‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 334 sur 553 · LXXXVI. — Euric succède à Théodoric II, son frère · texte numérisé non relu

LXXXVI. — Euric succède à Théodoric II, son frère

Euric ou Euaric, car on donne indifféremment l'un & l'autre nom à ce prince, succéda au roi Théodoric II, son frère, dans la conjoncture favorable de l'interrègne de l'Empire d'Occident, qui vaquoit depuis que le patrice Ricimer, après avoir revêtu l'empereur Sévère de la pourpre, l'en avoit dépouillé & lui avoit ôté la vie, le i5 d'août de l'année précédente. La prin- •cipale application de ce nouveau roi, les premières années de son règne, fut de s'assurer la couronne des Visigoths 8c les conquêtes que Théodoric, son prédécesseur, avoit déjà faites sur les Romains à la faveur des troubles de l'Empire. Pour mieux s'affermir sur le trône, il envoya' une ambassade à Léon, empereur d'Orient, regardé alors comme le seul maître légitime des \'\°"'î^i '^^^^ Empires, à cause de l'oppression où Ricimer tenoit celui d'Occident. Euric demandoit sans doute la paix & l'amitié de Léon par cette ambassade; mais nous en ignorons les succès Se les suites ; il paroît seulement que le règne de ce roi fut assez tranquille dans ses commencemens, & qu'il jouit paisiblement du fruit de son crime.

LXXXVTI. — Origine du nom de Septimanie donné à la province

Narbonnoise première.

Ce prince, à son avènement à la couronne, trouva son royaume plus puissant St plus étendu qu'il n'avoit encore été depuis l'établissement des Visigoths en deçà des Alpes. Son frère Théodoric l'avoit, en effet, beaucoup augmenté par les conquêtes qu'il avoit faites tant au delà des Pyrénées que du côté de la Loire, & par l'acquisition d'une partie de la Narbonnoise première. On croit que c'est alors que cette dernière province prit le nom de Septimanie, nom dont les auteurs postérieurs au temps dont nous parlons se sont servis pour la désigner. Il est vrai que ce nom étoit déjà en usage du temps de Sidoine Apollinaire, qui est le plus ancien qu'on connoisse qui fasse mention de la Septimanie dans une de ses^ lettres, écrite vers l'an 478 ; mais le temps & les circonstances de cette lettre font voir que Sidoine n'entendoit pas par la Septimanie la Narbonnoise première, mais seulement le pays qui fut d'abord cédé aux Visigoths dans les Gaules par le général Constance, au nom de l'empereur Honoré. Ce pays comprenoit sept cités ou sept peuples, & c'est sans doute ce qui lui fit donner le nom de Septimanie, comme on donnoit celui de Novempopulanie à la troisième Aquitaine ou province d'Eause, parce qu'elle comprenoit neuf peuples dans son étendue. Ces sept cités ou diocèses étoient celui de Toulouse dans la Narbonnoise première, & les six de l'Aquitaine seconde ou province de Bordeaux

' Isidore, Chronicon, p. 719. mont, Histoire ecclésiastique, art. 22 sur S. Sidoine,

' Sidoine Apollinaire, 1. 3, epist. 1. — Tille- — Voyez tome II, Note LVII.

qui formoient ensemble l'ancien domaine cédé aux Visigoths dans les Gaules, l'an 419, par l'empereur Honoré. C'est, à ce qu'il nous paroît, la véritable étymologie du nom de Septiraanie sur laquelle tous nos modernes sont fort partagés.

Le nom de Septimanie passa dans la suite aux autres pays des Gaules dont les Visigoths firent la conquête, jusques à ce qu'ayant perdu la meilleure partie de leurs Etats dans ces provinces, ce nom demeura attaché à la seule Narbonnoise première que ces peuples conservèrent en deçà des Pyrénées, mais dont il faut excepter le diocèse de Toulouse que les François leur enlevèrent dans le même temps. Ces derniers peuples s'étoient emparés aussi des villes d'Uzès & de Lodève, il ne resta plus aux Visigoths, dans la Narbonnoise première, que les anciennes cités de Narbonne, de Béziers, de Nimes 8c d'Agde au^cquelles ces peuples ajoutèrent ensuite celles de Carcassonne, de Maguelonne 8c d'Elne, qu'ils firent ériger en évêchés pour remplacer les trois autres qu'ils avoient perdus dans la Narbonnoise première. Ce nombre de sept cités, qui appartenoient aux Visigoths dans la Narbonnoise première, fit peut-être donner encore à cette province le nom de Septimanie, dont ils demeurèrent toujours les maîtres jusques à l'entière destruction de leur royaume par les Sarrasins. Ces peuples, ayant repris dans la suite le diocèse de Lodève, ajoutèrent cette ville aux sept cités de la Septimanie qu'ils avoient toujours possédées, de sorte que cette province, outre la ville d'Elne avec son diocèse (d'où dépendoient le Confient, le Roussillon 8c leValespir), comprenoit tout le Languedoc, à la réserve de l'ancien diocèse de Toulouse, qui fit une province particulière , de l'ancien diocèse d'Albi , de ceux de Vêlai 8c de Gévaudan, compris alors dans l'Aquitaine, 8c enfin de ceux de Viviers 8c d'Uzès qui appartinrent à d'autres provinces.

LXXXVin. — La Septimanie, titre de royaume. — Ses divers noms.

On donna indifféremment, dans la suite, à cette partie de la Narbonnoise première, jusques au douzième siècle, les noms de Septimanie ou de Gothie', 8c celui de Goths à ses habitans, à cause des Visigoths qui en furent les maîtres 8c qui conservèrent plus longtemps cette province qu'aucune autre des Gaules. Après que ces peuples eurent transféré le siège de leurs rois au delà des Pyrénées, on comprit cette province sous le nom d'Espagne, prise en général, ou sous le nom d'Espagne citérieure. Les Visigoths l'appeloient aussi La Province des Gaules, parce que ce fut la seule qu'ils conservèrent en deçà des Pyrénées. Tous ces dittérens noms n'empêchoient pas qu'on ne lui donnât encore quelquefois dans le même temps celui de Narbonnoise. Plusieurs monumens qui nous restent donnent à la Septimanie ou Gothie le titre de royaume, à cause sans doute du long séjour que les rois visigoths avoient fait soit à Toulouse, iîj soit à Narbonne, qui furent les premiers sièges de la domination de ces

' Voyez tome II, Note LVII, & la Note additionnelle insérée à la suite.

An 465

origin.

An 465

An 468

peuples tant en deçà qu'au delà des Pyrénées. Le royaume des Visigoths n'eut, en effet, d'abord d'autre titre que celui de royaume de Toulouse Se ensuite de Narbonne, qui étoient les deux principales villes de la Narbonnoise première. On verra la preuve de tout ce que nous venons d'avancer dans la suite de cette histoire.

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