

Le centre de l'association paraît avoir été la ville de Narbonne, qui se serait trouvée ainsi, dès l'époque romaine, la métropole religieuse, en même temps que le chef-lieu politique de la Province. Ce serait là qu'auraient résidé, au moins pendant la durée des sessions, les délégués des diverses villes, avec les prêtres de rang & de titre divers qui leur servaient d'assesseurs (ministri) ou d'acolytes, comme le disaient les Grecs (dcxiXojOoi) . A Lyon, ils célébraient, aux jours fériés [dies festi, solemnes), les cérémonies & les sacrifices du nouveau culte devant un vaste autel en plein air (ara), flanqué latéralement de deux colonnes en granit noir que reproduisent assez fidèlement, comme effet général au moins, les revers des monnaies frappées par le commune des Trois Provinces. A Tarragone, dont les monnaies coloniales paraissent avoir été moins nombreuses mais plus variées, à l'origine surtout, elles nous ont conservé l'image d'un temple octostyle, dédié au dieu Auguste, comme on l'appelait crûment en Espagne, & dans lequel se tenaient probablement les séances du concile lorsqu'il avait des délibérations à prendre ou des décrets à formuler ". Autour de ces grands monuments, dans l'area de l'autel ou du temple, se pressait tout un peuple de statues de marbre ou de bronze, dédiées le plus souvent aux membres de l'association qu'elles représentaient". Ce sont les bases de ces statues chargées elles-mêmes d'inscriptions latines qui nous ont conservé les

'6 Civitates Germaniae cis Rhenum & trans Rhenum positae oppugnanlur a Druso & tumultus, qui ob censum exortus in Gallia erat, compositus. Ara Caesari ad con- Jluentem Araris & Rhodani dedicata : sacerdote creato Caio Iulio Vercundaridubio, Aiduo. (Liv. Epitom. 1. 137.) Nous ne douions point, pour notre part, que le sacerdos élu ainsi par Drusus ou sous l'influence de Drusus, n'ait été un sacerdos inter pares, c'est-à-dire un primus sacerdos, analogue par le rang comme par le litre, au primus Jlamen provinciae Narbonensis mentionné dans l'inscription des Propylées.

'7 Elles sont reproduites chez les numismatistes espagnols ou étrangers, depuis Antonio Agostino & Florez jusqu'à M. Aloïs Heiss, dont les dessins sont généralement plus exacts que ceux de ses devanciers. (Monnaies antiques de l'Espagne, t. i, in-4° & pi. pass.)

•» Voir à ce sujet notre étude sur la disposition & l'ornementation extérieure du Panhellenium, à Athènes. (Les inscriptions du temple de Jupiter, à ^Ezani. SIém. de l'Académie des Sciences de Toulouse, ann. 1S49.)

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lieutenant {legatus) ou assesseur du propréteur qui administroit cette province, parvint à ces dignités sous l'empire de Sévère. Nous savons, en effet.

seuls renseignements exacts & précis que nous possédions aujourd'hui sur ces personnages, oubliés pour la plupart, & sur la nature de leurs attributions, exclusivement religieuses & panégyriques à l'origine, comme le leur rappelaient, à l'occasion, les fonctionnaires impériaux, visiblement préoccupés de l'importance que pouvaient prendre, à un moment donné, ces grandes assemblées provinciales, composées, comme elles l'étaient, d'hommes considérables, librement élus par leurs concitoyens.

Mais nous avons déjà remarqué combien sont rares à Narbonne les monuments & les souvenirs de ce cuite officiel dont les provinces voisines paraissent aussi fières que leurs métropoles. Du temple qui aurait servi de local aux séances de l'assemblée, si les choses se passaient chez nous comme à Tarragone , il ne reste ici aucun vestige positif & aucun souvenir appréciable , même en image, puisque la colonie de Narbonne n'a point frappé ou émis de monnaies à partir de la conquête romaine. Il est plus singulier encore que l'on n'y ait jamais rencontré , à notre connaissance au moins , aucune de ces bases inscrites qui représentent ailleurs les statues des flamines provinciaux, renversées, mutilées ou détruites lors des réactions religieuses qui ont marqué la chute du polythéisme. Quant aux statues d'empereur & d'impératrice qui auraient décoré le péristyle ou les abords du monument, il nous suffira de rappeler que toutes celles que l'on a jusqu'ici découvertes à Narbonne, ont été dédiées par les habitants de la colonie & en leur propre nom, comme le prouvent les formules habituelles de leurs inscriptions {Narbonenses, Decumant "Sarhonenses); ce qui revient à dire qu'elles figuraient dans le temple dédié aux empereurs par la bourgeoisie ou sur le Forum de la ville, converti luimême en une sorte de temple municipal. (Voyez les notes précédentes.)

Les seuls monuments franchement narbonnais qui fassent exception à cette règle, seraient celui du flamine Sextus Fadius Musa (i") originaire de Narbonne, comme nous l'avons déjà remarqué, & celui du flamine Caius Batonius, qui a présidé, en l'an 199 de notre ère, au sacrifice taurobolique exécuté au nom & aux frais de la ville (.... ceUhrarunt publice Narbonenses), à l'intention {pro salute) de l'empereur Septime Sévère & de Caracalla, son jeune fils. Mais ni l'un ni l'autre de ces deux monuments ne contredirait l'assertion que nous venons d'émettre, puisque la statue de Sextus Fadius Musa lui avait été dédiée par la corporation des fabri Subaediani, qui n'avaient rien de commun , à coup sûr, avec les Flamines provinciae

Narbonensis ", & que l'inscription purement commémorative de Caius Batonius figurait, selon toute apparence, dans le temple de la Bona Mater, où le sacrifice avait eu lieu, & d'où proviendraient aussi les nombreux autels tauroboliques (dédiés, ceux-là, par de simples particuliers) que l'on a découverts & que l'on découvre encore de loin en loin à Narbonne "". Sans les inscriptions étrangères, dont nous invoquions en commençant le témoignage trèsformel & très-concluant, il est vrai, on serait en droit de se demander si la Narbonnaise avait réellement son culte provincial de Rome & des Augustes, & si le centre de ce culte était bien la ville de Narbonne où ces monuments sont presque aussi rares qu'ils sont communs à Lyon & à Tarragone.

La conclusion à tirer de ces différences, trop peu remarquées jusqu'ici , c'est que le culte provincial des Augustes n'a point eu, dans la Narbonnaise, même à l'origine, l'ascendant & la popularité qu'il paraît avoir obtenues dans les provinces voisines j particularité qui s'expliquerait ici par l'importance de plusieurs des villes dont se composait l'association & par les jalousies qui les ont divisées de très-bonne heure. Fondé à la suite, & probablement à l'exemple de celui de la Tarragonaise, dans le moment d'enthousiasme national qui paraît avoir suivi l'équitable organisation donnée par Auguste aux provinces occidentales de l'Empire, il aurait été à son apogée dans la première moitié du premier siècle, auquel paraissent appartenir là plupart des monuments dont nous invoquions tout à l'heure le témoignage. Il se serait soutenu jusqu'au temps des Antonins, s'il faut en juger par celui du flamine 5ammias Eutycianus [Eutychianus^^ qui s'applique à lui-même le titre A^archiereus synoii [Hadrianeae). Mais rien ne prouve, quoi qu'en dise M. Herzog", qu'il se soit prolongé au delà de cette époque & qu'il faille voir un flamine de la Province (il s'intitule lui primus fiamen Augusîorum^ dans le Caïus Batonius du monument taurobolique qui n'avait parcouru aucune des magistratures de sa ville natale (il ne la mentionne même pas de nom), &dans lequel nous reconnaîtrions plutôt un

'9 limtatem meam si modo probàveritis \ & vestram

[ ] sionem uti aereae tabulas iuscalptam ante aedem

proponatis. {Inscr. de S. Fadius Musa : e sched. mss. 7ncis.)

^" M. Herzog, qui ne tient compte ni des faits généraux que nous signalons ni des différences sur lesquelles nous venons d'insister, croit cette inscription originaire du temple des augustes & confond le président du taurobole C. Batonius avec

les fliimincs de la Province item ad aedem Aiigusti , C.

Baîonium videmus rem sacramfacere proProvincia. {GalL Narbon. p. 256.)

" GalL Narbo». l.l.

que le mérite de Cilo & son crédit' auprès de cet empereur 1 élevèrent aux premières dignités de l'Empire. Il parvint à celle de préfet de Rome &. fut élu consul, pour la seconde fois, l'an 204. Il paroît que ce fut aussi sous le règne du même prince que L. Césonius Macer Rufinianus exerça-^ dans la Narbonnoise les fonctions de questeur. Ce dernier fut élevé ensuite à d'autres charges plus considérables qui lui méritèrent^ enfin le consulat.

An 198

An 204

XXXIII. — Martyre de saint Andéol, pendant la persécution de Sévère.

Sévère vint une seconde fois dans les Gaules, à l'occasion des troubles qui s'élevèrent dans la Bretagne, auxquels il voulut aller remédier en personne. On croit"* que ce fut pendant ce voyage que ce prince fit souffrir le martyre à saint Andéol, le premier que nous connoissons qui ait arrosé de son sang la partie de la Narbonnoise qui est en deçà du Rhône, & qu'on appelle aujourd'hui Languedoc; mais la nouveauté des actes^ de ce saint ne nous permet pas de nous étendre sur les circonstances de son martyre. Selon le martyrologe d'Adon, auteur du neuvième siècle, qui peut l'avoir appris par la tradition du pays, saint Andéol, qui étoit sous-diacre, fut envoyé dans les Gaules par saint Polycarpe, avec saint Bénigne & quelques autres, pour y prêcher l'Evangile^^, & souftrit le martyre dans le territoire de Viviers, à l'endroit qu'on appeloit anciennement Gentibus , par ordre St en présence de l'empereur Sévère, qui lui. fit, à ce qu'on ajoute, endurer divers tourmens. C'est seulement depuis le neuvième siècle Se le règne de l'empereur Lothaire, sous lequel

Ed. origin.

An 208

de ces prêtres nomades ou sédentaires de la Bonne Déesse, érigé pour la circonstance en flamine ou en président des flammes municipaux. A dater du troisième siècle, où ces assemblées allaient prendre à Lyon & ailleurs une importance inattendue ", grâce aux insurrections provinciales 8t aux troubles de tous les genres qui en ont été la suite, on ne trouve plus trace de son existence. Il y a plus d'une raison de croire que ce culte collectif, neutralisé ici par l'importance des cultes municipaux, se sera éteint ou plutôt confondu avec eux, sans attendre même le nouveau partage des Provinces, qui allait, au quatrième siècle, lui porter le coup de grâce. (E. B.]

' Gruter, Corpus inscriptionum, p. 407, n"' 1 & 2. — Dion Cassius, 1. 77. — Onufrius, in Fast.

' Gruter, Corpus inscriptionum , p. 38i, n. 1.

* Reland, Fasti consulares^ p. 117.

' Acta Sanctorum (BoUand.), 1 maii, p. ,15 & seq. — Bosquet, t. 2.

"' Voyez à ce sujet le texte de la grande inscription des V'iducasses (marbre de Torigny) qui a étc publié & commente bien des fois depuis Biniart de I.abàtie {pracfat. Tfiesaur. Muratoriani , t. i. c. 9 & seq.) jusqu'à M. de Boissieu , Imcr. antiq. de Lyon, p. 262, «S Hcrzog, Oall. Narbon. ïiy & suiv.

' Tillemont, ffist. des empereurs pendant les six premiers siècles de l'Eglise, t. 3, p. 98.

' C'est, en effet, à la mission grecque de saint Pothin qu'il faut, selon toute probabilité, rattacher saint Andéol. On ne peut cependant rien préciser quant aux circonstances de son martyre. Les manuscrits qui renferment ses actes ne sont pas antérieurs au douzième siècle, époque qui est vraisemblablement celle de leur rédaction'. Les Bollandistes les ont imprimés au 1" mai'; ils reconnaissent eux-mêmes qu'ils ne méritent pas une grande confiance. Il faut se rappeler qu'au neuvième siècle on paraissait avoir perdu le souvenir de saint Andéol & du lieu oii reposait son corps. Ce fut Bernoin, évèque de Viviers f85i- 874J, qui le découvrit au lieu nommé depuis le Bourg-Saint-Andéol, & qui construisit l'église dans laquelle il fut transporté '; les actes, en tout état de cause, sont postérieurs à cette translation. — Rien donc de moins authentique que le rôle attribué en cette affaire à Septime Sévère par les légendaires. [E. M.]

' Bibl. nationale, fonds latin, n- 5296, 5 323, & 11757.

' Mai. t. I, p. 35.

1 Voir tome V de cette édition, Imcriptions, n. 2.

An jo8

l24 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. III.

vivoit Adon, que les reliques de saint Andéol ayant' été miraculeusement découvertes, furent exposées à la vénération des fidèles dans une église qu'on construisit au même endroit, en l'honneur de ce saint, &. où Dieu opéra divers miracles. Léger, évêque de Viviers, céda ^ cette église, au commencement du douzième siècle, à l'abbé & aux chanoines de Saint-Ruf, en Dauphiné. Ce lieu s'appeloit alors Burgias ou Burgagiate, ce qui a peut-être donné occasion de l'appeler dans la suite le Bourg-Saint-Andéol. C'est aujourd'hui une petite ville sur le Rhône, où l'évêque de Viviers fait ordinairement sa résidence.

Saint Andéol ne fut pas le seul qui souffrit pour Jésus-Christ sous l'empire de Sévère} la persécution que cet empereur suscita contre les chrétiens de

l'Empire, les dernières années de son règne, s'étendit sur plusieurs autres 8c

An 211 fut des plus violentes. Elle continua sous les empereurs Caracalla & Géta, ses enfans & ses successeurs, Si on croit que^ dans ce temps-là plusieurs chrétiens, & entre autres les saints Félix, Fortunat & Achillée souffrirent le martyre à Valence, dans la Narbonnoise, par ordre de Corneille, qui y commandoit les troupes, ce qui prouve que la foi étoit déjà répandue dans cette Province.

XXXIV. — Droit de bourgeoisie romaine donné par Caracalla à toutes les provinces. — Son voyage dans la Narbonnoise.

Les chrétiens ne furent pas les seuls qui éprouvèrent les effets du mauvais naturel de Caracalla ; son frère Géta qu'il assassina pour régner seul, en fut la principale victime. Il accabla d'impôts tous les peuples &i les fit gémir sous la dureté de son gouvernement. La seule marque d'aftection qu'il donna aux'* sujets libres de l'Empire, fut de leur accorder en général le droit de bourgeoisie romaine par une ordonnance, que saint Augustin loue beaucoup, 8<. qui auroit été en effet fort louable, si l'intérêt n'y eût eu plus de part que l'inclination de faire du bien dont il la couvroit. Par cette concession, le droit romain devint le droit commun de l'Empire, &t il n'y eut plus de différence dans les provinces entre le droit des colonies, celui des villes municipales ou qui jouissoient du droit latin & italique, & celui des villes assujetties au droit provincial : on remarque cependant qu'on ne laissa pas d'y mettre encore quelque distinction, puisqu'après la mort de ce prince, St du temps même de Constantin, les citoyens romains furent distingués des latins.

Le voyage que fit cet empereur dans les Gaules, sous prétexte de visiter les provinces St de régler la police-^, mais dans la vérité pour y jeter le trouble & la confusion, fut fatal à la Narbonnoise en particulier, & au proconsul qui en avoit alors l'administration, que ce prince"^ fit mourir. On ignore également le nom de ce gouverneur & le sujet de sa mort : on sait seulement qu'un simple soupçon, bien ou mal fondé de la part de Caracalla, étoit plus que

' Duchesne, Scr'iptores Coaetani, t. 2, p. 402, ^ Dion Cassuis^ Fragment, apud Valesium, p. 745.

* Columbi, Episcopi Vivarienses^ p. 207. — Tillemont, sur saint Irènèe, art. 8. ^ Acta Sanctorum (Bolland.), 23 april, p. 98. — ^ Spartien, Vita Caracallae, p. 87.

TilXtmont, sur saint Irénée, art. 10. * liiJ.

An 21 2

An 21 3

An 2i3

suffisant pour porter ce prince à une semblable cruauté. Il inquiéta tous les gouverneurs, vexa les peuples & viola les droits des villes sans aucun ménagement, ce qui le rendit odieux à tout l'Empire. Son mauvais cœur ne parut

jamais mieux que lorsque, étant rétabli d'une maladie dangereuse, il traita

cruellement, avant son départ des Gaules pour la Germanie, les médecins qui An ^14

lui avoient procuré la guérison. Sa mort fut aussi tragique que sa conduite

avoit été cruelle & déréglée : il fut assassiné, & il ne paroît pas que l'assassin An 217 ait été puni, ni par l'armée qui le découvrit, ni par Macrin qui lui succéda.

XXXV. — État de la Province sous l'empereur Alexandre Sévère.

Macrin, dont les historiens louent assez la conduite 8t la modération, auroit pu contribuer au rétablissement de l'ordre Si de la tranquillité des pro- ,f ^; p';'f,"jj-. vinces de l'Empire, s'il eût eu soin de leur donner des gouverneurs de mérite & de probité; mais le grand défaut de cet empereur étoit de choisir toujours de mauvais ministres. Héliogabale qui lui succéda, Se que l'histoire nous représente comme le plus débordé de tous les hommes, étoit encore moins capable

que lui d'en choisir de meilleurs 8t de plus sages. La gloire en étoit réservée

à Alexandre Sévère, successeur de ce dernier. Ce prince, dont la sagesse Si la An 222 pénétration étoient au-dessus de son âge, se fit un devoir ' de ne confier le gouvernement des provinces qu'à des personnes dont il avoit déjà éprouvé la probité. Il mit de simples présidens dans la plupart de celles qui étoient à sa disposition, ce qui les fit nommer présidiales : on les appeloit auparavant prétoriennes, parce qu'elles étoient gouvernées par des préteurs. Le pouvoir de ces présidens se bornoii à la seule administration de la justice; le commandement des troupes étoit entre les mains d'un autre officier^. La Narbonnoise

' Lampridius, Vita Alex. Severi, p. loi & 129. En théorie, le choix des proconsuls était aussi ' Dom Vaissete commet ici une légère erreur, & libre sous les premiers empereurs quedans les beaux nous croyons utile, à ce propos, d'indiquer briéve- temps de la République; c'était généralement le ment les principales attributions des gouverneurs sort qui attribuait chaque province aux consuls de province, à l'époque impériale. En premier lieu, sortants; toutes les lois d'incompatibilité & d'inil faut remarquer que la distinction entre provin- capacité avaient encore leur effet; les officiers inces prétoriennes & consulaires est peu fondée. En férieurs étaient les mêmes ; mais on conçoit qu'un effet, la Narbonnaise, abandonnée par Auguste à choix si important ne pouvait rester indifférent au l'administration du sénat, comme plus tranquille prince, & peu à peu celui-ci rendit illusoire l'inier- & moins exposée aux incursions ennemies, fut vention du sénat. Le proconsul était à la fois juge, généralement gouvernée par des préteurs, c'est-à- général & administrateur : juge, il connaissait de dire par des personnages qui, dans l'ordre des hon- toutes les affaires, tant publiques que privées, sans neurs, n'avaient encore atteint que la préture ; distinction aucune; général, il avait la libre dismais les autres provinces sénatoriales étaient gou- position des forces chargées de garder la province, vernées par des hommes consulaires; la seule diffé- sans cependant avoir le droit d'y faire le recruterence, d'ailleurs, entre les deux titres consistait ment, droit qui n'appartenait qu'à l'empereur; dans le nombre de licteurs; les consulaires en administrateur, il avait l'intendance des routes, avaient douze, les préteurs n'en avaient que six, la surveillance des finances & des affaires municicomme les présidents nommés par l'empereur; du pales. Il se déchargeait de la portion la plus imreste, les uns & les autres jouissaient de la puis- portante de ces soins sur son lieutenant {legatus sance proconsulaire dans toute son étendue'. pro praetore), qui ne relevait que de lui & des actes ' V. Herzog, p. 236. duquel il était responsable. En outre, il avait

An .

fut la seule des Gaules qui ne fut pas du nombre des présidiales dont nous venons de parler, parce qu'étant à la disposition du sénat, elle demeura toujours proconsulaire. L'empereur en nommoit véritablement le proconsul ou gouverneur, comme dans les provinces présidiales, mais ce n'étoit que de l'avis du sénat. Nous apprenons par une loi ' ou rescrit de cet empereur, adressé à Julien, proconsul de la Narbonnoise, que celui-ci la gouverna sous son règne :

An Z24 c'est sans doute le même que Claude Julien, qui fut consul l'an 224.

M. Clodius Puppiénus Maximus, homme d'un vrai mérite, qui avoit été successivement proconsul de la Bithynie & de la Grèce, & qui parvint ensuite

An 232 à l'empire, succéda', vers l'an 282, à Julien dans le gouvernement de la Narbonnoise avec la même autorité de proconsul. Cette province étoit en paix sous le règne d'Alexandre Sévère, quand ce prince, se trouvant dans les Gaules, eut le malheur de tomber dans les embûches de Maximin, Goth de nation &

An 235 général de ses troupes, qui le fit assassiner, La nouvelle de sa mort affligea également le sénat, le peuple romain Se toutes les provinces de l'Empire.

XXXVL — Maxime, gouverneur de la Narbonnoise & ensuite empereur.

Inscription de Bé-^iers.

La conduite de l'assassin d'Alexandre Sévère, qui usurpa ensuite son trône, le fit encore plus regretter & obligea les provinces à chercher l'occasion de secouer le joug d'un empereur que le crime avoit élevé & qui ne se soutenoit que par d'autres crimes. L'Afrique fut la première qui se révolta &. qui éleva à sa place les deux Gordiens, père Se fils, l'un respectable par son âge Se la

toute une suite, une chancellerie de scribes & de ministres, de Tun des comtes, exécutent, d'un bout

notaires, une multitude d'appariteurs, de licteurs, à l'autre de l'Empire, les ordres du prince; plus

de courriers, d'aides (^subadjuvae)^ en un mot, tout de questeurs, mais un raùonalis summarum Galîia-

cc que la Notifia dignitatum appelle Vofficium. rum, trésorier des Gaules; sous lui, des procureurs

La distinction entre provinces impériales & pro- dirigeant les ateliers monétaires, & des préposés

vinces sénatoriales alla chaque jour en s'affaiblis- (praepositus] aux trésors de l'Etat; puis viennent

sant, à mesure que la centralisation administrative les industries dont l'Etat avait le monopole, les

prenait de nouvelles forces. A l'époque de la Notitia fabriques de lin (Unifiant) , les ateliers de femmes

dignitatum ', il n'y a plus que des provinces pré- esclaves (gynaecium), les fabriques de pourpre (ia-

sidiales ; une seule, dans l'ancienne Narbonnaise, fium); chacune de ces industries a son procurator,

est restée consulaire, c'est la Viennoise. & tous ces officiers dépendent du ministre des

La réunion des pouvoirs qui existait dans l'an- finances, cornes sacrarum largitionum, A côté on

cienne organisation a disparu dans la nouvelle; voit le ministre de la cassette privée, cornes largi-

une nuée d'employés, dépendants tous de l'un des tionum privatarum , sous les ordres duquel sont

encore des gynaecia , des fabriques dépendant du

' Ce document, d'où nous tirons les détails suivants, a étd trésor privé. Le ministre de l'intérieur, en Gaule,

publié, pour la première fois, à Bàle, chez Frobcn, par Sic. , ^ . ,,. ,. . , .

Gelenius, i552, in-f», lig.; la première édition critique est celle "' ^^ praefectus praetono Gall,arum, dignité im-

dc Guido Panciiolus, Venise. iSgî, in-f" (rééditée en 1602); portante qui permit plus d'une fois à ses titulaires

vient ensuite l'édition donnée par I.abbe, dans le Cor;jHS SS. d'arriver à l'Empire; sous lui est le vicarius VU

By^. Hist. Paris, i65i, in-12, typ. regia, & enfin celle de . . . . .

Edouard BocUing, Bonn, i839-53, 2 vol, in-8" ; cette der- Provmcarum, qui dirige le proconsul de la Vien-

niérc reproduit tous les commentaires de Pancirolus & de noise, les présidents des autres provinces. L'auto-

Labbe, avec de nombreuses additions, & le texte a été revu ,i,^ j^, j.^^j ^ partout fait place à celle de l'em-

sur tous les manuscrits connus; de plus, elle contient les 'i- ' ta 1

miniatures du manuscrit de Munich, qui peuvent passer pour pereur & de ses délègues. [A. M.]

la copie des dessins d'un manuscrit ancien ; elles représentent 1 ^ 4 Cod ad Ice Jul. De Adult

les enseignes des légions, les insignes portés par les diflé- . '

rents fonctionnaires & les emblèmes des provinces. ° Capitolin, p. 167.

' An 233

dignité de proconsul de cette dernière province, & l'autre par celle de consul qu'il avoit déjà exercée. Après leur mort, qui suivit de près, le sénat déféra ^^ ^^ l'empire à Maxime, ci-devant gouverneur de la Narbonnoise, & à Balbin, en faveur desquels cette province ' 61 toutes celles des Gaules se déclarèrent d'abord. Le règne de ces deux empereurs tut fort court : il furent massacrés bientôt après par les prétoriens, 8t le jeune Gordien fut élu à leur place. "J^^ ~ Celui-ci tut tué à son tour par la faction de Philippe qui parvint, par ce crime, à la dignité impériale.

Philippe prit pour collègue son fils de même nom, âgé de sept ans, 8c le déclara césar. Nous apprenons par l'inscription^ d'un monument que la ville de Béziers fit élever à l'honneur de ce dernier, 8c où il est qualifié Prince de la jeunesse, qu'il portoit comme son père le nom de M. Julius Philippus. Nous devons à une autre inscription^ la mémoire d'un taurobole célébré à Valence, ville de la Narbonnoise, pour la conservation de ce jeune prince, de Philippe, son père, 8c d'Otacilia Sévéra, sa mère. On fit cette cérémonie en ÂÎTI^s présence d'un grand nombre de prêtres des villes d'Orange, d'Albe en Vivarais, 8c de Die, qu'une assemblée provinciale y avoit sans doute attirés; mais ce sacrifice, peu digne d'un prince qu'on croit avoir été chrétien, fut trèsinutile, puisque, peu de temps après, l'empereur Philippe &c son fils furent tués, celui-ci à Rome, dans le camp des prétoriens, 8c l'autre dans un combat contre Dèce, que les soldats avoient proclamé empereur.

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