‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 358 sur 553 · XIV. — Voyage d'Alarïc à Narbonne · texte numérisé non relu

XIV. — Voyage d'Alarïc à Narbonne

Alaric, soutenu par l'alliance & la protection du roi Théodoric, qui lui étoit d'ailleurs entièrement dévoué autant par inclination que par reconnoissance des secours qu'il en avoit reçus. Si par là n'ayant rien à craindre^ de la part des François, donna toute son application au gouvernement de ses États. Beaucoup plus modéré & moins zélé que le roi son père pour sa secte, il laissa aux églises catholiques de ses États la liberté de choisir leurs évêques. Par cette conduite à laquelle Léon, son ministre, qui l'avoit déjà été d'Euric, eut sans doute beaucoup de part, on vit la paix 8c la justice régner dans ses États.

Ce prince, que Léon accompagnoit dans tous ses voyages, n'avoit pas tellement fixé son séjour à Toulouse qu'il n'en sortît quelquefois pour aller visiter les autres villes de ses États. Il avoit"* entre autres un palais à Narbonne qu'on croit avoir été l'ancien capitole de cette ville, appelé dans les siècles postérieurs Capdueil, 8c dont la situation étoit des plus belles. La vue de ce palais Ed. origia s'étendoit au nord-ouest de Narbonne, le long de la rivière d'Aude, sur un très-beau pays qu'on nomme la plaine de Livière, laquelle consiste principalement en prairies. Alaric, souffrant impatiemment de voir qu'une si belle vue fût coupée par la trop grande élévation d'une église voisine, dédiée sous l'invocation de saint Félix, martyr de Girone, Se dans laquelle reposoient les reliques de ce saint, consulta Léon sur les moyens d'y remédier. L'avis de ce ministre fut d'en faire abattre une partie, ce qui fut aussitôt exécuté; mais si nous en croyons Grégoire de Tours, Dieu punit la trop grande complaisance de Léon, en permettant qu'il devînt aveugle sur-le-champ 5.

' Jornandès, de Rehus Geticis, c. 58. — Procope, — Catel, Mémoires Je l'histoire du Languedoc, p. yy

u( supra. & suiv.

° Anonyraus Valesianus, ut supra. ' Dom Vaissete a commis ici une légère erreur

' Procope, ut supra, d'interprétation ; il ne s'agit point dans le passage

* Grégoire de Tours, de Gloria martyrum , 1. i, en question d'une construction en pierre, mais

c. 92 j voir les notes de dom Ruinart sur ce sujet. d'un campanile en bois surmontant le transept de

An ^93 ^'*4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V.

XV. — Apollinaire rentre dans les bonnes grâces d'Alaric. — Punition

de Burdimélus,

Nous ignorons si ce ministre survécut longtemps à son malheur & s'il continua d'aider Alaric de ses conseils. On a seulement lieu de croire que c'est à son ancienne amitié pour Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, alors décédé depuis quelque temps, que Sidoine Apollinaire, fils de ce prélat, fut redevable des bonnes grâces que le roi Alaric lui rendit. Ce sénateur', devenu sujet des Visigoths après que ces peuples eurent fait la conquête de l'Auvergne, avoit lié une amitié très-étroite avec le duc Victorius dont nous avons parlé ailleurs, & qui étoit comte ou gouverneur particulier de ce pays. Ce duc, ayant soulevé contre lui tous les habitans de Clermont par ses vexations & ses débauches, avoit été obligé, pour éviter la mort, de prendre la fuite & de se retirer à Rome, où Apollinaire l'avoit suivi. Il y fut tué dans la suite & assommé à coups de pierres, à cause qu'il continuoit de vivre d'une manière extrêmement débordée. Apollinaire fut arrêté en même temps Se envoyé prisonnier à Milan, d'où, après s'être évadé, il revint en Auvergne, A son retour dans sa patrie, il trouva que sa fuite, & peut-être aussi d'autres raisons, avoient fort prévenu Alaric contre lui, & que ses ennemis, profitant de son absence, l'avoient fort décrié ^ dans l'esprit de ce prince 5 mais s'étant justifié auprès de lui, il rentra dans ses bonnes grâces & lui donna dans la suite des marques de sa reconnoissance & de son attachement à ses intérêts.

Autant Alaric étoit doux & indulgent envers ceux qui avoient recours à sa justice s'ils étoient innocens, ou à sa clémence s'ils étoient coupables, autant il étoit inexorable à l'égard de certains criminels à qui il croyoit ne pouvoir faire grâce. Il donna une preuve de cette sévérité^ à l'occasion d'une révolte qui s'éleva en Espagne & dont un certain Burdimélus étoit le chef. Ce rebelle, se voyant à la tête d'un puissant parti, se fit reconnoître roi dans le pays. Sur l'avis de ces troubles, Alaric se mit incontinent en état de les arrêter & donna de si bons ordres qu'après divers combats, ce rebelle ayant été pris & envoyé à Toulouse, il fut renfermé Si brûlé tout vif dans un taureau d'airain autour duquel on avoit allumé un grand bûcher. C'est par ces exemples de justice Se de sévérité qu'Alaric tâchoit de se maintenir dans son autoriré.

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