C. — Siège de Clermont
Enfin Euric alla mettre le siège ^ devant Clermont, ville capitale du pays qui fut défendue par les Bourguignons & par les habitans. Ces derniers, divisés auparavant entre eux, se réunirent alors pour agir de concert contre ,'-f°'''!;'"^ leurs ennemis communs Se éviter de tomber entre leurs mains. Sidoine Apollinaire, leur évêque, qui se renferma dans cette ville, ne contribua pas peu à sa conservation par ses soins, ses conseils & sa vigilance. Il fut la principale ressource de son troupeau au milieu des périls dont il étoit environné & des efforts redoublés des Visigoths, qui, après avoir fait par leurs machines des brèches"* considérables à une partie des murailles de la ville, mirent le feu à l'autre, malgré la vigoureuse défense des assiégés j en sorte que ces derniers étoient sur le point de se rendre, lorsque le général Ecdice ranima leur courage par le secours qu'il leur amena fort à propos.
CI. — Euric lève le siège de Clermont 6- abandonne l'Auvergne.
Ecdice étoit fils^ du feu empereur Avitus, &, par conséquent, beaufrère de Sidoine Apollinaire. Il n'eut pas plutôt appris l'extrémité où se trouvoit Clermont, que, malgré son éloignement, il marcha à grandes journées au secours de cette ville, sa patrie, Se arriva lui, dix-huitième, devant la place, dans le temps qu'Euric pressoit vivement les assiégés. Le bruit de l'arrivée d'Ecdice jeta une si grande épouvante dans le camp des Visigoths, que ces peuples, persuadés qu'il amenoit avec lui un puissant renfort pour les attaquer, se mirent aussitôt en état de défense & interrompirent les travaux du siège pour aller se camper sur une hauteur & le combattre avec avantage. Ce général profita de ce mouvement, & s'étant mis à la tête de sa petite troupe, il trouva moyen de pénétrer en plein midi jusquesà Clermont à travers le camp des Visigoths; en sorte que, malgré les efforts de ceux qui voulurent s'opposer à son passage, & qu'il renversa, il entra victorieux dans la ville, sans avoir perdu un seul homme, à la face des ennemis & à la vue de tous les habitans qui s'étoient postés sur les remparts, pour être spectateurs du succès d'un événement auquel ils s'intéressoient beaucoup*^.
' Sidoine Apollinaire, 1. 6, epUt. 12. ^ Sidoine Apollinaire, 1. 3, epht. 2. & 3; 1. 7,
* Ihii. I. 3, epist. 4 & 9; 1. 4, ep'ist. -J ; & Car- eplst. 7 & ri.
minaf 12. ^ Jornandès, de Kehus Geticis, c. 45. — Sidoine
' liiJ. 1. 3, epist. 2 & 3; 1. 7, epist. 1 . — Gré- Apollinaire, 1. 3, epist. 2 & 3; 1. 7, epist. 7 & M .
goire de Tours, Hist. l. 2, c. 24. ° Jornandès, ut supra.
l. 3ia '
An 473 ~7
L'entrée d'Ecdice clans Clermont releva le courage des troupes de la garnison & de ses concitoyens. Chacun vint avec empressement lui témoigner sa joie & sa reconnoissance, & tous le regardoient comme le libérateur de la patrie. Ce général , après avoir ranimé le courage des assiégés, leva de nouvelles troupes qu'il fut obligé d'entretenir à ses dépens, ne pouvant recevoir que de foibles secours des finances de l'Empire. Enfin il se servit si à propos & avec tant de conduite de sa petite armée, qu'il obligea les Visigoths de lever le siège de Clermont & d'abandonner l'Auvergne. Il les harcela même dans leur retraite, leur livra divers combats & remporta sur eux plusieurs avantages, sans pouvoir pourtant ni les empêcher de ravager les lieux & les campagnes qui se trouvèrent sur leur passage, ni délivrer sa patrie de la crainte de leur voisinage 8c de leurs hostilités.
CIL — Trêve entre les Romains iS- les Visigoths, — Rupture de cette trêve.
Les Auvergnats, craignant que pendant la campagne suivante' le roi des Visigoths, qui souffroit impatiemment que l'Auvergne fût la seule province qui lui restoit à soumettre entre la Loire & le Rhône, ne fît de nouveaux eiforts pour les subjuguer, en firent de leur côté pendant l'hiver pour se mettre en état de défense. Ils pourvurent à la sûreté des places & à la garde ^ des passages; cependant, malgré toutes ces précautions, la terreur des armes d'Euric, dont ils étoient encore saisis, l'emportant sur l'espérance que pouvoient leur donner leurs préparatifs, plusieurs ^ d'entre eux abandonnèrent le pays & se retirèrent ailleurs. Pour comble de malheur, le feu de la division se ralluma parmi les citoyens de Clermont; mais l'évêque Sidoine, toujours zélé pour le salut de sa patrie, trouva moyen de concilier les esprits & de rétablir la paix dans cette ville par l'entremise de Constance, prêtre de Lyon, homme dont l'éloquence égaloit la sagesse, qu'il fit appeler durant l'hiver. Les esprits s'étant réunis, on travailla de concert à réparer les brèches que les Visigoths avoient faites pendant le siège précédent de cette ville, 8t on s'y mit en état d'en soutenir un nouveau. Sidoine se donna, d'un autre côté, toute sorte de mouvemens pour trouver du secours, 81 écrivit'* à Ecdice pour le prier de revenir incessamment de la cour du roi des Bourguignons où il étoit allé. 11 écrivit^ en même temps à Avitus, son parent, homme de considération dans l'Empire, pour l'engager à négocier la paix, ou du moins une trêve entre les Romains Se les Visigoths, sans quoi la désolation de l'Auvergne Éd. orisn. étoit inévitable. C'est dans cette lettre que Sidoine, parlant de ces derniers
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peuples, dit que peu contens de leurs anciennes demeures, c'est-à-dire de cette partie des Gaules que l'empereur Honoré leur avoit cédée Si ne pouvant se contenir dans les bornes de leur Septimanie, ils les tranchissoient souvent
■ Sidoine Apollinaire, 1.3, ep'in. 2 ; 1. 4, epist. 6 ; 'Sidoine Apollinaire, 1. 6,epist. 10; l.-j,epist. 1 1.