‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 330 sur 553 · LXXVIII. — Consense le fils · texte numérisé non relu

LXXVIII. — Consense le fils

Consense eut de ce mariage un fils qui naquit à Narbonne 8c qui porta son nom; c'est le même qui reçut dans sa maison Sidoine' Apollinaire. Cet auteur nous le dépeint encore plus noble par ses mœurs que par sa naissance. Nourri dans le sein des Muses, il étoit dès sa jeunesse habile grammairien & encore plus habile orateur. L'empereur Valentinien III l'éleva, quoique jeune, aux charges & aux dignités les plus considérables de l'Empire. Il lui donna d'abord l'emploi de tribun {tribunus 6" notarius in consistorio) Si. celui de notaire ou secrétaire d'État. Le jeune Consense prit ensuite le parti des armes, & loin de s'enrichir dans le service du prince, comme il l'auroit pu faire aisément, il se signala par ses libéralités & revint à Narbonne avec la réputation d'un homme véritablement riche, car il ne comptoit pour ses véritables biens que ceux dont il avoit comblé les autres. Le même empereur, persuadé de son mérite & de sa capacité, l'envoya dans la suite à Constantinople, avec le caractère d'ambassadeur, auprès de l'empereur Théodose, son beau-père; personne ne pouvoit mieux que lui remplir cet emploi, étant également versé- dans la langue grecque & dans la latine. La facilité avec laquelle il s'énonçoit dans la première le fit admirer à la cour d'Orient; son esprit étendu, aisé 8t insinuant, le rendoit d'ailleurs très-propre pour la négociation, 8c sa douceur, jointe à l'intégrité de ses mœurs, étoit capable d'inspirer la paix aux nations les plus barbares 8c de lui attirer leur respect.

Consense joignoit aux qualités de l'esprit beaucoup de dextérité dans les exercices du corps; il remporta une fois à Rome le prix des jeux du cirque sur des concurrens fameux, en présence de l'empereur, ce qui lui attira l'applaudissement du peuple. Après la mort de Valentinien, il suivit la cour d'Avitus, qui lui donna l'intendance de son palais (^cura palatii), charge désignée dans l'Empire d'Orient par le titre de Curopalate, 8t qui répond, en France, à celle de grand-maître de la maison du roi. Cet empereur étant mort, Consense quitta entièrement la cour pour se retirer à Narbonne, sa patrie; c'est dans cette ville, où il étoit vers l'an 468, qu'il reçut la visite de Sidoine, à qui il fit goûter tous les plaisirs que peut permettre une honnête liberté jointe à une modeste retenue, 8c qu'il tâcha d'amuser par différentes sortes de divertissemens agréables 8c utiles. La conversation, le bain, différens jeux, la bonne chère, la lecture, la visite des personnes de lettres 8c des lieux saints occupèrent tour à tour cet illustre voyageur qui, durant son séjour à Narbonne, composa le poëme^ où il fait la description de la maison Éd. origin. que Ponce Léon, un des descendans du célèbre saint Paulin de Noie, avoit 'P-^° ■

' Sidoine Apollinaire, Carmina, zz & 23. ' Sidoine Apollinaire, Carmina, 22.

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à Bourg, au confluent de la Garonne & de la Dordogne ; enfin Sidoine fut si charmé de la réception que lui fit Consense qu'il voulut, après son voyage, lui en témoigner sa reconnoissance par quelques vers ; mais celui-ci le prévint & lui en envoya lui-même de Provence, où il étoit alors. Sidoine y répondit par un grand poëme ' sur Narbonne qui nous a fait connoître plusieurs illustres citoyens de cette ville.

Sidoine rappelle^ le souvenir de l'accueil gracieux de Consense dans une lettre qu'il lui écrivit quelque temps après. Si dans laquelle il fait la description d'une de ses terres, appelée Octavienne [Octavianus), située entre Narbonne & la mer, à une distance presque égale de l'une 8t de l'autre. Consense avoit dans cet endroit une fort belle maison, ornée d'une chapelle, de portiques, de bains, de meubles précieux & d'une riche bibliothèque, ce qui rendoit ce lieu également agréable Si magnifique. Le grand nombre d'amis, que ce citoyen de Narbonne recevoit dans cette maison de campagne, ne l'empêchoit pas de partager son temps entre l'étude des belles-lettres 81 les plaisirs de l'agriculture. Il s'adonnoit surtout à la poésie^ dans laquelle il excelloit. II avoit un talent merveilleux pour les chansons qu'il faisoit avec beaucoup de facilité, qu'on recherchoit avec empressement Si qu'on chantoit avec plaisir à Narbonne 81 à Béziers. Sidoine étoit déjà évêque lorsqu'il écrivit cette lettre, 8c comme le caractère épiscopal lui donnoit une espèce de supériorité sur Consense, quoique plus âgé que lui , il l'exhorte en ami de s'appliquer à l'étude de choses plus sérieuses Si qui pussent lui être utiles après sa mort. Au reste, l'avis que Sidoine donne ici à Consense ne regarde que ses études; car, quoique fort agréable Si fort enjoué dans la conversation, il étoit très-réglé dans ses moeurs 81 faisoit un bon usage de ses richesses; en un mot, l'exhortation de Sidoine ne tendoit qu'à faire de son arrii un parfait chrétien. Un habile critique "^ croit que Consense, à qui cette lettre est adressée, étoit fils de celui qui reçut Sidoine Apollinaire à Narbonne; mais nous ne trouvons rienqui nous oblige d'admettre un troisième Consense.

LXXIX. — Autres personnages illustres de Narbonne & de la Province.

Parmi les autres citoyens de Narbonne qui se distinguoient alors dans la profession des lettres 81 que Sidoine eut occasion de connoître Si de visiter durant le séjour qu'il fit dans cette ville, il fait mention^ de Magnus Félix, personnage consulaire dont on a déjà parlé; du jurisconsulte Léon, qui fut depuis ministre d'Euric, roi des Visigoths, dont nous parlerons dans la suite; de Lympidius 81 de Marin, citoyens très-polis Si des premiers de la ville; de Marcellin Si de Livius, également célèbres, celui-ci ^ par ses poésies 81 plu-

' Sidoine Apollinaire, Carmina, 23. '' Tillemont, sur S. Sidoine, art. 18.

' IJ. 1. 8, epist. 4. 5 Sidoine Apollinaire, Carmina, 23 in fine,

'Sidoine Apollinaire, 1. 8, epist. 4; & 1. 9, '^ S'irmoni, Notae in SiJonium. — Sidoine Apol-

epist. i5. linaire, 1. 2, epist. i3.

An 462

sieurs autres ouvrages, Se celui-là ' par la réputation d'habile jurisconsulte, par la gravité de ses mœurs 8c par son intrépidité à soutenir la justice & la vérité, 8c enfin de Marcius Miro. Telle étoit la ville de Narbonne lorsqu'elle tomba entre les mains des Visigoths : la politesse romaine y régnoit encore; mais ces peuples y introduisirent bientôt après la barbarie avec leur domination.

Nous joindrons par occasion à ces hommes illustres les deux frères Sacerdos 8c Justin, dont nous devons la connoissance au même Sidoine^, 8c que l'amour des lettres avoit unis autant que le sang. Ils étoient neveux par leur père 8c héritiers d'un savant 8c fameux poète appelé Victorin, 8c taisoient tous les deux leur demeure dans le Gévaudan.

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