XXXI. — Concile d'Agie
Une des principales marques de ménagement que le roi Alaric donna aux catholiques de ses États dans les Gaules fut la liberté qu'il accorda à leurs évêques de s'assembler & de tenir des conciles; tel fut^ celui d'Agde qui est un des plus célèbres. Ces prélats se rendirent dans cette ville 8t s'assemblèrent, avec la permission de ce prince, dans l'église de Saint-André, au commencement de septembre de l'année 5o6, & la vingt-deuxième de son règne. Tous Éd. origin. les évênues nui assistèrent à ce concile ou en personne, au nombre de vingtquatre ou vingt-cinq, ou par leurs députes, au nombre de dix, etoient sujets de ce prince, d'où on peut aisément juger de l'étendue de sa domination dans les Gaules. Elle comprenoit, outre la Touraine, les trois provinces d'Aquitaine, la première Narbonnoise en entier 8t la partie de la Provence qui est entre la Durance, les Alpes, le Rhône 8<. la mer, sans compter la ville d'Avignon, St peut-être quelques autres villes à la gauche du Rhône, que Théodoric, roi .d'Italie, avoit vraisemblablement cédées aux Visigoths après les avoir conquises sur les Bourguignons'*.
' Common'itorium Alarici,ut supra. ' Conciles, t. 4, c. i33i &. suiv.
' Les travaux de Justinien ne furent employés ' Le fait de la tenue de ce concile prouve quelle
habituellement dans la Gaule que vers la fin autorité il faut attribuer aux récits des écrivains
du douzième siècle; mais il ne faut pas croire orthodoxes qui, pour légitimer la conquête du
qu'ils y fussent absolument inconnus auparavant; Midi de la Gaule par les Franks, ont supposé des
dès le neuvième siècle on les voit employer en persécutions dont les traces sont très-faibles ; elles
qualité de droit supplétoire, pour combler les n'apparaissent , d'ailleurs , que dans les écrits d'é-
lacunes des autres législations alors en usage. crivains suspects de partialité, tels que les auteurs
lA. M.] de vies de s.iints 8c Sidoine Apollinaire; ce der-
Saint Césaire d'Arles présida à ce concile, en qualité sans doute de vicaire du pape dans les Gaules j les métropolitains de Bordeaux, d'Eause & de Bourges y assistèrent en personne, & ceux de Narbonne & de Tours par procureur. Tous les évêques de. la Narbonnoise première y souscrivirent aussi avec le prêtre Anilius, que Caprarius, métropolitain de Narbonne, y envoya à sa place. Ces évêques étoient : Héraclien de Toulouse, Sophrone d'Agde, Sédat de Nimes, Materne de Lodève & Probatien d'Uzès. On n'y voit pas la souscription de l'évêque de Béziers, dont le siège étoit peut-être vacant, à moins qu'il ne soit désigné sous le nom de Pierre, évêque de Palatlo, qui souscrivit à ce concile & dont le nom du siège nous est inconnu. II est fait mention, en etYet, dans plusieurs chartes du onzième siècle, du lieu de Palatio, au voisinage de Béziers. D'autres prétendent' cependant que Pierre, évêque de Palatio, qui souscrivit à ce concile, étoit évêque de Limoges^. On ne trouve pas non plus, parmi les souscriptions de ce concile, celles des évêques de Carcassonne, de Maguelonne &. d'EIne, parce que ces villes n'étoient pas encore alors épiscopales, ainsi que nous l'avons^ prouvé ailleurs. Parmi les évêques de l'Aquitaine première qui assistèrent à ce concile, on voit la souscription de Sabin d'Albi, & celle d'Optimus, diacre, envoyé par Léontius de Gévaudan {Gabalum civitatîs).
Tous les évêques s'étant rendus dans l'église de Saint-André de la ville d'Agde avec la permission du roi Alaric, leur très-glorieux 6* très-magnifique seigneur, ils se mirent à genoux 8c, en reconnoissance de la liberté que ce prince leur avoit donnée de s'assembler, ils commencèrent par faire des prières pour la conservation de sa santé Si de sa personne, pour la prospérité de son royaume 8t la tranquillité de son peuple. Se pour lui obtenir de Dieu un règne également long 8t heureux. Les prières finies, les évêques prirent leur place St délibérèrent sur la discipline ecclésiastique, sur l'ordination des clercs 8<. des évêques S<. sur plusieurs autres matières qui firent le sujet de quarante-huit canons, parmi lesquels on voit entre autres l'origine des bénéfices ecclésiastiques. On régla'* la manière d'administrer le baptême aux juifs qui se convertissoient à la foi, & on défendit aux chrétiens d'assister à leurs festins; ce qui prouve que les premiers étoient déjà alors établis dans nos provinces. Il paroît, en eftet, qu'il y en avoit à Narbonne du temps de saint Sidoine-^ Apollinaire, environ trente ans auparavant; ce sont là les plus anciens monumens que nous connoissons de l'établissement des juifs en Languedoc. On a joint depuis aux quarante-huit canons du concile d'Agde vingtcinq autres, qu'on croit tirés des conciles qu'on tint dans la suite.
nier étant ennemi personnel d'Eiiric, on ne peut inadmissible; ce mot est sans doute le résultat
ajouter une foi absolue à ses accusations contre ce d'une mauvaise lecture. [A. M.]
prince. [A. M.] ' Voyez tome II, ?/orcj XXVI & LVII.
' A. de Valois, Notitia Gaîl'iarum. '' Concilnim Agathcnse, can. 22 & 36.
' Cette explication du mot Palatio^ consistant à '' Sidoine Apollinaire, 1. 3, cplst. .^; I. 4, cpist. 5 ;
l'identifier avec le lieu de Palais, près Béziers, est voir les notes de Sirmond sur ce sujet.
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~~r~r~ 532 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV, V.
An Ooo
XXXII. — Convocation d'un concile à Toulouse. — Troubles d'Espagne.
Les pères de ce concile, après avoir ordonné par leur dernier' canon que, conformément à l'ancienne discipline, on asserhbleroit tous les ans un concile, en indiquèrent un à Toulouse pour l'année suivante; les évêques d'Espagne, sujets d'Alaric, dévoient y être appelés ; mais les troubles qui suivirent de près l'indiction de ce nouveau concile en empêchèrent sans doute la tenue.
L'attachement des sujets d'Alaric à la religion catholique & le désir qu'ils avoient de se voir sous la domination du roi Clovis, qu'ils regardoient comme l'appui de la foi & le protecteur de l'Église, furent la principale cause des troubles & des révolutions qui arrivèrent dans le royaume des Visigoths, après le concile d'Agde, & qui empêchèrent sans doute la tenue de celui de Toulouse. Quelque liberté, en effet, qu'Alaric laissât à ses sujets pour l'exercice de leur religion & le choix de leurs pasteurs, ils ne pouvoient cependant^ dissimuler l'envie qu'ils avoient de passer sous la domination des François, ce qui donnoit à ce prince des défiances continuelles de leur fidélité. Les soup- Éd. origin. çons d'Alaric tombèrent en particulier sur Vérus, évêque de Tours & successeur de Volusien, qu'il envoya en exil sous prétexte qu'il avoit voulu livrer sa ville épiscopale aux François. La conduite sévère de ce prince à l'égard de ce prélat ne servit qu'à rendre sa domination plus odieuse, à augmenter l'affection des peuples pour le roi Clovis Se à exciter de temps en temps des soulèvemens dans ses États. Il s'en éleva un entre autres en Espagne ^ par la faction d'un tyran qui tenta d'attirer les peuples dans sa révolte; mais ce rebelle, ayant eu le malheur d'être pris à Tortose dont il s'étoit emparé, fut condamné à perdre la tête qu'on porta à Saragosse.