XXXVI. — Bataille de Vouglé. — Mort d' Alaric
Clovis, averti des desseins d'Alaric, s'approcha du camp de Vouglé dans le dessein de le devancer 8c de lui présenter la bataille. On prétend que saint
Procope, ir Bello Goihico, 1. i, p. 176 & seq. sait pas encore si ce lieu est Vouglé- sur-Clain ou
— Voyez tome II, Note LXII. Voulon. [A. M.]
Grégoire de Tours, H'nt. 1. 3, c. 1 In campo * Vita S. Maxentii , Acta sanctorum, t. 1 , p 579,
Vogladense, dit Grégoire de Tours; mais on ne n. 8.
An 607
Hilaire" étoit apparu au premier la nuit précédente, pour l'avertir de marcher à l'ennemi le lendemain au matin, après qu'il auroit fait ses dévotions dans son ée;lise. Les deux armées^ étant enfin en présence en vinrent aux mains bientôt après. Le choc fut d'abord également vif des deux côtés 5 mais les François devenus supérieurs aux Visigoths, ceux-ci furent obligés de plier après une perte considérable. Alaric, qui ne cessoit de donner des exemples de courage 8c de fermeté, tâchoit de ranimer ses troupes Se de rallier les fuyards, lorsque, au rapport d'un-* historien dont l'autorité n'est pas cependant d'un grand poids, Clovis l'ayant atteint, ces deux princes en vinrent à un combat singulier qui suspendit l'action pour quelques momens ''j dans l'attente d'un événement qui sembloit devoir décider entièrement du sort des deux nations^. Quoi qu'il en soit de ce combat singulier, il est certain que Clovis, combattant contre Alaric dans la mêlée, le renversa de dessus son cheval St le tua de sa main. Au moment de cette chute qui causa des mouvemens bien différens dans les deux armées, deux cavaliers visigoths, qui étoient auprès de leur roi, vinrent fondre sur Clovis & lui portèrent deux coups de lance, à droite Se à gauche, avec tant de violence que ce prince auroit été renversé à son tour, si la bonté de ses armes 8c la vigueur de son cheval ne l'eussent soutenu contre une si rude secousse.
Après la mort d'Alaric, il fut aisé aux François d'achever de mettre les Visigoths en déroute, malgré la résistance de leurs troupes auxiliaires 8<. surtout de la noblesse d'Auvergne qui se signala dans cette action, sous la conduite & le commandement de Sidoine Apollinaire dont on a déjà parlé ^. Ce seigneur qui, quelques années après, fut élevé sur le siège épiscopal de la ville de Clermont, eut le bonheur de sortir sain Se sauf de ce combat; mais il eut en même temps le chagrin d'y voir périr la plus grande partie de ses compatriotes'. Cette fameuse bataille, qui avoit commencé dès la pointe du jour, finit à la troisième heure; c'est-à-dire à neuf heures du matin. La perte des Visigoths fut si considérable que, au rapport de Fortunat^, la plaine où se donna la bataille ressembloit à une colline, tant le nombre de leurs corps morts, entassés les uns sur les autres étoit prodigieux^.
Alaric mourut à la fleur de son âge, après un règne de vingt-trois ans, que la paix 8t la justice avoient rendu jusqu'alors très-heureux '°. Quelques historiens pour avoir voulu trop élever la gloire de Clovis n'ont pas assez ménagé la réputation de ce roi des Visigoths qui fut, à la vérité, moins heureux que celui des François, mais qui, à ce qu'il paroît, ne fut ni moins grand ni
' Fortunatus, de Vlrtutlhus H'ilari'i. ^ Voyez tome II, Note LXII.
' Grégoire de Tours & Procope, ut supra. — Vie- " Ibid.
torde Tune, Chronicon, appendix. — Isidore, Chro- ' Ibid.
nicon, -p. -jzo. — Aimoin, 1. i,c. 21. ' Fortunatus, u£ su/ira.
^ Roricon, 1. 4. — Voyez tome II, Note LXII. " Amplification de rhétorique à laquelle il ne
< Ce combat singulier, indiqué dans Roricon, faut attribuer qu'une faible importance, quoique
n'est que l'amplification du passage de Grégoire de Fortunat ait vécu sur le lieu même où se donna la
Tours, dans lequel il rapporte la mort d'Alaric. bataille. [A. M.]
[A. M.] '" Voyez tome II, Note LXII, n. 3.
' An bo-j
moins brave. Son plus grand malheur lut d'avoir été engagé dans les erreurs de l'arianisme; car, quoiqu'il fût infiniment plus modéré que le roi Euric, son père, l'attachement qu'il avoit pour sa secte lui attira la haine & l'aversion de ses sujets catholiques, l'engagea à maltraiter plusieurs saints évêques qu'il soupçonna, peut-être trop légèrement, d'infidélité, & entraîna enfin sa propre perte. Il paroît que sans cela les Visigoths auroient conservé les provinces des Gaules que Clovis leur enleva avec d'autant plus de facilité, que les anciens peuples du pays, qui souhaitoient depuis longtemps de l'avoir pour roi, se soumirent volontiers à sa domination.
XXXVII. — Suite de la bataille de Vouglè. — Soumission de l'Aquitaine
aux François.
Clovis, après cette fameuse journée, partagea son armée en deux corps, se mit à la tête de l'un 8c donna le commandement de l'autre à Thierri, son aîné, qu'il avoit eu d'une concubine avant sa conversion à la foi. Ce dernier, après avoir conquis le Querci, le Rouergue & l'Albigeois, porta ses armes dans l'Auvergne & soumit à l'Empire françois ' toute la partie de l'Aquitaine Éd.origin. qui étoit de ce côté-là jusques aux frontières des Bourguignons, c'est-à-dire jusque vers le Rhône & la Loire, Nous avons déjà dit que Clovis avoit eu soin de se liguer avec Gondebaud, leur roi, contre les Visigoths. Les Bourguignons le secoururent puissamment durant cette guerre, & ils avoient déjà fait en sa faveur, à ce qu'il paroît, une irruption dans le même pays^ d'Auvergne, où, après s'être emparés de la ville de Brioude, ils avoient pillé la célèbre église de Saint-Julien; mais Allire, étant venu du Vêlai avec un corps de troupes, les avoit mis en fuite 8c avoit repris sur eux le butin qu'ils avoient fait.
Tandis que Thierri étoit ^ occupé à ces expéditions, Clovis employa le reste de la campagne à soumettre l'autre partie de l'Aquitaine jusques à la Garonne 8i, pour ne pas s'arrêter dans sa marche, il laissa derrière lui la ville d'Angoulême, où les Visigoths avoient rais une forte garnison. Il alla ensuite à Bordeaux qui lui ouvrit ses portes Se, dans le dessein de continuer la conquête du royaume des Visigoths au printemps suivant, il passa l'hiver dans cette ville 8c y fit reposer ses troupes'*.
' Grégoire de Tours & Frédégaire, ut iu^ra. encore aujourd'hui. Du reste, toute l'histoire du
' Grégoire de Tours, de MiracuUs S. Juliani, c. 7 régne de Clovis, dans cet auteur, est faite sur des
& seq. documents de la même espèce & même, dans un
' Grégoire de Tours, Hiit. 1. 2, c. 37. — Isidore, grand nombre de cas , d'après des traditions po-
Chronicon , p. 720. — Procope, de Bello Gothico , pulaires, ou des espèces de chants composés en