LXV. — Persécution de l'église de Toulouse
Saint Hilaire nomme expressément dans le même endroit l'église de Toulouse, 8t c'est la seule de toute la Narbonnoise dont il fasse mention. Elle méritoit cette distinction singulière par l'attachement' inviolable de ses peuples pour la foi Se pour la personne de leur saint évêque Rhodanius, malgré son éloignement Se tous les efforts des ariens pour tâcher de les ébranler. En vain Constaince ou ses émissaires employèrent-ils toute sorte de violences, jusqu'à se servir de bâtons St de fouets armés de plomb, pour obliger les prêtres St les diacres à élire un évêque arien à la place de leur légitime pasteur, ces ecclésiastiques demeurèrent fermes dans l'obéissance qu'ils dévoient à Rhodanius, St les profanations sacrilèges que les hérétiques commirent dans l'église de Toulouse ne servirent qu'à confirmer les fidèles de cette ville dans la foi orthodoxe 8c à leur donner une plus grande horreur de l'impiété arienne.
LXVI. — Numérius, gouverneur de la Narbonnoise, accusé de péculat devant
Julien l'Apostat.
Dans le temps que le concile de Béziers étoit assemblé, Se pendant les premiers mois de l'an 356, Julien, que l'empereur Constance, son oncle, avoit déclaré césar l'année précédente, faisoit à Vienne des préparatifs pour la campagne suivante, dans le dessein de délivrer des courses des barbares les provinces des Gaules, dont le même Constance lui avoit confié le gouvernement avec celui de l'île de Bretagne. On croit ^ même que ce prince, ayant passé le Rhône, se rendit à Béziers pour autoriser le conciliabule de cette ville par sa présence, St qu'il fut témoin des violences qu'on y commit^. Julien chassa
s. Hilaire , contra Constanttum tmperatorem , ' Constant, V'iia S. Hilaru, p. Q.'i.
n. 1 I , p. I 247. — Aurélius Victor, Epitome ' liij.
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ensuite entièrement les Allemans des Gaules, où ils s'étoient établis depuis quelques années, Se après avoir rétabli la tranquillité dans ces provinces, il prit un soin particulier de soulager les peuples.
Ce prince fut encore très-attentif à faire rendre la justice : il se lit un devoir de faire régler les impôts dans une parfaite égalité & de punir sévè- ^~j^^ rement les ofiiciers qui pilloient les provinces. Dans le temps qu'il avoit le gouvernement des Gaules, Numérius ' ou Numérien, gouverneur de la Narbonnoise (^Narbonensls rector), tut accusé devant lui de péculat, l'an 358. Julien, croyant que cette accusation étoit d'assez grande importance pour la juger lui-même, la fit plaider publiquement en sa présence & entendit les chets d'accusation qu'on torma contre ce gouverneur; mais celui-ci ayant nié tous les faits qu'on lui objectoit, & n'y ayant point de preuves contre lui, ^i:d. origin. Dclpliide ^, excellent poëte St célèbre avocat, qui plaidoit contre l'accusé, s'écria, avec sa vébémence ordinaire : Eh! César, quel coupable ne passera point pour innocent, s'il en est quitte pour nier ses crimes? — Et quel innocent, répliqua fort sagement Julien, ne passera point pour coupable, s'il suffit d'être accusé? Ainsi Numérien tut renvoyé absous.
LXVII. — Retour des évêques de la Narbonnoise £» du reste des Gaules
à l'unité catholique.
Tandis que Julien s'occupoit à combattre les ennemis de l'Empire, à soulager les peuples 8t à faire régner la paix 8< la justice dans les provinces soumises à son gouvernement. Constance s'appliquoit à ruiner la religion dans l'Empire Se à opprimer les évêques, de qui il exigeoit la signature de la formule de Sirmich. Il l'envoya aux évêques des Gaules : mais la plupart refusèrent constamment leur souscription, St entre autres l'illustre Phébade, évêque d'Agen, dont le diocèse^ de Toulouse possède les précieuses reliques. Ces prélats condamnèrent même cette formule, & pour marque de leur"* communion avec saint Hilaire, ils lui écrivirent dans le lieu de son exil & lui rendirent compte de leur conduite.
Si les évêques de l'ancienne Narbonnoise n'eurent pas le bonheur d'être de ce nombre, ils eurent du moins celui de reconnoître leur faute avec beaucoup d'autres des provinces voisines, après le concile de Rimini, où les évêques des Gaules, les plus fermes & les plus éclairés, se laissèrent surprendre, ainsi que la plupart^ des autres évêques d'Occident. Ces prélats reprirent peu de temps après leur premier zèle & leur ancienne vigueur, surtout après le concile de Paris, où Saturnin d'Arles, auteur "^ d'une partie des troubles, fut excommunié
' Ammien Marcellin ,1. iS, p. iS6. — A. de ' S. Hilaire, Liber de SynoJis seu de Fide Oriea-
Valois, H'istoria rerum Francicarum. tahum,
' Aiisone, Elogia profeisorum Burjigalensium , 5. ' Siilpice Sévère, Hist. I. 2.
' Acta Sanctorum (Eollandistes) . Voir au |3 jan- " S. Hilaire, Fragmenta ex opère hinor'uo , xi ,
vier. P' '•'•53 & seq. — S. Jérôme, Chronicon.
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de nouveau 8c déposé avec Paterne de Péiigueux, autre évêque arien. On fit grâce à plusieurs autres, à la recommandation de saint Hilaire, dont le retour dans les Gaules contribua beaucoup à la réunion de tous les évêques de ces provinces dans les mêmes sentimens sur la foi & la doctrine de l'Église.
La révolte de Julien, qui cominandoit alors dans les Gaules avec le titre d'auguste, qui lui fut donné à Paris, Si la mort de Constance ne contribuèrent pas moins à cette heureuse réunion & au retour des évêques prévaricateurs à l'unité catholique. En effet, Julien, se voyant maître de l'Empire après la mort de l'empereur Constance, son oncle, commença son règne par rappeler les évêques exilés; non pas tant pour iavoriser la religion catholique, qu'il cherchoit plutôt à opprimer depuis qu'il l'avoit lâchement abandonnée, que pour décrier la conduite de son prédécesseur 8t rendre sa mémoire odieuse. Cet empereur, après avoir insulté la majesté de Dieu par ses impiétés, déshonoré la religion par son apostasie & affligé l'Eglise par la persécution qu'il suscita contre les chrétiens, mourut enfin dans la Perse, où il s'étoit témérairement engagé avec son armée. Jovien fut élu en sa place & signala son zèle & son amour pour la toi : il conclut d'abord la paix avec les Perses, Su. la rendit ensuite à l'Église & à l'F^mpire. L'un St l'autre profitèrent trop peu de temps du bonheur de son règne : sa mort, qui suivit de près, fit évanouir les grandes espérances qu'avoient fait concevoir ses excellentes qualités Si ses dispositions favorables pour la religion Se pour les peuples.
LXVIII. — Etat de la Narbonnoise sous Valentinîen I. — Profeiseurs illustres
de Toulouse ^ de Narbonne.
Valentinien I ayant été élu successeur de Jovien, à Nicée, soutint la foi 8< la doctrine du concile de la même ville avec autant de zèle que Valens, son frère, qu'il prit pour collègue & à qui il céda l'Orient, favorisa la secte des ariens. Le premier de ces deux princes, après avoir pris pour lui l'Occident, vint faire sa résidence ordinaire dans les Gaules, pour être plus à portée de repousser les courses des Allemans Se des autres barbares qui habitoient au delà du Rhin. Ce fut dans ces mêmes provinces des Gaules qu'il déclara auguste son fils Gratien, alors âgé de huit ans, dont il avoit confié l'éducation à Ausone, homme dont l'esprit Se le mérite étoient déjà fort connus.
Nous devons à ce fameux poète la connoissance de plusieurs illustres professeurs qui enseignoient de son temps les belles-lettres avec applaudissement dans les écoles de Narbonne St de Toulouse. Nous avons déjà parlé de quelques-uns : nous ne devons pas oublier Sédatus', natif de Bordeaux, qui professa longtemps la rhétorique à Toulouse, où il se maria; ce qui nous donne lieu de croire que ses enfans, c[ui par leur éloquence se rendirent célèbres à Rome & à Narbonne, où ils la professèrent avec beaucoup de réputation Se de
Ausone, Elogia profeaorum HurJigalensium, 19.
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An 367 "
succès, étoient natifs de Toulouse. Marcellus, fameux grammairien, dont ' le û. origin. même Ausone parle avec éloge, se distingua beaucoup à Narbonne, tant par son habileté que par son mérite, ce qui lui attira un grand nombre d'écoliers, parmi lesquels il y en avoit plusieurs d'une naissance très-illustre i^praetextaque pubes), Clarentius, un des plus nobles & des plus qualifiés de cette ville, ne dédaigna pas de lui donner sa fille en mariage : preuve convaincante du cas qu'on faisoit dans ce temps-là des professeurs, même de grammaire, & du soin que prenoient alors les citoyens de Narbonne de cultiver les belleslettres. Elles florissoient également à Toulouse, ville très-considérable par son étendue Se par le nombre de ses habitans. Ausone, qui y fut élevé £< qui en a fait la description, nous assure^ qu'elle tenoit le quinzième rang parmi les villes de l'Empire, & le troisième parmi celles des Gaules, après Trêves & Arles. Les murs de Toulouse étoient alors de brique, & son enceinte comprenoit cinq quartiers (^quintuplicem) qui formoient comme autant de villes dont le peuple étoit presque innombrable. Ausone joint à la description de Toulouse celle ^ de Narbonne, dont il parle avec éloge : ce qui lui donne occasion de marquer les anciennes limites de la Gaule Narbonnoise à laquelle cette dernière ville avoit donné son nom, & dont elle étoit la métropole. Ce poëte fait entendre que le gouvernement de cette province étoit encore proconsulaire [Jtollis Latio proconsule fasces)', il parle ensuite du commerce du pays, qui étoit très-étendu, & fait mention d'un magnifique temple, bâti de marbre de l'île de Paros, qu'on y voyoit autrefois, mais qui ne subsistoit plus de son temps.
LXIX. — Zèle des évêques de la Province. — Seconde Narbonnoise jointe ail corps des Cinq Provinces avec l'Aquitaine seconde.
La religion catholique n'étoit pas moins florissante dans la Narbonnoise que les sciences & les belles-lettres; les évêques y étoient alors également attentifs k faire observer la discipline ecclésiastique 81 à maintenir le dépôt de la foi. Nous en avons une preuve dans le concile"* de Valence, tenu l'an 874, dont on ignore le véritable sujet, mais dont il nous reste plusieurs canons sur la discipline, dressés par vingt-cinq ou trente évêques^ de l'ancienne Narbonnoise qui s'y trouvèrent. Ces prélats députèrent, quelques années après, deux d'entre eux pour assister en leur nom au concile ^ tenu à Aquilée, en Italie, l'an 38 1.
Il est fait mention dans ce dernier concile, pour la première fois, de la
' Kusone, Elogia professorum Burdigalensium, \8. '' Les Bénédictins ont commis ici une erreur
' îb'id. de Claris Uriibus, 12; 8c Epist, 24. — matérielle : les actes du concile de Valence ne por-
Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, p. 118. tent que dix-huit souscriptions d'évêques. A l'ex-
' Ausone, de claris Urhibus, i3. ception d'un seul, aucun de ces évêques n'a indi-
* Recueil des Conciles, t. 2,c. 904 8c suiv.; c. 1807. que le nom du siège qu'il occupait. [E. M.]
TiUemont, Hist. ecclés. p. 55i 8c seq. ' Recueil des Conciles, t. 2, c. 992.
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seconde Naibonnoise ; elle avoit été érigée sans doute peu de temps auparavant, Se vraisemblablement sur la lin du règne de Valentinien I, de même que l'Aquitaine seconde. Le silence de Rufus ' Festus au sujet de la première de ces deux provinces dans le dénombrement qu'il fait, l'an Syo, de celles des Gaules, est en effet une preuve qu'elle n'étoit pas encore alors établie : cet auteur est le premier qui ait fait mention de la seconde Aquitaine dont Bordeaux fut la métropole, de même qu'Aix de la seconde Narbonnoise. Par l'érection de cette dernière province, la partie de l'ancienne Narbonnoise ou Gaule appelée Braccata, qui est en deçà du Rhône, prit le nom de Narbonnoise première^, pour la distinguer de la seconde qui étoit entièrement au delà de ce fleuve. Il faut cependant en excepter le Vivarais qui continua d'appartenir à la Viennoise. La Narbonnoise seconde & la seconde Aquitaine furent ajoutées au corps des Cinq Provinces^ dont on a déjà parlé, St aux évêques desquelles les canons du concile de Valence furent adressés de même qu'à ceux des Gaules proprement dites; les premières formèrent ce qu'on appela, dans la suite, les Sept Provinces'' ou l'Aquitaine prise en général. Du reste, il n'est pas aisé de décider si la Narbonnoise seconde fut démembrée de la première ou de la Viennoise; les auteurs sont partagés sur ce sujet : il paroît cependant plus probable que cette province fut plutôt un démembrement de la Viennoise que de la Narbonnoise proprement dite; Se quoique le nom de Narbonnoise seconde semble favoriser le sentiment contraire, l'autre'* paroît appuyé néanmoins sur des tondemens plus solides. L'érection de la seconde Narbonnoise & de la seconde Aquitaine, avec celle de la troisième 8t quatrième Lyonnoise, dont Valentinien I tut peut-être aussi l'auteur, multiplia les provinces des Gaules jusques au nombre de dix-sept, telles qu'où les voit à la fin du quatrième siècle, sous l'empire d'Honoré.
Les provinces, ainsi multipliées, se virent livrées à l'avarice d'un plus grand nombre de gouverneurs 8t autres officiers, ce qui, joint à la sévérité de Valentinien, devint pour elles un joug très-onéreux. Elles furent moins vexées sous le règne de Gratien, son fils Si son successeur, qui prit pour collègue Valentinien II, son frère. On croit'' qu'il partagea avec lui l'Empire d'Occident, qu'il prit pour sa part les Gaules, l'Espagne & la Grande-Bretagne, 8c '^<'' «rigin. qu'il laissa le reste à son frère; mais il paroît plus probable que ces deux princes gouvernèrent conjointement l'Empire d'Occident, 8t que Gratien eut toute l'autorité pendant le bas âge de Valentinien, son frère.
Le premier signala sa reconnoissance envers Ausone, son précepteur, par les honneurs dont il le combla. Si entre autres par la dignité de préfet du prétoire d'Italie, Se ensuite des Gaules, qu'il lui contera. Ausone^ partagea cette
' Rufus Fesiu», in Breviar'w. ' Voyez tome II, Note XXXIV, n. m.
' Voir plus haut, au ch. Lix de ce livre, la Note * Voyez tome II, Note XXXV, n. ix,
où nous avons indiqué l'époque de la création de ' TiUemont, Hist. ecclés. t. i 5, p. 53 & 842.
la seconde Aquitaine & de la deuxième Narbon- " Ihid. sur Gratien, art. 1.
naise. [E. M.| ' /A«i. art. 5&6.— Voyez tome II, 7/oteXXXVIII.
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dernière préfecture avec son fils Hespère, qui, selon les apparences, eut sous sa juridiction les Cinq Provinces, du nombre desquelles étoit la Narbonnoise. Gratien ne borna pas là sa reconnoissance à l'égard d'Ausone : il l'honora ""^~r~ encore de la dignité de consul, lorsqu'après la mort de Valens, empereur d'Orient, son oncle, il associa à l'empire le grand Théodose, qui eut le gouvernement de tout l'Orient.
LXX. — Les priscillianistes répandent leurs erreurs dans les Cinq Provinces.
Les peuples d'Espagne Si d'une partie des Gaules se virent malheureusement infectés de l'hérésie des priscillianistes sous le règne de ce prince. Cette hérésie qui ' joignoit à l'impiété de ses dogmes toute l'infamie de ceux des manichéens & des gnostiques, prit naissance en Espagne; mais le zèle Si la vigilance des évêques en arrêtèrent le progrès. Elle fut proscrite presque dès son berceau 81 condamnée dans un concile de Saragosse auquel assistèrent les évêques d'Aquitaine & dont l'empereur Gratien approuva & soutint les déci-
^„ 3g^ sions par un de ses édits qui ordonnoit que ces hérétiques seroient chassés d'Espagne. Cette loi, qui tut sévèrement exécutée, dissipa la plupart de ces sectaires; mais plusieurs s'étant sauvés dans les provinces miéridionales des Gaules, ils y répandirent leur pernicieuse doctrine. Priscillien, qui avoir donné le nom à cette secte, voulant se retirer à Rome ^, sous prétexte de se justifier auprès du pape Damase, prit en même temps la route d'Aquitaine, où, sous une fausse apparence de piété, il surprit en passant la simplicité des peuples & abusa de leur ignorance. Ceux d'Eause, métropole de la Novempopulaiwe, furent des premiers qu'il séduisit Se qu'il infecta de ses erreurs. Lui .ou ses disciples les répandirent ensuite avec un succès étonnant dan-s les Cinq Provinces des Gaules dont la Narbonnoise faisoit partie; car ce sont sans doute ces hérétiques que saint Philastre^ a voulu désigner sous le nom de manichéens & qui, de son temps, étoient cachés dans les Cinq Provinces, c'est-à-dire dans l'ancienne Narbonnoise Si l'ancienne Aquitaine. Saint Augustin'^ reconnoît aussi qu'il y avoit de son temps beaucoup de manichéens cachés dans les Gaules. Il est assez vraisemblable que c'est de ces hérétiques, lesquels se perpétuèrent peut-être dans le pays, que les albigeois tirèrent leurs erreurs qui devinrent depuis si funestes à toute la Narbonnoise.
Les priscillianistes, chassés d'Espagne, ayant trouvé moyen de surprendre la religion de Gratien, rentrèrent dans ce pays par son autorité; mais leurs
^^ .jgj affaires changèrent de face sous Maxime. Ce tyran, après avoir usurpé la pourpre dans la Grande-Bretagne, avoir passé dans les Gaules 8c en avoir fait révolter les provinces contre Gratien, fit assassiner ce prince à Lyon.
' TiUemont, Hi^t. ecclés. Notes sur les pnscillia- ^ Philastre, c. 6. — Tillemont, Hut. ecclés. t. 4,
nistes, t. 8. p. 408 ; & Notes sur les priscillianistes, t. 8.
' Sulpice Sévère, Hist. 1.2. ^ S. Augustin, de Natura boni, contra Manichacos,
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Maxime, devenu ensuite maître des Gaules, de l'Espagne & de l'île de Bretagne, établit son siège à Trêves, associa à l'empire son iîls Victor & obligea enfin Théodose, empereur d'Orient, de lui céder par un traité toutes les provinces dont il s'étoit emparé & de le reconnoître pour collègue ; ainsi le jeune Valentinien fut contraint de se contenter d'une partie de l'Occident.
Maxime, quoique usurpateur, avoit du zèle pour la religion ; ce fut pour la soutenir contre les priscillianistes qu'il fît assembler un concile à Bordeaux, dont il autorisa les définitions contre ces hérétiques nonobstant leur appel à son tribunal. Il poussa même sa sévérité à leur égard jusqu'à faire condamner à mort la plupart d'entre eux. Si punit les autres du bannissement, à l'instigation d'Ithace, évêque espagnol, &. de quelques autres qui, par un zèle outré, poursuivoient la mort de ces sectaires. Le pape ' Syrice, à qui Maxime écrivit tant pour lui rendre compte de sa conduite à l'égard de ces hérétiques que pour s'offrir de faire assembler les évêques des Gaules 8c des Cinq Provinces pour juger l'affaire du prêtre Agrice, que le même pape prétendoit avoir été mal ordonné, désapprouva la rigueur excessive dont ce prince usoit envers les priscillianistes. Ce tyran fut également blâmé par saint Martin, évêque de tJ-origin. Tours, par plusieurs autres saints évêques & par les conciles mêmes d'une sévérité si contraire à l'esprit de l'Eglise. La conduite de Maxime contre ces hérétiques ne^ ruina pas cependant tout à fait leur secte : elle subsista encore en Espagne après sa mort. Il étoit en Italie où il avoit usurpé les États de Valentinien, Idrsque, ayant été renfermé dans Aquilée par l'empereur Théodose, il fut tué dans cette ville par ses propres soldats : Victor, son fils, éprouva le même sort dans les Gaules. La mort de l'un Se de l'autre rendit le jeune Valentinien paisible possesseur de tout l'Occident, où il s'attira l'amour des peuples par sa bonté & par la sagesse de son gouvernement.
LXXI. — Séiour de saint Paulin dans la Province, avant sa retraite.
La paix dont l'Empire jouissoit alors ne fut pas capable d'attirer une seconde fois Ausone à la cour qu'il avoit abandonnée depuis la mort de Gratien Se l'usurpation de Maxime. Il s'étoit retiré dans ses terres, en Aquitaine, où il menoit une vie tranquille 8c ou il entretenoit un commerce de lettres avec saint Paulin, qui lui devoit une partie de son éducation. Nous remarquons ceci d'autant plus volontiers, que si la Province n'a pas eu l'avantage de donner la naissance à ce dernier, ce qui n'est pourtant pas hors de vraisemblance^, elle peut du moins se glorifier de l'avoir possédé longtemps avant sa retraite en Espagne. Saint Paulin avoit, en effet, des terres du côté de Narbonne, 8t nous ne doutons pas que le lieu d'Ehromagus, où il faisoit'* souvent sa demeure, ne soit le lieu de même nom que nous trouvons marqué
' Cousteller, Epistolae Samm. Pontif. t. i, p. ô^r. ' Voyez tome II, Note XXXIX.
■Sulpicc Sévère, Hist. 1. 2. ♦ Paulin, Epist. 5, n. 22.
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dans les anciens itinéraires, entre Toulouse & Carcassonne. On croit ' que ce saint, après avoir fait quelque séjour en Espagne, revint de nouveau dans la Narbonnoise avant son établissement à Noie, en Italie, dont il devint évêque dans la suite & où il s'acquit une grande réputation de sainteté, Si par son détachement parfait des honneurs du siècle & par le saint usage qu'il fit de ses richesses.
LXXII. — Saint Sulpice Sévère , né dans la Province , y professe la vie
monastique.
Saint Paulin étoit fort lié d'amitié avec saint Sulpice Sévère, qui illustra aussi la Narbonnoise dans le même siècle. On prétend^ que ce célèbre historien étoit natif de la ville d'Agen : mais rien n'est moins certain. Il est vrai qu'il étoit Aquitain, mais ce nom, dans le langage de ce siècle, désigne également un homme né dans la Narbonnoise & dans l'Aquitaine propre ; car on divisoit alors les Gaules^ en deux parties, dont l'une, qu'on appeloit les Gaules proprement dites, comprenoit la Belgique & la Celtique de César, Si l'autre, qu'on nommoit l'Aquitaine ou les Cinq Provinces, renfermoit l'ancienne Narbonnoise avec l'ancienne Aquitaine. Sulpice Sévère pouvoit donc être Aquitain Si être né dans la Narbonnoise. Il est d'ailleurs très-vraisemblable'^ qu'il naquit à Toulouse; nous savons •'', du moins, qu'il passa la plus grande partie de sa vie ou dans cette ville, dans laquelle il avoit sa maison Si sa famille, ou aux environs.
Quelque recommandable*^ que fût Sulpice par l'éclat de sa naissance Si par ses richesses, il le fut encore bien davantage par la pureté de ses mœurs, l'élévation de son esprit Si la réputation de ses ouvrages. Il fréquenta d'abord le barreau Si, quoique fort jeune, il y fit admirer son éloquence. Le mariage qu'il contracta ensuite avec une personne, dont la famille étoit consulaire Si qui lui apporta de grands biens, ajouta un nouvel éclat à la sienne : on' croit que cette dame étoit de Toulouse, Si de la maison patricienne des Basses, parce que sa mère, femme d'une rare piété, s'appeloit Bassule. La perte que Sulpice fit de cette épouse, peu de temps après son mariage, fut pour lui, malgré les richesses qu'elle lui laissa en mourant, un puissant motif de se détacher du monde. Pour ne plus porter ses pensées que vers les biens éternels Si travailler à son salut avec plus de dégagement, il sacrifia les excellentes qualités d'esprit dont il étoit doué Si toutes ses espérances : il se consacra à la retraite, à l'exemple de saint Paulin, avec lequel il paroît avoir été lié dès sa jeunesse d'une étroite amitié que le voisinage de leurs terres avoit sans doute fait naître^. Sulpice choisit pour sa retraite le lieu de Primuliac, que nous
' Tillernont, Histoire ecclés, t. 14, Notes sur ' Sulpice Sévère, epist. 3.
S. Paulin, art. t ^. ® Gisèle, Vie de Sulpice Sévère, p. 10. — Geh-
" Vossius, Hist. Lat. 1. 2, c. 12. nade, c. 19.
* Voyez tome II, Note XL, n. m. ' Tillernont, sur S. Sulpice Sévère, art. 1 .
^ Gisèle, Vie de Sulpice Sévère, p. 10. ' ^'oyez tome II, Note XXXIX.
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croyons avoir été situé dans l'ancien diocèse de Narbonne', entre cette ville 81 celle de Toulouse. C'est là que, associé avec plusieurs disciples qui le suivirent, il travailla à se sanctifier par les pratiques 8t les austérités de la vie monastique 8t qu'il se rendit célèbre par sa pénitence autant que par les pieux 8c savans écrits qu'il a laissés à la postérité. Son commerce 8c ses liaisons étroites avec saint Martin, évêque de Tours, dont il nous a conservé Éd. oiigin. dans ses ouvrages les actions les plus mémorables, lui font un honneur infini 81 sont des marques éclatantes de sa piété 8c de la sainteté de sa vie.