‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 381 sur 553 · LXXI. — Guerre entre Childebert 6» Amalaric · texte numérisé non relu

LXXI. — Guerre entre Childebert 6» Amalaric

Par cette alliance le roi Amalaric détourna, du moins pour quelque temps, les armes des François qu'il avoit lieu d'appréhender; il se les attira cependant à la fin par la conduite dure 8c insupportable qu'il tint à l'égard de la reine, son épouse, ce qui fut cause de sa perte. Ce prince, zélé jusqu'à l'excès pour l'arianisme dont il taisoit profession, n'oublia rien pour engager Clotilde à embrasser ses erreurs; mais cette princesse, inviolablement attachée à la foi orthodoxe, résista également à ses caresses &i à ses menaces. Cette ^1,0^263'. résistance ne servit qu'à animer de plus en plus le faux zèle d'Amalaric, qui,

' Procope, de Bello Goth'ico, 1. r , c. i3. — Gré- 1. 2, c. 8. — A. de Valois, Rrrum Frcincicarum 1. 7, goirc de Tours, Hist. 1. 3 , c. 1 & 10. — Aimoin, p. 325.

voyant qu'il ne pouvoit rien gagner sur l'esprit de la reine son épouse, passa du mépris à la haine 8c de la haine aux dernières violences pour l'obliger à abandonner sa religion. Enfin il porta ses mauvais traitemens jusques à la couvrir un jour d'ordures 8t de fumier dans le temps qu'elle alloit à l'église des catholiques, 8c dans la suite jusques à la frapper 8<. la battre violemment. Cette princesse, à qui les coups réitérés du roi, son époux, causèrent un vomissement, ne pouvant supporter plus longtemps les insultes 5c les affronts qu'elle recevoit tous les jours de sa part, prit le parti de faire savoir aux princes, ses frères, la triste situation où elle se trouvoit. Se pour exciter leur compassion, elle envoya par un domestique affidé au roi Childebertun mouchoir teint de son sang. A la vue de ce spectacle, ce prince, indigné contre Amalaric, résolut d'aller délivrer sa sœur de ses mains, 8c comme ses frères étoient alors occupés à la guerre de Thuringe, il partit seul à la tête de ses troupes.

Childebert s'avança vers la Septimanie à laquelle Grégoire de Tours, 8c les historiens qui ont écrit après lui, donnent le nom d'Espagne, parce qu'effectivement cette province étoit comprise de leur temps sous le nom général d'Espagne dont elle faisoit partie, depuis que les rois visigoths eurent transféré le siège de leur royaume au delà des Pyrénées'. Childebert, sans s'amuser à prendre des places, marcha droit à Narbonne , ville capitale des États d'Amalaric, où il espéroit le surprendre.

LXXII, — Bataille donnée devant Narbonne. — Défaite, fuite £- mort

d'Amalaric.

Amalaric, informé de son côté des desseins de Childebert, après s'être mis en état de défense Se avoir fait équiper une flotte dans le port de Narbonne pour se retirer en Espagne, en cas de malheur, attendoit de pied ferme les François sous les murs de cette ville. Childebert, à son arrivée en présence de l'armée d'Amalaric, livra incontinent bataille à ce prince. Le choc* fut d'abord très-rude 8c le combat également sanglant de part 8c d'autre; mais enfin les François, supérieurs^ en cavalerie, ayant déconcerté 8c mis en désordre l'armée des Visigoths, la plupart de ces derniers demeurèrent morts sur la place. Les autres, obligés de chercher leur salut dans la fuite, voulurent alors se retirer sur la flotte; mais les François les ayant coupés, en firent un horrible carnage"*.

Selon le témoignage de Grégoire de Tours, 8c d'Aimoin après lui, Amalaric avoit déjà pris la fuite, aux approches de Childebert, 8c étoit prêt à se mettre en mer pour se retirer en Espagne, quand, se souvenant d'avoir laissé dans Narlyjnne une cassette remplie de pierreries 8c de bijoux, il revint sur ses pas pour la prendre; mais à son retour, se voyant enveloppé par les troupes

' Voyez tome II, Notes LXVI & LXVII. ' Aimoin, 1. 2, c. 8.

' V'icior de Tune, Chronicon, appenjix, * liiJ,

An 526

An53i

An 53 1

de Childebert qui lui fermoient le passage pour regagner sa flotte, & voulant, pour se sauver de leurs mains, se jeter dans une église de catholiques, il fut atteint, avant son entrée dans cet asile, par un soldat François qui le perça d'un coup de lance & le laissa mort sur la place'. Quelque respectable que soit le témoignage de Grégoire de Tours sur cette circonstance de la mort d'Amalaric, nous croyons cependant devoir lui préférer celui de quelques autres historiens qui assurent^ qu'Amalaric, s'étant enfui de Narbonne, se sauva par mer en Espagne, & que Theudis, qui commandoit dans ce pays en son absence & depuis longtemps cherchoit à s'emparer du trône, ayant soulevé contre lui les troupes, déjà fort mécontentes de sa fuite & de son peu de courage, un soldat françois selon les uns, ou visigoth selon d'autres, lui coupa la gorge au milieu du tumulte de l'armée''. Telle fut la fin tragique d'Amalaric, qu'on doit placer au mois de décembre de l'an 53 1. Il étoit alors dans la sixième année de son règne, ayant succédé, comme nous l'avons déjà dit, à Théodoric, son aïeul, au mois de septembre de l'an Siô'*.

Amalaric, malgré son zèle outré pour sa secte Se son aversion pour la religion orthodoxe, ne laissoit pas d'estimer & de respecter les évêques catholiques en qui il reconnoissoit une solide piété Se un mérite distingué, ce qu'il fit^ paroître en la personne de saint Dalmace, évêque de Rodez, son sujet. Ce prélat alors soumis, pour les raisons que nous avons déjà dites, au métropolitain de Narbonne qui l'avoit ordonné l'an 524, étant obligé d'aller dans cette dernière ville à la cour de ce prince, soit pour les affaires de son diocèse, Éd.origin. ou paur la défense des catholiques, en fut reçu avec de grandes marques de distinction : Amalaric lui fit plus d'honneur qu'il n'en faisoit aux évêques de sa secte pour lesquels il avoit une extrême vénération. Un accueil si extraordinaire donna lieu de croire que ce roi étoit catholique dans le cœUr, ou du moins qu'il n'étoit pas éloigné de le devenir; mais ses violences Se sa dureté à l'égard de la reine Clotilde, son épouse, font voir, ainsi que le remarque l'auteur de la Vie de saint Dalmace, que le respect de ce prince pour cet évêque étoit moins l'effet de son amour pour la religion catholique, que du changement que Dieu ayoit opéré dans son cœur envers ce saint prélat dont il vouloit faire respecter la vertu. Amalaric, à l'exemple du roi Alaric, son père, permit aux évêques catholiques de ses États de s'assembler St de tenir des conciles. Ceux d'Espagne tinrent le second de Tolède, au mois de mai de l'année 53i, qui fut celle de la mort de ce prince '^.

' Voyez tome II, Note LXVII. porain, il est difficile d'adopter une opinion. Le

° Isidore, CAronicon, p. 721 & seq. — Frédégaire, témoignage d'Isidore de Séville, quoique datant

Epttome, c. 35. — Victor de Tune, Cfironicon, ap- d'une époque bien postérieure, peut cependant

pendix, edit. Scaliger. paraître préférable. [A. M.]

' Nous ne voyons pas de raisons pour préférer * Voyez tome II, ?/o£e LXVII, n. 3 & suiv.

une version à l'autre i la mort d'Amalaric est pla- '' Vita S. Dalmalii. Le Cointe, ad ann. 624,

cée à Narbonne par les uns, à Barcelone par les n. 4.

autres; & en l'absence de tout témoignage contcm- '^ Voyez tome I!, Note LXVII, n. 5.

I,XXIII. — La ville de Narbonne livrée au pillage par Childehert. — Retour

de ce prince en France,

Childebert, content de la victoire qu'il avoit remportée sur Amalaric & du riche butin qu'il fit' dans Narbonne & dans les autres villes de la Septimanie dont il s'empara & qu'il livra au pillage, négligea de s'assurer de ces places : ainsi les Visigoths en demeurèrent toujours les maîtres. Parmi les dépouilles que ce prince emporta des églises de ce pays 8t dont il enrichit celles de ses Etats, on compte soixante calices & quinze patènes d'or pur, & enrichis de pierreries, & vingt textes des Evangiles, également riches, qu'il enleva de la seule ville de Narbonne. Quelques auteurs^ prétendent que ces vases étoient les mêmes que ceux que les Romains avoient enlevés du temple de Salomon & qu'ils avoient transportés à Rome; qu'Alaric I les avoit enlevés dans le sac de cette ville & qu'ils avoient passé depuis dans le trésor des rois visigoths, successeurs de ce prince. Quoi qu'il en soit, Childebert, après avoir ravagé la Septimanie, pillé les villes de cette province, délivré & vengé sa sœur Clotilde, prit la route de France dans le dessein d'y ramener cette princesse ; mais elle mourut en chemin. Ce prince fit transporter son corps à Paris, où il fut inhumé dans l'église de Saint-Pierre, auprès du roi Clovis, leur père.

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