‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 316 sur 553 · XXXV. — Siège d'Arles par les Visîgoths. — Leur défaite · texte numérisé non relu

XXXV. — Siège d'Arles par les Visîgoths. — Leur défaite

La mort de Constance fut suivie^, deux ans après, de celle d'Honoré qui, faute de successeur, laissa Théodose le Jeune, son neveu, maître des deux

empires. Jean, primicier des notaires, s'étant d'abord après emparé de celui

d'Occident, Théodose lui opposa le jeune Valentinien III, son cousin, fils de ^"^^^ Constance St de Placidie. Ce jeune prince étoit alors à Constantinople avec sa mère, où ils s'étoient réfugiés depuis que l'empereur Honoré, peu de temps avant sa mort, les avoit obligés de sortir de Ravenne^. Théodose, pour donner

plus de poids 8c d'autorité au jeune Valentinien, le déclara césar, 8c, pour le

mettre en état de vaincre le tyran, il le renvoya avec Placidie à Ravenne, ^^"4^4 soutenus d'une flotte 8c d'une puissante armée, qui attaqua 8c défit entièrement l'usurpateur 8c délivra, par sa mort, l'Empire d'Occident de sa tyrannie. Après cette insigne victoire, Valentinien III fut reconnu auguste dans Rome

8c dans tout l'E^mpire d'Occident, l'an 425, sous la tutelle 8c la conduite de

sa mère Placidie, à cause de son bas âge. " '*^''

' Labbe, Concila , t. 2, c. 1620. — S. Léon, ' Idace , Chron'icon. — Prosper, le comte Mar-

epi'.t. 10. — Quesnel , t. i,p.43i. — Tillemont, cellin, & Prosper Tyro, CAronico/i. Hist. ecclés., t. i5, art. 9 & 10 sur S. HiUire ' Prosper, le comte Marcellin & Prosper TyrO,

d'Arles. Chronicon,

An 420 ' '

Les Visigoths ' profitèrent des troubles que Jean le tyran excita dans l'Em- ^i-j.oiigMi. pire pour étendre leur domination au delà des bornes qui leur avoient été prescrites. Ces peuples^, depuis leur retour dans les Gaules, avoient entretenu la paix avec les Romains & avoient même fourni, suivant leur dernier traité, des troupes auxiliaires à Castin, maître de la milice romaine, pour la guerre qu'il avoit entreprise, l'an 422, en Espagne, contre les Vandales de la Bétique; mais, après la mort d'Honoré, voyant que les Gaules s'étoient soumises à Jean le Tyran par les intrigues du même Castin, que les troupes, après avoir fait périr dans Arles le préfet Exupérence, s'étoient révoltées, & qu'enfin tout étoit dans le désordre & la confusion dans ces provinces, ils rompirent la paix avec les Romains, franchirent les limites de leur royaume d'Aquitaine, traversèrent la Narbonnoise première, dont il paroît qu'ils soumirent les villes qui se rencontrèrent sur leur route depuis Toulouse, leur capitale, passèrent le Rhône & allèrent enfin mettre le siège devant Arles, persuadés que cette conquête leur faciliteroit celle du reste des Gaules dont cette ville étoit alors regardée comme la métropole^.

Aëce, que sa valeur & un grand nombre de victoires rendirent si célèbre dans la suite, commandoit alors en deçà des Alpes. Il avoit embrassé auparavant le parti de Jean le Tyran & lui avoit même procuré le secours des Huns ; depuis la défaite de cet usurpateur, il s'étoit soumis à Valentinien, qui l'avoit honoré du commandement des Gaules. Ce général, informé de l'entreprise des Visigoths contre la ville d'Arles dont ils pressoient vivement le siège, se mit aussitôt à la tête des troupes romaines 8c marcha au secours de cette place. Les Visigoths, qui en furent avertis, s'empressèrent de décamper ; mais Aëce les ayant atteints, les poursuivit & les battit dans leur fuite.

XXXVI. — Etat de la Province sous les Romains & les Visigoths. — Discipline

ecclésiastique.

Il y a lieu de croire que la perte que les Visigoths firent dans cette occasion entraîna celle des conquêtes que ces peuples avoient peut-être faites auparavant dans la Narbonnoise première, ou du moins que les Romains recouvrèrent ces places par la paix qu'ils firent bientôt après avec eux ; car nous voyons que les principales'* villes de cette province continuèrent toujours d'être soumises à l'Empire jusque vers son entière décadence.

Il paroît, d'un autre côté, que la partie des Gaules qui avoit été cédée aux Visigoths par l'empereur Honoré fut encore comprise dans l'étendue de l'Empire, sous le règne de Valentinien III. Il est fait mention, en effet, des Sept Provinces des Gaules dans la Notice de l'Empire qu'on croit avoir été dressée

' Prosper, Chronicon, dans la Bibliographie de ' Voirau tome II, la Note CWsurlesFis'igoths.

Labbe, t. i, p. 49 & 5o. — A. de Valois, Historia. ■* Duchesne, t. i, p. 1 & suiv. — Godefrci, Codex

rerum Francicarum j 1. 3. p. I23. — Isidore, Chro- TheoJosianu! , &c. De paganis & sacrificiis , Notes

nicon, p. 716. sur le livre 1 5. — A. de Valois, Notitia Galliarum,

' Voirau tome II, la Note CW sur les Visigoths. p. 3o2.

An 427

l'année 427 ou la suivante', & dans laquelle on voit au rang des officiers de l'Empire, l'intendant des trésors conservés à Nimes, & celui de la teinturerie de Narbonne ; ce qui prouve que ces deux villes appartenoient alors aux Romains. On peut ajouter que, suivant la même Notice, les Sept Provinces, qu'on doit distinguer des autres provinces des Gaules, étoient gouvernées par un vicaire particulier du préfet^ ; que la Viennoise étoit soumise en particulier à la juridiction d'un consulaire, & chacune des six autres, savoir : les deux Narbonnoises, les trois Aquitaines 81 les Alpes maritimes à celle d'un président; ainsi l'Aquitaine seconde, quoique cédée aux Visigoths, devoit avoir alors un gouverneur romain sous la dépendance du vicaire des Sept Provinces, Se ce dernier devoit, par conséquent, étendre sa juridiction sur toute la partie des Gaules cédée à ces peuples. Nous voyons ^ aussi qu'Acilius Glabrio étoit vicaire des Sept Provinces vers l'an 480, supposé que ce soit le même, comme on le prétend"*, que Festus qui fut consul l'an 488. Enfin Gaudence ^, qui étoit vicaire du prétet des Gaules, vers l'an 455, devoit exercer alors le vicariat des Sept Provinces, vicariat que quelques auteurs confondent mal à propos avec celui du reste des Gaules. Toutes ces preuves 8c quelques autres que l'on verra dans la suite ne nous permettent pas de douter que Valentinien III Si les empereurs d'Occident, ses successeurs, n'aient conservé la principale autorité sur la partie des Gaules qui avoit été cédée aux Visigoths; St que si ces peuples établirent une domination absolue dans les provinces qu'on leur avoit cédées pour leur demeure, ce ne fut que vers le temps de la décadence de l'Empire d'Occident & à la faveur des nouveaux traités que les derniers empereurs, qui eurent besoin de leur secours, furent obligés de faire avec eux.

Il y a lieu de croire que les Visigoths firent la paix avec Aëce peu de temps après leur entreprise sur la ville d'Arles. Nous voyons, en effet, qu'ils décla- itj.oriKin. rèrent la guerre, deux ans après, aux Vandales'' ou Suèves d'Espagne, qu'Ataulphe avoit resserrés auparavant dans la Galice 81 qui s'étoient répandus dans les provinces romaines de cette partie de l'Empire, où ils commettoient une infinité de ravages, 8c qu'ils entreprirent cette guerre au nom des Romains, suivant un critique'^ moderne dont le sentiment paroît bien fondé : ainsi ils dévoient avoir fait alors leur paix avec Aëce, général de l'empereur Valentinien. Jornandès attribue cette expédition au roi Wallia; mais cet historien se trompe, car c'étoit Théodoric qui régnoit sur les Visigoths dans ce temps-là.

Le séjour de ces peuples dans les provinces des Gaules y affoiblit peu à peu dans la suite la vigueur de la discipline ecclésiastique : il paroît qu'elle

'Il est prouvé aujourd'hui que la Notice des * Keliini, Fasti consuUres, -p. 610.

dignités de l'Empire a été rédigée entre les années ' Sidoine Apollinaire, 1. 1, epist. 3. — Sirmond,

400 & 406. Ce point avait déjà été établi par Notes'. — Tillemont, art. 2 sur Sidoine. Fréret, au siècle dernier. [E. M.J " Jornandès, de Reius Geticis, c. 33,

' Voyez tome II, Note XXXIV, n. x & suiv. " Pagi, Critica, ad ann. 427, n, 20.

' Cruter, Corpus inscriptionum, p. 344, n. 2.

An

An 429

An 430

étoit encore dans toute sa force dans la Narbonnoise quelques années après l'établissement du siège des rois visigoths à Toulouse Se au commencement du règne de Valentinien III. C'est ce qu'on voit par une lettre que le pape saint Célestin adressa, l'an 42g, aux évêques de cette province & à ceux de la Viennoise, dans laquelle il se plaint de l'excessive sévérité dont on usoit dans leurs diocèses à l'égard des pécheurs à qui, suivant ce qu'on lui avoit rapporté, on refusoit la pénitence, même à l'heure de la mort. Ce pape parle', dans cette lettre, d'un autre usage qui s'étoit introduit dans ces provinces où on lui avoit fait entendre qu'on élevoit à l'épiscopat des personnes convaincues de crimes, des étrangers & des laïques qui, sans abandonner leur ancienne manière de vie, portoient des manteaux, des ceintures & des bâtons, contre l'usage des églises, par où ce pape désigne^ plusieurs moines des monastères du pays qui étoient parvenus à la dignité épiscopale & dont certains ecclésiastiques ambitieux avoient sans doute décrié la conduite auprès de lui, sous prétexte qu'ils conservoient dans l'épiscopat leur habit monastique. Le même pape donne ensuite dans cette lettre des règles sur quelques points de discipline par rapport à l'élection des évêques; il confirme le jugement de Boniface, son prédécesseur, en faveur de l'église de Narbonne contre les prétentions de celle d'Arles, 81 ordonne, conformément aux canons, que chaque métropolitain borneroit sa juridiction dans l'étendue de sa province.

XXXVII. — Nouvelles tentatives des Visigoths sur la ville d'Arles. — Leur

paix avec les Romains.

Les Visigoths, peu contens des bornes de leurs États dans lesquelles le général Aëce les avoit resserrés après leur entreprise sur la ville d'Arles, les franchirent^ quelque temps après &, ayant rompu la paix avec les Romains, ils firent plusieurs courses qu'ils poussèrent jusques en Provence, sous la conduite du général Anaolfe. Ils profitèrent de l'absence d'Aëce, alors occupé du côté du Rhin à chasser les François des pays dont ils s'étoient emparés en deçà de ce fleuve, & tentèrent de nouveau le siège de la même ville d'Arles, où Cassius'^ commandoit les troupes romaines; mais cette seconde tentative ne fut pas plus heureuse que la première; car Aëce en étant averti vint en diligence au secours de cette place. Se ayant rencontré les Visigoths, il les attaqua, les tailla en pièces, & fit prisonnier le général Anaolfe 5.

Cet échec obligea le roi Théodoric à faire la paix avec<5 Valentinien. Nous en ignorons les conditions; mais il y a lieu de croire qu'une des principales fut que les Visigoths se tiendroient renfermés dans les limites du pa)s qui

' Labbe, Conciles, t. 2, c. i () i 8 & siiiv. ' ViLt S. Hilarii Arclatcnsts, t. i. — S. Léon,

' Tillemont, Hht. ccclés. t. i5, art. ii sur saint Opéra, p. -36 Si. seq. Hilaire d'Arles. " Sidoine Apollinaire, Panegyricus Aviti,f.3ii.

' Prosper, Chronicon. — Idace, Chronicon. — Voir les notes de Sirmond & Adrien de Va-

■* Fit(t S. Hilarii Arelatensis , t. i. — S. Léon, lois, Rcrum Francicarum 1. 3, p. 1 39 ; 1. A,

Opéra, p. 736. p. 1 82.

* ' An i^jo

leur avoit été cédé. L'empereur, pour gage de ses promesses, donna en otages à Théodoric plusieurs seigneurs des plus distingués des Gaules &, entre autres, Théodore, parent du célèbre Avitus. Ce dernier étoit d'une famille des plus illustres de l'Fmpire & fils d'Ecdice, seigneur auvergnat qui, pour faire sa cour au général Constance, avoit violé les droits de l'hospitalité envers Édobic, général françois, comme nous l'avons dit ailleurs. Il se transporta à la cour de Théodoric pour y solliciter le renvoi de Théodore 61 sut si bien gagner par ses manières l'estime & l'affection du roi des Visigoths que ce prince n'omit rien pour le retenir auprès de lui & l'engager à son service ; mais Avitus, quoique très-sensible à cette marque de bonté Si de distinction, s'excusa si bien sur son engagement au service des Romains, que Théodoric ne put s'empêcher d'agréer son excuse 8<. de louer sa fidélité. Ce seigneur, ayant obtenu la liberté de Théodore, alla servir ensuite sous Aëce dans l'expédition que ce général avoit commencée contre les François du coté du Rhin, Aëce, durant cette expédition, reçut de la part des peuples de Galice une Édoriein. ambassade ' dont voici le sujet.

XXXVIII. — Les Visigoths appelés au secours des Suèves en Galice 6- ensuite à celui de Valentinien, contre le général Aëce,

Les Suèves, qui s'étoient établis dans cette province d'Espagne, mais qui n'en occupoient guère que la campagne, insultoient tous les jours les châteaux Se les autres places fortes du pays où les anciens habitans s'étoient réfugiés, Se cela, malgré la foi de différens traités que ces derniers avoient faits avec eux pour se racheter de leurs brigandages. C'est ce qui obligea les Galéciens, comme sujets de l'Empire, de recourir par leurs ambassadeurs à la protection d'Aëce St d'implorer son secours contre les entreprises continuelles des Suèves. L'évêque Idace, qui étoit à la tête de ces ambassadeurs, ne nous marque pas le succès de sa négociation : il se contente de dire que Vetton, Goth de nation, étant venu des Gaules en Galice, dans le dessein d'y tramer quelque entreprise, s'en retourna chez les Visigoths, ses compatriotes, sans avoir rien exécuté. Ceci peut nous faire croire que les Suèves avoient appelé ces peuples à leur secours, en cas que le général Aëce ou les troupes romaines eussent entrepris quelque chose contre eux. Quoi qu'il en soit, Aëce, après avoir donné la paix aux François qu'il venoit de dompter, renvoya l'évêque Idace en Galice, accompagné du comte Censorius, son ambassadeur auprès des Suèves, pour engager sans doute ces peuples à vivre en paix avec les Galéciens ; Herméric, roi des Suèves, conclut enfin un traité avec eux, ce qui leur rendit la tranquillité £< fit que les desseins des Visigoths sur la Galice n'eurent alors aucune suite.

Il paroît que ces derniers peuples observèrent exactement le dernier traité

' Idâce, Chrontcon.

An 4.10 '

de paix qu'ils avoient fait avec les Romains & qu'ils demeurèrent fidèles au service de l'empereur; car nous voyons' que Valentinien III, ou plutôt l'impératrice Placidie, sa mère, qui gouvernoit tout l'Occident sous le nom de ce jeune prince, les employa quelques années après contre le comte Aëce qui s'étoit révolté.

Il y avoit déjà quelque temps que la prospérité des armes de ce général & le crédit qu'il avoit acquis parmi les troupes donnoient de l'ombrage à Placidie, lorsque cette princesse, pour balancer sa trop grande autorité, lui suscita un rival dangereux. Ce fut le comte Boniface, qui avoit défendu autrefois la ville de Marseille contre les entreprises du roi Ataulphe & qui, pour se venger de ce qu'Aëce, jaloux de sa gloire Se de sa faveur à la cour de l'empereur, avoit rendu sa fidélité suspecte à ce prince, avoit, depuis quatre ans, introduit les Vandales en Afrique & attiré par là une infinité de maux sur cette partie de l'Empire. Placidie, voulant mettre des bornes au pouvoir excessif d'Aëce, qui lui devenoit suspect de plus en plus, reçut en grâce Boniface, le rappela d'Afrique dans la vue de l'opposer à ce général dont il étoit ennemi déclaré, &, pour lui donner plus d'autorité, elle l'honora de la charge de maître de la milice de l'Empire. Aëce ne put supporter l'élévation de son ennemi : son ressentiment alla si loin qu'il se révolta ouvertement, prit les armes contre Boniface & lui livra bataille, laquelle fut également funeste à l'un & à l'autre, car Boniface, ayant été blessé à mort dans l'action, mourut peu de temps après, & Aëce fut entièrement défait & obligé de se réfugier chez les Huns. Ces barbares, avec lesquels il étoit^ déjà lié depuis longtemps, le reçurent avec honneur & lui fournirent même une puissante armée avec laquelle il entra en Italie. L'empereur, se voyant hors d'état de lui résister, appela alors les Visigoths à son secours; mais, soit qu'Aëce craignît la valeur de ces peuples, soit qu'il se repentît de sa détection & de sa révolte, il prévint leur arrivée au delà des Alpes, fit sa paix avec Placidie Se avec l'empereur. Se pour marque de la sincérité de son retour, il engagea les Huns, qu'il avoit amenés avec lui, au service de l'Empire. Comblé ensuite de toutes sortes de faveurs 8t honoré de la dignité de patrice, il fut renvoyé dans les Gaules pour y réduire les Bourguignons, peuples barbares qui, après s'y être établis depuis y^„ 35 quelque temps sous l'autorité de l'empereur, s'étoient révoltés. A son arrivée, il marcha contre les rebelles, & après les avoir soumis, il leur accorda la paix. Aëce tourna ensuite ses armes contre les bagaudes ou paysans révoltés qui s'étoient emparés de la Gaule Ultérieure ou Septentrionale, prit leur chef & les força de rentrer dans leur devoir.

■ Idacc, Prosper & le comte Marcellin, Chro- ' Prosper Tyro, dans Labbe, t. 1, Biiliotheca

n'tcon. nova manuscriptorum , p. 69.

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