XXXIII. — Guerre entre Clovis 6- Alaric
D'un autre côté, Clovis qui méditoit depuis longtemps la conquête des provinces que les Visigoths possédoient dans les Gaules, & qui ne cherchoit qu'un prétexte de faire la guerre à ces peuples, se détermina enfin'' à cette grande entreprise. Comme ses victoires passées & surtout celles qu'il avoit remportées en dernier lieu sur les Bourguignons le rendoient de jour en jour & plus puissant & plus formidable, il se mit peu en peine d'offenser par cette démarche Théodoric, roi d'Italie, allié & protecteur des Visigoths &. de leur roi Alaric. Il comptoit d'ailleurs beaucoup sur le secours & l'affection des anciens habitans des provinces soumises à ce prince, lesquels, étant catholiques, supportoient impatiemment sa domination & ne souhaitoient rien tant que de vivre sous celle des François. Clovis étoit enfin irrité en particulier contre Alaric du parti que ce prince avoit paru prendre en faveur du roi
' Conciles, t. 4, c. i3p9 & siiiv. ■• Procope, lic Bcllo Gothico, 1. i , p. lyfi. — Gré-
' Grégoire de Tours, Hist, 1. 2, c. 36. goire de Tours, Hist. 1. 2, c. 36. — Frédégaire,
^ Victor de Tune, Chronicon. appendix. Epaome, c. 25. — Isidore, Chronicon, p. 720.
Gondebaud & des Bourguignons, durant la guerre qu'il avoit faite à ces peuples, & principalement de ce qu'il avoit reçu dans ses Etats les cinq mille prisonniers trançois que le même Gondebaud lui avoit envoyés pour y être rélégués, & dont nous avons parlé ailleurs. Ainsi ce roi des François ne manquoit point de prétextes de déclarer la guerre à Alaric & d'exécuter les projets qu'il avoit formés contre lui.
Celui-ci , informé des dispositions de ce prince à son égard & des desseins qu'il méditoit, se prépara secrètement Se se mit en état de lui résister & de prévenir même ses entreprises. Il souhaitoit, de son côté, trouver l'occasion d'arrêter le progrès des armes des François Se de se venger de la hauteur avec laquelle Clovis l'avoit traité, non-seulement dans l'affaire de Syagrius, mais aussi dans les démêlés qu'ils avoient eus ensemble. Ainsi ces deux princes, que la jalousie divisoit depuis longtemps, furent également bien aises de pouvoir terminer leurs différends par le sort des armes 8c cherchèrent de part & d'autre à se fortifier du secours de leurs alliés. Alaric, qui comptoit principalement sur celui des Ostrogoths 8c de leur roi Théodoric, allié 8c protecteur de sa nation, eut soin entre autres de renouveler ses anciens traités 8c son alliance avec ce prince; 8c, pour se mettre en état de soudoyer ses troupes, il fit fabriquer de nouvelle monnoie dont le trop grand alliage tut, selon la pensée' d'un saint évêque, comme le présage de sa prochaine défaite.
Clovis observoit avec soin toutes les démarches d'Alaric, lorsqu'étant averti par Paterne^, son ambassadeur ou plutôt son espion auprès de ce prince, des préparatifs qu'il faisoit, &c surtout de sa nouvelle ligue avec Théodoric, il résolut de ne plus garder aucun ménagement avec lui, de lui déclarer ouvertement la guerre Se de prévenir les secours qu'il attendoit d'Italie de la part des Ostrogoths. Pour assurer le succès de son entreprise, il se ligua avec quelques autres princes de sa nation 8c mit tout en œuvre ^ pour attirer dans son parti Gondebaud, roi des Bourguignons, dont la déclaration en faveur des Visigoths pourroit faire pencher la balance de leur côté. Clovis fit tant auprès de ce prince, qu'il le gagna enfin 8c conclut un traité de ligue avec lui, moyennant sans doute la restitution des places qu'il avoit conquises durant la guerre qu'il lui avoit faite, ou sous d'autres conditions que nous ignorons. Clovis, voulant ensuite mettre dans ses intérêts les peuples catholiques des Gaules, qu'il savoit fort attachés à la foi orthodoxe, chercha un prétexte^ plausible à la guerre qu'il alloit entreprendre, Se cachant son ambition, qui en étoit peut-être le principal motif, sous un voile de piété 8c de zèle pour la conservation de la foi, il représenta aux François qu'il étoit honteux pour eux 8c pour la religion catholique qu'ils venoient d'embrasser, de souffrir que dans une partie des Gaules elle fût à la merci d'un roi hérétique tel qu'Alaric^, qu'il falloit prendre les armes, lui déclarer la guerre Se envahir ^^■°"^'"j^
' Avitus Viennensls, epist. 78. ' Grégoire de Tours, flist. 1. 2, c. .'$7. — A. de
* Frédégaire, Epilome, c. 2.'). Valois, Rerum Francicarum 1. 6, p. 292.
' Isidore, Chronicon, p. 720. ' Grégoire de Tours, ut supra.
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ses Etats. Ce prince, après avoir engagé ses sujets à le suivre dans cette expédition, assembla ses troupes & se disposa à marcher contre Alaric; mais pour s'attirer auparavant le secours' du ciel, il fit vœu, par le conseil de sainte Clo-tilde, sa femme, de bâtir une église sous l'invocation des apôtres saint Pierre & saint Paul, s'il revenoit victorieux de cette guerre.
XXXIV. — Entrée de Clov'is dans les États d'Alar'ic pour le combattre.
Clovis, après avoir été joint ^ par plusieurs troupes auxiliaires que Sigebert, l'oi d'une partie des François, lui envoya sous le commandement de Chlodoric, son propre fils, se mit en marche pour combattre Alaric qui, de son côté, s'étoit déjà avancé avec son armée jusque vers le Poitou pour observer les mouvemens des François. Clovis, de son côté, ayant passé la Loire, s'empara sans obstacle de la Touraine que les Visigoths avoient abandonnée pour se renfermer dans leur camp sous les murs de Poitiers, en attendant^ le secours des Ostrogoths que Théodoric leur avoit promis.
Clovis n'eut pas plutôt pénétré dans la Touraine- que, par respecf* pour saint Martin, patron du pays, il ordonna à ses soldats, sous des peines trèsrigoureuses, d'épargner les églises, les ecclésiastiques, les vierges, les veuves & les serfs de ces mêmes églises, & leur permit seulement de prendre sans payer de l'eau & de l'herbe : la punition d'un soldat qui contrevint à cet ordre servit d'exemple à tous les autres^. Ce prince envoya ensuite quelquesuns de ses gens au tombeau de saint Martin avec des présens, dans le dessein d'y trouver, suivant l'usage du temps, quelque présage du succès de la bataille qu'il étoit résolu de livrer à Alaric. Ses envoyés en tirèrent un fort heureux des versets du psaume qu'on chantoit à leur entrée dans l'église de ce saint. Clovis en témoigna beaucoup de joie &, presque assuré de la victoire, il s'avança du côté de la rivière de Vienne ; mais, ne pouvant la traverser à gué à cause des pluies qui l'avoient extrêmement grossie, il se vit obligé de passer la nuit sur le rivage, ce qui l'inquiéta beaucoup jusques au lendemain matin que, voyant une biche d'une grandeur extraordinaire traverser à gué cette rivière, il ranima son courage & la passa avec son armée dans le même endroit que cet animal lui avoit comme indiqué. Après son passage, s'étant avancé du côté de Poitiers, ce prince se confirma dans l'espérance qu'il avoit de vaincre ses ennemis par une lumière extraordinaire qu'il aperçut sur le clocher de l'église de Saint-Hilaire, évêque de cette ville, qui , dans le quatrième siècle, avoit signalé son zèle pour la défense de la divinité du Verbe dont Clovis faisoit, du moins en apparence, le sujet de la guerre qu'il avoit entreprise contre les Visigoths ariens.
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. i. — Vlta ' Procope, Ae Btllo Gotkico, 1. 1 , p. 176.
S. CZoliWis, Mabillon, Actx sanctorum, t. i,p. 100 * Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 1 . — Epist.
& seq. — Gesia. Regum Francorum, c. 17. Clodovei, t. 1, dans Duchesne, p. 836.
" Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 1. ' Grégoire de Tours, Hist. \. 3, c. 1.
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