LIV. — Mort de Clovîs. — Etendue de sa domination
Théodoric perdit, peu de temps après, un ennemi encore plus dangereux en la personne du roi Clovis. Ce dernier mourut au milieu de sa plus grande prospérité, après s'être assuré de toute la monarchie Françoise par la mort violente qu'il avoit fait souffrir à plusieurs rois ou princes de sa nation. On peut juger de l'étendue des États de ce fameux conquérant dans les Gaules par les souscriptions des évêques^ soumis à son obéissance, qui se trouvèrent au concile d'Orléans, tenu peu de temps avant sa mort; car, excepté quelques provinces occupées par les Bourguignons ou par les Visigoths, il y eut des évêques de toutes les autres parties des Gaules 81 en particulier des trois provinces d'Aquitaine, qui assistèrent à ce concile. On y voit, entre autres, les noms de Quintinien de Rodez 8t de Boëtius de Cahors ; mais on ne trouve pas le nom des évêques d'Albi, de Vêlai & de Gévaudan, ce qui pourroit peutêtre donner lieu de croire que Théodoric avoit repris ces pays sur les François. Nous savons du moins que ce dernier reprit sur ces peuples la plupart des conquêtes qu'ils avoient faites dans la Narbonnoise première, dont aucun évêque n'assista à ce concile; que, depuis la défaite 8c la mort d'Alaric II, les Visigoths furent toujours ennemis des François, durant la vie de Théodoric; que ce prince ne fit aucune paix avec Clovis 8<. qu'il ne cessa de le combattre jusques à sa mort'^, depuis cette fameuse défaite, quoique quelques auteurs modernes aient avancé le contraire.
LV, — Gouvernement de la Province sous Théodoric, roi d'Italie,
Le roi Théodoric, devenu paisible ^ possesseur des États des Visigoths, soit en Espagne soit dans les Gaules, en prit lui-même le gouvernement sous le titre de tuteur d'Amalaric, son petit-fils, à qui son âge encore tendre ne permettoit pas de régner par lui-même. Il conserva même jusques à sa mort son autorité sur tous ces pays 81 les gouverna en souverain, quoique quelques années après, Amalaric fût en état de monter sur le trône; en sorte que les Visigoths, pendant toute la vie de ce roi d'Italie, ne comptèrent que par les
' Voyez tomeft, No'.c LXIII, n. 14.
^ Isidore, Chronicon^ p. 720.
' Conciles, t. 4, c. 1 409.
* Voyez tome II, Note LXIV, n. 6.
^ Isidore, Chronicon, p. 721. — Procope, de Bello GothicOj 1. I , c. 12. — Jornandès, t/e Kehus Geî'icts, c. SS. — ^'lctor de Tune, Chronicon, appendix, — Cassiodore, 1. 3, cpin. 16 & 17; 1. 5, epist, 3ij.
années de son règne, à commencer depuis la mort de Gésalic, sans faire aucune mention d'Amalaric.
Théodoric.prit un soin particulier de l'éducation de ce jeune prince; il lui donna pour tuteur ou principal gouverneur un de ses écuyers, Goth de nation, appelé Theudis ou Theuda, qu'il établit en même temps comme son lieutenant général en Espagne; mais ce roi se trompa dans le choix qu'il fit de ce gouverneur, qui abusa de son autorité pour usurper la couronne, comme nous verrons dans la suite. Théodoric réussit beaucoup mieux dans le choix des magistrats qu'il envoya dans les Gaules & en Espagne, 81 qui gouvernèrent avec beaucoup de sagesse & de modération, ce qui attira à ce prince l'attachement & l'affection de tous les peuples de ces provinces'.
LVI. — Théodoric fait transporter de Carcassonne à Ravenne le trésor
des rois visigoths.
Théodoric, après avoir pourvu au bon ordre & à la tranquillité du royaume des Visigoths, crut devoir donner toute son attention à la sûreté du riche 81 précieux trésor des rois de cette nation, qui étoit alors conservé dans la forteresse de Carcassonne, où il avoit été transféré après la mort d'Alaric II. Théodoric, sous prétexte de veiller à la conservation des biens d'Amalaric, son pupille, fit transporter^ à Ravenne ce trésor qui consistoit en bijoux & en argenterie, 6c s'en empara. La crainte de quelque révolution dans le royaume des Visigoths ou la proximité des François fut peut-être le principal motif qui engagea Théodoric à s'assurer de toutes ces richesses; car il paroît, d'ailleurs, que ce prince étoit assez désintéressé^. Il eut soin, en même temps, de pourvoir de bonnes garnisons les places des provinces qu'il possédoit en deçà des Alpes, 81 ordonna"* aux commandans de faire garder aux troupes une exacte discipline 8t de n'être à charge à personne.
LVII. — Rétablissement de la préfecture des Gaules par Théodoric.
Parmi les magistrats que Théodoric établit dans ces provinces, le préfet du t,'^{ 1"^'"^ prétoire des Gaules qui, du temps des anciens empereurs, résidoit dans la ville d'Arles, fut un des principaux. Ce prince avoit conservé dans l'Italie la forme de gouvernement qu'il y avoit trouvée dans le temps qu'il en avoit fait la conquête, 8t y avoit laissé les mêmes officiers des provinces que les Romains y avoient établis. Il suivit le même plan dans le gouvernement des provinces des Gaules 8c d'Espagne qui lui furent soumises; ce qui l'engagea à rétablir l'ancienne charge de préfet des Gaules que les Visigoths avoient abolie après la conquête de la Provence. Il revêtit de cette importante charge le patricien
■ Voyez tome II, Vote LXIII, n. 14. Guerre des Goths ; il ne faut, selon toute appa-
* Procope, Je Bello Gothico, 1. 1, c. 12. rence, voir dans ce récit qu'une tradition.
' Le transport de ces trésors de Carcassonne à (A. M.]
Ravenne nous est rapporté par Procope dans sa ^ Cassiodore, 1. 3, epin. 38.
An 5i I
55o HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. V.
Libère, l'un des plus sages 8c des plus illustres Pv.omains qui fût alors dans l'Occident, que les épîtres d'Ennodius, d'Avitus & de Cassiodore ont rendu très-célèbre, & de la pieté duquel nous trouvons d'illustres témoignages dans le concile d'Orange de l'an 529.
Libère avoit exercé auparavant la charge de préfet en Italie, Si on' croit qu'il remplit celle des Gaules depuis l'an 5ii jusques à l'an 029. Nous ne trouvons du moins aucun autre préfet des Gaules durant cet intervalle. Cette préfecture devoit comprendre alors les provinces soumises aux Visigoths en deçà des Alpes, savoir : la Narbonnoise première, la Provence & l'Espagne, & peut-être une partie de l'Aquitaine. Il faut pourtant remarquer que quoique Libère ait continué l'exercice de sa préfecture depuis l'an 520, qui fut celui de la mort de Théodoric, jusques en 52g, son autorité ne dut s'étendre, pendant ces trois dernières années, que dans la Provence, parce que ce fut la seule province de tous les États des Visigoths qui demeura au pouvoir des rois ostrogoths, successeurs de Théodoric. On loue^ beaucoup ce préfet d'avoir contribué par ses soins à rétablir la tranquillité & la politesse romaine dans les provinces soumises à son gouvernement, 8c d'avoir réveillé dans les peuples l'amour de l'ancienne liberté qu'ils avoient perdue depuis l'irruption des barbares dans leur pays, ce qui lui attira l'estime 8c l'affection des habitans de ces provinces ■'*.
Gémellus'*, homme de mérite, exerça le vicariat des Gaules sous l'autorité de Libère, avec le titre de vicaire du préfet ou des préfets, comme parle Cassiodore. Il paroit qu'il en faisoit l'office avant-^ l'an 5ii, ce qui prouveroit que la préfecture des Gaules fut rétablie avant ce temps-là, 8c peut-être immédiatement après la mort d'Alaric II, lorsque Théodoric envoya une armée dans les Gaules, ou du moins après la fuite de Gésalic en Espagne. Quoi qu'il en soit, Théodoric recommanda surtout à Gémellus de traiter les peuples des Gaules avec douceur, d'y faire aimer sa domination 8c d'entretenir la paix dans un pays qui se ressentoit encore des horreurs de la guerre. Ce prince, non content de ces marques de bonté 8c de tendresse pour ces peuples, leur écrivif^ une lettre très-obligeante; 8c si, comme il y a apparence, les effets répondirent à ses promesses, on peut dire que la Province ne fut jamais si heureuse que sous le gouvernement de ce roi.
LVIII. — Soins de Théodoric pour faire rendre la justice 6" soulager
les peuples.
Théodoric, attentif à faire rendre la justice autant qu'à soulager les peuples, fit restituer 7 à Magnus, homme riche 8c de condition, les biens qu'on
' Lacarry, de Pracfectis praetorio Galliarum , * Cassiodore, 1. .! , epist, i6 & secj. — Avitus
p. r83. V'iennensis, e^z5f. 32.
° Ennode, 1. 19, epist. zS. — Cassiodore, 1. 3, ' Cassiodore, 1. 3, epist. 32.
epist. 17. 6 Iii,{. epist. 17.
' Cassiodore, ut supra. ' liid. epist. 18.
An 5i I
lui avoit saisis durant son séjour chez les ennemis, c'est-à-dire, sans doute, chez les François ou les Bourguignons-. Ce Magnus, que nous conjecturons descendre du consul de même nom dont nous avons déjà parlé, Si qui s'étoit apparemment retiré chez les François, durant les troubles de la Province qui suivirent la mort d'Alaric, étoit revenu sous la domination de Théodoric ou des Visigoths, ses anciens maîtres. A ces actes de justice Théodoric, dont la passion étoit de se faire aimer, ajouta des grâces dignes de sa générosité ; il ' défendit de charger les peuples d'impôts extraordinaires Si fit faire des remises considérables sur le cens ordinaire, en faveur des principales villes. Si en particulier de celle de Marseille.
Le soin de soulager ses sujets ne faisoit pas oublier à ce prince celui ^ de faire apporter tous les ans au trésor royal les sommes qu'il tiroit des tributs ordinaires des provinces des Gaules Si d'Espagne ; mais, pour n'être pas soupçonné d'avarice Si dans la vue de soulager les peuples, il employoit l'argent qu'il retiroit de ces tributs ou à payer ou à récompenser les troupes qui étoient à son service dans ces provinces. Le soin qu'eut Théodoric d'envoyer des com- ÉJ.origin. missaires en Espagne pour la punition de plusieurs maltaiteurs Si surtout des homicides Si des publicains qui la désoloient, fait assez connoître l'application de ce prince à faire rendre la justice-*. Il défendit à ces cruels exacteurs qui, sous prétexte de servir le prince, opprimoient impunément les provinces, de rien exiger des peuples pour les charges communes, au delà de ce qu'on payoit sous les règnes d'Alaric Si d'Euric, ses prédécesseurs''. Sous la conduite d'un prince si sage Si si équitable, chacun vivoit en paix. Si l'on vit les Visigoths ' Si les Ostrogoths, soumis à sa domination, s'allier par des mariages mutuels Si ne faire qu'un même peuple Si une même nation. Tel fut le gouvernement de Théodoric dans ses nouveaux États des Gaules Si d'Espagne.
LIX. ■ — Narbonne, capitale du royaume des Visigoths. — Aram, gouverneur
de la Septimanie.
Il paroît que le jeune Amalaric faisoit alors son séjour à Narbonne. Il est certain du moins que cette ville fut la capitale des États de ce prince Si le lieu de sa résidence'^ ordinaire depuis la mort de Théodoric; nous trouvons cependant que les gouverneurs que ce dernier envoya pour administrer les provinces des Gaules, résidoient' ordinairement à Arles, à cause, sans doute, de l'heureuse situation de cette ville entre la Septimanie ou Languedoc Si la Provence, qui étoient presque les seules provinces des Gaules dont les Goths fussent alors les maîtres.
' Cassiodore, 1. 4, epiit. 19 & 26. * Vita S. Dalmatii. — Le Cointe, ad ann, $24,
' Procope, Je Bello Golhico, 1. 1 , c. 12. n. 4.
' Cassiodore, 1. 5, epist. 39. ' Avitus Viennensis, epist. iz. — fila S. Cai—
^ î^ti. iarti Arelatenshj Acta sancîorum orjtnts sancî'i Be-
' Procope, de Bello Gothico, 1. 1 , c. lï. nedicti, t. I.
An 5i I
Arani, duc (diix) ou gouverneur général de ces provinces, sous les ordres & l'autorité de Théodoric, résidoit eh effet à Arles, lorsqu'il résolut de satisfaire sa vengeance contre un archiprêtre du diocèse de Nimes, soumis à son gouvernement, qui l'avoit offensé. Ce duc envoya' des satellites dans cette ville, avec ordre d'arrêter cet ecclésiastique & de le lui amener pieds & poings liés, pour lui faire sentir qu'il commandoit dans le pays 8c qu'il étoit le maître. Les archers, à leur arrivée à Nimes, croyant que c'étoit l'archidiacre de cette ville, nommé Jean, qu'ils avoient ordre d'arrêter, se transportèrent d'abord chez lui, se saisirent de sa personne & le conduisirent à Arles; mais, en ayant trouvé les portes fermées, ils furent obligés de passer la nuit au pied des murailles, exposés aux injures de l'air. Grégoire de Tours, qui rapporte ce fait, ajoute que cet archidiacre, qui étoit extrêmement pieux & qui, par un esprit de charité, faisoit sa principale occupation d'instruire la jeunesse, fut secouru dans cette occasion par le martyr saint Bausile, protecteur de la ville de Nimes; que le duc Aram, ayant cru voir en songe cet ecclésiastique qui lui reprochoit son injustice, il en avoit été effrayé, & que, s'étant levé en sursaut, il avoit ordonné à ses domestiques d'aller aux portes de la ville pour savoir si les gens qu'il avoit envoyés à Nimes étoient de retour; que, sur l'avis de leur arrivée, il avoit fait ouvrir les portes 8c qu'ayant reconnu la méprise, il avoit fait excuse à cet archidiacre 8c l'avoit renvoyé sur-le-champ, chargé de présens. Suivant le même auteur, Aram eut dans la suite une dévotion très-particulière pour saint Bausile Se, par respect pour ce saint martyr dont la ville de Nimes possédoit les reliques, il la protégea, depuis ce temps-là, dans toutes les occasions; pour réparer en quelque sorte l'injure qu'il avoit faite à l'archidiacre Jean, l'évêché de Nimes étant venu à vaquer, il favorisa son élection à cet évêché Se pardonna enfin à l'archiprêtre qui l'avoit offensé.
Ce récit prouve que la ville de Nimes 8c son diocèse étoient dans la dépendance du gouverneur général qui commandoit dans les provinces des Gaules, soumises à Théodoric, Se qui résidoit dans la ville d'Arles. On voit aussi par là que les rois visigoths ou les gouverneurs qui commandoient en leur nom dans ces provinces, avoient beaucoup de part dans l'élection des évêques catholiques du pays. Au reste, nous ne saurions marquer au juste quelle étoit alors l'étendue des États des Visigoths en deçà du Rhône. Il est certain que Théodoric, outre presque toute la Narbonnoise première, reprit sur les François une partie de l'Aquitaine première; mais nous ne savons pas précisément jusqu'où il étendit ses conquêtes sur ces peuples ; ce qu'il y a de vrai, c'est que tous les pays qui composent aujourd'hui la province de Languedoc étoient partagés à la mort de Clovis entre les Goths, qui en possédoient la meilleure partie, les Bourguignons, qui régnoient sur le Vivarais, 8c les François.
' Grégoire de Tours, de Gloria martyrum, 1. I , c. 78,
An b I I
LX. — Partage du Languedoc français entre les enfans de Clovis. — Basohts,
duc de l'Aquitaine première.
La partie de cette Province qui appartenoit aux François échut, après la "^f °'''?lïmort de Clovis, à deux de ses fils. Ce prince en avoit laissé quatre en mourant qui partagèrent sa succession. Thierri, l'aîné, qu'il avoit eu d'un premier lit, avant sa conversion, fut le mieux pourvu ; car, outre le royaume de Metz qui s'étendoit des deux côtés du Rhin &c qui étoit très-vaste, il eut la plus grande partie de l'Aquitaine première ou province ecclésiastique de Bourges, & même, à ce qu'il paroît, toute cette province, dont il avoit lui-même conquis une portion sur les Visigoths, après la bataille de Vouglé. Elle comprenoit le Berry, l'Auvergne, le Limousin, le Gévaudan, le Rouergue, le Querci, le Vêlai 8c l'Albigeois. On voit', en effet, par les souscriptions des évêques qui assistèrent au concile de Clermont, tenu l'an 535, 8c qui étoient sujets de Théodebert, fils de Thierri, que le Berry, l'Auvergne, le Limousin, le Gévaudan 8c le Rouergue étoient alors soumis à ce prince. On sait d'ailleurs que le Querci, le Velai 8c l'Albigeois faisoient partie de ses États, ce qui prouve que ces deux derniers pays, avec le Gévaudan, compris aujourd'hui dans le Languedoc, échurent à Thierri par le partage qu'il fit avec ses trères.
Il y a lieu de croire que ce prince donna alors le duché ou gouvernement général de cette province d'Aquitaine à Basolus, qu'une ancienne^ chronique qualifie comte d'Auvergne 8c une autre duc d'Aquitaine; nous verrons, en ettet, dans la suite, que les comtes d'Auvergne furent ducs ou gouverneurs généraux de l'Aquitaine austrasienne. Basolus^ s'étant depuis révolté avec les Auvergnats contre Thierri, ce prince le fit arrêter; mais, ayant obtenu sa grâce, il se retira dans le monastère de Saint-Pierre-le-Vif, de Sens, où il embrassa l'état monastique.
Clodomir, Childebert 8c Clotaire, puînés de Thierri 8c fils de Clovis 8c de sainte Clotilde, partagèrent entre eux le reste du royaume. Les anciens historiens ne nous font pas connoître l'étendue 8c les limites de leurs États; nous savons seulement que les deux premiers, dont l'un fut roi d'Orléans Se l'autre de Soissons n'eurent rien alors dans le Languedoc, 8c que Childebert, le troisième, fut roi de Paris. Celui-ci eut, à ce qu'il paroît, dans son partage, le reste de l'Aquitaine 8c entre autres le Toulousain'*. Il est certain qu'il fut d'abord maître du Berry ^ 8c qu'il possédoit ce pays vers l'an 532. Ainsi, il dut le céder ou l'échanger avec Théodebert, fils de Thierri, qui le possédoit l'an 535, comme nous l'avons déjà remarqué, ce qui prouve qu'il eut du moins dans son partage une partie de l'Aquitaine; 8c comme nous savons d'ailleurs que son neveu Charibert, qui lui succéda dans le royaume
' Recueil des Conciles, t. 4, c. iSoS. ^ Mabillon, Annales, t. 1, p. 48.
' Besly, Ducs de Guienne sous la première race, * Voyez tome II, Note LXXI, n. 3.
p. 9. ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 12.
An .) r I '
de Paris, régna sur une grande partie de cette Province, nous ne doutons pas qu'il n'ait étendu sa domination jusques aux Pyrénées.
Les évêques de Toulouse, qui dépendoient auparavant de la métropole de Narbonne, furent soumis, depuis la conquête que Clovis fit de cette ville jusques au huitième siècle, à celle de Bourges 5 car c'étoit alors un usage établi : lorsqu'un prince avoit conquis une ville épiscopale soumise à un métropolitain étranger, il la faisoit passer sous la dépendance d'un métropolitain de ses États, & ordinairement du plus voisin. Les princes en usoient ainsi dans la vue de n'admettre dans les conciles, qui étoient fréquens dans ces siècles, que les seuls évêques de leur domination ; ce qui sert beaucoup à distinguer les limites de leurs États. La ville de Toulouse fit donc partie de l'Aquitaine depuis ce temps-là ; elle dépendit du royaume de Paris ou de Neustrie, Si fut la capitale de la portion de l'Aquitaine qui appartenoit à ce royaume, comme nous le verrons dans la suite.
LXL — Théodoric reprend plusieurs places sur les François.
Les quatre rois, fils de Clovis, vécurent d'abord en assez bonne intelligence; elle leur étoit nécessaire pour se soutenir contre Théodoric, roi d'Italie, prince d'autant plus à craindre qu'il avoit 8c plus d'expérience & plus de réputation qu'eux, & qu'étant déjà maître d'une partie des Gaules, il pouvoit porter aisément la guerre jusque dans leurs États & reprendre tout ce que Clovis, leur père, avoit conquis sur les Visigoths. Aussi ' Théodoric ne manqua pas de profiter de ces favorables circonstances; il continua contre ces rois françois la guerre qu'il n'avoit cessé de faire à Clovis depuis la défaite d'Alaric II, & reprit sur eux plusieurs places qui avoient été auparavant enlevées aux Visigoths^.
De tous les pays que Théodoric reprit sur les François, après la mort de Clovis, nous ne connoissons que le Rouergue dont il se rendit maître sur t. i.'p^fs"'. Thierri, roi de Metz, vers l'an 5i2, sous l'épiscopat^ de saint Quintien, évêque de Rodez. Ce prélat, qui étoit fort zélé pour la religion catholique Si qui ne put se voir retomber sans un extrême chagrin sous la domination des ariens hérétiques, fut soupçonné, quelques années après, d'avoir voulu livrer sa ville épiscopale à ce dernier roi. Soit que ce soupçon fût bien ou mal fondé, les Goths cherchèrent à s'assurer de sa personne; mais, sur l'avis qu'il eut de leur dessein, il prit la fuite 81 se retira à Clermont, en Auvergne, auprès de saint Eufraise qui en étoit évêque, 81 à qui il succéda l'an 5i5.
La conquête que le roi Théodoric fit du Rouergue sur les enfans de Clovis, sur lesquels, au rapport de Grégoire'* de Tours, les Goths reprirent plusieurs
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 21. — Voyez & 2r ; Vitae Patrum, c. 4. — A. de Valois, Rerum
au tome II, Note LXIV. Francicarum 1. 6, p. 269. — Pagi, Critica, ad ann.
' Ihid. 507, n. 3 & seq.
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 2, c. 36; 1. 3, c. 2 ■• Grégoire de Tours, I. 3, c. 21.
places qu'ils occupaient auparavant &- que ce dernier avait conquises, nous donne lieu de croire que ce prince soumit alors les pays limitrophes, savoir : l'Albigeois, le Gévaudan Se le Velai , s'il ne l'avoit déjà fait auparavant'. Il paroît certain, en effet, que tout le pays qui se trouve depuis les frontières de l'Auvergne jusques au Rhône & à la mer Méditerranée fut du domaine de Théodoric Si des Visigoths depuis l'an 5i2. Il n'y a donc aucune apparence que la ville d'Uzès ait toujours demeuré sous la domination des François depuis la mort de Clovis, comme quelques auteurs le prétendent. D'autres assurent, mais sans aucune preuve, que* Théodoric fit sa paix avec les princes françois immédiatement après la mort de ce roi j car, outre qu'on ne trouve aucun vestige de ce prétendu traité de paix, Jornandès^ assure, au contraire, que les Goths furent toujours ennemis des François durant la vie de Théodoric.