XIII. — Ligue d' Alaric avec Théodoric, roi des Ostrogoths
Alaric ne put voir d'un œil tranquille la rapidité des victoires de Clovis. Il fut alarmé surtout de le voir si près de ses Etats, ce qui lé fit songer à se précautionner contre un voisin si dangereux Si à se liguer avec des princes qui fussent en état de le secourir en cas qu'il fût attaqué par les François. Il s'unit surtout avec Théodoric, roi des Ostrogoths, prince alors très-recommandable par ses vertus militaires. Théodoric avoit' rendu d'abord des services très-importans à l'empereur Zenon, qui lui devoit son rétablissement sur le trône que Basilisque avoit usurpé & qui, par reconnoissance, l'ayant appelé à sa cour, l'avoit honoré du titre de patrice, de la charge de maître de la milice prétorienne, Se enfin de la dignité de consul ordinaire. Théodoric, préférant au repos dont il jouissoit au milieu de ces honneurs, la gloire des exploits qu'il méditoit, demanda avec instance à Zenon la permission de porter la guerre en Italie pour en chasser le roi Odoacre, avec promesse de lui en céder la conquête 8c de se contenter de la gouverner sous ses ordres. Zenon, soit par foiblesse, soit par reconnoissance, n'osa lui refuser sa demande; il se contenta de lui recommander le sénat 8c le peuple romain. Théodoric se mit aussitôt en marche avec toutes les troupes de sa nation Se, après avoir traversé sans obstacle les Alpes Juliennes, il alla camper avec son armée auprès de la rivière d'Isonzo {Sontium) qui descend des montagnes de la Carniole Se va se jeter dans la mer près d'Aquilée. Odoacre se présenta devant cette rivière pour lui en disputer le passage 5 mais, ne pouvant soutenir le choc des Ostrogoths, il fut obligé de prendre la fuite. Il fut vaincu une seconde fois par ces peuples dans un nouveau combat qui se donna auprès de Vérone, à la fin du mois de septembre de l'an 48g 8c qui fut très-vif de part Se d'autre. Odoacre, obligé de prendre la fuite une seconde fois, se retira à Ravenne après avoir été abandonné par Tufa, maître de sa milice Se par une partie de ses troupes qui passèrent dans le camp de Théodoric. Celui-ci, alors maître de la campagne, s'empara de la Lombardie qui portoit dans ce temps-là le nom de
' Procope, Je Bello Gothico, 1. i. — Jornandès, Valesianus in cjit. Ammiani Marcellini, p. 663 </e Reius Geticis , c. 52, 55 & 5/. — Anonymus & seq. — Ennode, Vita S. Epiphanii.
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Ligurie, & ordonna à Tufa d'aller assiéger dans Pvavenne le roi Odoacre dont il venoit d'abandonner le parti ; mais soit que ce général se défiât de Théodoric, ou qu'il craignît de tomber entre les mains d'Odoacre, il se déclara de nouveau pour ce dernier à qui il livra les principaux des Ostrogoths qui f^p^f!)"'. étoient sous ses ordres. L'infidélité de ce général fit changer la face des affaires de Théodoric & releva le courage du roi des Hérules qui, s'étant remis en ^„ campagne, recouvra Crémone & Milan ; en sorte que Théodoric fut obligé à
son tour de se tenir renfermé dans Pavie dont il s'étoit emparé, sans oser ni sortir de cette place, ni tenter aucune entreprise.
Dans cette extrémité, Théodoric' s'adressa aux Visigoths des Gaules, ses anciens compatriotes, 8c les pressa de venir à son secours. Le roi Alaric, charmé de l'occasion de secourir un prince si puissant & si capable de le soutenir à son tour contre les entreprises de Clovis, se ligua volontiers avec lui & fit marcher incessamment un corps d'armée en Italie pour se joindre aux Ostrogoths & les aider contre Odoacre. Théodoric, soutenu de ce renfort, sortit aussitôt de Pavie, se mit en campagne & alla chercher ce roi qu'il rencontra sur la rivière d'Adda. Les deux armées ne furent pas plutôt en présence qu'elles en vinrent aux mains. L'action se passa le onzième d'août de l'an 490. La victoire fut longtemps disputée de part & d'autre, & la perte fut trèsconsidérable des deux côtés. Mais enfin les Goths devenus supérieurs aux Hérules, Odoacre, après avoir perdu le général Piérius, comte des domestiques, fut obligé d'abandonner le champ de bataille Si de se renfermer dans Ravenne.
V Théodoric le poursuivit jusque dans cette place qu'il assiégea; mais comme
sa seule situation la rendoit imprenable, il convertit dans la suite le siège en blocus, résolu de la réduire par famine. Odoacre , voyant qu'il ne pouvoit éviter de tomber tôt ou tard entre les mains de ce prince, tenta, au mois de juillet de l'an 491, une sortie des plus vigoureuses; mais le succès ne répondit ni à sa valeur, ni à celle de ses troupes. Enfin, se trouvant réduit à la dernière extrémité par la disette des vivres, après un siège ou un blocus de trois ans, il capitula, au mois de février de l'an 498, &. donna Théla son fils en otage. Théodoric promit la vie à l'un & à l'autre; mais à peine fut-il maître de la place, qu'oubliant sa promesse, il tua le père de sa propre main, sous prétexte qu'il avoit voulu attenter à sa vie, & fit mourir Théla avec les principaux de la nation des Turcilinges 8c des Hérules, peuples également soumis à ces princes.
Après la conquête de l'Italie, Théodoric, qui jusqu'alors s'étoit contenté du titre de patrice, prit celui de roi que les Ostrogoths, ses sujets, lui confirmèrent. Ce prince partagea à ces peuples les terres d'Italie que les Hérules occupoient auparavant 8c qui faisoient le tiers des biens-fonds du pays, 8c laissa les deux autres parties aux anciens habitans qui en étoient demeurés paisibles possesseurs : en cela bien plus équitable que les Visigoths qui n'abandonnè-
' Anoiiymus V'alesinnus, ut supra.
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rent aux Romains, ou anciens peuples des provinces des Gaules dont ils se rendirent maîtres, que le tiers des .terres & prirent le reste pour eux.
Théodoric, maître de l'Italie & d'une partie de l'Illyrie qu'il avoit conquise auparavant, s'appropria ses conquêtes, sans se mettre en peine de les remettre à l'empereur Anastase, successeur de Zenon, à qui il s'étoit engagé de les rendre. Pour se maintenir dans la possession de ses États, il s'allia avec des princes assez puissans pour la lui assurer. Il épousa Audeflède, fille, ou plutôt sœur de Clovis j de deux filles naturelles qu'il avoit eues dans la Mœsie , il donna la première en mariage à Alaric, roi des Visigoths, & la seconde à Sigismond, fils de Gondebaud, roi des Bourguignons. Celle-ci se nommoit Ostrogothej les auteurs varient un peu sur le nom de l'autre, que les uns ' appellent Théodigothe, Theudicode, 5c Theudicheuse, & d'autres Arevagni ^.