XI. — Ragnahilde, femme d'Euric
F.uric, avant que de monter sur le trône, avoit épousé la princesse Ragnahilde, fille d'un roi dont nous ignorons le nom. Nous devons la connoissance de cette reine à une épître de Sidoine ^ Apollinaire qui, à la prière d'un certain Évode, fit des vers que ce dernier fit graver sur une coupe d'argent dont il avoit dessein de faire présent à cette princesse. Quelques auteurs ont prétendu prouver par ces vers que Ragnahilde n'étoit pas femme d'Euric, mais plutôt de Théodoric II, son frère; il nous paroît cependant qu'on en doit tirer une induction toute contraire 6. Ces mêmes auteurs ajoutent qu'il est vraisemblable que c'est cette reine qui fit construire à Toulouse l'ancienne église de la Daurade, qu'elle y fut enterrée. Se qu'elle est la même que celle que le peuple de cette ville a appelée la reine Pédauque, toutes conjectures qui ne paroissent appuyées sur aucun fondement solide ''.
' Voyez tome II, Notes LIX & LXII. ' L'opinion de dom Vaissete relativement à la
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 2, c. 25. reine Ragnahilde est parfaitement fondée; & la
' Ennode, Fita Epiphanii, p. |665. date de la lettre, ainsi que son ton général, ne ^ Sidoine Apollinaire, 1. 4, éprit. 24; 1. 2, cpùî. 1 . permettent pas d'y voir la femme de Théodoric,
— Tillemont, art. 29 sur 5. Sidoine. auprès duquel Sidoine était en grande faveur.
' Sidoine Apollinaire, 1. 4, epist. 8; voir les Quant à la reine Pédauque, nous n'avons point ù
notes de Sirmond sur le même sujet. relever cette légende qui ne mérite pas le moindre
' Voyez tome II, Note LIX, n'" 4 & 5. examen. [A. M.J
An 484
XII. — Alaric, roi des Visigoths. — Ses premiers dijjerends avec Clovis.
Marie II, fils d'Euric Se de Ragnahilde, succéda, quoique fort jeune, à son père & fut reconnu roi des Visigoths à Toulouse', ville capitale de ses États. Le commencement de son règne fut d'abord assez paisible. Les progrès que les Francs firent bientôt après dans les Gaules lui firent comprendre ce qu'il avoit à craindre un jour de ces peuples.
La nation françoise, également puissante &c belliqueuse, étoit composée de différens peuples de la Germanie, d'où elle tiroit son ancienne origine, quoi qu'en disent quelques modernes^ qui, sans aucune preuve solide, la font descendre des Tectosages ou anciens Gaulois établis au delà du Rhin. Ces Germains, qui dès le troisième siècle étoient déjà connus sous le nom de Francs, s'étoient rendus célèbres depuis longtemps par leurs excursions dans les Gaules, leurs exploits militaires &c les marques de valeur qu'ils avoient données en différentes guerres qu'ils avoient soutenues, soit pour leur propre détense, soit en faveur de l'Empire qu'ils avoient souvent servi en qualité d'auxiliaires. Ces Francs ou François, à qui on dojTnoit, ainsi qu'à plusieurs autres peuples, le nom de barbares, profitant des désordres & de la décadence H' p'^'?3"" ''^ l'Empire d'Occident, s'emparèrent d'abord des provinces des Gaules situées le long du Rhin & qui, étant^ à leur voisinage, étoient à leur bienséance.
Clovis régnoit alors sur une grande partie de ces peuples. Ce prince, attentif aux occasions d'acquérir de la gloire Se d'étendre les limites de ses États, voyant les provinces d'Occident en proie à divers peuples & les conquêtes que les Visigoths & les Bourguignons faisoient tous les jours dans les Gaules, travailla de son coté à s'assurer des pays situés entre la Seine & le Rhin, dont une partie étoit encore sous l'obéissance des Romains &c sous l'autorité de Syagrius dont nous avons déjà parlé. Dans ce dessein, Clovis, après s'être assuré du secours de plusieurs princes de sa nation & avoir assemblé une puissante armée, déclara la guerre à ce général romain Se, l'ayant défié au combat, lui livra bataille proche de Soissons, où il le défit entièrement"*.
Syagrius, se voyant sans ressource, après sa défaite, prit le parti de chercher un asile à la cour du roi Alaric, où il se retira, tandis que Clovis, profitant de sa victoire, porta ses armes dans le reste de la Belgique. Ce général romain comptoit sans doute sur le secours & la protection des Visigoths qui avoient intérêt d'arrêter les progrès d'un prince aussi entreprenant Se aussi belliqueux
' Isidore, Chron'icon, p. 720. présentent tous les faits concernant Clovis sous un ' Dissertation sur l'origine des François. point de vue exclusif, qui ne permet pas d'accepter ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 2, c. 27. — Frédé- sans examen toutes leurs affirmations. Du reste, gaire, c. i5. la source la plus autorisée sur cette partie de ^ Sur tous ces événements, nous n'avons que le l'histoire des Visigoths est encore la précieuse colrécit de Grégoire de Tours, qui lui-même a em- lection des lettres de Cassiodore, qui comprend prunté ses renseignements à des Vies de saints. Nous nombre de lettres de Théodoric relatives aux affaires possédons quelques-unes de ces vies; mais elles des Gaules. [A. M.J
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. V. 5i i
que le roi des François. Il fut trompé cependant dans son attente Si, non-seulement il ne reçut aucun secours de leur part, mais ils le livrèrent même entre les mains de ses ennemis. En effet, Clovis ayant envoyé aussitôt des ambassadeurs à Alaric pour le sommer de lui remettre ce général, avec menace, en cas de refus, de lui déclarer la guerre Se de la porter jusque dans le cœur de ses Etats, ce roi n'osa se compromettre avec un prince que ses exploits rendoient déjà extrêmement redoutable 8c livra Syagrius aux envoyés françois. Ceux-ci avant amené ce général à Clovis, ce prince le fit mourir & étendit ensuite ses conquêtes jusques à la Loire Si, par conséquent, jusques aux frontières du royaume des Visigoths.