‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 327 sur 553 · LXIV. — Bataille de Paramo · texte numérisé non relu

LXIV. — Bataille de Paramo

Les deux armées de ces princes ne demeurèrent pas longtemps en présence sans en venir à une bataille : elle fut livrée le même jour, au désavantage des Suèves dont les uns furent taillés en pièces & les autres faits prisonniers ou mis en fuite par les Visigoths. Le roi Riciaire ayant été blessé chercha son salut dans la fuite & se retira, avec beaucoup de peine, aux extrémités de la Galice, où il s'embarqua pour se dérober à la poursuite de Théodoric. Ce dernier, après avoir vaincu St humilié les Suèves, voulut se vaincre luimême en faisant grâce aux vaincus. Il fit cesser les hostilités 8c donna pour nouveau roi à ces peuples Ajulfe ou Achiulfe, un de ses sujets, Warne d'origine, c'est-à-dire d'une nation moins estimée que celle des Goths.

LXV. — Ambassade envoyée par Av'itus à Théodoric. — Mort de cet

empereur.

Théodoric avoit reçu, quelque temps auparavant, une' ambassade de la part d'Avitus. Ce dernier, après avoir célébré à Rome le premier jour de son consulat, étoit retourné à Arles 8c avoit remporté, par la valeur du comte Ricimer, plusieurs victoires sur les Vandales qui infestoient les côtes de la Gaule Se de l'Italie. Il avoit visité ensuite les provinces situées le long du Rhin; mais les débauches aux([ucllcs on prétend qu'il s'abandonna l'ayant rendu également odieux 8c parmi les peuples 8c à Rome, il trouva, à ^on retour dans cette capitale de l'Empire, les esprits extrêmement indisposés contre lui; quelques auteurs attribuent ce changement des Romains aux intrigues de Marcien, empereur d'Orient, qui étoit devenu ennemi d'Avitus. Quoi cju'il en soit, cet empereur comprit alors le besoin qu'il avoit du secours de ses alliés pour se soutenir sur le trône, 8c c'est sans doute pour demander celui de Théodoric, qu'il lui envoya en ambassade le tribun Hésychius, chargé de riches présens, sous prétexte de lui faire part de l'heureux succès de ses armes contre les Vandales; mais, soit que ce roi des Visigoths n'eût pas le temps d'aller donner du secours à Avitus, ou que peut-être il eût changé de sentiment à son égard, cet empereur se vit dépouillé de la pourpre, par ordre du sénat, avant que de pouvoir recevoir aucun secours. Il fut pris à Plaisance, en Italie, par Ricimer, maître de la milice romaine, Se par Majorien, son successeur, qui l'obligèrent d'abdicper l'empire^, le 17 de mai de l'an 456. Avitus ne survécut pas longtemps à son malheur; il fut tué peu de temps après, en cherchant un asile pour se mettre en sûreté.

' Idace, CAronicon, p. 3o8. — Aimoin, 1. i , c. 3. ' Anonymiis Cuspiniani. — P-igi . Criiica , ad

ann. 4.')'), n. 6.

il) a

^^ 5g 458 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IV.

LXVI. — Retour de Théodoric dans les Gaules, après son expédition contre

les Suèves.

Théodoric, qui jusques alors avoit porté ses armes en Espagne en faveur de l'Empire, n'eut pas plutôt appris la déposition d'Avitus, qu'il songea à profiter' pour lui-même des nouveaux troubles de l'Empire &. à établir sa domination au delà des Pyrénées. Les Visigoths, depuis leur entrée dans les Gaules, avoient fait, à la vérité, diverses expéditions au delà de ces montagnes 5 mais il parok que ç'avoit été toujours au nom & au service de l'Empire, & seulement en qualité d'auxiliaires. Théodoric changea de système, & se trouvant alors en Espagne, il se mit en état de se rendre maître de toute la Galice. 11 soumit d'abord les Suèves qui occupoient la campagne que les Romains leur avoient cédée pour la cultiver Si y vivre en qualité d'alliés de l'Empire; les places fortes appartenoient encore aux anciens habitans du pays qui s'y étoient réfugiés, comme nous l'avons dit ailleurs. Ce prince, résolu de s'emparer de ces villes, commença par attaquer celle de Brague, capitale de la province, & l'emporta d'assaut un dimanche, ,î8 d'octobre de la même année. Il ordonna d'épargner le sang des habitans de cette grande ville & de respecter la pudeur des vierges; mais il la livra au pillage de ses troupes qui firent prisonniers la plupart des habitans, & enlevèrent même des temples sacrés les ministres du Seigneur qui s'y étoient réfugiés comme dans un asile inviolable.

Quelque temps après, on amena à Théodoric le roi Riciaire, qui avoit été pris dans sa fuite, à Porto, ville maritime, ou une tempête l'avoit obligé de relâcher. Cet ancien roi des Suèves fut aussitôt enfermé dans un cachot,

lid.ongill. 1 1 • o 1 -1 •

t. i.p, 200. par ordre de ce pnnce, & peu de temps après, il termina ses malheurs par un genre de mort des plus cruels qu'on lui fit souffrir, au mois de décembre de la même année. La prise de ce roi fut suivie de la soumission du reste des Suèves. Théodoric fit punir les uns & accorda le pardon aux autres. Ce prince, après avoir pacifié ces peuples, alla passer l'hiver dans la Lusitanie, qu'on appelle aujourd'hui Portugal, pour reprendre ensuite le chemin des Gaules, au commencement du printemps de l'année suivante.

A son départ, il entra dans la ville de Mérida , métropole de Lusitanie, qu'il avoit dessein de mettre au pillage; mais il en fut détourné à la vue des prodiges qui arrivèrent & qu'on attribua à l'intercession de sainte Eulalie, patronne de cette ville. Théodoric, ayant ensuite continué sa route après les fêtes de Pâques, s'avança vers Toulouse, capitale de ses États ^. II laissa en Espagne une partie de ses troupes, tant pour en continuer la conquête que pour agir contre Ajulfe, nouveau roi des Suèves^, qui, se mettant peu en

' IJace, Chronicon , p. 3o8. — Jornandès, Je ' Voyez tome II, Note LUI.

Rébus Gcticis, c. 44. — Isidore, Chronicon, p. 718 ' Jornandès, de Reius Geticis, c. 44. — Isidore,

& seq.; p. ySS & seq. Chronicon.

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peine d'exécuter les promesses qu'il avoit faites à Théodoric, lorsque ce prince le fit élever sur le trône, cherchoit à secouer son joug & s'attribuoit une autorité despotique.

Le corps de troupes que Théodoric laissa en Espagne s'empara d'abord des villes d'Astorga Se de Palence, sous prétexte de mettre les habitans à couvert des entreprises dés Suèves; mais les Visigoths n'en turent pas plutôt les maîtres qu'ils y mirent le feu, après les avoir livrées au pillage des soldats. Le seul château de Covanca", éloigné de trente milles d'Astorga, arrêta leur fureur par la vigoureuse défense des assiégés. Les Visigoths, forcés de lever le siège de ce château, marchèrent contre Ajulfe, qu'ils attaquèrent 8c défirent entièrement; ce prince, abandonné des siens, fut fait prisonnier Se ensuite décapité à Porto, au mois de juin, par ordre de Théodoric, qui étoit déjà rentré dans Toulouse chargé des riches dépouilles des Suèves Se d'une partie de l'Espagne. Ces derniers peuples, après avoir été soumis une seconde fois par les armes des Visigoths, se voyant sans chet Se sans roi Se sachant le respect que Théodoric avoit pour les évêques, lui en envoyèrent deux ambassades pour lui demander pardon de leur mauvaise conduite 8c la permission d'élire un roi de leur nation. Théodoric, touché de leur soumission, leur accorda l'un Se l'autre 5 mais les suffrages de ces peuples étant partagés, les uns élurent Fronton Se les autres Maidras. Celui-là étant mort peu de temps après, ceux de son parti mirent à sa place Rémismond ou Réchimond dont il paroît que Théodoric approuva l'élection.

LXVIL — Guerre de Théodoric contre l'empereur Majorien.

La situation où étoient alors les affaires de l'Empire d'Occident donna lieu aux Visigoths de méditer de nouvelles conquêtes. Les provinces^ des Gaules étoient agitées de divers mouvemens causés par la déposition d'Avitus, à laquelle les peuples de ce pays, quoique accablés d'impôts sous son règne furent cependant extrêmement sensibles, tant parce que cet empereur étoit leur compatriote que parce qu'ils l'aimoient d'inclination. Ses créatures qui étoient en crédit Se en grand nombre dans ces provinces. Se entre autres, Sidoine, son gendre, avoient pris les armes pour le venger. D'un autre côté, Péonius, homme d'une naissance fort médiocre Se d'un esprit fort remuant, après s'être emparé de sa propre autorité de la charge de préfet des Gaules, s'étoit mis à la tête d'une puissante faction dans laquelle il avoit engagé plusieurs jeunes seigneurs du même pays, en faveur du rebelle Marcellien, ancien ami d'Aëce, qui, sous prétexte de venger la mort de ce général, s'étoit rendu maître de la Dalmatie. Les Bourguignons, de retour d'Espagne, avoient étendu les limites de leurs États en deçà des Alpes 8e s'étoient rendus

' Ferreras, ad ann. 457. Sirmond. — Lacarry, de Praefcctis praetorlo Gal-

' Sidoine Apollinaire, Panegyricus Ma'joriani; liarum, p. i65. — A. de Valois, Rerum Francica- Carmina, 4 & 5; 1. 1, cpist, 2; voir les notes de runi 1. 4, p. 1 86 & seq.

An .}57 T

maîtres de Lyon, où Sidoine les avoit peut-être introduits en faveur du parti d'Avitus, quoique d'autres' prétendent que ce furent les Visigoths qui s'emparèrent alors de cette ville. Enfin les Vandales, maîtres de toutes les provinces d'Afrique depuis la mort de Valentinien III, continuoient d'intester les côtes d'Italie. Telle étoit la situation des Gaules Se de l'Empire lorsque, après un interrègne de près d'un an, Majorien fut élu, le premier d'avril de l'an 457, par la faction de Ricimer, maître de la milice & principal auteur de la déposition d'Avitus.

Théodoric, également irrité de la dépositron & de la mort de ce dernier, Éd. origin. n'cut aucuu ménagement pour Majorien & continua la guerre contre l'Empire. Il fit marcher une nouvelle armée, sous la conduite du général Cvrila, vers les provinces d'Espagne^, dans le dessein de les soumettre, ou du moins de les piller. Ce général pénétra d'abord, au mois de juillet de l'an 458, dans la Bétique ou Andalousie. Nous avons lieu de croire que Théodoric tâcha en même temps d'étendre sa domination dans les Gaules, quoique nous ignorions ses exploits de ce côté-là : l'accusation que le comte Gilles, maître de la milice de ces provinces, forma vers ce temps-là contre le comte Agrippin, ne nous permet pas d'en douter.

Agrippin étoit-^ un seigneur gaulois à qui sa naissance & ses services avoient mérité le gouvernement d'une partie des Gaules (^cornes Galliae)^ c'est-à-dire de cette partie de la Narbonnoise qui restoit encore aux Romains. Le comte Gilles, maître de la milice dans les mêmes- provinces, soit par zèle ou plutôt par envie contre ce gouverneur, dont le mérite lui taisoit ombrage, l'accusa secrètement auprès de l'empereur de favoriser les barbares, ce qu'on doit entendre des Visigoths, & d'avoir voulu, par ses intrigues, leur livrer les provinces des Gaules soumises à l'Empire. Ce prince a}ant ajouté foi trop légèrement à cette délation, donna ordre au comte Gilles d'envoyer incessamment Agrippin à Rome pour y rendre compte de sa conduite S<. y être puni suivant la rigueur des lois s'il étoit coupable, ou absous s'il étoit innocent. Agrippin, qui se croyoit irréprochable, fit d'abord difficulté d'obéir à ces ordres, à moins que son accusateur ne se rendît avec lui auprès de l'empereur pour soutenir son accusation; mais le comte Gilles, que ce gouverneur ne connoissoil pas pour son délateur, lui avant fait entendre que sa désobéissance ne serviroit qu'à le rendre plus criminel, il consentit enfin à partir, sur la parole que saint Lupicien, son ami & abbé d'un monastère du mont Jura lui donna, au nom & comme caution du comte Gilles, qu'il ne lui arriveroit aucun mal & qu'on lui rendroit justice.

Agrippin, à son arrivée à Rome, alla à l'audience du patrice Ricimer, qui, après avoir assemblé le sénat sur l'affaire de ce comte & consulté l'em-

' Lacarry, de Praefcciis practorio Galîlarum , ment contemporaine, comme le voudraient les

p. iSp. Bollandistes, la Vie de saint Lupicien semble avoir

" Idace, Chronicon, p. 809, été composée à une époque indécise, d'après des

' P tta S. Luptcii; Bollandistes, 2( mars, p. 266 récits contemporains, 8t présente un caractère m-

& suiv. — Tout en n'étant peut-être pas absolu- contestable de sincérité. [A. M.]

pereur sur la punition qu'il méritoit, le fit condamner à la mort sans l'avoir entendu ni lui avoir permis de se défendre & de se justifier. Un pareil procédé surprit extrêmement Agrippin; mais, plein de confiance aux mérites du saint abbé Lupicien, qui lui avoit promis qu'il ne lui arriveroit aucun mal, il ne se découragea pas. L'exécution de sa sentence fut, en effet, différée, & ayant été conduit, en attendant, dans une étroite prison, il en fut délivré miraculeusement par les prières de ce saint abbé Si se réfugia dans l'église de Saint-Pierre. Le bruit de son évasion s'étant répandu dans Rome, on crut que, pour se venger, il avoit été se mettre à la tête des barbares, afin de les engager à faire une irruption sur les terres de l'Empire. Agrippin, informé de ce bruit 8c du chagrin que sa fuite causoit à l'empereur & à toute sa cour, se présenta alors devant ce prince St offrit de prouver son innocence, ce qu'ayant fait avec succès, l'empereur le renvoya absous dans son gouvernement des Gaules &. le combla de bienfaits. Les circonstances de cet événement prouvent évidemment qu'Agrippin tut accusé devant l'empereur Majorien, dont le nom n'est pas marqué dans l'ancien auteur qui les rapporte, 8c que cette affaire dut arriver durant les premières années du règne de ce prince. Le P. Mabillon', qui en fixe répo(|ue à l'an 460, se trompe, car il ne paroît pas que cet empereur ait été à Rome pendant toute cette année. Le P. Pagi^ prétend que cet événement arriva sous le règne de Sévère, successeur de Majorien ; mais il est certain que le comte Gilles fut^ toujours ennemi du premier 8c qu'il ne le reconnut jamais pour empereur.

L'accusation dont nous venons de parler fut la source de l'inimitié qui éclata depuis entre le comte Gilles Se le comte Agrippin 8c des malheurs qui arrivèrent bientôt après aux Romains dans la Narbonnoise première, qu'ils perdirent entièrement. On voit par là que les Visigoths, qui sont ces barbares dont parle l'auteur contemporain de la Vie de saint Lupicien, menaçoient alors de faire une irruption dans la partie de cette province dont ils ne s'étoient pas encore emparés, ce que Majorien appréhendoit extrêmement.

Cet empereur eut besoin de toute son habileté 81 de toute sa valeur pour Kdoripin. se soutenir au milieu de tant de troubles 8c de si puissans"* ennemis. Il tâcha d'abord de gagner l'aftection des peuples par la diminution des impôts Se attira ensuite à son parti les barbares qui habitoient le long du Danube 8c du Tanaïs, qu'il incorpora dans ses troupes en c|ualité d'auxiliaires, pour s'en servir dans ses expéditions, 8c surtout dans celle qu'il méditoit contre les Vandales d'Afrique, sur lesquels il vouloit reprendre cette partie de l'Empire. Avant que de tenter cette entreprise, il crut devoir pacifier les Gaules £< se mettre en état de ne pas craindre Théodoric, qui, non contenl des ravages que ses troupes faisoient en Espagne, avoit sollicité^ les Suèves d'y faire le même dégât de leur côté.

' Mabillon, Annales, t. i, p. 23 & suiv. * Sidoine Apollinaire, Pancgyrlcus Majoriani;

' Pagi, Critictt, ad ann. 464, n. 7 & seq. Carmina, 5.

' Prisciis, Legationes, p. 42. — Idace, Chron'tcon. ^ Idace, Chronicon.

An 437 '

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