‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 304 sur 553 · III. — Etahlïssement des Goths dans l'Empire · texte numérisé non relu

III. — Etahlïssement des Goths dans l'Empire

La nation gothique étoit alors partagée en deux principaux peuples, selon la différente situation des pays ' qu'ils occupoient à la gauche du Danube. Ceux qui demeuroient au levant s'appelloient Ostrogoths, c'est-à-dire Goths orientaux j 8c on nomraoit Visigoths, ou Goths occidentaux, ceux qui étoient établis vers le couchant. Ces derniers, qui étoient soumis à un roi, ou prince de leur nation, appelé Athanaric, & qui sont les mêmes qui s'établirent dans la suite dans les Gaules & en Espagne, après avoir abandonné la plus grande partie de leur pays aux Huns, passèrent le Danube au nombre de deux cent mille, sous la conduite de deux de leurs chefs, Alavif 8t Fritigerne. Leur premier soin, après leur arrivée dans la Thrace, fut de s'appliquer à la culture des terres que l'empereur leur avoit accordées dans cette province; mais, pressés par la disette des vivres & par les mauvais traitemens des officiers romains, ils prirent les armes peu de temps après, coururent le pa) s 8< le pillèrent, malgré l'opposition des Romains Si la défaite des Gruthonges ou Ostrogoths qui les avoient suivis. L'empereur Valens eut lui-même le malheur d'être détait par ces peuples 81 de périr misérablement par le feu que ses soldats avoient mis par hasard à une grange où il s'étoit retiré après sa défaite.

Les Visigoths, enflés de l'heureux succès de leurs armes, continuèrent de ravager la Thrace 8c l'Illyrie, jusqu'à ce que leur roi Athanaric, qui étoit demeuré jusqu'alors au delà du Danube, ayant été défait sous l'empire de Théodose, ils furent obligés, en 382, de se soumettre à ce prince qui leur accorda une partie de la Thrace 8c de la Mœsie pour leur demeure. Les uns s'y appliquèrent à cultiver les terres Se furent exempts de tribut, 8c les autres^ prirent les armes en faveur de l'Empire, qu'ils servirent fidèlement jusqu'après la mort de ce prince. L'ambition de Pvuffin, natif d'Eause, en Aquitaine, 8c ministre de l'empereur Arcade, 8c le mécontentement d'Alaric, l'un de leurs principaux chefs, leur donnèrent alors occasion de recommencer leurs courses 8c leurs brigandages, sous la conduite du même Alaric.

IV. — Extraction d'Alaric 1, roi des Goths. — Ses ravages en Italie.

Ce prince étoit issu de la famille des Balthes, la plus noble Se la plus illustre de la nation gothique, après celle des Amales. Ses vertus militaires, jointes à son extraction, le rendoient respectable à ses compatriotes 8c formidable à ses ennemis. Quoique né au milieu de la barbarie, dans l'île de Peucé, à l'embouchure du Danube, Se élevé dans l'arianisme comme la plupart des Goths, il avoit pourtant beaucoup plus d'humanité 8c de religion que les

■ AmmienMarceUin, 1. 3i. — Sozomènc, 1. 6. — ' Zosime, 1. 5. — Claudien, de Bello Gctico.

Idace, Chronicon. — Jornandès, de Reius Geticis. Jornandès, de Rehus Geticis.

An 376

An 382

An 395

An ni '^9° HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IV.

t!^t p"?6'r Romains mêmes : il en donna des marques éclatantes dans le sac de Rome. Il commença d'abord de servir sous l'empereur Théodose, 8c il étoit un de ceux qui commandoient un corps de troupes auxiliaires de la nation gothique au service de l'Empire, sous le règne de ce prince.

Alaric étoit tiop ambitieux pour borner sa fortune à celle de simple capitaine ; après la mort de Théodose, il prit les armes 8c se révolta ouvertement contre Arcade, successeur de ce prince, sous prétexte qu-'on n'avoit pas égard à ses services. On accuse Ruffin, ministre de ce dernier empereur, qui connoissoit son ambition 8c qui vouloit satisfaire la sienne, de lui avoir inspiré secrètement la révolte, dans la vue d'affoiblir l'empire d'Orient pour se frayer par là le chemin au trône. Alaric se laissa aisément persuader, 8c flatté de l'espérance de conquérir 8c de piller, il assembla de toutes parts les troupes de sa nation, se mit à leur tête 8c ravagea la Thrace, la Pannonie 8c la Grèce, malgré l'armée d'Occident que Stilicon, qui vint au secours d'Arcade, lui opposa. Ce ne fut qu'après la paix que fit, à ce qu'on ' croit, cet empereur avec Alaric, que ce dernier mit les armes bas. Arcade, persuadé de sa valeur 8c de son expérience, lui confia alors le commandement des troupes romaines

An ."ioT dans rillyrie orientale. On ajoute^ que quelques années après, c'est-à-dire vers l'an 899, les Visigoths, alliés ou sujets des Romains, déclarèrent Alaric leur chef 8c lui déférèrent le titre de roi.

On ignore le véritable motif de la première irruption que ce prince bar-

An -ot, bare fit ensuite en Italie, à la tête des troupes de sa nation, en l'an 400. Stilicon, général de l'empereur Honoré^, l'obligea d'en sortir, mais il y rentra en 402, 8c cette seconde irruption fut aussi fatale que la première à toute l'Italie, que les Visigoths traversèrent. Alaric menaça même la ville de Rome, si l'empereur ne lui accordoit des terres où il pût s'établir avec ceux de sa nation, qu'il offroit de mettre au service de l'Empire; mais après sa défaite à

An 403 la fameuse bataille de Pollence, dont on a déjà parlé, il fut obligé d'abandonner une seconde fois l'Italie, de demander la paix aux Romains Se de leur laisser, comme autant d'otages, sa femme, ses enfans Se ses belles-filles qui avoient eu le malheur d'être faits prisonniers.

Alaric reprit alors le chemin de la Pannonie "* Se de la Dalmatie d'où il étoit venu. Stilicon, ministre d'Honoré, dont la politique étoit d'épargner cet ennemi de l'Empire, avec lequel il entretenoit des intelligences secrètes, dans la vue de s'en servir pour reconquérir sur l'empereur Arcade, frère d'Honoré, rillyrie orientale qui avoit autrefois fait partie de l'Empire d'Occident, lui fit donner par ce dernier prince le commandement général des troupes romaines dans rillyrie occidentale^. Pour assurer le succès de cette expédition, Stilicon lui promit des sommes considérables 8c de le suivre lui-même de près ; mais,

' Tillemont, art. j sur Arcadius. ^ Sozomène, Hlstorlu ecclesiastica , 1. 6, c. lâ.

' Jornandès, Je Kchus Gct'ich, c. 29. — Zosime, 1. 5. — Olyrnpiodore, apuJ Ph.otium,

^ Claudien , Ac Bcllo Gctico, & de sexto Honorii cod. 80, coïisulaîu. — Orose, 1. 7, c. 27 &. seq. ^ Sozomène, ut supra.

An

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IV. Sgi

sous prétexte que ce ministre lui avoit manqué de parole, Alaric prit le parti de retourner en Italie avec les troupes de sa nation. Avant que d'y entrer, il envoya des députés à Stilicon pour le sommer de le faire dédommager par l'empereur des dépenses qu'il avoit faites, tant pour la levée &c l'entretien de son armée que pour la peine qu'il avoit prise de venir jusqu'aux Alpes; en sorte qu'Honoré, pour éviter ses armes dont il étoit menacé en cas de refus, fut obligé, de l'avis du sénat, de promettre de lui faire délivrer au plus tùt quatre mille livres pesant d'or. On assure' que Stilicon avoit appelé secrètement Alaric Si lui avoit promis de faire ouvrir les passages des Alpes, pour l'employer dans l'exécution des projets qu'il méditoit contre l'empereur Honoré ; mais ce prince ayant été informé, peu de temps après, des desseins ambitieux de ce ministre, qui vouloit mettre son fils Eucher sur le trùne, lui fit ôter la vie.

La mort de Stilicon n'empêcha pas Alaric d'exécuter le dessein qu'il avoit formé de s'emparer de l'Italie. Avant que d'en venir à l'exécution, il fit proposer la paix à Honoré aux mêmes conditions dont ils étoient déjà convenus; mais ne voyant pour réponse que des préparatifs de guerre, il en fit aussi de son côté 8c manda incontinent à Ataulphe, son beau-frère, de venir le joindre dans la Pannonie, où il étoit, & d'amener avec lui toutes les troupes des Goths 8c des Huns qu'il pourroit ramasser. En attendant , il s'avança lui- Éd.origm. même jusques à Rome, l'assiégea 8c la réduisit aux dernières extrémités. Il voulut bien cependant lever le siège de cette ville moyennant une somme considérable qu'on lui compta; ayant donc fait sa paix avec les Romains, il s'engagea au service de l'Empire 8c se retira en Toscane.

V. — Honoré associe Constantin à l'empire. — Alaric fait prendre la pourpre

à Attale.

A la faveur des troubles que les Goths excitoient en Italie, le tyran Constantin, qui résidoit alors dans la ville d'Arles, non content de se voir paisible possesseur de toutes les Gaules 8c hors d'état d'être troublé par l'empereur Honoré, porta sa témérité jusqu'à lui envoyer des ambassadeurs pour excuser son usurpation 8c lui demander même d'être associé à l'empire. Honoré, qu'une telle proposition auroit irrité dans une autre occasion, se crut obligé d'user de politique 8c de ménagement dans celle-ci 8c d'accorder cet honneur à Constantin. Il refusa en même temps aux Goths, à la sollicitation d'Olympe, son nouveau ministre, 8c des autres ennemis d'Alaric, l'exécution des conditions de paix dont ils étoient convenus; ce qui donna lieu à ce roi des Visigoths, après plusieurs- négociations inutiles où l'empereur 8c ses ministres le traitèrent avec la dernière hauteur, de recommencer la guerre, de se rapprocher de Rome 8c de la bloquer, en attendant qu'il l'assiégeât dans les formes une seconde fois, d'abord après la jonction des troupes d'Ataulphe, son beau-

' Philostorge, I. 12, c. 2. — Zosime, 1. 5. — Sozomènc, 1. p, c. 6.

An 409

An 41 o

3q2 histoire générale de LANGUEDOC. LIV. IV.

An 409 ■'

frère. A l'arrivée de ce dernier, Alaric forma le siège de cette capitale de l'Empire 8(. poussa si vivement les assiégés que ceux-ci, plus pressés encore par la famine que par les armes des barbares, furent obligés de se soumettre à la discrétion de ce prince & de recevoir de sa main Attale, préfet de Rome, pour empereur à la place d'Honoré.

Attale, redevable à Alaric de la pourpre & "ne se soutenant que parce prince, le déclara aussitôt général de ses armées & fit Ataulphe comte des domestiques, c'est-à-dire chef des troupes de sa maison; mais comme Alaric n'avoit élevé ce nouvel empereur sur le trône que pour se servir de son nom & de son autorité pour la conquête qu'il fit d'une partie de l'Italie, il le dépouilla bientôt après de la poupre dont il l'avoit revêtu, dans le dessein de faire la paix avec Honoré. Il avoit obligé celui-ci de se renfermer dans Ravenne 8c lui auroit même fait perdre la liberté avec l'empire, sans le secours que ce prince reçut de l'Afrique, qui lui demeura fidèle, & celui que Théodose le Jeune, son neveu', fils & successeur de l'empereur Arcade, lui envoya d'Orient.

Le tyran Constantin' offrit aussi à Honoré son secours contre Alaric; mais c'étoit moins pour l'aider que pour profiter de sa foiblesse, &, sous ce prétexte, le dépouiller du reste de l'empire. Constantin se rendit, en elfet, avec ses troupes jusques à Vérone; mais, ayant appris à son arrivée que ce prince avoit fait mourir Allobic, avec qui il entretenoit des intelligences secrètes, & craignant que ses pernicieux desseins ne fussent découverts, il reprit le chemin des Gaules & retourna à Arles, avec autant de précipitation & de désordre que s'il eût été poursuivi par ses ennemis & obligé de prendre la fuite.

Page 1