XII. — Le général Mommole ravage l'Albigeois
Celui-ci, après avoir assuré le Limousin au roi Childebert, voulant profiter de sa victoire, s'avança vers l'Albigeois, dans le dessein de le reprendre. Il ravagea tout ce pays & y fit un grand nombre de prisonniers^, surtout de la ville d'Albi, ce qui nous donne lieu de croire qu'il prit cette ville. Ce général, voyant cependant la saison déjà avancée, &. sachant peut-être le prince Clovis en marche pour venir venger sur lui la défaite de Didier, prit le parti de se retirer & d'abandonner ce pays, content du butin qu'il y avoit fait 8c du grand nombre de prisonniers qu'il emmenoit avec lui. Salvi, alors évêque d'Albi, ne put voir le triste sort de tant de malheureux sans en être vivement touché. L'amour qu'il avoit pour tous ses diocésains 81 son ardente charité l'engagèrent à aller trouver incontinent Mommole pour solliciter auprès de lui la délivrance de ces prisonniers'*. Il la demanda avec tant d'instance Se d'empressement, que ce général Si les autres officiers du roi Contran, vaincus par l'ardeur de son zèle, lui accordèrent sa demande Si, après lui avoir rendu tous les honneurs dus à son caractère 81 à son mérite personnel, lui firent même des remises considérables sur les rançons qu'il offroit de payer. Salvi ramena ensuite comme en triomphe tous ces prisonniers dans sa ville épiscopale, 81 Mommole, après leur avoir donné la liberté, prit la route de l'Auvergne, d'où il se rendit ensuite en Bourgogne. On voit par là que l'Albigeois, de même que la plupart des pays de l'Aquitaine austrasienne dont Chilpéric s'étoit emparé depuis la mort de Sigebert, demeurèrent au pouvoir de ce prince, sans que Contran pût l'engager à les rendre au roi Childebert, leur neveu.
Éd.origin.
Grégoire de Tours, Hist, 1. 8, c. 45.
lh,d. 1. 5, c. i3.
^ Grégoire de Tours, H'ist. 1. 7, c. i. ' Ibid.
An 576
Contran, touché de l'injustice de Chilpéric envers ce jeune prince St se voyant d'ailleurs sans successeurs légitimes, par la perte qu'il venoit de faire de ses enfans mâles', l'adopta alors en quelque manière &c s'unit plus fortement avec lui. Il eut ensuite recours à la voie de la négociation pour engager
j^^ 5 Chilpéric à restituer à ce roi la partie de l'Aquitaine austrasienne dont il
s'étoit emparé^. Il lui envoya des ambassadeurs conjointement avec Childebert pour le sommer de faire cette restitution ou lui déclarer la guerre en cas de refus; mais Chilpéric, également insensible Si à leurs prières & à leurs menaces, parce qu'il voyoit ces princes hors d'état de rien entreprendre, profita de leur foiblesse St continua son usurpation ; en sorte qu'il étoit encore
A„ 53^ maître de l'Albigeois l'an 58o, comme il paroît par les actes du concile tenu à Braine, où saint Salvi, évêque d'Albi, assista avec les autres évêques de la domination de ce roi.