‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 383 sur 553 · LXXV. — Guerre de Thierri, roi d'Austrasie, contre Theudis · texte numérisé non relu

LXXV. — Guerre de Thierri, roi d'Austrasie, contre Theudis

La crainte des armes ^ du feu roi Théodoric, l'alliance que Thierri avoit faite d'abord après la mort de ce prince avec Amalaric, son successeur, & enfin les diverses guerres que ce roi d'Austrasie avoit eues k soutenir contre divers peuples de la Germanie, ne lui avoient pas permis jusques alors de songer à reconquérir les places qui lui étoient tombées en partage après la mort du roi Éd.origin. Clovis , son père, &. que Théodoric & les Goths avoient reprises sur lui. Ce prince, ayant terminé heureusement la guerre de Thuringe, & voyant d'ailleurs le dérangement des affaires des Visigoths depuis la bataille de Narbonne, & l'éloignement de leur roi qui ne faisoit plus son séjour dans les Gaules, résolut de leur déclarer la guerre & de faire tous ses efforts nonseulement pour reprendre sur eux toutes ces places, mais encore pour les chasser entièrement des Gaules. Pour assurer le succès de cette entreprise, il proposa à Clotaire, son frère, roi de Soissons, de s'unir avec li^i & d'envoyer chacun une armée dans l'Aquitaine première & dans la Septimanie pour faire la conquête de ces provinces. Clotaire donna, ou du moins fit semblant de donner dans ce projet, &, ayant assemblé une armée, il en confia le commandement à Gonthier, son fils aîné, tandis que Thierri en mit une autre sur pied dont il donna la conduite au jeune Théodebert, son fils, prince plein d'ardeur & de courage.

LXXVI. — Conquêtes de Théodebert, fils de Thierri, dans l'Aquitaine £> dans

la Septimanie.

Ces deux armées marchèrent par diverses routes vers le Rouergue, frontière du royaume des Visigoths; mais à l'arrivée de Gonthier devant Rodez, ville capitale du pays, ce- prince, on ne sait par quel motif, rebroussa chemin, abandonna le soin de cette guerre à Théodebert & retourna en France avec ses troupes. La jalousie qui régnoit alors entre les princes françois, & leur attention à empêcher qu'aucun d'entre eux ne devînt supérieur aux autres,

' Le témoignage de Procope, auteur assez pos- trésors du temple de Salomon. Cependant il faut

térieur, éloigné du théâtre des événements qu'il aussi reconnaître que la chronologie de cette partie

racontait, ne peut en rien infirmer celui de Gré- de VHistoire de Grégoire de Tours est assez em-

goire de Tours ; d'ailleurs, son récit est défiguré brcfuillée. [A. M.] par des fables & des légendes telle que celle des ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 21 & suiv.

An 533

contribua, sans doute, beaucoup à la retraite de l'armée de Clotaire; car il paroît que ce prince voulut par là traverser l'agrandissement du roi Thierri, son frère, qui n'étoit déjà que trop puissant. Quoi qu'il en soit, Théodebert, loin d'être déconcerté de la retraite de Gonthier, son cousin, poursuivit sa pointe. Se par le moyen d'une intelligence secrète qu'il avoit ménagée avec les habitans catholiques de Rodez, il se rendit maître de cette ville avec d'autant plus de facilité que Theudis n'avoit alors aucunes troupes en campagne pour arrêter les progrès de ses armes. Après la prise de Rodez & du Rouergue, Théodebert marcha vers Lodève , dans la Septimanie , dont il s'empara avec la même facilité : la conquête de cette ville fit passer dès lors ses évêques sous la dépendance du métropolitain de Bourges, ce qui dura jusques à ce qu'elle fût reprise par les Visigoths. Théodebert s'avança ensuite dans le pays, & après avoir soumis tout le diocèse de Lodève', il alla attaquer le château de Dio [Deas) situé dans les montagnes du diocèse de Béziers, à deux petites lieues au sud-ouest de Lodève, l'emporta d'assaut 8c le mit au pillage.

LXXVn. — Prise du château de Cabnères. — Deutérie se rend à Théodebert

6" devient ensuite sa femme,

A trois lieues au midi de cette dernière ville, étoit un autre château extrêmement fort, appelé Cabrières {Capraria) , qui subsiste encore aujourd'hui dans le diocèse de Béziers, de même que celui de Dio, 8c que Théodebert résolut de soumettre. Le gouverneur*, plus occupé du soin de s'assurer une retraite, que de celui de défendre cette place, l'abandonna aux approches de ce prince 8c se retira à Béziers, après avoir mis à sa place sa femme 8c sa fille. La première, nommée Deutérie, 8c Romaine^, c'est-à-dire Gauloise de naissance, étoit d'une rare beauté 8c d'un esprit extrêmement adroit 8c insinuant j elle s'en servit utilement dans cette occasion. Théodebert ayant envoyé sommer la garnison de Cabrières de se rendre, avec menace, en cas de refus, de mettre le feu à la place &c de faire prisonniers tous ceux qui s'y trouveroient, cette dame, qui n'étoit pas en état de résister, le désarma par la manière dont elle se comporta à son égard : elle l'envoya complimenter 8c l'assurer qu'elle n'étoit pas dans le dessein de se défendre contre un prince à qui rien ne pouvoit résister; qu'elle se soumettoit à son obéissance 8c le reconnoissoit pour son seigneur; qu'en un mot, il n'avoit qu'à commander 8c qu'il seroit obéi'*. Théodebert, charmé de ce compliment, s'avança vers la place, y entra en ami 8c reçut la soumission des habitans auxquels il défendit de faire aucun mal. Deutérie s'étant ensuite présentée devant lui, il fut si épris de sa beauté que, sans respecter les liens sacrés du mariage qui l'attachoient à la reine Wisigarde, son épouse légitime, ni ceux qui lioient Deutérie à son époux, il en fit d'abord sa concubine, 8c quelque temps après son épouse.

' Voyez tome II, Note LXVIII, n™ 3 & 4. ' Frédégaire, Epltome 3<).

' Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 21 & suiv. ^ HiJ.

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LXXVIII. — Suite des conquêtes de Thcodehert. — Prise d'U-^ès

par ce prince.

Théodebert ne borna pas là ses conquêtes': il les poussa encore plus avant, mais nous en ignorons le détail. Il paroît seulement qu'il porta tout l'effort de ses armes vers le bas Languedoc Se le Rhône. On pourroit conjecturer Éd.origin. qu'il reprit le Toulousain, l'Albigeois & le Querci sur les Visigoths, supposé que Théodoric eût reconquis ces pays sur les François. Quoique nous n'ayons aucun monument depuis l'an 5o8 jusques après l'an 533 qui nous fasse connoître sous quelle domination étoit la ville de Toulouse durant cet intervalle, il est néanmoins très-vraisemblable que les François la possédèrent toujours depuis sa soumission à Clovis, 8t il n'y a aucun lieu de croire qu'elle eût été reprise par les Goths, 5c ensuite sur ces derniers par Théodebert.

Pour ce qui regarde le Querci, ce pays appartenoit à Thierri, roi d'Austrasie, lorsque ce prince fit un voyage en Auvergne, l'an 532, pour punir la révolte des peuples de cette province, car il exila alors à Cahors la mère' & la tante du sénateur Arcade qui avoit été le principal moteur de la rébellion, ce qui prouve que le Querci étoit de son domaine avant l'expédition de Théodebert. Nous savons^ d'ailleurs que ce pays appartenoit aux François l'an 533. Il ne reste donc que l'Albigeois dont ce prince ait pu faire la conquête de ce côté-là durant cette expédition ; il le soumit peut-être avec le Rouergue qui en est limitrophe.

Quoi qu'il en soit, Théodebert, après la prise du château de Cabrières, prit la route du Rhône, suivant Grégoire^ de Tours, Si entra en Provence. C'est alors qu'il dut reprendre la ville d'Uzès sur les Visigoths avec tous les pays qui sont au nord de cette ville, comme le Gévaudan Se le Vêlai, Si que Théodoric, roi d'Italie, avoit vraisemblablement reconquis sur les François, comme nous l'avons dit ailleurs'*. Il paroît, en effet, que quoique Thierri, fils de Clovis, eût étendu ses conquêtes après la bataille de Vouglé jusques au Rhône Si à la mer Méditerranée, Si qu'il eût soumis alors la ville d'Uzès, cette ville repassa bientôt sous la domination des Visigoths, ses anciens maîtres; mais depuis cette expédition de Théodebert, elle demeura toujours soumise aux rois d'Austrasie, ainsi qu'on le verra dans la suite. On pourroit aussi ajouter le Vivarais aux conquêtes de ce prince durant cette campagne, car ce pays lui étoit soumis deux ans après; mais il est plus vraisemblable qu'il l'acquit par le partage qu'il fit du royaume de Bourgogne avec les autres rois françois^. Nous ne doutons^ pas qu'il n'ait soumis aussi alors le château d'Ugernum, situé entre Nîmes Si le Rhône, que les Visigoths reprirent dans la suite ; c'est de ce côté-là qu'il entra sans doute en Provence.

' Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 12. ■* Voyez tome II, Note LXVIII, n'" i & î.

' Conciles, t. 4, c. lySS. '' Ihid. n"' 4 & 5.

' Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 23. " Ihid. n. 6.

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HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V. Syi

LXXIX. — Érection des évêchés d'Arsat^ en Aquitaine, de Carcassonne, de Maguelonne & d'Elne^ dans la Septimanie, sous les Visigoths.

Quoique ce prince eut réduit tout le Pvouergue sous son obéissance, ii paroît cependant que les Visigoths y demeurèrent en possession d'une quinzaine de paroisses situées dans les montagnes des Cévennes, vers les frontières du Gévaudan 8t de l'ancien diocèse de Nimes, que les François ne purent sans doute soumettre à cause de leur situation avantageuse'. Ce pays, qu'on ^ nommoit le pays d'Arsat ou de Larsat [pagus Arisitensis), d'un village ou bourg appelé Arisitum, qui en étoit le principal lieu, s'étendoit aussi alors, ou du moins s'étendit, à ce qu'il paroît, dans la suite, sur la partie de l'ancien diocèse de Nimes qui étoit située vers les frontières du Rouergue 8c du diocèse de Lodève, & qui comprenoit ce qu'on appela, dans les siècles postérieurs, la baronnie d'Yerle, connue dans les anciens monumens sous le nom de terra Arisdii ou Erisdii, nom qui approche fort de celui de pagus Arisitensis, dont cette baronnie étoit d'ailleurs limitrophe^. On prétend même que tout ce qui compose aujourd'hui le diocèse d'Alais, & qui a été démembré de celui de Nimes, faisoit anciennement partie du même pays d'Arsat.

Ce pays avoit titre d'évêché vers le milieu du sixième siècle; mais nous n'en connoissons pas l'origine'*. Nous avons lieu de croire que les Visigoths, qui demeurèrent les maîtres de ce pays, le firent ériger en évêché après que Théodebert leur eut enlevé la ville de Rodez, afin de conserver, dans ce qui leur restoit dans les Gaules, le même nombre de cités ou villes épiscopales qu'ils y possédoient avant les conquêtes de ce prince. Il paroît, en effet, que ces peuples firent ériger vers le même temps Carcassonne 8i Elne en cités ou évêchés, pour se dédommager de la perte des villes épiscopales de Lodève 8c d'Uzès que Théodebert leur enleva durant la même guerre'*. Nous ne doutons pas qu'ils n'eussent aussi fait ériger le siège épiscopal de Maguelonne pour suppléer à celui de Toulouse, après que le roi Clovis eut soumis cette dernière ville à sa domination. On ne sauroitdu moins faire remonter l'érec- Éd. origin. tion des évêchés de Maguelonne, de Carcassonne 8c d'Elne plus haut que le sixième siècle, comme nous l'avons déjà dit ailleurs.

Les Visigoths reprirent dans la suite la ville de Lodève sur les François; mais ceux-ci leur enlevèrent, d'un autre côté, le pays d'Arsat vers l'an 56o'''.

' Voyez tome II, Note LXVIII, n"' 7 Stsuiv. seul subsisté, il a donné ici le Vigan , comme il a

' Grégoire de Tours, Hht. 1. ."), c. S. donné Vic dans maints autres endroits. Voir au

' Le pagus Arisitensis ou plutôt la vicaria Arisi- tome VII de cette édition, dans la note sur la

te/isK devait son nom à la rivière d'Arre qui la tra- géographie de la Province, la description de la

versait. Cette petite contrée n'était point, comme vicaria Arisitensis, qui fut élevée un instant au

le croyaient les Bénédictins, le pays de Larsat, rang d'évêché. [E. M.]

ni la baronnie d'Yerle. Elle est représentée assez * Voyez tome II, Note LXVIII, n"' 7 & suiv.

exactement par l'arrondissement actuel du Vigan. ' Voyez tome II, Notes XXVI, XXVII, XXVIII

Le vicus Arisitum n'est autre que la ville même 81 XXXVII.

du Vigan. Le mot vicus, vicanus, viganus, ayant * Voyez tome II, Note LXVIII, n"' 7 & suiv.

An 533

Ce pays, qui fut uni au royaume d'Austrasie, appartenoit alors, à ce qu'on prétend, à la famille du sénateur Ansbert, originaire de Narbonne ou de la Narbonnoise première, qu'on fait descendre de l'illustre Tonance Ferréol , préfet des Gaules; ce magistrat possédoit en effet plusieurs terres dans le pays de Nimes, vers les frontières du Rouergue'. On ajoute que cette famille fit rétablir le chef-lieu du pays d'Arsat qui avoit été ruiné par les guerres, Si qu'elle en fit donation k l'église de Metz, à qui les rois d'Austrasie en confirmèrent^ la possession. Saint Aigulphe, évêque de Metz 8i frère d'Ansbert, y nomma pour évêque Déotarius, son frère, à qui Mundéric, leur neveu & fils d'Ansbert, succéda. Sous l'épiscopat de ce dernier, & vers l'an 570, saint Dalmace, évêque de R.odez, revendiqua ce pays, ou du moins la partie qui avoit appartenu anciennement à son diocèse; mais nous ne savons pas s'il obtint sa demande; ce qu'il y a de vrai, c'est que l'évêché d'Arsat subsista longtemps après, & qu'Emmon en étoit évêque l'an éiS. On ne trouve plus, depuis ce temps-là, aucun mémoire sur cet évêché. Il fut réuni sans doute aux diocèses voisins, & en particulier à ceux de Nimes ou d'Uzès, dont il paroît qu'il avoit été démembré pour la plus grande partie.

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