‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 386 sur 553 · XCIII. — Lodève soumise à Childehert. — Mort de ce prince · texte numérisé non relu

XCIII. — Lodève soumise à Childehert. — Mort de ce prince

S'il en faut croire quelques' modernes, la ville de Lodève appartenoit à Childebert pendant les dernières années de son règne. Ils prétendent qu'Édibius, évêque de cette ville, étant allé à Paris à la cour de ce prince, à l'occasion de quelques affaires, assista au troisième concile de cette dernière ville, tenu l'an 557. Il est vrai qu'on trouve^ un Édibius, évêque, qui souscrivit à ce concile : mais comme son évêché n'est point marqué, on ne sauroit assurer, sans d'autres preuves, qu'il étoit évêque de Lodève; ce qui n'empêche pas que Childebert n'ait pu avoir été maître de cette ville avant sa mort.

La ligue ^ que ce prince forma avec Chramne , son neveu, &. fils du roi Clotaire, son trère, lui donna lieu peut-être de s'emparer de cette ville & de quelques autres places méridionales du royaume d'Austrasie. Clotaire, s'étant rendu maître de ce royaume après la mort de Théodebalde, envoya Chramne, peu de temps après, dans l'Aquitaine austrasienne pour la gouverner"*. Ce jeune prince fut à peine arrivé dans son gouvernement, d'où dépendoit l'Auvergne avec les pays voisins, qu'il affecta un pouvoir despotique. Il épousa la fille de Williacharius, qu'un ancien^ auteur qualifie duc d'Aquitaine, & qui avoit eu sans doute le gouvernement de ce pays sous le règne de Théodebalde. Chramne, séduit par les mauvais conseils de ses courtisans, qu'il écouta trop facilement, ne se contenta pas de vivre dans l'indépendance; il se révolta ouvertement contre le roi, son père, se ligua secrètement pour lui faire la guerre avec Childebert, son oncle, déjà mécontent de ce que ce prince s'étoit emparé du royaume d'Austrasie, & entraîna dans sa révolte les peuples soumis à son gouvernement. Cette ligue donna beaucoup d'exercice à Clotaire, & il y a lieu de croire que Childebert en profita pour s'approprier divers pays de l'Aquitaine austrasienne ou de la succession de Théodebalde; mais il ne jouit pas longtemps des conquêtes qu'il put faire durant cette guerre; car il mourut le 28 de décembre de l'an 558, sans laisser aucun enfant mâle.

XCIV. — Mort de Clotaire I. — Partage de ses États entre ses quatre enfans. — Sort d'une partie de la Province.

y^^jgi Clotaire qui succéda à tous ses Etats, Se qui réunit en sa personne toute la

monarchie trançoise, mourut trois ans après ''j sur la fin de l'an 56i, la cin-

' Pliintavit, Ser'iiS praesuluni Lodovcns'ium^ p. i6. ^ Grégoire de Tours, ut supra.

— Le Colnte, ad ann. Sôy, n. 35. ^ Aimoin, 1. 2 , c. 7>o. — Cet auteur est trop ' Conciles, t. 5, c. 818. postérieur pour qu'on ajoute foi, pour ce fait, ' Grégoire de Tours, 1. 6, c. 9, i3, 16, 17 & 20. à son témoignage, qu'il rapporte, d'ailleurs, en

— Marius d'Avenche, Chronicon. — Gesta Regum employant les termes usités à l'époque où il écri- Francorum, c. 38. — Ces deux auteurs ont puisé vait. [A. M.]

leurs renseignemenisdansGrégoiredeTours. [A.M.] '' Grégoire de Tours, Hist. 1. 4, c. 21 & suiv.

An 55i

quante-unième de son règne, après avoir puni la révolte de Chramne. Nous

avons lieu de croire que Clotaire conquit sur les Visigoths le pays d'Arsat dont

nous avons parlé ailleurs, & dans lequel il paroît que ces peuples s'étoient

maintenus jusqu'alors'; on voit du moins que depuis son règne ce pays fit •

partie du domaine des François. On attribue^ à ce prince une constitution

qui prescrit la manière d'administrer la justice, 8<. qui ordonne de suivre les Éforigin.

lois romaines dans les jugemens des artaires des Romains ou anciens habitans

des Gaules. Ceux-ci étoient distingués encore alors & ils le furent longtemps

après des François Se des autres peuples barbares qui s'étoient emparés de ces

provinces.

Après la mort de Clotaire I, la monarchie Françoise^ fut partagée entre ses quatre fils, Caribert ou Charibert, Contran, Chilpéric & Sigeberi. Charibert, l'aîné des quatre, eut en partage le royaume de Paris, tel que Childebert, son oncle, l'avoit d'abord possédé ; ce royaume comprenoit une grande partie de l'Aquitaine & s'étendoit jusques aux Pyrénées; &. en effet, l'Aquitaine seconde & la Novempopulanie avec le Toulousain, ancien membre de la Narbonnoise, firent partie des États de Charibert'*. Pour rendre le partage égal entre les quatre frères, on démembra du royaume de Metz ou d'Austrasie quelques pays de l'Aquitaine première, entre autres le Querci St l'Albigeois, pour les joindre aux États de ce prince qui, outre cela, étendit sa domination sur une grande partie de la Provence entre la Durance 8c la mer. L'Albigeois fut ensuite réuni à l'Austrasie, comme nous le verrons ailleurs. Contran, second fils de Clotaire, eut pour sa part l'ancien royaume d'Orléans, tel qu'il étoit sous Clodomir, son oncle, & presque tout le royaume des Bourguignons. Ce prince prit le titre de roi de Bourgogne St établit son siège à Châlons-sur- Saône ; ses États comprenoient entre autres le Vivarais ■^, &. s'étendoient au delà du Rhône jusques à la Durance. Le royaume de Soissons, au nord de la France, échut à Chilpéric, qui d'abord ne posséda rien dans les pays qui composent aujourd'hui la province de Languedoc. Enfin Sigebert, le dernier des enfans de Clotaire, eut pour sa part le royaume de Metz dont on. démembra quelques pays, comme on a déjà dit, pour agrandir les États de ses frères Se les proportionner à ceux de ce prince. Le royaume de Metz, tel que Thierri l'avoit possédé, étoit, en effet, d'une très-grande étendue, car il comprenoit une grande partie des Caules en deçà du Rhin, S(. tout ce que les François possédoient au delà de ce fleuve. Sigebert ne conserva des provinces méridionalef du royaume de Metz ou d'Austrasie que l'Auvergne, le Rouergue, le Cévaudan "^ Se le Vêlai dans l'Aquitaine première, une partie de la Provence, 8c les pays d'Uzès St de Lodève, membres de la Narbonnoise première, que Childebert avoit possédés auparavant.

Par ce partage, la province de Languedoc, telle qu'elle est aujourd'hui, se

" Voyez tome II, Note LXVIII, n'" 8 & suiv. ■• Voyez tome 11, Note LXXI.

' Conciles, t. 5, c. 827. * liiJ. Note LXXI, n. 7.

' Grégoire de Tours, Hiit. 1. 4, c. 21 & suiv. ' liid. Note LXXI, n'" j & suiv.

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An oji

trouva sous la domination de quatre souverains qui en possédèrent chacun ^ une partie, en comptant Athanagilde, roi des Visigoths, qui étoit maître du

reste de la Narbonnoise première ou Septimanie. Après ce dernier prince, Charibert, roi de Paris, fut le plus puissant dans le Languedoc : il y fut maître du Toulousain & de l'Albigeois, & par conséquent de tout ce que npus comprenons aujourd'hui sous le nom des diocèses d'Albi, de Castres, de Toulouse, de Montauban, de Lavaur, de Saint-Papou], de Rieux, de Mirepoix Si de Pamiers, sans compter tout le diocèse de Lombez qui faisoit partie de l'ancien diocèse de Toulouse, & qui est aujourd'hui compris dans la Guienne. Les intérêts différens des princes qui régnèrent sur diverses parties de cette Province furent cause qu'elle devint bientôt après le théâtre de la guerre, comme nous le verrons dans la suite.

XCV. — Mariage de Brunehaut 6* de Galsvinde, filles d' Athanagilde , avec Sigebert, roi d'Austrasie, 6* Chilpéric, roi de Soissons.

Après que ce partage eut été réglé de concert entre les quatre princes françois, & que chacun eut reçu le serment de fidélité des peuples qui dévoient lui être soumis, ils parurent d'abord vouloir vivre ensemble en bonne intelligence, mais leur concorde ne dura pas longtemps. Les trois aînés se rendirent méprisables par leur incontinence 8c leur vie scandaleuse. Sigebert, le puîné', dont les sentimens étoient plus élevés, tint une conduite opposée & chercha à s'unir par les liens d'un légitime mariage avec une personne digne de son auguste naissance. Il jeta les yeux sur une des deux filles d'Athanagilde, roi des Visigoths, dont l'aînée se nommoit Galsvinde ou Galesvïnde, & la puînée Brune {Brunichildis) ou Brunehaut. Comme cette dernière étoit douée de belles qualités, Sigebert la préféra à l'autre. Leur mariage ayant Éd.origin. été conclu. Cette princesse partit d'Espagne pour venir célébrer ses noces en France : elles furent magnifiques, & d'autant plus heureuses, que bientôt après elles furent suivies de la conversion de cette reine à la foi catholique.

Chilpéric^, touché de la sage conduite de Sigebert, son frère, renonça, ou du moins fit semblant de renoncer à ses désordres, 8c demanda en mariage à Athanagilde, Galsvinde, sa fille aînée, 8c sœur de Brunehaut. Ce prince la lui accorda, Se la chargea en partant de présens aussi magnifiques que ceux qu'il avoit déjà faits à Brunehaut dans le temps qu'elle épousa le roi Sigebert. ^^^ y Galsvinde partit ensuite d'Espagne, portée sur un char d'argent, passa par Narbonne 8c se rendit enfin à Rouen où elle célébra ses noces. A l'exemple de sa sœur, elle abjura ensuite l'arianisme dont elle faisoit profession.

■ Grégoire de Tours, Hi$t. 1. 4, c. 27. — Fortu- ' Grégoire de Tours, Hlst. 1. 4, c. 28. — Fortu-

nat, Carmina, 1. 7, c. 1. — Frédégaire, c.158. nat, Carmina^ 1. 6, c. 7.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V. SSg ~~[^~^

XCVI. — Le pays Toulousain passe à Chilpérïc , roi de Neustrie, i^ l'Albigeois à Sigebert , roi d'Austrasie , après la mort de Charihert , roi de Paris.

Selon l'usage de ce siècle, le lendemain des noces, l'époux faisoit à l'épouse un présent en argent ou en fonds de terres, qu'on appeloit le don matutinal, ce qui répond à peu près à ce que nous appelons aujourd'hui douaire. Chilpéric assigna' pour le sien à la reine Galsvinde, son épouse, le Bordelois , le Limousin, le Querci, la Bigorre St le Béarn qu'il avoit eus dans son partage de la succession de Charibert, roi de Paris, son frère ^, preuve que celui-ci étoit déjà mort avant le mariage de ce prince avec Galsvinde;

Charibert mourut sans enfans mâles, en sorte que ses trois frères partagèrent entre eux tous ses États ; mais ce partage tut fait d'une manière trèsbizarre, ce qui jette beaucoup de contusion dans l'histoire de ce temps-là. La portion que chacun d'eux posséda alors dans la France donna lieu de la diviser en trois principales parties ou royaumes, savoir en Neustrie, Austrasie Se Bourgogne. La première, qui s'étendoit au nord 8t au couchant du royaume, composdit les États de Chilpéric; l'Austrasie, située au levant de la Neustrie, appartenoit à Sigebert; & la Bourgogne, qui étoit le partage de Contran, comprenoit les provinces situées au midi de l'Austrasie. L'Aquitaine ne fut pas comprise dans cette célèbre division qui subsista tort longtemps j elle faisoit une quatrième partie de la France, & comprenoit tous les pays qui sont entre la Loire 8c les Pyrénées.

Les pays de l'Aquitaine situés vers le Levant, comme l'Auvergne, le Vêlai, le Gévaudan, Sec, appartenoient au royaume d'Austrasie ou de Metz depuis la mort de Clovis. Les autres pays de l'Aquitaine situés vers le couchant avoient fait partie des États de Charibert, du moins pour la plupart : ils furent partagés entre ses trois frères; en sorte que chacun posséda, après la mort de ce prince, dittérens pays que ce dernier avoit eus dans cette partie du royaume, 8t qui furent enclavés les uns dans les autres; ce qui tut peut-être un trait de leur politique. Pour ne nous arrêter ici qu'à ce qui peut intéresser la Province, le Toulousain, compris alors dans l'Aquitaine, 5t qui avoit appartenu à Charibert, échut^ par ce partage à Chilpéric ; depuis ce temps-là, la ville de Toulouse fut capitale de l'Aquitaine Neustrienne. L'Albigeois^ qui avoit appartenu aussi à Charibert, tut réuni au royaume d'Austrasie dont il avoit dépendu autrefois. Se tomba dans le lot de Sigebert. Tous les autres pays compris dans le Languedoc demeurèrent sous la domination de leurs anciens maîtres.

La Provence qui avoit fait partie du royaume de Charibert, fut partagée entre Sigebert, roi d'Austrasie, Se Contran, roi de Bourgogne. Le sort donna Marseille au premier. Se Arles au second. Ces deux villes devinrent alors capitales des Etats de ces deux princes dans cette province. Les diocèses

' Grégoire de Tours, Hisl. 1. p, c. 20. ' Voyez tome II, Note LXXI, n. 3.

' n,d. ' nu. Note LXXI, n. 4.

— -— 5oo HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. V.

d'Uzès & de Lodève, qui appartenoient à Sigebeit, furent compris dans le gouvernement de Marseille, & le château d'Ugernum, situé en deçà du Rhône & au voisinage d'Arles, dont Contran étoit le maître, dépendit du gouvernement de cette dernière ville.

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