XXXV. — Alaric forcé par ses soldats de hasarder le combat
Alaric, comme on a déjà dit, étoit campé sous les murs de Poitiers avec son armée composée de soldats de sa nation St de Gaulois auxiliaires, ses sujets. Parmi ces derniers il y avoit un grand corps de troupes d'Auvergne commandées par Sidoine Apollinaire, fils du saint évêque de Clermont de même nom. Ce roi étoit résolu de se tenir' renfermé dans ses retranchemens & de ne point hasarder la bataille jusques à l'arrivée du secours que Théodoric lui faisoit espérer, persuadé que Clovis n'oseroit attaquer aucune place forte &c qu'il seroit enfin obligé de se retirer Se de repasser la Loire; mais ses propres soldats, impatients d'en venir aux mains 8c voyant avec chagrin les ravages que les François faisoient de tous côtés sous leurs yeux, le pressèrent vivement de les mener au combat. Ils lui représentèrent l'éloignement du secours de Théodoric & la lenteur de ce prince à l'envoyer; qu'étant assez forts pour battre les François, ce seroit une lâcheté de les craindre 8c de ne pas sortir des retranchemens pour les attaquer. Alaric, se voyant comme forcé par les instances réitérées de ses troupes, sortit enfin de son camp 81 résolut de hasarder le combat. Il s'éloigna de Poitiers 81 alla se poster au village de Vouglé^, sur la petite rivière de Clain, k dix milles, c'est-à-dire à trois lieues de cette dernière ville.
D'un autre côté, les troupes de Clovis, qui étoit maître de la campagne, ravageoient^ impunément tout le Poitou, malgré les nouvelles défenses de ce prince de faire tort à personne Se de piller les terres dépendantes de Saint- Hilaire. Lorsqu'il fut arrivé aux environs de l'abbaye, qui a pris dans la suite le nom de Saint-Maixent, les moines qui vivoient sous la discipline de ce saint abbé, voyant qu'un détachement de l'armée françoise approchoit de leur monastère, St craignant qu'ils ne le missent au pillage, forcèrent ce saint de lîJ. oiigm. quitter sa retraite, dont il n'étoit jamais sorti, 8c d'aller au devant de ces troupes pour les supplier de ne pas saccager leur abbaye 8c de vouloir les laisser en paix. Saint Maixent, s'étant mis en chemin, rencontra les François qui voulurent attenter sur sa vie; mais il fut miraculeusement délivré de leurs. mains. Clovis, informé de l'insolence de ses soldats, alla se jeter à ses pieds, lui en demanda pardon 8c, plein de respect Se de vénération pour sa personne, le combla de grâces Se de bienfaits.