XL. — Gondebaud assiégé, pris 6- tué dans Comminges
L'armée, que ce prince avoit envoyée en Aquitaine sous les ordres du duc Leudégisile, son connétable, & du patrice ^gila, s'étoit avancée cependant jusques aux bords de la Dordogne pour observer les mouvemens de Gondebaud. Après quelque séjour dans ce pays, elle marcha contre ce nouveau roi qui étoit campé vers la Garonne ; mais, sur le bruit de l'approche des Bourguignons, il se retira dans la ville de Comminges, place que sa situation rendoit extrêmement forte, & où il avoit projeté de se réfugier en cas de malheur 8c de se défendre jusques k la dernière extrémité. Sa retraite fut si précipitée qu'il fut obligé de laisser derrière lui la plus grande partie de son bagage 8c, entre autres, les trésors qu'il avoit enlevés à la princesse Rigonthe, 8c dont
' A. de Vil loi s, Rerum Francicarum I.i2,p.23j. ' Grégoire de Touis, Hist. 1. 8 , c. 27. — A. de
' Iliid. Valois, Rerum Francicarum 1. 12, p. 2.^0.
An 585
An 38
Éd.orisin. le duc Leuclégisilc , principal commandant de l'armée de Contran, se saisit. Ce général, après avoir passé la Garonne avec ses troupes, s'avança vers la ville de Comminges & l'assiégea vers le commencement ' du carême. Gondebaud, qui s'y étoit renfermé avec les ducs Bladaste &c Mommole, l'évêque Sagittaire, Waddon & plusieurs autres seigneurs de son parti , se prépara à faire une longue 8c vigoureuse défense; mais, environ le quinzième jour du siège, il se vit abandonné par le duc Bladaste qui, craignant que Leudégisile ne le fît mourir, s'il venoit à se rendre maître de la place, prit le païti de passer dans le camp des Bourguignons 8<. d'avoir recours à la clémence de Gontran.
Leudésigile, se flattant que l'exemple de Bladaste pourroit lui servir pour attirer les autres seigneurs attachés à Gondebaud, prévoyant d'ailleurs que, malgré ses vigoureuses attaques, le siège de Comminges traîneroit en longueur, tant par la situation avantageuse de cette place que par la résistance opiniâtre des assiégés, fit offrir secrètement la vie à Mommole & à ses complices s'ils vouloient lui livrer Gondebaud. Les conjurés, ayant accepté la proposition de ce général & fait leur traité avec lui, Mommole, Sagittaire & Waddon furent trouver Gondebaud & lui dirent que lui ayant prêté serment de fidélité, ils croyoient devoir l'avertir que les généraux de Gontran, avec lesquels ils avoient eu une conférence, les avoient assurés que ce roi ne méditoit aucun mauvais dessein contre lui, qu'ils étoient au contraire très-persuadés qu'il en seroit bien reçu, s'il vouloit l'aller trouver, ce qu'ils lui conseilloient d'autant plus volontiers, qu'ils savoient que Gontran, qui étoit son frère & qui n'avoit point de successeurs, seroit très-aise de l'avoir auprès de lui.
Gondebaud, se défiant de ce conseil dont il craignoit d'être la victime, fit d'abord beaucoup de difficulté de le suivre; mais enfin, gagné par l'assurance que lui donna avec serment le duc Mommole qu'il n'avoit rien à craindre du roi Gontran, il s'avança vers la porte de la ville où Ollon, comte de Berry, & le duc de Boson l'attendoient pour se saisir de sa personne & l'emmener au camp des assiégeans. L'événement justifia la défiance de Gondebaud, car il fut à peine sorti de la ville, que le comte Ollon lui donna une secousse pour le faire tomber dans quelqu'un des précipices dont la place étoit environnée, en criant aux habitans : Voilà votre Ballomer (ce qui, en langue franque, signifie prince supposé) qui se dit frère &- fils de roi! Gondebaud étant tombé à terre, Ollon lui porta alors un coup de lance ; mais les annelets de sa cuirasse en arrêtèrent l'effet. Gondebaud tâchoit de se relever & s'eftorçoit de grimper sur la montagne pour regagner la ville, lorsque Boson lui jeta une grosse pierre qui lui écrasa la tête &. l'étendit roide mort sur la place; on fit ensuite toute sorte d'insultes à son cadavre qu'on priva des honneurs de la sépulture.
Le duc Leudégisile, s'étant par ce moyen rendu maître de la ville de Comminges, la livra au pillage du soldat & y fit mettre le feu, qui la réduisit
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 7, c. 37-43 ; de Gloria martyrum, c. io5.
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en cendres. Elle demeura dans cet état jusques au treizième siècle qu'elle fut rebâtie par les soins de saint Bertrand, son évêque, dont elle prit le nom; celui de Comminges demeura au pays. Le sort ' de Mommole & de Sagittaire ne fut pas plus heureux que celui de Gondebaud, qu'ils avoient indignement trahi. Leudégisile, malgré sa parole, les fit périr quelque temps après par ordre de Contran. Waddon, ayant trouvé moyen de s'échapper, évita un pareil châtiment. Il se retira auprès de la reine Brunehavit, qui lui fit un très- bon accueil & le combla de présens, ce qui confirme que cette princesse favorisoit le parti de Gondebaud, dont les deux fils trouvèrent moyen de se réfugier en Espagne.