‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 391 sur 553 · IV. — Reste de paganisme aboli dans le Gévaudan · texte numérisé non relu

IV. — Reste de paganisme aboli dans le Gévaudan

Le comte Firmin dont nous venons de parler étoit beau-frère de Pallade, comte ou gouverneur du Cévaudan du temps de Parthène, évêque de ce pays Se successeur de saint Évanthius. On doit rapporter à l'épiscopat de l'un de ces deux prélats l'abolition' d'une ancienne coutume qu'un reste de paganisme avoit conservée dans le Cévaudan. Il y avoit dans ce pays une montagne appelée Helanus^ voisine d'un étang où la superstition attiroit tous les ans, à certain jour, une foule de peuple du voisinage & où chacun, selon ses facultés, jetoit par manière de sacrifice, les uns du linge 81 des habits Se les autres des toisons entières, du fromage, du pain St de la cire. Cette fête qui duroit trois jours consécutifs étoit accompagnée de sacrifices d'animaux, de grandes réjouissances 8t de festins que ces peuples superstitieux se donnoient réciproquement Se pour lesquels ils portoient avec eux les provisions nécessaires. Le quatrième jour, lorsque chacun se disposoit à partir, on voyoit

' Grégoire deTours, Hiit. 1. 4, c. 40; & de Gloria, confeaorum, c. 2.

Vers 570

s'élever un orage accompagné d'éclairs &. de tonnerres, suivi d'une pluie si abondante qu'elle entraînoit les plus grosse? pierres de la montagne Se qu'il sembloit qu'on alloit en être englouti.

L'évêque du pays, ne croyant pas devoir souffrir plus longtemps une superstition si scandaleuse, partit un jour de Javoux. [Gabalum) , lieu ordinaire de sa résidence, & se rendit en cet endroit dans le temps qu'on y étoit assemblé pour célébrer cette fête. Ce prélat, touché de l'aveuglement de ce peuple rude & grossier, n'omit rien pour le détourner de ce culte superstitieux Se pour lui en faire connoître l'horreur & le scandale ; mais voyant que ses prédications ne faisoient aucune impression, il prit le parti de le gagner par quelque chose de sensible. Il fit construire pour cela sur le bord de l'étang St sous l'invocation de saint Hilaire, évêque de Poitiers, une église où il mit une portion des reliques de ce saint. Ensuite, plein de foi St de confiance, il menaça ses diocésains de la colère de Dieu s'ils continuoient leurs cérémonies profanes St leur culte idolâtre envers un étang insensible à leurs sacrifices; il tâcha de leur faire comprendre qu'il leur seroit bien plus avantageux de recourir à la protection du saint patron de l'église qu'il venoit de faire bâtir, lequel pouvoit leur attirer les grâces du ciel. Le discours de ce prélat fit tant d'impression sur ce peuple, que vivement touché de repentir, il renonça aussitôt à son culte superstitieux, & offrit au vrai Dieu, dans la nouvelle église de Saint-Hilaire ce qu'il avoit destiné en sacrifice à l'étang qui en étoit voisin, ce qui continua depuis tous les ans. Grégoire de Tours attribue cette conversion aux mérites de ce saint évêque de Poitiers &. à la vertu de ses reliques ; il assure que depuis qu'elles eurent été placées dans cette église, on ne vit plus en ce lieu aucun orage extraordinaire comme auparavant. On voit encore dans leGévaudan, sous l'invocation de saint Hilaire, une paroisse située près de la montagne de Lozère, une des plus hautes des Cévennes ; ce qui nous fait croire que le mont Helanus dont nous venons de parler, & dont nous ignorons la situation, n'en étoit pas éloigné.

V. — Evêques du Gévaudan. — DîJJèrend du comte Pallade, gouverneur de

ce pays, avec l'évêque Parthénius.

Il paroît par le même historien que cet événement singulier dut arriver dans un temps peu éloigné du sien. Ainsi on peut le rapporter, comme on a déjà dit, ou à l'épiscopat de saint Évanthius, évêque de Gévaudan, qui assista l'an 541, au concile de Clermont, & dont son église honore publiquement la mémoire; ou à celui de Parthénius, son successeur, qui eut de grands démêlés avec Pallade, comte ou gouverneur du même pays.

Ce seigneur étoit originaire' d'Auvergne Se fils du feu comte Britianus ou Britannus &. de Césarie. Il avoit obtenu le comté ou gouvernement de Gévaudan, de Sigebert, roi d'Austrasie, 8t faisoit sa résidence ordinaire dans

' Grégoire de Tours, H'ist. 1, ^^ c. 40.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VI. 5q5 ~ — ' —

-' Vers 570

la ville de Javoux alors encore capitale du pays, & le siège de Parthénius qui en étoit évêque. Pallade, homme violent & emporté, abusoit extrêmement de son autorité Se de son pouvoir pour vexer les peuples de son gouvernement : il pilloit entre autres impunément les biens de l'église de Gévaudan 5c de ses vassaux. Une conduite si violente anima le zèle de Parthénius, qui crut devoir soutenir les droits de son église St de son peuple Si s'opposer de toutes ses f'f°"fgl' forces aux injustices Si aux vexations du comte. Celui-ci, de son côté, ne pouvant supporter les reproches 61 la fermeté du prélat, l'accusa à son tour des plus grands crimes Si le chargea d'injures, ce qui causa un très-grand scandale parmi le peuple du pays qui se partagea entre le gouverneur Si l'évêque.

Sigebert, roi d'Austrasie, leur souverain, informé de leurs démêlés, manda l'un 8c l'autre à sa cour pour rendre compte de leur conduite, mais la présence de ce prince ne fut pas capable de modérer leur ressentiment ni de mettre fin à leur querelle. Elle s'échauffa à un tel point que Pallade, sans respect pour la majesté royale , chargea Parthénius des crimes les plus infâmes en présence de Sigebert Si de toute sa cour. Nous ignorons le jugement que le prince porta sur ce différend : il paroît seulement qu'ils retournèrent l'un Si l'autre dans le Gévaudan; mais Pallade ne jouit pas longtemps de son gouvernement. Romain, natif d'Auvergne , cherchant à le supplanter, fit si bien par ses intrigues que Sigebert l'en dépouilla l'année suivante. Il ne paroît pas cependant que Romain ait été mis à sa place. On sait seulement que ces deux seigneurs s'étant rencontrés depuis à Clermont, en Auvergne, prirent querelle ensemble au sujet du comté ou gouvernement de Gévaudan, Si que Romain, pour chagriner Pallade, fit malicieusement courir le bruit que le roi Sigebert méditoit de le faire mourir. Ce comte, ajoutant foi trop légèrement à ce faux bruit, résolut par désespoir de prévenir les ordres de ce prince Si de s'ôter lui-même la vie. Sa mère Si le comte Firmin, son beau-frère, informés de sa résolution, eurent beau l'observer Si le suivre de près pour le détourner d'un dessein si funeste,' Pallade trouva moyen de se dérober à leur vigilance, 81 s'étant retiré dans une chambre écartée, il se tua en se plongeant par deux fois l'épée dans le sein. Une telle mort, que Grégoire de Tours attribue à une punition divine de ce que ce comte avoit accusé injustement l'évêque Parthénius, l'ayant rendu indigne de la sépulture 81 des prières de l'Eglise, on se contenta de l'inhumer sans cérémonie auprès du monastère de Cournon, en Auvergne.

VI. — Gouvernement de la Province. — Launebode, duc de Toulouse.

Il paroît par cette histoire Si par plusieurs autres faits rapportés dans Grégoire de Tours Si dans les autres historiens du temps, que les cités ou pays particuliers étoient alors gouvernés par des comtes que les princes y envoyoient, 81 qu'ils rappeloient à leur gré. Cet usage, qui commença sous les successeurs de l'empereur Constantin, continua sous les François, les

Vers 571

Vers

Visigoths 81 les autres peuples barbares qui s'établirent dans l'Empire d'Occident Si en partagèrent les provinces. Ces comtes, dont l'autorité s'étendoit sur tout un diocèse, étoient subordonnés aux ducs', dont le gouvernement comprenoit plusieurs comtés ou diocèses, & dont les principales fonctions étoient de commander les troupes, & d'administrer la justice dans les provinces de leur département. Les comtes rendoient aussi la justice^ dans l'étendue de leur comté ou gouvernement particulier, ou par eux-mêmes ou par des viguiers (^vicarios), qui leur étoient^ subordonnés. Si qui exerçoient les mêmes fonctions dans une partie de chaque comté ou diocèse divisé en plusieurs vigueries (yicarias)-, ce qui formoit trois sortes de juridiction, savoir ; celle des ducs, celle des comtes leurs lieutenans, 8<. enfin celle des viguiers, substituts de ces derniers.

Parmi ces ducs, l'un des plus illustres de ce siècle fut Launebode, duc ou gouverneur de Toulouse, ville principale de toute l'Aquitaine Neustrasienne ; car l'Aquitaine, étant alors partagée entre les princes françois, formoit divers duchés ou gouvernemens généraux. Celui de Toulouse, qui appartenoit à Chilpéric , roi de Neustrie, s'étendoit dans l'Aquitaine occidentale Si prenoit son nom de cette ville qui en étoit la capitale & l'ancien siège des rois visigoths qui avoient dominé sur tout ce pays. Nous verrons dans la suite que le gouvernement des autres ducs de Toulouse, successeurs de Launebode, avoit la même étendue.

Ce duc, dont"* Fortunat nous a laissé un fort bel éloge dans un de ses poëmes, étoit de race barbare {Barharica proie), c'est-à-dire, sans doute, François ou Goth d'origine. Il étoit très-illustre par sa naissance, mais il étoit encore plus recommandable par sa piété qui le porta à faire bâtir une église à Toulouse à l'honneur de saint Saturnin, martyr, & premier évêque de cette Ed. origin. ville. Le lieu que Launebode choisit tut l'endroit m.ême où le corps de ce

saint martyr avoit été inhumé. Nous avons dit ailleurs qu'on y avoit construit un simple oratoire, d'où ses reliques avoient été transférées ensuite dans la superbe église que les saints évêques Sylvius 8c Exupère, ses successeurs, avoient fait bâtir à son honneur dans un autre emplacement. Pour rendre plus respectable le lieu de la première sépulture de ce saint évêque, Launebode y fit bâtir une église qui porta d'abord le nom de Saint-Saturnin, St ensuite celui de Notre-Dame^ du Taur, qu'on lui donne encore aujourd'hui, parce qu'elle est située dans le même endroit où le corps de ce saint martyr fut

' Il est peu exact de dire que l'administration est inexact ; beaucoup de comtes relevaient direc-

barbare ait été calquée sur l'administration ro- tement du prince; les ducs commandaient plus

raaine; elle lui emprunta certainement; mais les particulièrement les armées, ou étaient placés à la

Germains, avant la conquête, avaient des chefs tète des marches. [E. M.]

qui, bien que portant d'autres noms, pouvaient ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 8, c. i8.

être assimilés aux comtes & aux ducs romains. ^ Ikid. 1. lo, c. 5.

Dom Vaissete paraît croire également que l'orga- * Fortunat, 1. 2, Carmina, p.

nisation administrative barbare avait une régula- ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. p,

rué qu'elle est loin d'avoir jamais obtenue : les 172 & suiv. ; & I^Iémoires Je l'histoire du Langue-

corates, dit- il, étaient subordonnés aux ducs ; ceci doc, p. 487.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. VI. Sgy ~^r777

laissé par le taureau qui le traînoit, comme nous l'avons déjà remarqué dans un autre endroit'. Cette église est une des principales paroisses de Toulouse. Bérétrude, épouse de Launebode, & d'une naissance très-distinguée, ne se rendit^ pas moins recommandable que le duc, son époux, par sa piété. Elle eut le même zèle 8t la même attention que lui pour la fondation 8c l'embellissement des lieux saints. Elle fonda de ses propres biens plusieurs monastères de filles Se se signala principalement par sa cbarité singulière envers les pauvres. Non contente de leur fournir la subsistance & les habits , elle se faisoit un mérite de les servir elle-même. Les libéralités de Launebode &c de Bérétrude envers les églises 8c les pauvres n'empêchèrent pas que leur fille unique n'héritât après leur mort de plusieurs biens très-considérables. Ce duc mourut sans doute avant l'an 674, puisque, comme nous le verrons dans la suite, Didier étoit alors duc ou gouverneur de Toulouse.

Vn. — Mort de Liuva, roi des Vïsîgoths de Septimanie. — Leuvïgîlde,, son frère, lui succède t- reprend Lodève sur les François.

Les rois visigoths faisoient gouverner aussi la Septimanie, qui leur étoit soumise, par des ducs ou gouverneurs généraux : nous en avons un exemple en la personne du roi Liuva qui avoit gouverné cette Province pendant sept ans, avant son élection. Se sur laquelle il régnoit depuis près de six, lorsqu'il mourut à Narbonne l'an ôji. Après la mort de ce prince, Leuvigilde, son frère 8c son collègue, qui régnoit au delà des Pyrénées, réunit la Septimanie à sa couronne} en sorte qu'il n'y eut plus désormais qu'un seul roi pour ce qu'on appeloit alors les deux Espagnes , savoir l'Ultérieure ou proprement dite, Se la Septimanie à qui on donnoit dans ce temps-là le nom d'Espagne Citérieure, Se les écrivains espagnols celui d'Ultérieure par rapport à eux^.

Leuvigilde fut d'abord'^ assez favorable à la religion catholique. Ce prince, avant son avènement à la couronne, avoit épousé en premières noces Théodosie, fille de Séverin,duc de la Carthaginoise, 8c d'une famille très-catholique; il eut de ce mariage Herménigilde Se Reccarède. Mais étant ensuite monté sur le trône auquel son trère Liuva l'avoit associé, il épousa en secondes noces Goisvinde, veuve du roi Athanagilde, qui, extrêmement zélée pour l'arianisme, lui inspira la même horreur qu'elle avoit pour la foi orthodoxe. A cela près, Leuvigilde étoit doué d'excellentes qualités; il donna surtout des preuves de sa valeur Se de son expérience dans l'art militaire, dans la guerre qu'il entreprit contre les rebelles d'Espagne qui s'opposoient à sa domination , Se qu'il soumit enfin. Il rétablit^ dans ses anciennes bornes, selon le témoignage

■ Voir plus haut la note que nous avons insérée ■ Voyez tome II, Note LXXII.

au livre III, ch. LXXX, pour démontrer que ce n'est 'Isidore, Chronicon. — Jean, abbé de Biclar,

là qu'une erreur des Bénédictins. Chronicon. — Lucas Tudensis, Chroiicon.

' Fortunat, 1. 2, Carmina, i). — Grégoire de * Jean, abbé de Biclar, CAronicon, p. 154. Tours, Hist. 1. 9, c. 35.

An 572

~7~T 5q8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VI.

An 072 7

d'un ancien historien, la province des Goths [provincia Gothorum) , c'est-àdire sans doute la Septimanie, dans laquelle nous conjecturons qu'il reprit Lodève sur Sigebert, roi d'Austrasie. Cette ville fut toujours, en effet, du domaine des Visigoths depuis le règne de Leuvigilde : il paroît cependant que ce prince vécut d'abord en paix avec les rois françois.

VIII. — Les Saxons passent le Rhône pour se retirer en Auvergne.

La guerre qui s'éleva quelque temps après entre ces derniers princes fut très-préjudiciable à la partie de la province de Languedoc qui leur étoit soumise. Les pays situés le long du R.hône eurent aussi beaucoup à souffrir avant cette guerre par le passage d'une armée de Saxons qui y firent quelque séjour.

Ces peuples' originairement sujets des rois d'Austrasie, dont la domination s'étendoit au delà du Rhin, s'étoient détachés de leurs compatriotes vers l'an 568, pour suivre la fortune des Lombards qui s'établirent alors dans cette partie de l'Italie qu'on appela depuis de leur nom la Lombardie. Ces deux peuples, joints ensemble, non contents de leur nouvelle conquête, firent ensuite de concert diverses courses en deçà des Alpes dans les États du roi Contran, qui dans cette occasion eut besoin de toute l'habileté & l'expérience t"^!'"''!»"' ^^ patrice Mommole, général de ses armées, pour les repousser & les éloigner de ses frontières. Ce général avoit succédé dans la dignité de patrice à Amé, que ces barbares avoient auparavant entièrement défait. Se celui-ci à Celse, qui, après avoir repris la ville d'Arles sur le comte Firmin, mourut^ en Syo, ce qui prouve que Mommole ne défit les Lombards que vers l'an 572, puisqu'il étoit alors patrice^.

Quelque temps après, les Saxons voyant que, contre leur attente, les Lombards à qui ils s'étoient joints refusoient de partager avec eux leurs conquêtes d'Italie, & qu'ils ne pouvoient s'établir en delà des Alpes, prirent le parti de faire une nouvelle irruption dans les États du roi Contran. Le général Mommole qui les avoit déjà battus avec les Lombards, dans leur précédente excursion, s'opposa de nouveau à leur entrée dans les Caulesj 8c après les

avoir défaits, il leur fit promettre de reprendre l'année suivante la route de la

"'-'' Cermanie, leur ancienne demeure, pour y vivre sous l'obéissance du roi Sigebert. Les Saxons repassèrent les Alpes au temps marqué; Se s'étant partagés en deux corps au passage de ces montagnes, ils arrivèrent dans la Provence 8c dans le pays qu'on appelle aujourd'hui Dauphiné , accompagnés de leurs femmes, de leurs enfans 8c de leur bagage, dans le dessein de passer le Rhône 8c de se rendre ensuite dans la Germanie, conformément à leur promesse. S'étant ensuite rejoints aux environs d'Avignon, ils coupèrent tous les blés qu'ils trouvèrent dans la campagne sur le point d'être moissonnés 8c s'en ser-

' Grégoire de Tours, Hist. 1. 4, c. 4.5. — Paul ' Marius d'Avenche, Chronicon.

Diacre, 1. 2, c. 6 & suiv. ; 1. 3, c. 1 & suiv, ■ Voyez tome II, Note LXXIII.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VI. San . . „

' -' An -j-ji

virent pour leur usage. Le général Mommole en étant averti, se mit aussitôt en marche & s'opposa à leur passage, jusqu'à ce qu'ils eussent réparé le dommage qu'ils venoient de causer aux sujets du roi Contran St qu'ils les eussent indemnisés de la récolte qu'ils leur avoient enlevée. Ces peuples satisfirent à une si juste demande Si passèrent ensuite le Rhône du côté d'Avignon, d'où ils se rendirent en Auvergne dans les États de Sigebert, par le diocèse d'Uzès, le Vêlai 8c le Gévaudan, Se. de là da^is leurs anciennes demeures au delà du Pvhin, après avoir commis cependant différens désordres dans tous ces pays, Si. avoir abusé entre autres de la simplicité des peuples à qui ils donnèrent du cuivre doré pour de l'or.

IX. — Ravage des pays de l'Aquitaine soumis à Sigebert. — Mort de

ce prince.

Les Aquitains, après avoir été la dupe des Saxons, se virent exposés à de plus grands maux par la guerre' qui s'alluma entre les deux rois Chilpéric St Sigebert, Si dont nous avons déjà dit un mot en passant. Le premier envoya Théodebert, son fils, avec une armée dans la Touraine qu'il soumit, & d'où il étendit ensuite ses courses dans toute la partie de l'Aquitaine qui appartenoit au roi d'Austrasie, son oncle, jusque dans le Querci Se les pays voisins, c'est-à-dire, sans doute, dans l'Albigeois, le Vêlai Si le Gévaudan dépendans du royaume de Sigebert. Théodebert commit partout des ravages affreux; il n'épargna ni les églises ni les monastères, qui turent également pillés, brûlés ou ruinés. La désolation que ce prince porta dans tous ces pays fut en un mot si grande, que Grégoire de Tours, voulant en donner une idée juste, la compare à la persécution de Dioclétien. Les deux rois firent la paix quelque temps après. Si Chilpéric rendit à Sigebert toutes les places qu'il lui avoit enlevées durant la guerre.

Cette paix tut moins l'effet de l'amitié du roi de Neustrie envers le roi d'Austrasie, que de la crainte^ qu'il eut des troupes germaniques que celui-ci avoit appelées à son secours. En effet, Sigebert n'eut pas plutôt congédié ces troupes, l'année suivante, que Chilpéric recommença ses hostilités, ce qui piqua si fort le premier, qu'il résolut de pousser son frère à bout. Il l'obligea de se renfermer dans Tournai, St il l'avoit déjà dépouillé de presque tous ses États, lorsque deux assassins, envoyés par la reine Frédégonde, lui ôtèrent la vie, la dixième année du règne de l'empereur Justin, indiction ix^ Si, par conséquent, à la fin de l'année SyS, que cette indiction étoit commencée depuis le mois de septembre.

La mort de Sigebert fit changer'* la face des affaires de Chilpéric qui sortit aussitôt de Tournai Si recouvra son royaume, après avoir satisfait sa vengeance Si exercé sa cruauté sur la plupart des ministres du feu roi Sigebert,

■ Grégoire de Tours, Hist. 1. 4, c. 48 & 5o. ^ Marins d'Avenche, Ckronicon.

' Ihid. 1. 4, c. 5l & seq. ■• Grégoire de Tours, Hist. 1. 4, c. 52 ; 1. 5, c. I.

An 574

An 575

An 575

Ed. ori;;in.

qu'il avoit fait prisonniers, & entre autres sur le général Sigila, originaire de Gothie ou Septimanie, à qui il eut l'inhumanité de faire brûler les jointures des membres avec des fers chauds.

X. — Didier, duc de Toulouse, commande une armée par ordre de Chilpéric

contre Childehert, roi d'Austrasie.

Chilpéric, non content d'avoir recouvré ses États, songea à s'emparer à son tour du royaume d'Austrasie. Cette entreprise paroissoit d'autant plus aisée que Sigebert n'avoit laissé qu'un fils unique, nommé Childebert, qui, n'ayant que cinq ans, se trouvoit hors d'état de se défendre par lui-même. Ce jeune prince étoit d'ailleurs alors à Paris, où la reine Brunehaut, sa mère, l'avoit conduit en attendant le succès du siège de Tournai &, par conséquent, à la merci de Chilpéric, qui avoit beaucoup d'autorité dans cette ville dont il possédoit une partie. Le jeune Childebert fut cependant sauvé par la vigilance & le courage de Gondebaud, seigneur austrasien, qui l'enleva secrètement & le conduisit en sûreté à Metz, capitale du royaume d'Austrasie, où il fut reconnu pour roi le jour de Noël de l'an SyS, par les peuples de ce royaume qui lui furent tous fidèles : ainsi ceux de Gévaudan, de Vêlai, d'Albigeois & du diocèse d'Uzès, pays qui faisoient partie de l'Aquitaine austrasienne, lui demeurèrent soumis '.

Quant à Brunehaut, elle ne put se dérober à la vengeance de Chilpéric qui, s'étant rendu maître absolu de Paris avant qu'elle eût eu le temps d'en ^^ 2 g sortir St de se retirer en lieu de sûreté, se saisit de sa personne 8t l'envoya en exil à Rouen ; ses deux filles Ingonde &t Clodosvinde, qui étoient avec elle, furent exilées à Meaux. Chilpéric fit marcher ensuite son fils Mérovée ^ avec une puissante armée au delà de la Loire, dans le dessein de s'emparer des pays d'Aquitaine qui dépendoient du royaume d'Austrasie. Il ordonna en même temps à Didier, duc de Toulouse, de se mettre en campagne & d'entrer de son côté dans le même pays. Le conseil du jeune Childebert, pour faire diversion, fit marcher de son côté les milices de Champagne vers Soissons, avec ordre d'attaquer cette place; mais Chilpéric étant accouru, battit les troupes austrasiennes 5t fit échouer cette entreprise.

XI. — Prise de V Albigeois &• du Querci par Didier. — Défaite de ce duc

dans le' Limousin par le duc Mommole.

Après cet échec, Childebert, se voyant sans ressource, eut recours à la protection du roi Gontran, son oncle, qui, touché de sa jeunesse, prit ouvertement sa défense & s'opposa aux desseins ambitieux de Chilpéric. Clovis, fils de ce dernier, étoit entré en Aquitaine où il avoit poussé ses conquêtes jusques à Saintes. D'un autre côté, Didier, duc de Toulouse, avoit marché par ordre

■ Voyez tome II, Note LXXI. ' Grégoire de Tours, Htst. 1. 5, c. 2, 3 & i3.

6oi

de Chilpéric, vers le Querci, l'Albigeois & les autres pays austrasiens, voisins de son gouvernement, & s'en étoit emparé après avoir défait' les troupes du feu roi Sigebert, qui étoient en garnison dans la ville d'Albi. Enfin ce duc étoit sur le point d'entrer en Limousin^ & de le soumettre à la domination de Chilpéric, quand le roi Contran fit partir en diligence contre lui Moramole, son général, avec ordre d'arrêter les progrès de ses armes & de reprendre les pays d'Aquitaine qu'il avoit enlevés au jeune Childebert.

Mommole, s'étant mis à la tête des troupes de Bourgogne, s'avança jusque dans le Limousin, où Didier étoit déjà entré avec la sienne, composée, selon l'usage, des milices de son gouvernement. Ces deux généraux s'étant rencontrés en vinrent aussitôt aux mains. Le combat fut extrêmement sanglant; il tourna entièrement au désavantage de Didier, qui eut beaucoup de peine à trouver son salut dans la fuite, après avoir perdu vingt-quatre mille hommes de ses troupes qui restèrent sur le champ de bataille. Mommole y perdit de son côté cinq mille hommes.

An 576

Page 1