‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 399 sur 553 · XLI. — Retour de Rigonthe en France · texte numérisé non relu

XLI. — Retour de Rigonthe en France

D'un autre côté, Frédégonde, cherchant à se venger du roi Gontran, qui l'avoit exilée du côté de Rouen, avoit aussi résolu de gagner Gondebaud à son parti, 8t même de l'épouser. Dans cette vue^, elle lui dépêcha un exprès du côté de Toulouse, sous prétexte de l'envoyer dans cette ville pour ramener sa fille Rigonthe ; mais cet exprès, ayant appris à son arrivée la mort de Gondebaud, se contenta de ramener à Frédégonde la princesse Rigonthe, dépouillée de tous ses équipages & de ses trésors, & sans avoir épousé le prince Reccarède.

Leudégisile, ayant décampé des environs de Comminges, désola tous les Éd. oiigin. pays qu'il rencontra sur sa route jusques en Bourgogne. A son arrivée, il remit les trésors de Rigonthe entre les mains du roi Gontran qui les fit distribuer aux pauvres & aux églises. Ce prince consacra^ au même usage la part qui lui revint des sommes considérables que le duc Mommole avoit laissées à Avignon, & qu'on fait monter à deux cent cinquante talens d'argent & à plus de trente talens d'or. Gontran fit saisir ce trésor après la mort de Mommole £<. le partagea avec le roi Childebert, son neveu.

XLIL — Paix de Didier avec Gontran.

Quoique Didier eût abandonné le parti de Gondebaud avant le siège de Comminges 8c qu'il se fût mis en sûreté dans le camp qu'il avoit "* formé dans l'Albigeois, cependant, comme il craignoit le sort de Mommole, il résolut, pour le prévenir, de faire sa paix avec Gontran à quelque prix que ce fût. Pour l'obtenir plus sûrement, il fit solliciter sa grâce par des évêques que ce prince, par principe de piété Se de religion, respectoit beaucoup. Il employa aussi le saint abbé Yrier pour lequel Gontran avoit une vénération particulière. Didier, s'étant jeté aux pieds de ce prince, obtint de lui non-seulement sa grâce, à la recommandation de ces prélats, mais encore d'être renvoyé

' Grégoire de Tours, Hist. 1. 7, c. ?>i) & 43. ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 7, c. 40.

' A. de Valois, Rerum Francicarum 1, 12, p. 233. ' Ibid. I, 7, c. ^3.

An 585

à Toulouse dont il lui conserva le gouvernement. Cette ville étoit alors du domaine de ce roi, parce que, comme l'on a déjà dit, elle avoit été de celui du feu roi Charibert, son frère, & qu'il prétendoit devoir régner sur toutes les provinces de la succession de ce prince. C'est ainsi que se termina la guerre de Gondebaud, après avoir excité dans la partie occidentale de la Province de grands troubles, qui furent suivis de ceux que causa, dans la Septimanie, la mort du prince Herménigilde, dont voici le sujet.

XLIII. — Martyre de saint Herménigilde. — Préparatifs de Contran 6* de Childehert pour en tirer vengeance.

Le roi Leuvigilde, son père, voyant qu'il n'avoit pu ébranler sa fermeté dans la foi, par l'exil dont il l'avoit puni, l'avoit fait mettre en prison' dans Tarragone. A l'approche de la solennité de Pâques, il lui envoya un évêque arien pour lui offrir la communion ; mais Herménigilde refusa constamment de la recevoir de la main de ce prélat hérétique. Leuvigilde, irrité de ce refus, envoya sur-le-champ des soldats dans la prison avec ordre de lui ôter la vie, ce qui fut exécuté par un d'entre eux appelé Sisbert, qui lui abattit la tête d'un coup de hache. La mort de ce prince arriva certainement l'an 585, &, par conséquent, s'il souffrit le martyre le jour même de Pâques, comme on le prétend, ce dut être le 25 de mars.

La princesse Tngonde, épouse de ce généreux martyr, étoit toujours entre les mains des Grecs ou Impériaux d'Espagne, avec son fils Athanagildej mais, soit que ceux-ci fussent gagnés par les présens de Leuvigilde, ou plutôt que l'empereur Maurice fût bien aise d'avoir l'un &, l'autre à son pouvoir, afin d'engager par là le roi Childehert, frère de cette princesse, à faire en sa faveur la guerre aux Lombards, comme il l'avoit promis, ils les firent embarquer tous les deux pour les transporter ensuite à Constantinople. Ingonde fut à peine en mer que, se trouvant extrêmement incommodée, elle fut obligée de relâcher à un port d'Afrique, où elle mourut. Après sa mort, Athanagilde, son fils, fut conduit à la cour de l'empereur d'Orient.

Gontran Se Childehert, qui vivoient alors dans une grande union, également irrités du meurtre d'Herménigilde & des disgrâces d'Ingonde, son épouse, nièce de l'un & sœur de l'autre, résolurent^ de s'en venger sur Leuvigilde. Childehert entra d'autant plus volontiers dans ce dessein de vengeance, qu'il y étoit vivement sollicité par la reine Brunehaut, sa mère. Cette princesse avoit déjà employé ses soins pour obtenir de Maurice la liberté & le retour d'Ingonde, sa fille, mais sans succès; cet empereur l'avoit toujours retenue en Espagne comme un gage des promesses de Childehert, son frère, & des engagemens qu'il avoit pris avec lui de porter ses armes contre les

' Jenn , abbé de Biclar, Chron'non, — Grégoire Longobartlorum , I. 3, c. 2r. — %'oyez tome II, de Tours, H, st. 1. 8 , c. 28. — Grégoire le Grand, Note LXXV, n. 3 & suiv. Dialogorum 1. 3, c. 3 1 . — Paul Diacre, Histor'm ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 8, c. 18 & 28.

Kd. origiii.

Lombards 5t reprendre sur ces peuples la partie de l'Italie dont ils s'étoient emparés sur l'Empire. Childebert, ainsi que nous l'avons déjà vu,avoit commencé cette guerre; mais, content de la soumission volontaire que les Lombards lui avoient jurée personnellement, il s'étoit mis peu en peine de les combattre pour les soumettre à l'empereur & arrêter le progrès de leurs armes. Ce procédé avoit empêché Maurice de lui rendre Ingonde, sa sœur, Childebert, voulant enfin la retirer d'entre les mains de ce prince qui lui demandoit d'ailleurs la restitution des sommes qu'il lui avoit données pour faire la guerre à ces peuples, leva une armée St l'envoya au delà des Alpes.

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