LXII. — Saint Gilles. — San monastère
Le prénom de Flavius, que Théodoric prend à la tête de quelques-unes de ses lois, peut servir à fixer le temps de la vie de saint Gilles, abbé, 6t celui de sa venue dans la Septimanie ou Languedoc. Ce saint, dont les actes paroissent modernes Se peu certains, mais dont nous savons d'ailleurs** plusieurs choses, appuyées sur des monumens authentiques, étoit Athénien ^ ou Grec de naissance. Dans le dessein de chercher une retraite où, éloigné du monde, il pût uniquement s'occuper de Dieu, il aborda dans les Gaules vers les bouches du Rhône, au commencement du sixième siècle. Il passa d'abord quelque temps auprès de saint Césaire, évêque d'Arles, dont il s'attira l'estime Se l'affection par sa piété; mais enfin, pressé du désir de vivre dans la solitude, il se retira dans un lieu du diocèse d'Uzès, voisin de la rivière du Gardon, où il trouva un saint solitaire nommé Vérédème, dont les exemples Se les instructions lui turent d'un grand secours. L'église d'Uzès^ a mis ce dernier, qu'on dit aussi Grec de naissance, dans le catalogue des saints dont elle honore la mémoire^.
Saint Gilles abandonna cette retraite pour passer dans une autre, située sur les frontières des diocèses de Nimes Se. d'Arles, à la droite du Rhône Se vers l'embouchure de ce fleuve dans la mer. Il fut découvert, dans cette nouvelle demeure, par les officiers d'un roi à qui les actes de ce saint donnent le nom de Flavius Se qui est sans doute le même que Théodoric, roi d'Italie, lequel possédoit alors ce pays^. Il paroît, en effet, que ce prince ajoutoit à son nom propre le prénom de Flavius, à l'exemple des empereurs de la famille
' Voyez tome II, Note LXVIII. Cointe, ad anp. 53t, n°" lo, 12 & seq. — Mabil-
' Daniel, Histoire Je France, t. 1 , p. 62. Ion, Annales, t. 1 , p. 99 ; t. 3, p. .433.
' Jornandes, Je Kehus Geticis , c. 58. — Voy.z ' Le Cointe, ut supra.
tome II, Note LXIV, n. 6. ' Voir, à ce sujet, la Chronique d'Uzès, publiée
^ Conciles, t. 4, c. 1 328, I 33 1 , 1 401 . au tome II de la présente édition. [A. M.]
' Baillet, Vies Jes Saints, t" septembre. — Le * Voyez tome II, Note LXV,
An 5i
An 5 1 2.
de Constantin & de leurs successeurs en Orient qui s'en firent honneur ; en quoi il fut imité, quoique longtemps après, par les rois visigoths qui régnèrent en Espagne après lui, comme on peut voir dans plusieurs de leurs lois'.
Les officiers de ce prince, c'est-à-dire sans doute ceux qu'il avoit préposés au gouvernement de la Provence & de la Septimanie, se trouvant un jour à la chasse vers la grotte de saint Gilles, une biche qui s'y réfugia pour se mettre à l'abri de leur poursuite leur donna occasion de découvrir ce saint solitaire & d'admirer la vie pénitente qu'il menoit dans sa retraite au milieu des bois. Ce roi, quoique arien, informé de cette découverte & touché de la pénitence Si des autres vertus du saint, défendit de troubler sa solitude & lui accorda la propriété du lieu de sa retraite. Elle étoit voisine^ d'une maison qu'on appeloit^ le Palais des Goths, parce que les rois visigoths, prédécesseurs de Théodoric, l'avoient sans doute fait bâtir dans cet endroit à cause du voisinage d'une vaste forêt à qui les anciens titres de l'abbaye de Saint-Gilles Éd ""ein- donnent le nom de Silva Gothica, & qui favorisoit l'inclination de ces princes pour la chasse à laquelle'* ils s'adonnoient beaucoup.
Saint Gilles accepta la donation de ce lieu, y fixa sa demeure &, ayant attiré un grand nombre de disciples, il y bâtit un monastère dont il fut le premier abbé & qui prit son nom dans la suite des temps ^. Ce monastère étoit situé, suivant les anciens titres, dans la vallée appelée Flavienne, in valle Flaviana, du nom peut-être de Flavius Théodoric, qui en fit^ donation à ce saint abbé. Saint Césaire, évêque d'Arles, qui l'estimoit beaucoup Se au voisinage duquel il vivoit, se servit de lui pour soutenir les droits Si les prérogatives de son église.
LXIII. — Saint Gilles envoyé à Rome par saint Césaire. — Etendue du vicariat de l'église d'Arles.
Le pape saint Léon, pour terminer les anciennes contestations qui étoient entre cette église Se celle de Vienne, avoit assigné à chacune un certain nombre de suffragans. Il avoit maintenu les évêques d'Arles dans la possession où ils étoient, depuis Patrocle, d'assembler le concile de plusieurs provinces voisines Si d'y présider en qualité de vicaires apostoliques. Si avoit déclaré en même temps que le métropolitain de la seconde Narbonnoise seroit obligé d'assister'' au concile particulier de la province d'Arles. Ce jugement avoit été confirmé en dernier lieu par le pape Symmaque j mais l'évêque d'Aix , métropolitain de la seconde Narbonnoise, refusoit de s'y soumettre. Saint Césaire eut recours à l'autorité du Saint-Siège, tant pour obliger ce prélat d'obéir à la décision de saint Léon , que pour obtenir la confirmation du vicariat de son église. Comme cette affaire étoit très-importante, il choisit, pour aller la solliciter à
' Voyez tome II, Note XLVI, n. 5. ■* Sidoine Apollinaire, I. i, epist. i.
' Le Cointe, ad ann. 53 1, n. i5. ' Voyez tome II, NoteLW.
' Ciilel, Mémoires de l'histoire iiu Languedoc, 1.2, ^ Conciles, t. 4, c. iSop & suiv.
p. 453. ' lètd.
An 5i2
An 014
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V. 55j
Rome, l'abbé Gilles & Messien, son notaire ou secrétaire, personnages également recommandables par leur sainteté, 81 très-capables de négocier avec succès. Ces deux envoyés arrivèrent à Pvome l'an 5 14, & présentèrent à Symmaque, quelques mois auparavant sa mort, la requête de saint Césaire Se de son église. Ce pape, autant par estime pour leur personne que par considération pour le saint évêque qui les envoyoit, les reçut avec beaucoup de bonté, accorda leur demande & confirma à saint Césaire Se à ses successeurs la qualité de vicaires du Saint-Siège, non-seulement dans les Gaules, mais encore en Espagne, par une lettre datée du onzième du mois de juin de la même année.
Les savans sont partagés sur ce que Symmaque entend dans cette lettre par le mot Espagne. Les uns prétendent prouver par là que ce pape étendit l'autorité du vicariat de saint Césaire ou des évêques d'Arles sur toutes les Espagnes, & les autres assurent qu'elle tut bornée à la seule Septimanie ou province de Languedoc qui, selon eux, portoit déjà le nom d'Espagne. Il est vrai que la Narbonnoise ou Septimanie fut comprise, du temps des Visigoths, sous le nom général d'Espagne ; mais ce ne tut qu'après la translation du siège des rois de cette nation de Narbonne ou des Gaules au delà des Pyrénées, 81 par conséquent, après l'an 53 1, environ vingt ans après la date de la lettre du pape Symmaque', ce qui nous détermine à croire que le vicariat de saint Césaire s'étendoit non-seulement dans la Septimanie, mais aussi dans toutes les provinces que Théodoric possédoit en deçà des Alpes, c'est-à-dire sur une partie des Gaules & sur la plus grande partie de l'Espagne proprement dite*.
Saint Gilles vécut encore longtemps après son retour de Rome ; on prétend qu'il eut beaucoup de part à la faveur du roi Childebert, lorsque ce prince se fut rendu maître, dans la suite, d'une partie de la Provence. Le monastère de ce saint abbé, qui prit son nom après sa mort, devint fort célèbre par les miracles que Dieu opéra sur son tombeau Se par la piété Se le concours des peuples. Il le fut encore beaucoup par la dévotion particulière que témoignèrent envers ce saint les comtes de Toulouse qui, dans les onzième 8c douzième siècles, se firent honneur de porter le titre de comtes de Saint- Gilles ou de le faire prendre à leurs fils aînés, ce qui a sans doute donné occasion à quelques auteurs, qui vivoient dans ces siècles, de donner à une partie du Languedoc le nom de province de Saint-Gilles^. Nous aurons occasion d'en parler ailleurs, de même que de l'abbaye qui porte le nom de ce saint. Elle fut habitée dans la suite par des religieux de l'ordre de Saint- Benoît, ce qui a subsisté jusques à sa sécularisation ou son changement ep collégiale, qui est son dernier état. Les reliques de saint Gilles y furent conservées avec soin jusques au temps des troubles St de la guerre des albigeois, qui donnèrent lieu à leur translation dans l'église de Saint-Saturnin de Tou- Éd.oiigin.
■ Voyez tome II, Note LX%'I. ' Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc,
' Itii. p. 3ii & soiv.
louse, où elles sont encore aujourd'hui. La réputation de ce monastère occasionna, dans la suite, la construction d'une ville qui prit le nom de Saint- Gilles '. Quelques • auteurs prétendent qu'elle fut bâtie sur les ruihes de l'ancienne Héraclée ; mais c'est sans fondement , comme nous l'avons déjà fait voir ailleurs.
An 5i5
LXIV. — Amalasunthe, fille de Théodoric, épouse le prince Eutharïc.
La bienveillance dont Théodoric honora saint Gilles & la protection qu'il accorda à saint Césaire d'Arles sont des marques de l'estime que ce prince, quoique arien, fai«oit de la vertu partout où il la trouvoit. Ce roi^, se voyant sans enfans mâles, chercha quelque prince de son sang qui pût soutenir la couronne des Ostrogoths après sa mort, & à qui il pût donner en mariage sa fille Amalasunthe, la seule qui lui restoit de sa femme Audeflède, sœur du roi Clovis. Il jeta les yeux sur Eutharic, appelé Cillica, petit-fils du prince Bérémond ou Vérémond. Celui-ci qui, comme nous l'avons dit ailleurs, s'étoit retiré à Toulouse, à la cour du roi Théodoric I, étoit fils de Thorismond , l'un des rois visigoths de la race des Amales Se de la famille même de Théodoric, & père de Wittéric ou Védéric,qui le fut lui-même du prince Eutharic. Ce dernier, à qui Théodoric donna sa fille en mariage, naquit dans les Gaules & vraisemblablement à Toulouse ou dans la Septimanie.
Eutharic étoit en Espagne lorsque Théodoric l'appela en Italie pour lui faire épouser sa fille Amalasunthe. Les excellentes qualités de ce prince déterminèrent Théodoric à le choisir pour son gendre. Il étoit, en effet, très-bien fait de corps, plein d'esprit & de sagesse, & n'avoit d'autre défaut qu'un trop grand attachement-^ pour l'arianisme; mais sa mort, qui précéda celle deThéo-
' Au mois d'août i865, la fabrique de l'église Saint-Gilles fit opérer des fouilles dans la crypte. Le premier résultat de ces fouilles fut la découverte d'un sarcophage en marbre blanc, appartenant par le caractère de ses sculptures aux premiers temps de l'ère chrétienne. Au centre, deux anges, soutenant un cartouche carré destiné à recevoir une inscription, séparent deux scènes du Nouveau Testament. En poursuivant les déblais autour de ce beau sarcophage, & après qu'on eut extrait trois cippes ou fragments de cippes portant des inscriptions romaines, la pioche des ouvriers retentit sur une grande dalle, & on mit bientôt au jour un sarcophage en pierre grossièrement taillée. La dalle servant de couvercle à ce sarcophage porte, sur l'une de ses faces :
IN • H - TML - ai
G ' B ' .EGD
In h[ocJ t[u]m[îi]l[o] q[u\\[escit\
c[orpus\ b[eati] Mg[i]à[ii].
Les caractères sont gravés dans le sens de la longueur,
La forme des lettres de cette inscription, surtout celle du G, lui assigne comme date la période comprise entre la fin du huitième siècle & la première moitié du neuvième.
La forme du sarcophage lui-même le fait remonter à cette époque.
On venait de découvrir la tombe où fut renfermé le corps de saint Gilles. Dans l'intérieur du sarcophage se trouvaient des lambeaux d'étoffe qui tombèrent en poussière au contact de l'air, & quelques débris d'ossements, avec une lame en fer trèsoxydé. Ces restes précieux furent recueillis par M. le curé Achille Goubier.
Un procès-verbal fut rédigé par lui & signé par toutes les personnes présentes à cette découverte. — (Extrait d'une note insérée par M. A. -H. Révoil, architecte des monuments historiques, dans les Mémoires de l'Académie du Gard, année 1 865-66,
^ Cassiodore, Chronicon. — Jornandès, de Rébus Geticis, c. 14, 48 & 58.
^ Anonymus ^'aleslanus.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V. SSg
doric, son beau-père, fit évanouir l'espérance que celui-ci avoit conçue de l'avoir pour successeur au trône des Ostrogoths. Eutharic ne laissa en mourant qu'un fils d'Amalasunthe, son épouse, à qui on donna le nom d'Athalaric, 8c dont nous parlerons ailleurs.
LXV. — Theudh, gouverneur d'Amalarïc, soupçonné d'infidélité.
Nous avons déjà dit que Théodoric, attentif à l'éducation du jeune Amalaric, son petit-fils & héritier présomptif de la couronne des Visigoths, en avoit confié le soin à Theudis, l'un de ses écuyers, qu'il avoit fait en même temps gouverneur d'Espagne. Cet officier' cachoit, sous de beaux dehors de sagesse & de probité, une ambition démesurée, & plus occupé de ses intérêts que de ceux du jeune prince, son pupille, il méditoit les moyens de le supplanter Si de régner un jour à sa place. Pour réussir dans ses desseins ambitieux, Theudis tâcha de se faire un appui par son mariage avec une riche Espagnole dont les grands biens contribuèrent beaucoup à augmenter son crédit & son autorité. La levée qu'il fit de deux mille hommes pour sa garde, qui l'accompagnoient toujours, donna lieu à Théodoric d'entrevoir ses desseins & de soupçonner sa fidélité; mais, n'osant le destituer par force de son gouvernement, dans la crainte que s'il venoit à s'unir avec les François, il n'excitât de nouveaux troubles dans les États des Visigoths, il usa de ruse & de stratagème pour tâcher de l'en déposséder. Dans cette vue, il lui envoya un plein pouvoir de gouverner l'Espagne en son nom, de lever des troupes 8c de les commander partout où il seroit nécessaire ; il engagea en même temps les principaux Visigoths d'insinuer à ce gouverneur qu'il lui feroit plaisir de le venir trouver à Ravenne, comptant que, sous ces dehors d'amitié & de confiance, Theudis ne se défieroit nullement des desseins qu'il méditoit contre lui; mais cet officier, plus rusé que Théodoric ne le pensoit, s'aperçut du piège 8<. s'excusa sous divers prétextes d'entreprendre ce voyage. Par là, il se maintint dans l'autorité qu'il s'étoit acquise 8c dont il ne fut pas facile à ce roi de le dépouiller. Pour sauver cependant les apparences 8c dissiper les soupçons de ce prince, il fut très-exact à exécuter ses ordres 8c à lui envoyer fidèlement le tribut que les peuples de son gouvernement étoient obligés de payer.
LXVI. — Révolution du royaume des Bourguignons , dont le Vivarais
faisoit partie.
Les révolutions qui arrivèrent dans le royaume des Bourguignons, quelques années avant la mort de Théodoric, donnèrent lieu à ce prince d'étendre sa domination dans les Gaules par la conquête d'une partie des États de ces peuples, 8c firent passer le Vivarais qui leur étoit soumis sous une autre
' Procope, de Bello Gothico, 1, i, c, 12, — Jornandès, de Rébus Geticis, c. 58.
An
An 522
56o HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. V.
An 01 7
puissance. Ce dernier pays appartenoit encore, en effet, aux Bourguignons ' l'an 5 17, comme l'on voit par le concile d'Epaone, qui fut tenu la même Éd.origin. année, & auquel se trouvèrent tous les évêques de Bourgogne, entre autres saint Venance, évêque d'Albe ou de Vivarais.
La mauvaise conduite de Sigismond , roi des Bourguignons & gendre du roi Théodoric, occasionna les révolutions dont nous venons de parler. Ce prince avoit^ succédé, depuis l'an 5i6, au roi Gondebaud, son père, & avoit été instruit dans la foi catholique par les soins d'Avitus, évêque de Vienne. Il avoit signalé le commencement de son règne par l'abjuration de l'arianisme, dont sa nation faisoit profession; mais, séduit par sa seconde femme, il effaça dans la suite la gloire de sa conversion par sa rechute dans ses premières erreurs. Il eut même, à la sollicitation de cette princesse, la cruauté de tremper ses mains dans le sang de son fils Sigéric, qu'il avoit eu de la première. Cet événement tragique fut la source des troubles & des guerres qui désolèrent le royaume des Bourguignons & qui donnèrent lieu aux François de s'en emparer.
En effet, les trois rois françois, Clodomir, Childebert & Clotaire, voyant Sigismond sans ressource de la part du roi Théodoric, son beau-père, extrêmement irrité de ce qu'il avoit fait périr le prince Sigéric, son petit-fils, résolurent de lui faire la guerre. Ils y furent animés, d'ailleurs, par sainte Clotilde, leur mère, qui les excita à venger la mort du roi Chilpéric, son père, & de la reine, sa mère, que le roi Gondebaud, père de Sigismond, avoit fait périr. Ils armèrent puissamment, entrèrent en Bourgogne 8c défirent entièrement l'armée de ce dernier prince qui la commandoit en personne, & qui fut obligé, avec son frère Godomar, de chercher son salut dans la fuite.
Sigismond, trahi par ses propres sujets, eut le malheur de tomber ensuite avec sa femme Si ses enfans entre les mains de Clodomir, roi d'Orléans, qui les fit emmener dans sa capitale & renfermer dans une étroite prison. Ce dernier, résolu de continuer la guerre contre Godomar, qui s'étoit fait reconnoître pour roi de Bourgogne, se mit en marche contre lui l'année suivante, après avoir auparavant fait précipiter dans un puits le malheureux Sigismond avec toute sa famille, 8c lui avoir donné occasion, par ce genre de mort, d'expier son parricide autant que par la pénitence volontaire qu'il en avoit déjà faite dans sa prison. Godomar, informé des desseins de Clodomir, se mit à la tête d'une puissante armée 8c marcha à sa rencontre.
Ce dernier, ne se sentant pas assez fort pour attaquer ce prince, avoit demandé un secours de troupes à Thierri, son frère, roi de Metz, qui ne le lui avoit accordé que pour mieux cacher le dessein qu'il avoit de le trahir 8c de venger sur lui la mort du roi Sigismond, son beau-père, qu'il avoit fait
■ Conciles, t. 4, c. i58z. d'après Grégoire de Tours, fournit pourtant sur
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 5 & suiv. — l'histoire de la Burgundie quelques détails que l'on
Marius d'Avenche, Chronicon. — La Chronique de chercherait vainement ailleurs. — Voir une étude de
Marius d'Avenche (456-580), compilée en grande M. Monod sur cet historien, dans ses £tu<i<?i cn'ti'j.
partie d'après d'anciens chronographes italiens & sur les sources de l'hist. mcVov.; Paris, 1872. [A. M.J
An SzS
An 524
An 524
périr misérablement. Les deux armées des François 8t des Bourguignons s'étant rencontrées à Véseronce, lieu voisin du Rhône & situé entre Vienne Se Bellai, elles en vinrent aussitôt aux mains. Godomar fut d'abord mis en fuite; mais Clodomir se laissant emporter à son ardeur en poursuivant les fuvards, fut trahi' par les troupes deThierri, son frère, qui l'abandonnèrent 8c le laissèrent presque seul. Les Bourguignons, d'intelligence avec elles, voyant ce prince écarté, lui firent signe de s'approcher comme s'ils eussent été de son armée. Ce prince donna dans le piège. Se s'étant avancé, il fut incontinent enveloppé par les ennemis qui lui coupèrent la tête 8c la mirent au bout d'une perche pour jeter la terreur dans son armée ^. Ce spectacle, loin d'effrayer les troupes de Clodomir 8t d'abattre leur courage, ne servit qu'à le ranimer. Elles fondirent avec fureur sur les Bourguignons, les défirent entièrement, mirent de nouveau en fuite Godomar 8c s'emparèrent de presque tout son royaume. Ce prince trouva moyen cependant d'en recouvrer^ une grande partie dans la suite; car ce ne fut que dix ans après que les François se rendirent maîtres de tous ses États.
LXVIL — Conquête d'une partie du royaume de Bourgogne par Théodoric.
Sort du Vivaraïs.
Théodoric, roi d'Italie, profita de son côté de la guerre qui étoit entre les François 8c les Bourguignons. Sous prétexte"* de défendre, durant cette guerre, les frontières de ses Etats dans les Gaules, il envoya une armée en deçà des Alpes, sous la conduite du général Tulus, le même qui avoit signalé son courage contre ces deux peuples à la détense du pont d'Arles, sous le règne de Gésalic. Comme il paroît^, par les souscriptions du concile d'Arles, tenu l'an 024, que plusieurs places du royaume de Bourgogne, situées entre la Durance 8c le Rhône, savoir : Carpentras, Cavaillon, Vaison, Apt, Orange, Éd. origin. Gap 8c Trois-Châteaux appartenoient alors à Théodoric, nous avons lieu de ••?•='• croire que Tulus, dont l'expérience dans l'art militaire égaloit la valeur, profita des troubles du royaume des Bourguignons pour s'emparer sur ces peuples de toutes ces places qui leur appartenoient<5 encore l'an 5 17. Il est d'ailleurs certain que ce général conquit alors sans coup férir '^ une province presque entière des Gaules qu'il soumit à l'obéissance de la République romaine, comme dit Cassiodore, ou plutôt au pouvoir de Théodoric, qui en avoit le gouvernement sous le titre de roi d'Italie. Tulus dut cette conquête aux largesses 8c aux libéralités qu'il fit, aux dépens des deniers publics. Il s'en servit utilement pour gagner les gouverneurs des places, 8c les habitans qui, se voyant exposés à toutes les suites de la guerre qui étoit entre les François 8c les Bourgui-
' Frédégaire, Ephome, c. 35. * Conciles, t. 4, c. 1623. — A. de Valois, Rerum
' Ibtd. Francicarum 1. 7, p. 35o.
' A. de Valois, Rerum Francicarum 1, 7, p. 349. * Conciles, t. 4, c. i58i.
' Cassiodore, 1. 8, cpist. 10. ' Cassiodore, ut supra.
An 52^
gnons, se soumirent volontairement k la puissance de Théodoric & se délivrèrent par là de la crainte où ils étoient de se voir subjuguer par les armes des François. On voit par les souscriptions' du concile de Carpentras, de l'an 527, 8c de celui d'Orange, en 529, que les Goths étoient encore alors maîtres de ces places, à la faveur desquelles ils étendirent leur domination à la droite de la Durance.
On devroit ajouter aux conquêtes que fit alors le général Tulus dans le royaume de Bourgogne celle du Vivarais, s'il est vrai, comme quelques-uns le prétendent^, que Thierri, roi de Metz ou d'Austrasie, à qui ce pays appartenoit l'an 534, n'ait point partagé le royaume de Bourgogne avec les rois Childebert & Clotaire, ses frères, après que ces deux derniers l'eurent conquis l'an 533. Comme nous savons que Thierri reprit alors sur les Goths la plupart des places que Théodoric lui avoit enlevées dans l'Aquitaine première &. dans la Septimanie, il peut aussi s'être emparé du Vivarais sur ces peuples dans ce même temps; mais il n'est pas certain que Thierri n'ait point partagé le royaume de Bourgogne avec ses frères, ainsi qu'on le verra dans la suite. Il y a donc lieu de croire que Godomar demeura maître du Vivarais jusques au temps de sa dernière défaite, & que ce pays passa seulement alors de sa domination sous celle de Thierri, roi d'Austrasie.