‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 376 sur 553 · XLVIII. — Défaite de Gésalic 6" sa fuite en Afrique · texte numérisé non relu

XLVIII. — Défaite de Gésalic 6" sa fuite en Afrique

Ibbas, se voyant obligé de passer en Espagne avec son armée, laissa les François paisibles possesseurs du reste des provinces des Gaules qu'ils avoient conquises^ sur les Visigoths. La principale attention de ce général, à son arrivée au delà des Pyrénées, fut de faire reconnoître l'autorité du jeune Amalaric ou plutôt celle du roi Théodoric, son tuteur, & de travailler à détrôner Gésalic. La mauvaise conduite de ce prince contribua beaucoup à favoriser les desseins d'Ibbas. Il avoit déjà indisposé contre lui la plupart des seigneurs visigoths, surtout depuis qu'après un démêlé qu'il avoit eu avec le comte Goïaric, ci-devant chancelier du roi Alaric, qu'il soupçonnoit peut-être Éd. origin. de quelque intelligence avec Théodoric, il l'avoit tué de sa main, dans son palais de Barcelone, & avoit fait subir le même sort au comte Veillic. Gésalic, voulant se soutenir sur le trône, partit de Barcelone Se marcha contre Ibbas; mais ce général lui livra bataille, le défit entièrement & l'obligea de chercher son salut dans la fuite. Ce prince, abandonné de tous ses sujets, s'embarqua Se passa en Afrique, à la cour de Thrasamond, roi des Vandales, auprès duquel il chercha un asile, Se dont il sollicita la protection pour recouvrer ses États ^.

XLIX. — Siège d'Arles par les François 6- les Bourguignons contre

les Goths.

Ibbas soumit aisément toute l'Espagne après la défaite 81 la fuite de Gésalic. Il demeura dans ce pays pour y commander sous les ordres du roi Théodoric qui, pour remplir sa place, envoya"* dans les Gaules le général Mammon. Celui-ci, d'abord après son arrivée en deçà des Alpes, arrêta les entreprises des Bourguignons qui, pendant l'absence d'Ibbas, avoient fait des courses en Provence, Se porta même la guerre sur leurs terres & sur celles des François, leurs alliés.

' Jornandès, de Rehus Geticis, c. 58. ' Voyez tome II, Note LXIII.

' Procope, de Bello Gothico, p. 177. * Marius d'Avenche, Chronicon.

An ôio

Quelque temps après, ces deux peuples, voulant avoir leur revanche & effacer par quelque action d'éclat la honte de leur précédente ' défaite auprès d'Arles, firent de concert de nouveaux efforts pour se rendre maîtres de cette place. Dans cette vue, ils passèrent le Rhône au printemps de l'année 5io8c, après avoir fait le dégât dans tous les environs & dans une partie des États des Goths, ils assiégèrent^ cette ville dont ils poussèrent l'attaque avec beaucoup de vigueur^. Ils firent des brèches considérables à ses tours & à ses murailles; mais les habitans, soutenus de la garnison que Théodoric y avoit mise, ne se défendirent pas avec moins d'opiniâtreté 8c de bravoure.

L. — Saint Césaire accusé de trahison 6* mis en prison. — Sa délivrance.

Durant ce siège, saint Césaire, évêque d'Arles, qui s'étoit renfermé dans la place, eut non-seulement le chagrin "^ de voir détruire par les François le monastère de filles dont il avoit fait commencer la construction hors des murs pour sainte Césarie, sa sœur, mais encore celui de se voir accusé par un clerc de ses parens, d'entretenir des intelligences secrètes avec les ennemis. Cette accusation, quelque calomnieuse qu'elle fût, lui attira divers mauvais traitemens tant de la part des Goths ariens que des juifs de la ville qui, joints à ces hérétiques, le firent passer pour un traître. On le conduisit en prison sans autre forme de procès Si on résolut ensuite de le noyer la nuit suivante dans le Rhône, ou de l'envoyer dans un cachot au château à'Ugernum dont les Goths étoient maîtres. On avoit pris ce dernier parti lorsque, par bonheur pour ce saint évêque, ceux qui le conduisoient sur un bateau, craignant de tomber entre les mains des François qui occupoient les deux bords du fleuve, furent obligés de le ramener dans la ville où il fut enfermé dans le palais, à l'insu des catholiques qui ignoroient son sort. Enfin Dieu permit que les juifs, qui s'étoient joints à ses accusateurs, ayant été convaincus d'avoir voulu livrer eux-mêmes la ville aux François, fussent punis de leur trahison, 8t que le saint ayant été reconnu innocent fût délivré de prison.

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