‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 303 sur 553 · I. — Origine des Goths · texte numérisé non relu

I. — Origine des Goths

'EMPIRÉ romain s'affoiblissoit de jour en jour, soit par les fréquentes i'm. origin. irruptions des peuples barbares dans ses plus belles provinces, soit ' ' ''' "*^'

par l'usurpation de divers tyrans, quand les Goths, après avoir désolé An 215 l'Italie pour la troisième fois, au commencement du cinquième siècle, pénétrèrent dans les Gaules, y fixèrent leur demeure, établirent dans Toulouse le siège de leur empire 8t donnèrent ensuite leur nom à la Narbonnoise première.

Suivant la plus commune opinion', ces peuples tiroient leur ancienne origine de cette partie de la Suède qu'on appelle le Gothland, d'où ils passèrent dans la Germanie 8c s'établirent d'abord dans la Saxe & la Poméranie, entre l'Elbe 8c la Vistule ; mais, peu contens de cette nouvelle demeure, ils en cherchèrent bientôt après une autre plus orientale. 8c allèrent s'établir vers le Palus Méotide, où on prétend que leur nom, leur langue 8c leur race subsistent encore. De là ils étendirent leur domination le long du Danube dans les pays voisins de la Dace 8c de la Thrace orientale, provinces de l'Empire dont ce fleuve faisoit la frontière. Comme les Gètes avoient Éd. origin. anciennement occupé ce même pays, la ressemblance des noms a donné ' ' ''• '"°' occasion à quelques historiens^ de les confondre avec les Goths, peuples entièrement différens^.

' Jornandés, de Rehus Geticis. — Grotius, Pro- ' Spartien, p. 89. — Isidore, Or'ie. 1. 9.

hgomena in historia Gothorum. — Tillemoni, t. 3, ' Vers l'an 200 au plus tôt, les Goths, établis

art. 17, sur Valem. sur les bords de la mer Baltique & dans la Scandi-

An 213

Ces derniers s'étant établis au voisinage de l'Empire ne furent pas longtemps sans s'attirer les armes des Romains par les fréquentes incursions qu'ils firent sur leurs terres, Se dont ils faisoient leur occupation ordinaire. L'empereur Caracalla fut le premier qu'on connoisse qui, l'an 2i5 de J.-C, porta la guerre dans leur pays Se entreprit de les soumettre. On peut voir ailleurs le succès de cette guerre & de celles qui suivirent les différentes incursions de ces barbares sur les terres de l'Empire; il nous suffit de remarquer ici que leurs courses leur donnèrent lieu de se convertir au christianisme.

Conversion des Goths à la fol.

An 376

La conversion des Goths commença vers la fin du troisième siècle, sous l'empire de Valérien', par les prisonniers qu'ils firent dans une de leurs courses, 8c parmi lesquels il se trouva plusieurs prêtres. Ceux-ci, moins touchés de leur propre captivité que de l'aveuglement de leurs maîtres, n'oublièrent rien pour leur faire connoître le vrai Dieu 8t les instruire des mystères de la religion chrétienne. Dieu bénit leur zèle 8c leurs instructions : plusieurs de ces barbares ouvrirent les yeux à la lumière de l'Évangile 8c embrassèrent le christianisme qui se maintint dans sa pureté parmi eux jusqu'en l'an Syô, que, chassés de leurs terres par les Huns, nation plus puissante que la leur, ils firent solliciter par Ulphilas, leur évêque, l'empereur Valens de leur donner des terres dans l'Empire. Pour gagner plus aisément ce prince, fauteur des ariens, ils lui promirent tous, tant ceux qui étoient déjà chrétiens que ceux qui ne l'étoient pas, d'embrasser l'arianisme : ce fut à cette condition que Valens leur accorda la Thrace pour leur demeure.

navie, lassés de leurs premiers établissements, entreprirent une expédition vers les pays méridionaux. Ils engagèrent dans leur projet un grand nombre d'autres nations qui se détachèrent des Suèves. Le nom de Goth se communiqua à toutes les tribus germaniques comprises depuis les frontières des Quades & des Marcomans, à l'Occident, jusques aux côtes du Pont-Euxin & à l'embouchure du Borysthène. Ils passèrent même ce fleuve & s'établirent dans la Chersonèse Taurique, aujourd'hui la Crimée. Ces Goths étaient en petit nombre lors de leur première arrivée ; mais leur bravoure & le bonheur de leurs premières expéditions les ayant rendus considérables, presque tous les peuples de ces cantons se joignirent à eux & prirent leur nom. Depuis l'arrivée des Goths on ne voit plus d'exploits considérables faits par les autres nations germaniques qui habitaient au delà du Danube. C'est à peine si on les trouve nommées.

Les Goths demeurèrent tranquilles dans ce pays jusque vers l'année 370 & 372, qu'ils furent obli-

gés de l'abandonner pour éviter les Huns aux forces desquels ils ne pouvaient résister. Ceux-ci ayant passé le Tanaïs & ensuite le Borysthène, défirent les Goths en plusieurs rencontres, en soumirent une partie & obligèrent les autres de venir se réfugier au delà du Danube sur les terres des Romains. Ce sont ces mêmes Goths dont une partie obéissait à Alaric & s'était avancée dans l'Epire, tandis que le reste, sous le nom d'Ostrogoths, était resté dans la seconde MtEsie, sous la protection des Romains, qui, sous la conduite d'Alaric, envahirent l'Italie, en 406, & mirent deux fois le siège devant Rome. Après la mort d'Alaric, Ataulphe, qui lui avait succédé, passa dans la Gaule en 412 & prit Narbonne en 413. Ainsi commença l'établissement des Goths dans ce pays. [E. M.]

' Sozomène, Hist. ecclesiastica, 1. 2, c. 6. — TUlemont, Histoire des empereurs & des autres princes pendant les six premiers siècles de l'Eglise^ t. 4, p. 439; & note 97 sur les ariens, au tome & de son Histoire ecclésiastique.

Page 1