XCI. — Saint Ferréol, évêque d'U-^ès
Ce prélat étoit fils, à ce qu'on prétend, du fameux Ansbert & de Blitilde, & avoit succédé 3, dès l'an 553, à saint Firmin, évêque d'Uzès'*, son oncle paternel. Nous avons déjà dit ailleurs que l'un & l'autre avoient été envoyés par leurs parens à Uzès, pour y être élevés sous les yeux & la discipline de l'évêque Rorice, oncle de Firmin & grand-oncle de Ferréol. Celui-ci fut élu évêque d'Uzès, à l'âge d'environ trente-deux ans, & sacré par l'évêque d'Arles, alors son métropolitain, assisté des évêques d'Avignon 8c d'Orange, ses comprovinciaux. Il avoit, outre le don de la parole dont il se servoit avec fruit, un zèle particulier pour la conversion des juits dont il avoit un assez grand nombre dans son diocèse. Il les traitoit avec beaucoup de douceur 8c de ménagement pour les attirer à Jésus-Christ; 8c pour avoir occasion de les instruire plus facilement, il les faisoit venir chez lui 8c ne faisoit pas difficulté de les admettre à sa table. Cette conduite, si digne d'un bon pasteur, donna lieu cependant à ses ennemis de l'accuser , la troisième année de son épiscopat, auprès de Childebert, son souverain, d'avoir des liaisons suspectes avec ces ennemis de la foi. Ce prince écouta trop facilement cette accusation,
■ Conciles, t. 5, c. 8] 2. nici ont été établies à l'aide de légendes composées
' Le Ceinte, ad ann. 55i, n. 5. après coup, ou de documents se rapportant à des
^ lOominici , Anshertus reJ'tvivus , append. -p. 27. personnages qui n'ont de commun que le nom,
— Le Cointe.ad ann. 553, n. 2 j ad ann. 555, mais que l'on a confondus pour les besoins de la
n. 17} ad ann. 558, n. 6 & seq. — Baillet, Fies des cause. Rien de moins authentique, du reste, que
saints, i" septembre. les détails donnés ici sur la vie de saint Ferréol,
■♦Comme tant d'autres, cette généalogie de saint évêque d'Uzès. Nous ne connaissons de la vie de
Ferréol ne repose sur aucune base sérieuse, toutes ce personnage que ce qu'en rapporte Grégoire de
ces alliances mentionnées dans le livre de Domi- Tours. [E. M.]
An 555
manda Ferréol à sa cour & lui ordonna de demeurer en exil, à Paris, capitale de ses Etats.
La manière édifiante avec laquelle ce prélat se comporta durant tout le temps qu'il séjourna dans cette ville auroit dû détromper Childebert & lui faire connoître l'injustice des accusateurs, si ce prince eût été moins prévenu. Ce prélat étoit dans la troisième année de son exil, lorsque Childebert fut ÂiïTss"" convaincu de son innocence, à l'occasion d'un événement singulier dont il fut témoin. Ferréol , au commencement de son épiscopat, avoit fait bâtir dans la ville d'Uzès une église, sous l'invocation de saint Paul, & comme il s'entretenoit un jour avec Childebert, une des voûtes de cette église tomba. Ferréol, à qui Dieu révéla cet accident dans l'instant, changea tout à coup de visage ik parut si triste , que le roi qui s'en aperçut ne put s'empêcher de lui en demander le sujet. Le saint le lui expliqua avec sa candeur ordinaire, & ce prince s'étant assuré ensuite de la vérité du fait, il conçut dès lors une si grande vénération pour lui 8c tut si convaincu de la calomnie de ses accusateurs, qu'il le renvoya aussitôt dans son diocèse, après lui avoir donné des marques publiques de son estime, lui avoir fait divers présens &c s'être recom- ,^^; p"?!,"'. mandé à ses prières.
Ferréol fut reçu par son clergé & par son peuple avec de grandes démonstrations de joie. Peu de temps après son retour, il convoqua un synode dans sa cathédrale de Saint-Théodoride 8t y fit appeler tous les Juifs de son diocèse. Là, avec le secours de ses ecclésiastiques, il les catéchisa avec tant de succès, qu'il eut la consolation de voir la plupart d'entre eux se convertir à la foi & recevoir le saint baptême. Les autres, qui refusèrent de renoncer au judaïsme, furent chassés du pays, avec défense d'y revenir.
XCIL — Règle 6- monastère de Saint-Ferréol.
Ce saint prélat, fonda un fameux monastère dans sa ville épiscopale, sous l'invocation de saint Ferréol , martyr, son patron. Il composa exprès une' règle particulière pour ce monastère dans lequel on vit fleurir, par ses soins, la discipline régulière; il soumit cette règle à l'examen de Lucrèce, évêque de Die, personnage célèbre par sa rare piété. Elle se trouve dans le recueil ou code des règles, Se a beaucoup de conformité avec celle de saint Césaire, d'Arles ; il y est fait mention des serts qui appartenoient au monastère. Ferréol, après avoir gouverné saintement son église pendant près de vingthuit années d'épiscopat, mourut^ à l'âge de soixante ans, le 4 du mois de janvier de l'an 58 1. Saint Grégoire de Tours', qui fait l'éloge de ses vertus Si de sa sainteté, nous apprend qu'à l'exemple de saint Sidoine Apollinaire, il avoit fait un recueihde ses lettres ; mais ce précieux monument n'est pas venu jusques à nous. On lui donne pour frère, mais sans aucune preuve'*
' Régula S. Ferreoli, c. 38, in Codice regularum, ' Grégoire de Tours, Hist, I. 6, c, 7.
' Pagi, Cr'nica, ad ann. 584, n. 8. * Cette parenté est, en effet, apocryphe. [E. M.]
TT7r~ 586 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V.
An 553
certaine, saint Mondri ou Mondéric, évêque du pays d'Arsat, & pour sœur sainte Tharsicie , vierge. L'église d'Uzès honore publiquement sa mémoire.