‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 297 sur 553 · LI. — La Narbonnoise entre dans la révolte de Proculus · texte numérisé non relu

LI. — La Narbonnoise entre dans la révolte de Proculus

L'empereur Probus, qui peut avoir été l'auteur de la division de la Narbonnoise en deux parties, ne pensoit qu'à jouir des fruits de sa victoire sur les barbares, lorsque informé-' de la révolte de T. vEiius Proculus, natif d'Albenga, sur les côtes de Gênes, 8c de celle de Bonose, originaire de la Grande Bretagne, 8c des troubles qu'ils causoient dans les Gaules, il se vit obligé de reprendre les armes pour réduire ces deux rebelles. La crainte qu'avoit eue Proculus d'avoir offensé Probus, en souffrant qu'on lui eût donné, par raillerie, le titre d'empereur dans un jeu où il se trouva, 8c les sollicitations de sa femme, jointes à celles du peuple de Lyon, avoient eu plus de part à sa

la Gaule .nvec une armée nombreuse, battit les vinces de l'Empire'. Mais rien ne peut justifier

barbares de tous côtés, soit en personne, soit par la supposition des Bénédictins tjui pensent que les

se» généraux, les repoussa au delà du Rhin, du barbares s'étaient avancés jusque dans la Narbon-

Necker & de l'Elbe, & répara les forts détruits naise. [E. M.]

après la mort de Posthume; c'est ce qu'on nom- ' Voyez tome II, Noie XXXIII. Dans cette Note,

mait alors tmnsrhenanus limes, la frontière d'au les Bénédictins établissent, avec raison, que la

delà du Rhin. Dans sa lettre au sénat, Probus se séparation de l'ancienne Province romaine en

vante d'avoir soumis toute la Germanie, d'avoir Narbonnaise & en Viennoise dut avoir lieu vers

vu à ses pieds neuf rois de ce pays lui demander l'année 275 ou 278 de J.-C. [E. M.]

la paix, d'avoir retiré de leurs mains soixante-dix ' Voyez tome II, Note XXXV.

villes célèbres, d'avoir enrichi la Gaule des dé- ' Vopiscus, p. 240 & seq. — Aurélius Victor,

pouilles de la Germanie, d'avoir fait périr par les Epitome. — Eutrope,

armes quatre cent mille Germains & d'en avoir

distribué seize mille des plus braves dans les pro- ' Vopiscus, in Probo, 1. i5.

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révolte que l'ambition de régner. Il prit pourtant la pourpre à Cologne avec le titre d'auguste. Pour soutenir sa démarche, il attira à son parti ' les provinces de la Gaule T^arbonnoise [Braccatae Galliae provinclas) , les Espagnes 8c la Bretagne, & sollicita le secours des Germains &. des François. Nonobstant toutes ces précautions, Probus l'attaqua, le défit & l'obligea de s'enfuir depuis les Alpes jusques à l'extrémité de la Gaule, où il fut pris & livré ensuite par les François mêmes, ses alliés, entre les mains de l'empereur qui le fit mourir, Bonose, qui avoit été aussi déclaré auguste, soutint plus longtemps sa rébellion, & ce ne fut qu'après une longue guerre que, vaincu & pris par les troupes de Probus, il finit sa vie sur une potence. La mort de ces deux tyrans rétablit la tranquillité dans la Narbonnoise, qui avoit pris le parti du premier. Probus vécut ensuite en paix tout le temps de son règne, qu'il termina vers la fin de l'année 282 de J.-C, à Sirmich, dans l'Illyrie, sa patrie, par une mort qu'il n'avoit pas méritée. Carus, son successeur, Se alors préfet du prétoire, fut soupçonné d'y avoir eu part : mais Vopisque * le justifie sur la sévérité avec laquelle il vengea cette mort.

LII. — Carus £• ses deux fils, Carïn &• Numérien, empereurs, natifs de

Narbonne.

L'empereur Carus, à qui toutes les médailles 8c les inscriptions donnent le nom de M. Aurélius Carus, étoit natif de Narbonne, où ses ancêtres, originaires de Rome, étoient venus s'établir; quelques auteurs prétendent pourtant, mais sans raison, qu'il étoit originaire ou même natif d'Illyrie. La sagesse 3, la probité, la valeur, la capacité 8c l'expérience dans le métier de la guerre avoient déjà mérité à Carus toutes les dignités civiles 8c militaires. Il avoit été proconsul ou gouverneur de Cilicie, 8c il avoit eu déjà les honneurs du consulat, ayant été compris sans doute parmi les consuls subrogés; on ne trouve pas du moins son nom dans les Fastes"* consulaires, la première fois qu'il exerça cette charge. Il étoit actuellement préfet du prétoire, comme on a déjà dit, lorsqu'il fut élevé à l'empire par la faveur des soldats, qui l'élurent comme le plus digne de gouverner : on lui reproche, cependant, son humeur triste 8c sévère, &c surtout d'avoir nommé césar, d'abord après son élection, Carin, son fils aîné, l'homme de son temps le plus corrompu, quoique d'ailleurs propre pour la guerre 8c pour les belles-lettres, qu'il avoit cultivées dans sa jeunesse.

Carus répara l'indignité de ce choix par celui qu'il fit en même temps de

Numérien, son autre fils, à qui il donna aussi le titre de césar. Les histo-

t.'iipTm riens donnent à celui-ci des qualités excellentes 8c des vertus dignes du trône.

' Vopiscus, p. 240 81 seq. trope, I. 9. — Aurélius Victor, Epitome. — Sidoine

' Ihid. p. 237 & 245. Apollinaire, Carmina , 23, v. 88 & seq. — Tille-

^ Ihid. p. 249 & seq. — Voir les Notes de Sau- mont, sur Carus.

maise & de Casaubon sur cet historien. — Eu- ' Reland, Fasti consulares, p. 249 & seq.

Il étoit, entre autres, fort bon poëte Se partait orateur, & s'attira l'estime générale 8c l'amour des peuples par sa douceur & par sa politesse. Il paroît que ces deux frères, dont le caractère d'esprit & de cœur étoit si différent, étoient natifs' de Narbonne, ainsi que leur père. Numérien n'étoit encore que césar lorsque, suivant une ancienne inscription* nouvellement découverte, le peuple de Carcassonne fit élever à son honneur un monument aux dépens du public.

L'empereur Carus étoit consul pour la seconde fois 8c avoit pour collègue son fils Carin, lorsqu'il partit pour la guerre contre les Perses. Il prit avec lui Numérien, son second fils, qui fut subrogé au consulat la même année, 8c envoya Carin dans les Gaules pour en défendre l'entrée aux barbares Se s'opposer à leurs courses; il laissa à ce dernier, pendant son absence, le gouvernement de tout l'Occident. Ces deux princes furent associés par leur père, la même^ année, à la puissance impériale 8c déclarés augustes : il est incertain si ce fut dès le commencement de l'année ou vers la fin. Carin signala son gouvernement par ses crimes 8c par ses déréglemens, tandis que Carus, son père, 8c Numérien, son frère, se signaloient par leurs victoires 8c leurs conquêtes contre les Perses. Carus mourut, durant cette expédition, d'un coup de tonnerre, sous le second consulat des deux augustes, ses enfans, c'està-dire l'an 284. Sa mort, qui dut arriver pendant l'été de cette' année, fut funeste, mais juste, s'il est vrai qu'il ait eu l'impiété d'usurper le nom de Dieu Se de Seigneur, ou plutôt de souffrir qu'on le lui donnât.

Après la mort de ce prince, Carin 8c Numérien, ses fils, furent reconnus pour empereurs, mais leur règne fut très-court : le dernier fut tué quelque temps après, à son retour de la guerre de Perse, par les ordres secrets d'Arrius Aper, son beau-père, qui crut par là parvenir. à l'empire qu'il ambitionnoit depuis longtemps. Aper eut cependant le chagrin d'y voir élever Dioclétien par la faction des soldats, ce qui arriva au mois de septembre de la même année 284. Carin disputa le trône à ce dernier pendant quelque temps; mais ayant été tué par ses propres troupes, au mois d'août de l'année suivante, après avoir perdu la bataille de Margue, proche du Danube, où Dioclétien l'avoit entièrement défait, celui-ci devint par là paisible possesseur de tout l'Empire.

LUI. — Martyre de saint Sébastien, natif de Narbonne.

Les besoins de l'État Se les mouvemens qui s'élevèrent dans diverses provinces, après la mort de Carin, engagèrent Dioclétien à prendre pour collègue, au mois d'avril de l'an 286, Maximien Hercule, qu'il avoit déjà déclaré césar depuis l'année précédente. On croit même qu'il partagea l'Empire avec lui

' Sidoine Apollinaire, Carmina, 23, ut supra. ' Reland, Fasti consuUres, p. 245 & seq.

' Voir, au tome II, le Recueil des inscription! de Pagi, ad ann. 283, n. 5 ; ad ann. 284, n. 4 & 5 • la Province. ad ann. 285, rf. 4.

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& qu'il lui céda tout l'Occident'. Avant cette ^ association, Maximien étoit venu dans les Gaules pour y apaiser divers troubles occasionnés tant par les bagaudes ou bacaudes, que par les Germains, qui avoient fait une irruption en deçà du Rhin, Les premiers étoient des paysans qui, mécontens des injustices & des vexations de leurs gouverneurs, s'étoient joints avec quelques tyrans, lesquels, après avoir usurpé l'autorité souveraine, ravageoient impunément les campagnes & attaquoient même les villes. Maximien fut occupé pendant quelque temps à réduire les rebelles ou à repousser les barbares. II dissipa les uns, reçut les autres à composition St rétablit enfin la paix dans les Gaules.

Dioclétien fut d'abord assez favorable aux chrétiens; mais il suscita ensuite contre eux la persécution la plus violente qu'on eût encore vue dans l'Église. L'un des plus illustres, soit par sa naissance, soit par ses emplois, qui souffriré'nt le martyre sous le règne de ce prince, fut saint Sébastien, natif de' Narbonne & originaire de Milan. L'éducation chrétienne qu'il avoit reçue ne l'empêcha pas de prendre des engagemens à la cour de Carus & des princes, fils de cet empereur, ses compatriotes, 8t ensuite dans celle de Dioclétien Se de Maximien, qui l'honorèrent de leur bienveillance. Dieu qui le conduisoit dans toutes ses voies le préserva de la corruption de la cour ; sa vertu lui attira même l'amitié des grands & l'estime générale de tous ceux qui le connurent. Il fut élevé aux charges militaires, 8t en particulier par Dioclétien à celle de capitaine de la première compagnie des gardes prétoriennes de Rome. Quelque éloignement qu'il eût pour la profession des armes, il accepta cet emploi, Kd. origin. parce qu'il lui fournissoit des occasions d'être utile à la religion & aux confesseurs de la foi. Il cachoit, en effet, sous un habit guerrier, l'esprit d'un humble disciple de Jésus-Christ & profitoit avec soin de tous les moyens que lui donnoit sa charge, d'exercer son zèle & sa charité envers les chrétiens persécutés; il soutenoit le courage des uns, & relevoit par la force de ses discours la foiblesse des autres. Les plus considérables de ceux dont Dieu soutint la foi par son ministère furent Marc 8c Marcellien, deux frères jumeaux, issus d'une des plus illustres familles romaines. Les conversions qu'il fit éclatèrent enfin : le juge Fabien, qui en fut instruit, n'osant, par respect au rang qu'il tenoit à la cour, lui faire son procès, en donna avis à Dioclétien & lui fit entendre que, sous le titre de capitaine de ses gardes, il entretenoit un chrétien des plus zélés & un grand ennemi des dieux de l'Empire. Sur cet avis, l'empereur mande Sébastien &, après lui avoir reproché son ingratitude & le mauvais usage qu'il faisoit de sa confiance, il le fait conduire au cirque par une compagnie d'archers, où, lié à un poteau, il fut par son ordre percé d'une grêle de flèches ; aucune de ses blessures ne fut cependant mortelle. Sébastien, détaché du poteau, se retira chez une femme chrétienne où il fut guéri en peu de jours. Il se transporta aussitôt au palais de Dioclétien, après

' Tillemont, art. 3 iur Dioclétien. ' Acta Sanctorum (Bolland.), 20 janvier. — TjI-

' Pagi, ad ann. 286, n. 3 & seq. • lemont, Hist. ecclcs. t. 4.

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s'être- armé de force & de courage par la prière, & représenta à cet empereur, avec une sainte liberté, ses cruautés, ses injustices, & surtout sa facilité à ajouter foi aux impostures & aux calomnies de ses prêtres. Ce prince, aussi surpris de la hardiesse des discours que de la présence de ce généreux martyr (car il le croyoit déjà mort de ses blessures), le fit prendre & conduire de nouveau au cirque, avec ordre de le faire mourir sous le bâton & de jeter ensuite son corps dans la grande cloaque du cirque, ce qui fut rigoureusement exécuté. C'est ainsi que termina glorieusement sa vie l'un des plus

célèbres martyrs de l'Église, après saint Laurent, soit pour le zèle, soit pour

la charité'. On rapporte sa mort à l'an 288 de J.-C. An 28

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