‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 377 sur 553 · LI. — Levée du siège d'Arles. — Défaite des François · texte numérisé non relu

LI. — Levée du siège d'Arles. — Défaite des François

La ville d'Arles 5, dépourvue de munitions de bouche, se voyoit réduite à la dernière extrémité, après avoir soutenu un long siège, lorsque les assiégés ranimèrent leur courage à la vue d'un renfort considérable que Théodoric envoya en Provence, sous la conduite de ses généraux, parmi lesquels étoit le comte Marobaudus que ce prince avoit chargé du gouvernement de Marseille. Ils firent alors une sortie si vigoureuse sur les François que, les ayant

yita S. Caesarii Arelatensis, 1. i, n. lô & seq. ■* Fita S. Caesarii ArelatensU , 1. i, n. i5 8c seq.

' Cassiodore, 1. 3, epht. ^i, 40 & 44. ' Ihii. 1. 1, n"» 17 & 19; 1. 2, n. 6. — Cassio-

' Voyez tome II, Note LXIV. dore, epist. 34, 38 & 42.

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Ed. origin.

battus, ils les obligèrent enfin de lever le siège Si de prendre la fuite. Les Goths, profitant du désordre de ces peuples, les poursuivirent jusques au delà de la Durance, où ils surprirent la ville d'Orange, Si rentrèrent ensuite dans Arles suivis d'une foule de prisonniers qu'ils avoient faits dans cette course. Saint Césaire signala sa charité dans cette occasion par le soin qu'il prit de pourvoir au vêtement, à la nourriture Si au rachat de ces captifs, parmi lesquels il y avoit beaucoup de noblesse françoise. Il porta si loin ses soins Si son attention là-dessus, qu'après leur avoir distribué tout l'argent monnoyé de son église, il en fit vendre les vases sacrés 61 toute l'argenterie pour fournir à leurs besoins les plus pressans. Plein de confiance en la Providence, il leur distribua encore toutes ses provisions dont il ne réserva rien pour le jour suivant; mais la Providence, sur laquelle il avoit compté, ne lui manqua pas, car, dès le lendemain au matin, ce saint évêque vit arriver trois bateaux chargés de grains que Gondebaud, roi des Bourguignons, Si Sigismond, son fils, lui envoyoient, autant pour le dédommager de ses charités que pour l'aider à en faire de nouvelles.

LII. — Théodoric récompense la fidélité des provinces des Gaules soumises

à son obéissance.

Théodoric', sensible à la fidélité que les peuples d'Arles 8*. du reste de la Provence avoient fait paroître dans cette occasion, gratifia les premiers d'une somme considérable d'argent pour la réparation de leurs murailles, leur fit distribuer une grande quantité de vivres pour rétablir l'abondance dans leur ville 81 les exempta de tous tributs Si impôts pour l'année suivante 5ii, indiction quatrième. Il fit la même grâce 81 pour le même temps aux peuples des Gaules, ses sujets ou d'Amalaric, son petit-fils, que les courses des François avoient fort incommodés; Si, après les avoir déchargés de la fourniture des vivres pour la subsistance de son armée, à laquelle ils étoient assujettis, il envoya d'Italie des provisions pour ses troupes 81 fit distribuer à ses généraux une somme d'argent pour en acheter encore sur les lieux, en cas de besoin.

A l'attention de soulager ces peuples 81 de récompenser leur fidélité Théodoric ajouta celle de prévenir le désordre que commettoient les soldats qui étoient en garnison dans Avignon. Il ordonna à Wandil, gouverneur de cette ville, de leur faire observer la discipline militaire dans toute sa rigueur, Si lui écrivit que c'étoit pour défendre 81 non pour opprimer cette place qu'il y avoit envoyé des troupes. Il ordonna en même temps à Gémélus, vicaire du préfet des Gaules, de pourvoir à la sûreté de tous les châteaux situés le long de la Durance, qui séparoit ses États de ceux des Bourguignons, Si de les fournir des grains qu'il lui avoit envoyés d'Italie, voulant épargner cette dépense à la Province qui en auroit été accablée. C'est par ces marques d'at-

' CiiSsiodore, 1. 3, ep'ist, 32, 38, 40, 41 > 42 & 44.

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tention & de bonté que ce roi tâchoit de gagner les cœurs des peuples & de leur faire goûter son gouvernement, de crainte qu'ils ne se déclarassent pour Gésalic, qui étoit alors dans les Gaules &. faisoit tous ses efforts pour remonter sur le trône.

LUI. — Défaite ^ mort de Gésalic.

Gésalic, après son arrivée en Afrique, avoit sollicité' fortement Thrasamond, roi des Vandales, qui l'avoit reçu à sa cour, de vouloir lui fournir des troupes pour l'aider à recouvrer la couronne des Visigoths. Thrasamond étoit très-disposé à le favoriser, mais il ne vouloit pas se brouiller avec le roi Théodoric, dont il avoit épousé la sœur, nommée Amalafrède. N'osant donc se déclarer ouvertement pour Gésalic, il lui refusa le secours d'hommes & de vaisseaux qu'il lui demandoitj il promit seulement de lui fournir des sommes considérables Se de favoriser secrètement son retour en Espagne & son rétablissement sur le trône. Les promesses du roi des Vandales ne purent être si secrètes que Théodoric n'en fût averti ; ce roi d'Italie lui en fit faire des reproches très-vifs par ses ambassadeurs. Thrasamond, ne trouvant aucun prétexte pour excuser sa conduite, avoua sa faute, offrit de la réparer par de riches présens; mais Théodoric les refusa &t lui rendit son amitié sur la promesse que lui fit ce prince d'abandonner entièrement les intérêts-de Gésalic.

Ce roi détrôné, ne trouvant plus aucune ressource en Afrique Se craignant même de s'exposer à être chassé de la cour de Thrasamond, s'il y faisoit un plus long séjour, partit secrètement pour l'Espagne vers le commencement de l'année 5io. A son arrivée dans ce royaume, il fit tous ses efforts pour engager les peuples à se déclarer en sa faveur; mais, dans l'impossibilité de réussir, sous les yeux du général Ibbas, attentif à observer tous ses mouvemens 8c à prévenir toutes ses démarches, il vint en deçà des Pyrénées Se se retira en Aquitaine, dans les États du roi Clovis avec qui il s'étoit ligué, comme nous l'avons déjà vu. Il séjourna une année entière dans cette province, où il se disposa à rentrer en Espagne pour tenter, avec le secours de ce prince, son rétablissement sur le trône.

Clovis aida, en effet, Gésalic de toutes ses forces 81 ce dernier, ainsi sou- '. l

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tenu, retourna au delà des Pyrénées. Le général Ibbas, averti de son retour, marcha aussitôt au devant de lui Se l'ayant rencontré à douze milles, c'est-àdire à quatre lieues de Barcelone, il lui livra bataille, le défit 8<. le mit en fuite. Après sa défaite, Gésalic revint en diligence dans les Gaules Si il avoit déjà passé la Durance, pour se réfugier dans les Ltats des Bourguignons, ses alliés, quand il eut le malheur d'être pris par les troupes de Théodoric, qui Éd.origin. lui ôtèrent la vie, ce qui arriva au plus tard au mois de mai de l'an 5ii. C'est ainsi que mourut ce prince, après avoir porté, l'espace de qjjatre ans, le

' Cassiodore, 1. 5, epist. ^.5 & secj. — Isidore, Chronicon , p. 72p. — Victor de Tune, Chronicon, appirn.iix, edit. Schott.

titre de roi', que les révolutions arrivées de son temps dans le royaume des Visigoths lui avoient procuré plutôt que sa -naissance, qui étoit illégitime, ou que sa valeur, dont les anciens^ parlent avec beaucoup de mépris. .11 auroit sans doute conservé sa couronne s'il avoit eu un ennemi moins puissant que Théodoric, qui le détrôna 5t qui, après sa mort, régna paisiblement sur tout le royaume des Visigoths au nom d'Amalaric, son petit-fils.

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