‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 384 sur 553 · LXXX. — Retraite des Visigoths dans les États de Theudis · texte numérisé non relu

LXXX. — Retraite des Visigoths dans les États de Theudis

On a déjà remarqué que Procope^ avoit confondu l'expédition de Théodebert, dont nous venons de parler, avec celle que Childebert avoit entreprise auparavant contre le roi Amalaric, & que cet auteur avance mal à propos que le premier soumit durant cette guerre tout le pays que les Visigoths occupoient dans les Gaules. Ces peuples se maintinrent, en effet, dans la plus grande partie de la Narbonnoise première jusques à l'irruption des Sarrasins, au commencement du huitième siècle; & si dans cette expédition Théodebert leur enleva, dans cette province, les diocèses de Lodève & d'Uzès avec quelques autres places des diocèses voisins, ils conservèrent tout le reste qui comprenoit les anciens diocèses de Narbonne & de Nimes 8c ceux de Béziers, d'Agde, de Maguelonne, de Carcassonne & d'Elne. Procope aura voulu sans doute faire entendre que les François reprirent alors sur les Visigoths tout ce que Théodoric, roi d'Italie, leur avoit enlevé dans les Gaules après la mort de Clovis, & cet historien a eu raison dans un sens, parce que de son temps on comprenoit dans l'Espagne la Septimanie, la seule province des Gaules dont les Visigoths demeurèrent les maîtres.

■ Cette histoire du sénateur Ansiert, qu'on fait nages qui n'ont de réalité que dans son imagi-

descendre de Tonance Ferréol, préfet des Gaules, nation. Il faut effacer de l'histoire tous ces détails

est apocryphe. C'est Dominici qui, dans son ou- & tous ces degrés de parenté entre saint Aigul-

vrage intitulé Anshertus redivivus, a soudé, à l'aide phe, évêque de Metz, Ansbert, Déotarius & Mun-

de pièces fausses & de légendes auxquelles il fait déric. [E. M.]

dire plus qu'elles ne renferment, l'histoire de ' Le Cointe, ad ann. Ô69, n. 27. — Dominici,

Metz & des bords du Rhin à celle des bords du Anshertus redivïvus.

Rhône. Cet auteur a créé une foule de person- ' Procope, de Bello Gothico, 1. 1 , c. |3.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V. SyS — . ,„

' An 533

Ce même historien ajoute que tous les Visigoths qui se trouvèrent dans les places conquises par les François eurent la liberté de se retirer avec leurs femmes & leurs enfans dans les Etats de Theudis, leur roi; en sorte que, depuis leur retraite, les Gaules ne furent occupées que par les François St par les Ostrogoths qui possédoient alors la Provence, c'est-à-dire, suivant le sens qu'on peut donnera cet auteur, que tous les Visigoths qui étoient établis dans les places conquises par Théodebert passèrent dans la Septimanie ou au delà des Pyrénées. La liberté que Théodebert donna à ces peuples de se retirer sans obstacle chez leurs compatriotes prouve, ce semble, que les villes dont il fit la conquête se soumirent volontairement aux François; on sait' que celle de Rodez ouvrit ses portes à ce prince, tant les peuples souHroient impatiemment la domination des Visigoths ariens.

LXXXI, — Entrée de Théodebert en Provence. — Son retour à Mef^ où il succède à Thïerrï, son père, — Son mariage avec Deutérie.

Il paroît que Théodebert, après avoir terminé son expédition dans la Septimanie et avoir passé^ le Rhône, fit quelque tentative sur la ville d'Arles, capitale des États des Ostrogoths en deçà des Alpes; nous savons du moins que les habitans de cette ville, pour se racheter sans doute du pillage & prévenir le dégât que l'armée de ce prince auroit pu faire dans leur campagne, lui donnèrent des otages; mais les Provençaux ayant reçu^ peu de temps après un puissant renfort d'Ostrogoths, il fut obligé de s'éloigner. Il avoit d'ailleurs alors un pressant motif d'interrompre ses exploits, sur l'avis qu'il reçut de la maladie du roi Thierri, son père, & des mesures que les rois Childebert Se Clotaire, ses oncles, prenoient déjà pour s'emparer de l'Austrasie ^'l'°"f^i après sa mort. Il partit donc en diligence 8t prit la route de Metz, capitale du royaume d'Austrasie. En passant par Clermonf*, en Auvergne, la crainte qu'il eut d'irriter le roi son père 8c de s'attirer le mépris de ses sujets, s'il amenoit avec lui Deutérie, sa concubine, lui fit prendre le parti de la laisser dans cette ville, avec la fille qu'elle avoit eue de son premier & légitime mari. Peu de temps après l'arrivée de Théodebert à Metz , le roi Thierri mourut dans cette ville, au commencement de l'an 534, i-l^ns la vingt-troisième année de son règne. Quelques auteurs'' prétendent qu'il avoit épousé en premières noces une fille d'Alaric II, roi des Visigoths, dont il eut Théodebert qui lui succéda; mais nous n'avons rien de certain touchant cette alliance.

Ce prince eut à peine expiré , que Théodebert, son fils & son successeur, répudia Wisigarde, son épouse légitime, & sans s'embarrasser du double adultère qu'il alloit commettre, il fit venir Deutérie, de Clermont, 8c l'épousa publiquement. Cette nouvelle reine, craignant alors que sa fille qu'elle avoit

' Vita s. Dalmatii. * Grégoire de Tours, 1. 3, c. j.3 & 27.

' Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 23. ' Hist. généal. de la maison Je France, ^ édi-

' Cassiodore, I. 11, eplst. i. tion, t. i,p. i5.

An 034

An 5.>4 ' '

emmenée avec elle n'inspirât par sa beauté de l'amour à Tbéodebert dont elle connoissoit le foible, résolut de s'en défaire. Elles étoient l'une Se l'autre à Verdun, quand un jour la fille étant montée Sur un char appelé basterne, 8t traîné par deux taureaux, le cocher que Deutérie avoit sans doute gagné, passant sur le pont de cette ville, piqua si vivement ces deux animaux qu'ils se précipitèrent dans la rivière & entraînèrent avec eux le char &<. la fille de Deutérie qui périt ainsi misérablement.

Dieu ne laissa pas ce crime impuni : Tbéodebert, touché des remontrances des seigneurs de sa cour & du murmure des peuples sur le commerce scandaleux qu'il entretenoit depuis sept ans avec Deutérie, la renvoya enfin pour toujours, après en avoir eu un prince à qui on donna le nom de Théodebalde £<. qui fut son successeur. Tbéodebert reprit Wisigarde, sa première & légitime épouse, en prit une autre après son décès, & ne pensa plus à Deutérie qui revint sans doute rejoindre son premier mari, qu'on prétend être Tonance Ferréol , fils du préfet des Gaules de même nom, ce qui n'a aucune vraisemblance.

LXXXIT. — Fin du royaume de Bourgogne. — Réduction du Vivarais sous l'obéissance des François,

Tbéodebert eut une nouvelle occasion d'étendre les limites de ses Etats du côté du Pvhône par l'acquisition qu'il fit du Vivarais peu de temps après son avènement à la couronne d'Austrasie. Ce pays dépendoit du royaume de Bourgogne dont Godomar avoit été dépouillé après la bataille de Véseronce, & que ce prince avoit trouvé moyen de recouvrer' dans la suite, soit par quelque traité qu'il avoit fait peut-être avec les rois françois qui lui avoiertt rendu les pays dont ils s'étoient emparés, soit par la restitution^ qu'il avoit obtenue d'Amalasunthe , mère & tutrice du jeune Athalaric, roi des Ostrogoths, qui l'avoit remis en possession de toutes les places que Théodoric, son père, lui avoit enlevées à la droite de la Durance. Godomar régnoit ainsi paisiblement^ sur toute la Bourgogne, lorsque les rois Childebert & Clotaire se liguèrent contre lui l'an 532 & lui déclarèrent la guerre, dans la vue de le dépouiller de nouveau de ce royaume & de s'en emparer. Ils communiquèrent leur dessein à leur frère Thierri, qui régnoit en Austrasie, S<. n'omirent rien pour le faire entrer dans cette ligue, ce que ce roi refusa généreusement. Ils entrèrent néanmoins en Bourgogne où ils prirent quelques places; mais voyant enfin que leurs seules forces'^ ne suffisoient pas pour détrôner Godomar, ils engagèrent, deux ans après, le roi Tbéodebert, leur neveu, à s'unir avec eux. Il fut aisé alors à ces trois princes de vaincre le roi de Bourgogne; ils le dépouillèrent, en effet, de tous ses Etats, qu'ils partagèrent entre eux, 8c mirent fin par là au royaume des Bourguignons qui

' Grégoire de Tours, ///5(. 1. 3, c. 6 St i i . ^ Grégoire de Tours, 1. 3, c. <5 & i i .

' Cassiodore, 1. w^rpin. i. ' Marins d'Avenche, CAroniton, p. 2 i 3.

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subsistoit dans les Gaules depuis environ cent vingt ans, & dont Godomar fut le dernier roi.

Suivant Grégoire de Tours, Childebert 8c Clotaire partagèrent seuls tout le royaume de Bourgogne; mais Marius d'Avenche, auteur du pays & contemporain, assure que Théodebert y eut sa part. Nous voyons', en tfffet, par les souscriptions des évêques Hilaire de Gévaudan, Deutérius de Lodève, & Venance de Viviers, qui assistèrent au concile de Clermont, tenu l'an 535, que ce prince étoit alors maître de tous ces pays^. Il dut donc avoir le Vivarais, pour sa part du royaume de Bourgogne, avec les diocèses^ d'Autun & de t^f;p"f6g. Châlons-sur-Saône, membres du même royaume, sur lesquels nous savons qu'il régna, & que Godomar possédoit avant sa dernière défaite.

Le Vivarais convenoit d'autant mieux à Théodebert, que ce pays étoit voisin de l'Auvergne, du Velai , du Rouergue, du Gévaudan & du diocèse d'Uzèsdontil étoit maître. Ce prince porta encore plus loin bientôt après les limites de ses États de ce coté-là, par la cession"* que Witigez, roi des Ostrogoths d'Italie , fit de la Provence aux princes françois, l'an 536, pour les détourner de se joindre à l'empereur Justinien qui lui avoit déclaré la guerre. Théodebert partagea cette province avec les rois Childebert & Clotaire, ses oncles; ce qui fit que toutes les Gaules furent désormais soumises aux François, à la réserve de la Septimanie, qui resta toujours aux rois visigoths jusques au huitième siècle.

LXXXIII. — Famille de Tonance Ferréol. — Rorice &■ saint Firmm,

évêques d'U-^ès.

Depuis la prise d'Uzès par Théodebert, le siège épiscopal de cette ville avoit passé, selon l'usage de ce temps-là, sous la juridiction^ du métropolitain de Bourges, qui étoit alors le plus voisin de ceux de la monarchie francoise; mais après que les François turent maîtres de la Provence par la cession dont on vient de parler, ce siège épiscopal passa sous la dépendance de la métropole d'Arles, parce qu'elle en étoit la plus voisine.

L'église d'Uzès étoit alors gouvernée* par Rorice, homme également respectable par son âge, d'environ quatre-vingts ans, &. par sa famille, l'une des plus considérables de la Narbonnoise 8c même des Gaules, car on assure qu'il étoit trère, ou plutôt fils de Tonance' Ferréol, préfet des Gaules, du temps de Théodoric I, roi des Visigoths. Rien ne marque mieux la modestie de Rorice que la répugnance qu'il témoigna à se charger du fardeau de l'épiscopat lors-

■ Conciles, t. 4, c. l8o5. ^ Lambeciiis, Vita i Firminl, in Commentariis

' Voyez tome II, Note LXVIII,n. 5. Je iiiliotheca Caesarea Vindobonensi , t. 2, p. 914.

' Daniel, Histoire de France, t. 1, p. 88. — Le Cointe, ad ann. 641 j ad ann. 528, n. 4J

■• Procope, Historia Gothorum, 1. 1 , c. |3. ad ann. SSy, n. 5. — Gallia Christiana, t. 4, c. 710 ' yita S. Firmini, apud Lambecium, Commen- & seq. & c. 1 144. — Baillet, Vies des saints, 1 1 oc-

tariorum de tibliotheca Caesarea Vindobonensi li~ tobre. — Du Bouchet, Geneal. domus Franciae. —

bri VIII, t. 1, p. 914. Dominici , Ansbertus redivivus.

An 5J6 '

qu'il fut élu pour succéder à Probatius, son prédécesseur, dont on trouve la souscription au concile d'Agde, tenu l'an 5o6. L'unique soin de Rorice, après son élection, fut de remplir tous les devoirs de son ministère & d'inspirer, par ses exemples autant que par ses discours, l'amour de la vertu à son peuple. On attribue à la force de ses prières Se au mérite de ses jeûnes la cessation de la peste & de plusieurs autres fléaux dont son diocèse & ceux des environs furent affligés de son temps.

Ce prélat étoit déjà avancé en âge quand son frère aîné, Tonance Ferréol, qui faisoit son séjour à Narbonne, lui envoya Firmin, l'un de ses enfans, pour être élevé sous ses yeux Se sous sa conduite. Celui-ci étoit frère puîné, à ce qu'on prétend, du célèbre Ansbert, mari de Blitilde, d'où plusieurs de nos généalogistes font descendre nos rois de la seconde race, & d'où descendent même, suivant quelques-uns, ceux de la troisième. On donne encore à Firmin plusieurs autres frères, Se en particulier saint Aigulphe ou Agilulphe, évêque de Metz, Déotarius, évêque d'Arsat, en Rouergue, qu'on met au nombre des saints, & Gamardus ou Babo, aïeul paternel de sainte Sigolène, abbesse de Troclar, en Albigeois. Rorice, qui étoit évêque d'Uzès quand Tbéodebert fit son expédition dans la Septimanie, contribua peut-être à faire passer cette ville sous la domination de ce prince. 11 paroît que la famille de ce prélat, supposé que ce soit la même que celle d'Ansbert, mari de Blitilde, Se de saint Arnould, évêque de Metz, comme on le prétend, secoua bientôt après le joug de la domination des Visigoths Se abandonna le séjour de la Narbonnoise première pour s'établir dans le royaume d'Austrasie, où elle posséda de grands biens Se où elle obtint diverses charges considérables. Ansbert, qu'on fait neveu de Rorice, fut entre autres honoré de la dignité de duc d'Austrasie qui passa à sa postérité. Se Aigulfe, frère de ce dernier, parvint à l'évêché de Metz, capitale de ce royaume, évêché qui fut comme héréditaire dans sa maison pendant l'espace de plus d'un siècle '.

Firmin, après avoir quitté la ville de Narbonne, sa patrie, vers l'an SiS,

se retira à Uzès auprès de l'évêque Rorice, son oncle, avec un de ses neveux,

nommé Ferréol, dont nous parlerons dans la suite. Il fit un égal progrès dans

la piété Se dans les sciences ecclésiastiques, ce qui lui mérita d'être élu évêque

par le clergé Se le peuple de cette ville, après la mort de son oncle, laquelle

arriva l'année 538, environ la quatre-vingt-unième de son âge. Firmin n'étoit

alors que dans sa vingt-deuxième ; mais son mérite Se ses vertus suppléèrent

Éd. origin. au défaut de son âge. Sa réputation de sainteté le fit connoître bientôt après 1. 1, p. 270. £> i '

' Sans entrer dans une discussion approfondie il nomme Ferréol & Industria, le père & la mère

de cette question difficile, remarquons que toutes de saint Firmin, le fait naître à Narbonne & le

ces alliances ont été imaginées par les généalo- met au nombre des parents de Rorice (ex progenie

gistes qui voulaient faire descendre la maison de sua) ^ tout le reste est de l'invention de Du Bou-

France d'une des plus célèbres familles de la Gaule chet, Dominici, Jourdain, &c. La vie de saint

romaine, celle des Ferréol; le fragment de vie de Firmin a été publiée de nouveau par les BoUan-

saint Firmin, que nous possédons, à supposer dlstes ; octobre, t. 6, p. 640-641. même qu'il soit authentique, n'en dit pas si long : [A. M.]

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V. Syy

clans les pays étrangers, & la sagesse de son gouvernement, durant près de seize années d'épiscopat, jointe à des vertus éclatantes, le fit mettre au catalogue des saints après sa mort, qui arriva le onzième d'octobre de l'année 553 de J.-C, 8t la trente-septième de son âge. L'époque de sa mort sert à fixer celle du second concile ' de Parts, auquel il souscrivit, & où il se trouva par ordre du roi Childebert, ce qui fait voir que ce concile dut se tenir avant l'an 555, qui est le temps auquel le P. Sirmond l'a fixé. Ce prélat, dont Dieu fit connoître la sainteté après sa mort par un grand nombre de miracles, avoit assisté pendant sa vie à divers autres conciles tenus dans les États des François, preuve que la ville d'Uzès demeura toujours sous la domination de ces peuples, depuis la conquête que Théodebert en avoit faite.

LXXXIV. — Saint Venance , évêque de Viviers. — Saint Chély ou Hilaire, i,- Êvanthius, évêques de Gévaudan. — Saint Germier, évêque de Toulouse.

On voyoit alors, dans la portion des Gaules comprise aujourd'hui dans le Languedoc, plusieurs autres évêques, respectables par leur mérite Si leur sainteté, entre autres saint Venance, évêque de Viviers, Se saint Hilaire, évêque de Javoux ou de Gévaudan^, qui assistèrent l'un & l'autre au concile de Clermont, tenu l'an 535, comme on a déjà dit. Le vulgaire donne communément le norri de Chély au dernier; on conserve ses reliques dans l'abbaye royale de Saint-Denis, en France.

On croit^ que ce fut après la mort de ce saint évêque de Gévaudan que se passa ce que Grégoire de Tours rapporte'* d'un prêtre nommé Évodius, lequel étant élu évêque de cette église St sur le point d'être sacré, se vit obligé de se retirer Si de prendre la fuite, à la vue du peuple qui se souleva contre lui. Le même historien assure que ce fut une punition des mauvais discours qu'il avoit tenus contre saint Gai , évêque de Clermont. Saint Hilaire eut pour successeur dans son siège Évanthius^, dont nous trouvons la souscription avec celle de Firmin, évêque d'Uzès, au quatrième concile d'Orléans, tenu l'an 541.

Nous dirons ici un mot, par occasion, de saint Germier {Geremarus)^ évêque de Toulouse, qui peut avoir été contemporain de ces prélats, 8c sous le gouvernement duquel on vit fleurir la religion dans cette ville. C'est tout ce que nous savons"^ de plus certain de la vie de ce saint, car ses actes, qui paroissent avoir été écrits à la fin du onzième siècle, sont trop interpolés pour être de quelque autorité. Il tut inhumé dans un lieu appelé Doz, voisin de Muret 81 situé sur la Garonne, dans le diocèse de Toulouse^. On y bâtit un monastère qui prit le nom de ce saint, 81 dont il fut peut-être le fondateur. Ce monastère devint dans la suite titre de prieuré conventuel, dépendant de

' Conciles, t. 5, c. 812. '' Grégoire de Tours, V'ttae Patrum, c. 6.

' Callia Christiana , nov. edit. t. 1, c. 86 & seq. ' Conciles, t. 5, c. SSy.

— Bollandistes, mars, t. i, p. 35o. " Bollandistes, 16 mai.

' Le Cointe, ad ann. ,')35, n. 33. " Voyez tome II, Note LXIX.

An 538

An 541

An J41 '

l'abbaye de Lézat'. Les reliques de saint Gennier, qu'on y conservoit, furent, depuis, transtérées dans l'église de Saint-Jacques de Muret dont ce lieu est peu éloigné.

LXXXV. — Démêlés de Léon, évêque d'Jgde, avec le comte Gomacharîus,

Léon, évêque d'Agde, qui vivoit sous la domination des Visigoths, n'étoit ni moins illustre, ni moins zélé que ceux dont nous venons de parler. Ce prélat eut des démêlés considérables avec Gomacharius, comte ou gouverneur de la ville d'Agde & du reste de ce diocèse, sovis l'autorité des rois de la même nation, maîtres de la Septimanie. Ce comte^, qui étoit arien, ainsi que tous les Visigoths, & qui, par conséquent, ménageoit peu les catholiques, avoit usurpé un bien de l'église d'Agde. Léon, évêque de cette ville, ne croyant pas devoir souffrir cette usurpation, l'alla trouver 8c lui dit : « Mon fils, prenez « garde de ne pas retenir le patrimoine des pauvres, 8t craignez que les « larmes de ces malheureux à qui vous l'enlevez ne vous attirent la malé- « diction de Dieu, & peut-être aussi la mort. » Gomacharius, peu sensible à ces remontrances, persista dans son usurpation jusques à ce que se sentant attaqué d'une grosse fièvre qui le réduisit à l'extrémité, il reconnut sa faute 8t fit prier Léon de vouloir demander à Dieu le rétablissement de sa santé, avec promesse de lui faire rendre le champ qu'il détenoit injustement. Ce prélat fit sa prière & obtint la guérison du comte.

Celui-ci, se voyant délivré du péril, dit aux Visigoths qui étoient auprès de lui : « Que diront de moi les Romains? Ils regarderont sans doute ma maladie « comme un juste châtiment de la détention de la terre que j'avois usurpée; « mais qu'ils sachent que je ne la relâcherai jamais, car je suis persuadé que « ma maladie m'est venue naturellement. » Léon, informé du discours du Éd. origin. comte , fut le trouver pour lui reprocher l'inexécution de ses promesses & l'exhorter à prévenir un nouveau châtiment de la part de Dieu, par la restitution du champ qu'il avoit usurpé. A cette exhortation, Gomacharius répondit : « Taisez-vous, vieux insensé, je vous ferai garrotter sur un âne, je vous « ferai promener par toute la ville & vous exposerai ainsi à la risée publi- « que. » Léon, ne jugeant pas à propos de répondre à cette menace, se rendit à l'église de Saint-André, où on conservoit les reliques de ce saint apôtre, 8t là, s'étant prosterné & mis en prière, il célébra les vigiles & passa toute la nuit ou à psalmodier ou à gémir sur la mauvaise disposition du comte. Le matin, le saint évêque s'étant approché des lampes de l'église, les brisa avec son bâton pastoral en disant : n Que la lumière ne brille plus dans ce lieu jusqu'à ce « que Dieu tire vengeance de ses ennemis & qu'il oblige l'usurpateur de « rendre à sa maison les biens qu'il a usurpés. » Léon eut à peine prononcé

' Les titres de Saint-Gennler de Muret entré- d'hui à la Bibliothèque nationale, lat. 91 89. [A. M. 1 rent, au treizième siècle, dans la composition du ' Grégoire de Tours, de Gloria martyrum , 1. 1,

cartulaire original de l'abbaye de Lézat, aujour- c. 79.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. V, Syq — [

' '' An 541

cette espèce d'interdit que Gomacliaiiiis, étant tombé en rechute, fut réduit aux abois. Il fit supplier alors ce saint prélat de vouloir encore demander sa guérison, avec promesse, s'il l'obtenoit, de rendre non-seulement le champ injustement détenu, mais d'en donner aussi un autre. Pour toute réponse, Léon se contenta de dire aux envoyés : J'ai prié le Seigneur, t- il m'a exaucé. Cependant le comte fit solliciter l'évêque une seconde fois d'intercéder pour lui auprès de Dieu; mais ce prélat, sourd à ses demandes, ne lui répondit rien. Gomacharius se voyant mourir, se fit mettre sur un chariot, & s'étant fait conduire à Léon, il le supplia pour la troisième fois de vouloir s'intéresser pour sa guérison & lui dit : Je rends le double de ce que j'ai usurpé; je demande seulement que votre sainteté intercède pour moi auprès du Seigneur. Léon persistant toujours dans son retus, le comte le força de le mener à l'église 5 mais il fut à peine arrivé à la porte, qu'il expira. C'est ainsi que l'église d'Agde rentra enfin dans la possession des biens que ce comte avoit usurpés.

LXXXVL — Guerre des rois Childebert £• Clotairc contre Theudis,

Il paroît que Théodebert , roi d'Austrasie, content des conquêtes qu'il avoit faites sur les Visigoths, vécut dans la suite en paix avec eux ; mais il n'en fut pas de même des rois Childebert Si Clotaire, ses oncles. Ces deux princes françois, divisés auparavant entre eux, s'étant réunis', se liguèrent ensemble contre le roi Theudis, on ne sait par quel motif, & portèrent la guerre jusque dans le cœur de l'Espagne. Après avoir passé les cols des Pyrénées du côté de la Navarre 81 s'être emparés de Pampelune, ils marchèrent y^^^ - 3 vers Saragosse Se en firent le siège; mais ils furent obligés de le lever le troisième jour.

Le mauvais succès de cette entreprise ne les empêcha pas de courir 8c de ravager toute la Taragonnoise 8c la plus grande partie du reste de l'Espagne, jusqu'à ce que Theudis, voulant arrêter leurs courses, fit marcher contre eux une puissante armée, sous la conduite de Theudiscle. Ce général, les ayant rencontrés, les attaqua 8c les défit entièrement, 8c voulant ensuite leur couper leur retour dans les Gaules, il fit occuper tous les passages des Pyrénées. La perte du reste de l'armée françoise 8c la prise de ces deux princes étoient infaillibles, si le général visigoth, gagné par une somme considérable, ne leur eût laissé le passage libre durant un jour Se une nuit; mais, ce temps expiré, ceux d'entre les François c[ui ne purent profiter de cette liberté furent passés au fil de l'épée.

' Grégoire de Tours, Hist, 1. 3, c. 27 & 29. — Chronlcon, appcniix. — Jornandès, Je Reius Get — Isidore, Chronicon , p. 722. — Victor de Tune, cis, c. 53.

Vers 543

58o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V,

LXXXVII. — Expédition de Theudis en Afrique. — Mon de ce prince.

Les François, au rapport d'un historien' moderne, eurent bientôt après leur revanche sur les Visigoths par la prise de la petite ville de Cette, en Languedoc ; mais il est certain, par le texte d'Isidore, le seul ancien historien qui tasse mention de cette dernière expédition, que ce n'est point de Cette, en Languedoc, dont il s'agit, mais de Ceuta, en Afrique, dont Theudis, roi des Visigoths, & non pas Childebert, roi des François, fit le siège ^. Voici à quelle occasion :

L'empereur Justinien, après avoir repris l'Afrique sur les Vandales^, dès l'an 534, par la valeur de Bélisaire, l'un des plus grands capitaines de son siècle, donna ordre à ce général, l'année suivante, de porter ses armes dans l'Italie, tant pour venger la mort de la reine Amalasunthe, que Théodat, roi des Ostrogoths , avoit fait périr, que pour remettre cette ancienne partie de l'Empire sous son obéissance. Bélisaire, conformément aux ordres de Justinien, entra en Italie Se y fit des progrès considérables pendant la guerre qu'il

i':d oriRin. entreprit contre les Ostrogoths. Il avoit déjà réduit ces peuples aux dernières extrémités lorsqu'il fut rappelé, en 540, par le même empereur qui l'employa contre les Perses.

Après le départ de Bélisaire, le trùne des Ostrogoths fut comme vacant par l'absence de Witigez, successeur de Théodat, que ce général avoit fait prisonnier, Se. qu'il emmena à Constantinople. Les Goths, embarrassés"* sur le choix d'une personne capable de les gouverner 8c de succéder à Witigez, jetèrent d'abord les yeux sur Vraïas, un de leurs meilleurs capitaines; mais celui-ci s'étant excusé d'accepter la royauté, ils élurent Ildebaud, personnage illustre St parent de Theudis, roi des Visigoths. Ils se déterminèrent principalement à ce choix sur l'espérance que ce dernier, se trouvant uni par les liens du sang avec leur nouveau roi, leur donneroit du secours dans la triste situation de leurs affaires. Theudis fit, en effet, diversion en faveur des Ostrogoths, S\ envoya une puissante flotte sur les côtes d'Afrique, où elle s'empara entre autres de la ville de Ceuta, située vers le détroit [Océan i fréta) de Gibraltar 5. Les troupes impériales reprirent bientôt après cette place & en chassèrent les Visigoths. La guerre que les François portèrent jusque dans le cœur de l'Espagne

Vers 54'-, empêcha Theudis de songer à. recouvrer cette ville. Ce prince, étant'' délivré des armes des rois Childebert & Clotaire, équipa une nouvelle flotte, & lui ayant fait passer le détroit, il entreprit le siège de Ceuta qui fut poussé avec toute la vigueur possible. Mais un jour de dimanche, dont les Visigoths étoient fidèles observateurs, ces peuples ayant suspendu leurs travaux 8c leurs attaques, les assiégés, moins scrupuleux, profitant de leur inaction, firent sur

' Daniel, Histoire de France^ t. i, p. i M. ^ Procope, de Beîîo Gothico, 1. 2 suh fine.

' Voyez tome II, Note LXX. ' Isidore, Chronicon, p. 722.

' Procope, Je Bello Vandalico & Gothico. ^ Ihid,

Vers 5ij5

eux une si vigoureuse sortie, que les ayant attaqués en même temps par mer & par terre, ils les taillèrent en pièces, en sorte que pas un seul n'échappa pour porter en Espagne la nouvelle de leur défaite.

Le roi Theudis, à qui cette perte fut sans doute très-sensible, mourut quelques années après d'une mort tragique, 8c vraisemblablement à Barcelone, où il paroît qu'il faisoit son séjour ordinaire, car la ville de Tolède ne devint le siège ' des rois Visigoths que sous le règne d'Athanagilde. La mort de ce prince fut la juste punition^ de celle du roi Amalaric, son prédécesseur, à laquelle il avoit eu beaucoup de part. Un homme de son palais, qui contre- 7 TT" faisoit le fou, se jeta sur lui dans le temps qu'il y pensoit le moins & lui porta des coups mortels. Theudis, se voyant alors sans ressource, défendit avant que d'expirer de punir son assassin, parce que, dit-il, ma mort est la juste punition du crime que j'ai autrefois commis en faisant mourir mon maître, ce qu'on entend du roi Amalaric. C'est ainsi que périt ce prince ambitieux, après un règne de seize ans & six mois.

LXXXVin. — Théodehalde, roi d'Austrasie, 6- Theudiscle, roi des Visigoths, maîtres de la plus grande partie de la Province.

La mort de Theudis avoit été précédée de celle de Théodebert, roi d'Austrasie. Celui-ci, l'un des plus grands princes de son temps, s'étoit signalé par ses conquêtes. Il avoit enlevé aux Visigoths une partie de l'Aquitaine première & de la Septi manie ou Narbonnoise, avant que de commencer son règne; il le finit après avoir soumis une partie de l'Italie, à la faveur de la guerre que les Grecs Si les Goths se faisoient au sujet de ce pays. Théodebert méditoit de nouveaux exploits au delà des Alpes, quand la mort l'enleva^, l'an 647, la quatorzième année de son règne. Théodehalde, son fils unique, qu'il avoit eu de Deutérie, lui succéda à l'âge de treize ans, malgré sa naissance illégitime, 8<. fut reconnu des Austrasiens par l'autorité des ministres fidèles dont Théodebert, son père, avoit eu soin de faire choix Si qu'il lui avoit laissés pour son conseil. Il paroît cependant, par les souscriptions"* du cinquième concile d'Orléans, que le roi Childebert convoqua au mois de novembre de l'an 549 Si auquel assistèrent Firmin d'Uzès, Mélanius d'Albe ou de Viviers, Se Ambroise d'Albi, avec plusieurs autres évêques d'Austrasie, que ce prince étoit alors reconnu pour souverain dans une grande partie de ce royaume, ce qui pourroit donner lieu de croire qu'il s'empara, après la mort de Théodebert, son neveu, de la plupart des provinces méridionales qui en dépendoient. Mais il n'est pas certain que les évêques qui assistèrent au cinquième concile d'Orléans fussent tous sujets de Childebert'' 5 car il paroît que c'étoit plutôt

' A. de Valois, Rerum Francicarum I. 7, p. B/i?. ' P-ig'i Critica, ad ann. 552, n"' 21 8c seq.

' Isidore, Chronicen, p. 722. — Jornandès, de * Conciles, t. 5, c. 397 & suiv,

Reius GeticU, c. 58. — Victor de Tune, Chronicon, ' Ihid, appenJix,

An 549

An 549

un concile national, composé des évêques de tous les Etats qui appartenoient Éd.oripin. aux Frauçois. Que si, dans les actes, il n'est fait mention que du roi Childebert, c'est sans doute parce que ce concile fut tenu dans une ville de sa domination. On doit en dire de même, ce semble, du second Se du troisième conciles de Paris assemblés vers la fin du règne de ce prince.

Après la mort de Theudis, la partie de la Province' soumise aux Visigoths eut pour roi le général Theudiscle ou Theudiscule, le même qui s'étoit opposé à la retraite de Childebert St de Clotaire dans le temps de leur expédition en Espagne. Ce nouveau roi qui, selon quelques-uns^, étoit fils d'une sœur du fameux Totila, roi des Ostrogoths, avoit de grands défauts, mais surtout une avidité insatiable pour l'argent & un penchant extrême pour la débauche. Sa vie licencieuse donna lieu aux principaux de sa nation de conspirer contre lui & de prévenir leur propre perte, qu'il avoit résolue après avoir enlevé Si déshonoré leurs femmes. Ce prince étoit au milieu d'un magnifique souper qu'il donnoit à Séville, où il faisoit son séjour ordinaire, lorsque les conjurés, étant entrés dans la salle du festin Se ayant éteint les flambeaux, se jetèrent sur lui Se lui ôtèrent^ la vie. Son règne ne fut que d'un an Se quelques mois.

LXXXIX. — Agila, roi des Visigoths^ dépossédé par Athanagilde.

An 552

Le règne d'Agila, son successeur, ne fut ni plus heureux ni plus paisible. Les violences de ce nouveau roi des Visigoths Se ses injustices lui attirèrent d'abord la haine de ses sujets Se ensuite leur rébellion. Plusieurs'* seigneurs prirent ouvertement les armes contre lui Se entraînèrent dans leur révolte les habitans de Cordoue, qui, après avoir formé un corps d'armée, marchèrent contre lui Se lui présentèrent bataille. Ce prince l'ayant acceptée, fut entièrement défait Se obligé de se retirer à Mérida, après avoir perdu son fils dans l'action Se. la meilleure partie de son trésor qui lui fut enlevé. Les rebelles, enflés du succès de cette bataille, mirent à leur tête Athanagilde, l'un des principaux d'entre eux. Ce seigneur, flatté de cette marque de distinction, crut pouvoir parvenir au trône à l'exemple de Theudis, de Theudiscle Se d'Agila, qui, de simples particuliers, étoient devenus rois de leur nation. Dans cette espérance, il s'adressa à l'empereur Justinien, Se comme il savoit que ce prince souhaitoit avec passion de réunir tout l'ancien Empire d'Occident à celui d'Orient, il lui fit espérer qu'il pourroit aisément conquérir l'Espagne, s'il vouloit l'aider à la délivrer de l'oppression d'Agila. Justinien embrassa volontiers cette occasion d'étendre son autorité Se envoya le patrice Libère, avec des troupes Se une puissante flotte, avec ordre d'aller joindre Athanagilde pour agir de concert avec lui contre le roi Agila.

' Isidore, Chronlcon, p. 723. — Jornandès, de ' Le cardinal d'Aguirre, Conci'/m Hi's;). t. i,p.i5.

Rehui Gcticis, c. 58. — Frédégaire, c. ^3. * Isidore, Chronicon, p. 722. — Grégoire deTours,

' Lucas Tiidensis, Chronicon. Hist, 1. 4, c. 8.

Ce patrice est le même qui avoit été préfet ou gouverneur des États des Visigoths dans les Gaules, sous les règnes de Théodoric & d'Athalaric, rois d'Italie; mais, dégoûté de la domination des Ostrogoths, il avoit passé au service de Justinien qui l'avoit employé utilement en diverses rencontres. Ce général, s'étant embarqué à Constantinople , arriva en Espagne dans le temps qu'Agila, après avoir été défait à la bataille de Cordoue, faisoit marcher une armée composée de nouvelles levées contre Athanagilde. Celui-ci , se voyant soutenu de Libère 8c du secours des troupes impériales, livra une seconde bataille à ce prince & le défit entièrement. Le truit de cette victoire fut la prise de plusieurs places dont ce patrice prit possession au nom de l'empereur Justinien, ce qui fit bientôt ouvrir les yeux aux Visigoths. Ces peuples, voyant que leurs dissensions domestiques aboutiroient enfin à les assujettir à l'empereur de Constantinople, se réunirent alors contre Agila Se lui ôtèrent la vie, après un règne de cinq ans, dans la ville de Mérida, où il faisoit son séjour ordinaire. Ils élurent ensuite Athanagilde pour leur roi; mais autant il leur fut aisé de se donner un nouveau maître, autant il leur tut difficile de chasser d'Espagne les troupes de l'empereur qui s'y étoient déjà établies Se qui se maintinrent en diverses places durant près de quatrevingts ans, malgré les efforts d'Athanagilde & de ses successeurs pour les en chasser. Ce prince fut le premier des rois de sa nation qui transféra son siège à Tolède, Si c'est seulement depuis son règne que cette ville devint la capitale' du royaume des Visigoths ; prérogative qu'elle conserva jusques à la destruction de ce royaume, qui arriva environ cent cinquante ans après.

XC. — Childehert, maître du pays d'U-^ès après la mort de Théodehalde, roi

d'Austrasie.

Dans le temps qu' Athanagilde fut élu, le trône d'Austrasie étoit vacant i^JoriR'"par la mort de Théodebalde, qui décéda vers la fin de l'année 553, dans la septième de son règne. Ce jeune prince, dont les historiens^ parlent avec assez de mépris, ne laissa pas de postérité. Il fut à peine décédé, que sa succession fit naître de grands différends entre les rois Childebert 8c Clotaire, ses grands-oncles, qui se disputèrent sa couronne; mais leur dispute ne dura pas longtemps. Le dernier s'empara d'abord de l'Austrasie 8c l'emporta sur l'autre, qui, se trouvant d'ailleurs sans enfans mâles, lui céda son royaume, sinon tout entier, du moins pour la plus grande partie; car nous voyons que Childebert, sur la fin de ses jours, possédoit quelques pays dans les provinces méridionales de ce même royaume. En effet, suivant l'auteur de la Vie^ de saint Ferréol , évêc[ue d'Uzès , ce prince étoit maître de cette ville dès

' A. de Valois, Rerum Francicaram 1. 7, p. SSy. ' Dominici , Ansiertus redivivus , appcndix ,

' Grégoire de Tours, Hist. 1. 4, c. 9 & \j,. — p. 27. Agathias, 1, 2.

An 5à

l'année 555, qui étoit la troisième de son épiscopat : or le pays d'Uzès faisoit partie du royaume d'Austrasie depuis la conquête que Théodebert, père de Théodebalde, en avoit faite sur les Visigoths. Childebert, qui étoit en même temps maître de Toulouse & d'Arles, s'empara peut-être de ce pays, ce qu'il pouvoit faire d'autant plus aisément que ses États en étoient plus voisins que ceux du roi Clotaire, son frère; ou bien celui-ci s'accommoda avec lui sur la succession de Théodebalde & lui céda pour ses prétentions quelques provinces méridionales du royaume d'Austrasie. On pourroit cependant conjecturer, comme nous l'avons remarqué ailleurs, que Childebert possédoit déjà ces pays depuis la mort de Théodebert, roi d'Austrasie, Se qu'il s'en étoit emparé sur Théodebalde, car saint Firmin, évêque d'Uzès, mort en 553, souscrivit au second concile ' de Paris, convoqué par le même Childebert, &. dont on fixe l'époque à l'an 555, mais qui appartient^ plus vraisemblablement à l'an 55i. Ce prince aura donc été maître de l'Uzège avant la mort de Théodebalde ; il est certain du moins qu'il possédoit ce pays sur la fin de son règne 8c du vivant de saint Ferréol, qui en étoit alors évêque.

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