‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 329 sur 553 · LXXIII. — Paix entre Théodoric ^ Majorien · texte numérisé non relu

LXXIII. — Paix entre Théodoric ^ Majorien

Cette défaite rendit Théodoric plus ' traitable 8c plus facile à écouter les propositions de paix que lui faisoit Majorien. Le préfet Magnus Félix, qui avoit autant^ d'ascendant 8< de crédit sur l'esprit de ce prince qu'Avitus en •avoit eu autrefois sur celui du roi son père ^, contribua sans doute beaucoup à la conclusion de cette paix : elle fut jurée de part 8c d'autre 8c cimentée par une ligue que les deux princes firent ensemble; ce fut en exécution de cette ligue que les Visigoths servirent dans la suite, sous le règne de Majorien, en qualité d'alliés, dans les armées de l'Empire 8c qu'ils contribuèrent de leur part à soumettre divers peuples qui avoient fait quelques mouvemens. Nous ignorons les autres conditions de cette paix; on peut cependant conjecturer qu'une des principales fut que les Visigoths remettroient aux Romains toutes les nouvelles conquêtes qu'ils avoient faites sur eux soit dans les Gaules, soit en Espagne, depuis la mort d'Avitus. Après la conclusion de cette paix, Théodoric dépêcha*^ aussitôt un exprès pour en donner avis au comte Népotien, maître de la milice 8c au comte Suniéric, son général, avec ordre sans doute de suspendre les hostilités''. Ces deux généraux firent savoir les mêmes nouvelles aux Suèves de la Galice 8c aux Galéciens, sujets de l'Empire, qui étoient aussi en guerre les uns contre les autres. C'est ainsi que la paix fut rendue aux Gaules Si à l'Espagne.

LXXIV. — Les Visigoths secourent Majorien en Espagne &• agissent contre

les Suèves.

~^~^^ Majorien n'ayant plus rien à craindre de la part des Visigoths, devenus ses

amis Se ses alliés, ne songea plus qu'à exécuter ses projets contre les** Vandales. Dans cette vue, il partit des Gaules au mois de mai de l'an 460 Se se rendit près de Carthagène, en Espagne, où l'attendoit une flotte de trois cents voiles qu'il avoit fait équiper pour faire une descente sur les côtes

' Idace, Clironicon,f. 3io &. seq. — Prisciis, Le- ■* Isidore, Chronicon, p. 719.

gationes, t. 1 Hist. By^ant. p. 42. ' Voyez tome II, Note LV.

" Sidoine Apollinaire, Carmlna, 5, vers j6o. " Idace, Chronicon. — Priscus, ut supra, — Ma-

' Voyez tome II, Note LIV, n. 2. ri us d'Avenche, Chronicon,

' ' An 460

d'Afrique. Il fit voile bientôt après; mais Genséric, roi des Vandales, informé

de son dessein &c de son départ, le prévint & lui enleva tous les vaisseaux de Éd. origin.

. . . . '• Il P- 2o5.

transport; en sorte que ce prince se vit, malgré lui, obligé d'abandonner ses projets, de faire la paix avec ces barbares, de reprendre le chemin des Gaules pour retourner en Italie 6<. de laisser aux troupes de Théodoric le soin de s'opposer en Espagne aux nouvelles excursions des Suèves.

Ces peuples', naturellement inquiets & avides de pillage, avoient commis depuis peu plusieurs désordres en divers endroits, Se entre autres à Lugo, où ils avoient massacré plusieurs Romains ou Galéciens, sujets de l'Empire. Théodoric, fidèle allié de Majorien, résolut de punir cette infraction de paix: il ordonna aux comtes Népotien St Suniéric, qui commandoient alors en Espagne l'armée romaine & celle des Visigoths, d'envoyer un détachement en Galice pour châtier ces barbares & arrêter leurs mouvemens. Les ordres de Théodoric furent exécutés avec la dernière rigueur. Si sans doute au delà de l'intention des Romains, car ce détachement, ayant surpris les Suèves dans Lugo, mit cette ville au pillage, tandis que, d'un autre coté, Suniéric, avec le reste de son armée, s'étant approché de Santarem (Scalabis), dans la Lusitanie, où les Suèves avoient poussé leurs conquêtes, se rendit maître de cette place, ce qui n'empêcha pas ces barbares de continuer leurs brigandages Si leurs incursions sur les Galéciens jusques à ce qu'enfin ils convinrent entre eux d'une espèce de paix.

Un différend qui s'éleva bientôt après entre Frumarius Si Rémismond, rois des Suèves, causa parmi ces peuples une guerre civile. Théodoric, protecteur de R.émismond , se mêla dans la querelle de ces deux princes Si voulut être leur médiateur. 11 réussit, en effet, à les mettre d'accord par le ministère des ambassadeurs qu'il leur envoya; mais la paix entre ces deux rois suèves ne fut pas de durée, non plus que celle des Romains avec les Visigoths, qui fut troublée par la mort de Majorien.

LXXV. — Rupture de la paix entre les Visigoths (S- les Romains , après la

mort de Majorien.

Majorien' étoit retourné dans les Gaules pour s'opposer aux courses des Alains, qui s'étoient établis dans ces provinces Si, après avoir assisté aux jeux du cirque que le consul Séverin avoit donnés à Arles, il avoit repris le chemin d'Italie. Les peuples se flattoient de voir bientôt rétablir par ses soins les affaires de l'Empire; mais le patrice Ricimer, Suève de nation 81 petitfils'', par sa mère, de Wallia, roi des Visigoths, qui avoit eu, par ses intrigues autant que par ses violences, l'adresse de s'emparer de toute l'autorité dans l'Empire d'Occident, Si qui avoit fait donner la pourpre à ce prince, l'en fit

■ Idace, Chronicon , p. 710 & seq. — Isidore, de Reias Getlcis , c. 45. — Marins d'Avenche , Chronicon, p. 719, 7,38 & seq. Chronicon.

' Idace, CAronicof!, p. 710 & seq. — Jornandès, ' Sidoine Apollinaire, Carmma, 2 , v. 36l & seq.

An 461

An 461

dépouiller à Tortone, ville d'Italie, le 2 du mois d'août de l'an 461 ', & le fit mourir cinq jours après. Le trône de l'Empire d'Occident demeura vacant jusques au ig du mois de novembre suivant, que ce même patrice fit élire pour empereur Sévère, complice de la mort de Majorien ; mais le comte Gilles, maître de la milice, les peuples des Gaules St surtout les troupes romaines, qui étoient sous les ordres de ce général dans les mêmes provinces, également attachés k Majorien 8c indignés contre Ricimer & Sévère, auteurs de la mort de ce prince, refusèrent de reconnoître ce nouvel empereur.

Les troupes^ romaines, qui étoient alors dans les Gaules & qui avoient été levées dans le pays^, étoient d'autant plus dévouées à Majorien, qu'elles l'avoient toujours suivi dans toutes ses expéditions; ainsi, il étoit aisé au comte Gilles de les déterminer à le suivre en Italie pour aller venger sur Sévère Se Ricimer la mort de cet empereur. Théodoric, attentif à profiter pour luimême de ces nouveaux troubles de l'Empire, empêcha, par ses nouvelles hostilités, que ce général ne pût exécuter ce projet. Si le mit dans la nécessité de demeurer dans les Gaules pour s'opposer à l'entreprise qu'il méditoit de s'emparer de ce qui restoit aux Romains dans ces provinces.

Il est certain'', en effet, que Théodoric se mit en armes quelque temps après la mort de Majorien; soit que ce roi des Visigoths eût fait un traité avec Sévère & le patrice Ricimer, comme il y a lieu de le croire. Si que par ce traité il se fût engagé, moyennant la cession d'une partie de la Narbonnoise première, à attaquer le comte Gilles pour l'empêcher de porter ses armes en Italie contre le nouvel empereur, soit que ce même roi fût poussé par sa seule ambition Si par le désir d'étendre sa domination à la faveur des nouveaux troubles de l'Empire. Le comte Gilles fut donc forcé de demeurer dans les Gaules pour s'opposer aux desseins des Visigoths Si de tourner toutes Éd.origin. ses forccs contrc ces peuples pour conserver à l'Empire ce qui lui restoit en deçà des Alpes. Théodoric rappela^ d'Espagne, vers ce même temps, les deux généraux Népotien Si Suniéric, dans la vue sans doute de les employer contre le comte Gilles, Si envoya Arborius à leur place au delà des Pyrénées; mais Népotien mourut peu de temps après.

LXXVI. — Narbonne t- une grande partie de la Narbonnoise cédées aux Visigoths par l'empereur Sévère.

La mésintelligence qui régnoit depuis longtemps entre le comte Gilles Si le comte Agrippin, gouverneur de la Narbonnoise pour les Romains, ne contribua pas peu à favoriser les conquêtes que les Visigoths firent alors dans cette province. Théodoric se servit avantageusement de la désunion de ces

■ Anonymus Cuspiniani. — P'Tgi , Critica, ad ' Isidore, Chronlcon, p. 719.

ann. 461, n. 2. * Priscus, Legationes, p. 42.

' Idace, Chronicon, p. 710 & seq. — Prisciis, Le- ' Idace, Chronlcon, p. 710 & seq. gationes, t. i Hist. By^ant. p. 42.

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deux généraux pour se défendre contre les armes du premier, qui, durant' cette guerre, donna des preuves éclatantes de sa valeur Si de sa capacité dans l'art militaire. Ce comte remporta divers avantages contre les Visigoths dans cette occasion, 8<. si Agrippin avoit voulu agir de concert avec lui, ils auroient pu non-seulement taire échouer les entreprises des Visigoths, mais encore rétablir les affaires de l'Empire &^ détrôner Sévère j mais ce général, vivement piqué contre le comte Gilles pour les raisons dont nous avons parlé ailleurs, s'unit^ avec les Visigoths & leur livra la ville de Narbonne qui étoit la principale de son gouvernement. Par là, cette importante place, qui depuis près de six siècles servoit de boulevard aux Romains dans les Gaules contre leurs ennemis, tomba pour toujours au pouvoir des Visigoths ; ce qui facilita à ces peuples la conquête du reste de la Narbonnoise première, depuis cette ville jusques au R.hône, qui, à ce qu'il paroît, étoit encore sous l'obéissance des Romains. Les Visigoths s'assurèrent aussi, par la possession de Narbonne, la liberté de passer en Espagne, soit pour y faire de nouvelles conquêtes, soit pour y conserver celles qu'ils y avoient déjà faites, depuis la mort de l'empereur Avitus qui les y avoit d'abord appelés en qualité d'alliés.

Les anciens historiens ne marquent pas si le comte Agrippin livra la ville de Narbonne aux Visigoths par ordre de l'empereur Sévère : quelques-^ modernes le supposent avec assez de vraisemblance. Il paroît, en effet, comme nous l'avons déjà dit, que cet empereur, d'abord après son élection ik de concert avec le patrice Ricimer, se ligua "* avec les Visigoths (Gothorum foedere) contre le comte Gilles. Nous voyons d'ailleurs que Sidoine^ Apollinaire, qui fit un voyage à Narbonne peu de temps après qu'Agrippin eut remis cette ville entre les mains de ces peuples, appelle le roi Théodoric l'appui &• le salut des Romains (Romanae columen salusque gentis)^. Ainsi, ce fut sans doute en exécution d'un traité fait entre ce prince 8c l'empereur Sévère, que cette ville & une grande partie de la Narbonnoise tombèrent au pouvoir des Visigoths. Agrippin, qui en étoit gouverneur, dut se prêter d'autant plus volontiers à cette cession, qu'il étoit ennemi juré du comte Gilles, lequel s'étoit déclaré d'abord contre Sévère. Il paroît donc qu'Agrippin, pour se venger de ce comte, embrassa le parti de Sévère &. qu'il ménagea un traité entre ce prince 8c les Visigoths voisins de son gouvernement. Ce gouverneur pouvoit être d'ailleurs porté pour ces peuples dont on l'avoit autrefois accusé de favoriser les intérêts, peut-être avec plus de fondement que ne le prétend'^ un ancien auteur. Quoi qu'il en soit, il paroît que depuis ce temps-là les Visigoths furent maîtres de la Narbonnoise depuis Toulouse jusque vers le diocèse de Nimes, ce qui fait voir que ces peuples acquirent cette province non pas par droit de conquête, mais en vertu de la cession

' Priscus, Legationes, p. 42. ^ Idace, Chronicon.

" Idace, Chronicon, p. 710 & seq. — Isidore, ^ Sidoine Apollinaire, Carmlna, ï3.

Chronicon, p. 719. — Voir tome II, Note LVI, n. 3. ' Id. Carmina, zS, vers 70.

' Ferreras, t. 3, ad ann. 461, p. yi. ' VitaS. Lupicii, BoUandistes, 21 mars.

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que leur en firent les empereurs romains par différens traités St à diverses reprises.

Sidoine Apollinaire, qui, comme nous avons déjà dit, fit un voyage à Narbonne peu de temps après que cette ville eut été livrée aux Visigoths, la représente' dans un de ses poëmes comme étant alors très-considérable, soit par la grandeur de son enceinte & la force de ses murs, soit par le nombre de ses habitans, les richesses de son commerce, l'abondance de ses salines & la magnificence de ses édifices. Il prend plaisir à décrire les avantages de sa situation & la fertilité de son terroir. Il relève surtout les marques de valeur & de fidélité que ses habitans avoient données lorsqu'elle avoit été assiégée auparavant par les Visigoths & ravitaillée par Litorius. On voyoit encore des preuves éclatantes de la vigoureuse défense des assiégés pendant ce siège par uu""207. '^^ brèches Se les tours à demi ruinées qui n'avoient pas encore été réparées. « Cette fidélité, ajoute Sidoine, en faisant dans cet endroit l'éloge du roi « Théodoric, attire aux liabitans de Narbonne l'estime & l'affection de ce « prince, qu'il appelle l'appui & le salut du peuple romain, comme on l'a « déjà remarqué. »

LXXVII. — Personnages illustres de Narbonne. — Consense le père.

Rien ne faisoit alors tant d'honneur à cette ville que le nombre des gens de lettres qu'elle possédoit Se parmi lesquels on comptoit ses plus illustres citoyens. Consense^, chez qui Sidoine alla loger Se dont il fut reçu avec toute l'amitié & la politesse imaginables, étoit un des principaux. Il étoit issu d'une famille illustre par sa noblesse & par ses emplois autant que par son amour pour les lettres 8t la profession qu'elle faisoit des sciences. Son père, de même nom que lui, avoit déjà illustré cette même ville, dont il étoit natif, par ses rares talens &C par son érudition. Sidoine nous le représente comme un homme versé en tout genre de littérature : poëte, orateur, jurisconsulte, historien, astronome, géomètre, musicien, St qui joignoit à la politesse des Grecs toute la gravité des Romains; il lui donne, avec la gloire d'exceller dans toutes les sciences, celle d'égaler les meilleurs 8<. les plus savans auteurs, autant par la variété de son style que par la multiplicité de ses connoissances. On lui attribue-^ un traité de grammaire sur les deux parties d'oraison, que nous avons parmi les ouvrages des anciens grammairiens, sous le nom de P. Consentius, personnage consulaire; ce qui prouveroit qu'il fut élevé au consulat. Nous savons du moins qu'il étoit d'une naissance à parvenir à cette importante dignité & qu'il épousa la fille de Priscus Jovin qui, après avoir exercé la charge de maître de la cavalerie des Gaules, avoit été revêtu de celle de consul, l'an Z6i . L'église** de Saint-Agricole de

■ Sidoine Apollinaire, Carmina, 23. ■* Tristan, t. i, p. 53o,

' Ihtd. Carmina , 22 & 23. ^ Siriîlond, Notae in Sidon'iumj p. 261.

Reims, devenue dans la suite titre d'abbaye sous le nom de Saint-Nicaise, regarde le même Jovin pour son fondateur & en conserve encore aujourd'hui un très-ancien monument.

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