LIV. — Martyrs de la Province sous Dioclétien
Maximien faisoit alors son séjour ordinaire dans les Gaules, du côté de Trêves, pour être à portée de faire la guerre aux barbares & s'opposer à leurs incursions. Les désordres qu'ils causèrent dans diverses provinces de l'Empire, nonobstant toutes les précautions des deux empereurs, furent si fréquens, que pour se mettre en état de les arrêter avec plus de force & de succès, ces princes jugèrent à propos de déclarer césars Constance Chlore, père du grand Constantin, 8t Maximien Galère; ils partagèrent ensuite avec eux le gouvernement de l'Empire qui, depuis ce temps-là, demeura presque toujours divisé entre plusieurs maîtres. Ce partage, qui parut aussi extraordinaire que la bonne intelligence avec laquelle ces c[uatre princes gouvernèrent l'Empire, donna occasion à sa division en quatre préfectures.
Les Gaules échurent à Constance Chlore qui se rendit dans ces provinces & y signala son gouvernement par les victoires qu'il remporta contre les Francs qui s'étoient rendus maîtres du pays qu'on appelle aujourd'hui la Hollande, Se contre divers tyrans qui s'étoient emparés de l'île de Bretagne. Â77^ Ce prince eut la gloire de reconquérir entièrement cette dernière province.
' Dom Vaissete eût pu se dispenser de donner ici Le manuscrit latin 5 ^02 , de la fin du dixième
le récit du martyre de saint Sébastien, ce saint siècle, nous met à même de saisir, pour ainsi dire,
étant originaire de Milan & non pas de Nar- sur le fait, le travail du falsificateur. Ce manus-
bonne, comme le veulent les Historiens de la pro- crit renfermait la leçon ancienne. A une époque
vince de Languedoc. Il est bien vrai que les actes peu éloignée de celle où il fut écrit, le mot civis
imprimés par les Bollandistes (20 janvier) portent ; fut effacé puis rétahli. Mais en marge, pour faire
« Sehait'tanus vir christianissimus MeJiolanemtum suite à la ligne Mediolanensium par,..^ on écrivit
partibus eruJituSt civis vero Narhonensis , Dioclctiano tihus eruditus , civts vero Narhonensis. 11 y avait à
& Maximiano imperatorihui itacarui erat,&c. »yi3ii Narbonneune église de Saint-Sébastien, la falsi-
ce passage a été interpolé & ne se trouve que dans fication que nous signalons a probablement eu
les manuscrits du onzième siècle ou postérieurs à pour but de satisfaire les prétentions locales de
cette époque. Dans les manuscrits antérieurs à la cette église, dont on ne connaît pas l'origine. On
fin du dixième siècle on lit seulement : « Sehastia- voit, d'après les manuscrits, qu'elle doit remonter
nui vir christianissimus Mediolanensium partium au onzième siècle. Ajoutons qu'en 826 les reliques
civis Diocletianc & Maximiano imperatoriius, &c.' o de saint Sébastien furent apportées de Rome en
France & déposées dans l'église d« Saim-Médard
• Ms. latin. n"> 53oi & âSo^. de Soissons. (E. M.]
An 296
Il fut beaucoup moins cruel que Dioclétien envers les chrétiens 5 il paroît cependant que ceux des Gaules furent compris dans la violente persécution que ce dernier empereur, de concert avec Galère, suscita au commencement ^^ .^^3 du quatrième siècle. On met', en effet, parmi les martyrs qui souffrirent alors, mais qui furent peut-être martyrisés durant les premières années de Dioclétien & avant l'association de Constance, les saints Thibéry, Modeste & Florentie, qu'on fit mourir à Cessero, dans la Narbonnoise & le diocèse d'Agde ; ce lieu prit le nom du premier de ces martyrs Se on fonda, dans la suite, sur leur tombeau, un monastère dont nous parlerons ailleurs.
Les^ saints martyrs Amand, Luce, Alexandre & AudaP, qu'on prétend être natifs de Caunes, dans le diocèse de Narbonne, & dont on fait la fête le sixième de juin, souffrirent aussi peut-être durant la même persécution; car nous n'avons rien de bien certain touchant le lieu, le temps Si les circonstances de leur martyre. Il en est de même de saint Vincent qui, suivant les anciens** martyrologes, souffrit le martyre à Collioure, dans la Septi- Éd.oiigin. manie & le diocèse d'Elne. On prétend que celui-ci est le même que saint Vincent qui fut martyrisé en Espagne & aux environs de la ville de Girone avec ses compagnons, sous l'empire de Dioclétien : ce qui n'a aucune apparence de vérité, puisque le diocèse d'Elne & celui de Girone étoient alors sous des gouvernemens différens.