‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 400 sur 553 · XLIV. — Contran porte la guerre dans la Septimanie · texte numérisé non relu

XLIV. — Contran porte la guerre dans la Septimanie

Tandis que cette armée étoit occupée en Italie à combattre contre les Lom-, bards, Contran fit des préparatifs pour porter la guerre dans la Septimanie & venger sur Leuvigilde l'injure faite à sa famille en la personne d'Herménigilde & d'Ingonde, son épouse; car, quoi qu'en dise Paul Diacre', il ne paroît pas que Childebert ait agi par lui-même contre les Visigoths dans cette occasion. Ce fut^ Contran qui se chargea du poids de cette expédition, soit en qualité de tuteur du roi Childebert, soit parce que tenant le premier rang parmi les prince françois, il lui convenoit plus qu'à tout autre de tirer vengeance de Leuvigilde. Dans ce dessein, ce roi fit marcher une armée considérable vers la Septimanie, avec ordre de s'emparer d'abord de cette province sur les Visigoths 81 de pénétrer ensuite jusque dans le cœur de l'Espagne.

Dans le temps que cette armée se disposoit à se mettre en marche, on surprit, entre les mains de quelques paysans, une lettre de Leuvigilde à la reine Frédégonde avec laquelle ce prince entretenoit des intelligences secrètes. Par cette lettre, qui intéressoit également tous les princes françois, le roi des Visigoths sollicitoit vivement Frédégonde d'employer son crédit 81 son adresse pour détourner Contran de la guerre qu'il méditoit contre lui, de faire assassiner Brunehaut & le roi Childebert, son fils, leurs ennemis communs, & d'acheter ensuite la paix de Contran au prix de tous ses trésors, dont il lui permettoit de disposer à son gré.

La découverte de cette conspiration auroit dû, ce semble, arrêter toute autre femme moins hardie Si moins entreprenante que Frédégonde; mais cette princesse, la plus ambitieuse & la plus méchante qu'on eût encore vue, loin de se déconcerter, porta sa témérité jusques à envoyer des émissaires pour attenter à la vie de Childebert; heureusement on prévint leur mauvais dessein. Contran^, que cette conspiration irrita encore davantage contre Leuvigilde, ordonna de son côté à ses troupes de se partager en deux corps 8c d'attaquer en même temps les deux extrémités de la Septimanie"*. L'un de ces

' Piuil Diacre, Hutoria LongoharJorum , 1. 3, ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 8, c. rS, 28 & 29.

c. 21. — Nous ignorons à quel auteur Paul Diacre ' liid. 1. 8, c. 3o.

a pu emprunter ces détails sur la mort d'Herméni- ^ liiJ. gilde. [A M.]

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An 530

deux corps, composé des troupes tirées des provinces situées le long de la Seine, de la Saône & du Rhône 8c du reste de la Bourgogne, s'approcha de la ville de Nimes, après avoir fait des ravages infinis dans sa marche; l'autre, formé des peuples du Berry, de la Saintonge, de l'Angoumois, du Périgord & des autres provinces d'Aquitaine, s'avança jusques à Carcassonne, après avoir fait un pareil dégât dans tous les pays qu'il rencontra sur sa route.

XLV. — Entreprise sur Carcassonne par un des deux corps d'armée. Mauvais succès de cette expédition.

Térentiole, ci-devant comte du Limousin, commandoit ce dernier corps d'armée. Il fut à peine arrivé sous les murs de Carcassonne que les habitans lui en ouvrirent les portes & le reçurent volontairement avec ses troupes; mais, peu de temps après, ses soldats ayant pris querelle avec eux, ils le chassèrent de leur ville, de même que la garnison qu'il y avoit mise. Ce général, piqué de cet affront, tenta le siège de cette place, & il eut le malheur d'être tué d'un coup de pierre qu'on lui jeta du haut des murs. Les assiégés, avertis de sa mort, firent aussitôt une vigoureuse sortie dans laquelle ils enlevèrent son cadavre, & après lui avoir coupé la tête, ils la mirent au bout d'une pique 8c l'exposèrent ensuite sur les remparts de la ville. Ce spectacle répandit une si grande terreur parmi les troupes de Contran, qu'elles prirent la fuite avec précipitation Se abandonnèrent tout leur bagage, avec le butin qu'elles avoient déjà fait dans leurs courses.

L'approche de Reccarède, qui s'avançoit à la tête d'une armée, contribua aussi beaucoup' à la fuite précipitée des François. Ce prince, sur l'avis que le roi Leuvigilde, son père, avoit reçu de la marche de l'armée de Contran vers la Septimanie, étoit parti par son ordre en diligence au secours de cette province. Il y fut à peine arrivé, qu'il dressa diverses embuscades aux François, dans lesquelles il en fit périr un grand nombre. Pour comble de malheur, l'armée de Contran, repassant par le Toulousain, fut harcelée par les peuples du pays qui, pour se venger des ravages qu'ils avoient soufterts de la part des Bourguignons à leur premier passage, dépouillèrent les uns 8c Éd. origin. assommèrent les autres; en sorte que peu d'entre eux échappèrent à la vengeance des Toulousains.

XLVI. — Nicétius, duc d'Auvergne (y d'Ujès, commande un second corps

d'armée du côté de Nimes.

L'autre corps d'armée qui agissoit du côté de Nimes étoit en partie sous le commandement du duc Nicétius, à qui Childebert avoit donné ^ depuis peu le gouvernement de l'Auvergne, du Rouergue 8c du pays d'Uzès, c'est-à-dire de l'Aquitaine austrasienne. Ce seigneur, qui étoit encore jeune, mais dont

' Jean, abbé de Biclar, Chroiùcon, p. I 56 & seq. ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 8, c. i8.

l'esprit 5<. le jugement suppléoient au défaut de l'âge & de l'expérience, avoit été d'abord comte ou gouverneur particulier d'Auvergne ; mais Eulalius l'ayant supplanté & ayant obtenu pour lui-même ce comté du roi Childebert, ce prince, pour le dédommager, lui avoit donné le duché ou gouvernement général d'Auvergne j dignité qui, selon l'usage de ce siècle, le mettoit audessus du comte ou gouverneur particulier de ce pays 8c de tous les autres comtes ou gouverneurs des diocèses qui ressortissoient de son duché ou gouvernement général. On voit par ce que nous venons de dire que le pays d'Uzès, qui auparavant dépendoit du duc ou préfet de Marseille ou de Provence, étoit alors soumis au gouvernement général d'Auvergne, sans que nous sachions le véritable motif de ce changement.

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