XLVII. — Succès peu heureux de ce dernier corps d'armée
Le duc Nicétius, s'étant mis à la tête des milices austrasiennes ' de son gouvernement, alla joindre le corps d'armée du roi de Bourgogne qui avoit ordre d'agir du côté de Nimes contre Leuvigilde. C'est par ce secours seulement que le roi Childebert eut quelque part à cette expédition, car le reste de ses troupes étoit alors occupé au delà des monts, ainsi qu'on a déjà dit. Nicétius, après sa jonction avec les généraux bourguignons, entra dans les États des Visigoths. Leurs troupes ravagèrent d'abord tous les pays qu'elles rencontrèrent sur leur route jusques à Nimes, désolèrent les environs de cette ville, brûlèrent les maisons de campagne 8c arrachèrent les vignes 8c les oliviers. Elles se présentèrent ensuite devant cette place 8c en formèrent le siège; mais, désespérant du succès à cause de la vigoureuse défense des assiégés, elles prirent le parti de lever le camp 8c de se partager en divers corps, afin d'aller attaquer les autres villes des environs dont elles espéroient d'avoir meilleur compte. Cette nouvelle entreprise ne leur réussit pas mieux que la précédente; car elles ne purent prendre aucune des villes de la Septimanie dont elles tentèrent le siège, ce qui les obligea de se retirer sans autre avantage que celui d'avoir fait le dégât dans toute la campagne. Nicétius prit cependant un château dont nous ignorons le nom 8c qui se soumit volontairement, sur la parole que ce duc donna aux assiégés de ne leur faire aucun mal s'ils vouloient le recevoir dans la place; mais ce général y fut à peine entré, qu'oubliant son serment 8c ses promesses, il la livra au pillage 8c en emmena captifs tous ceux qui s'y trouvèrent.
XLVIIL — Succès des armes de Reccarède dans la Septimanie. — Ce prince prend les châteaux de Cabaret L- celui d'Ugernum,
L'approche du prince Reccarède fut aussi une des causes du peu de succès de ce corps d'armée, comme elle l'avoit été de la déroute de celui qui s'étoit
' Grégoire de Tours, Hiit. 1. 8, c. 3o.
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avancé du côté de Carcassonne. En effet, les généraux françois ne furent pas plutôt avertis que l'armée des Visigoths s'avançoit, qu'ayant tenu conseil, ils résolurent' de décamper, partagèrent leur armée en pelotons & s'en retournèrent par l'Auvergne. Ces troupes commirent sur toute leur route une infinité de désordres; mais elles périrent la plupart de faim & de misère, parce qu'à leur premier passage elles avoient déjà brûlé les moissons. On fait monter au moins à cinq mille hommes la perte des François dans cette dernière expédition.
Le roi Contran, qui se trouvoit alors à Autun, où il s'étoit rendu, le 20 du mois d'août, pour célébrer la fête du martyr saint Symphorien, y apprit le mauvais succès de ses armes dans la Septimanie, dont il témoigna beaucoup de chagrin. Ses généraux, qui arrivèrent peu de temps après dans la même ville, informés de son mécontentement, se réfugièrent dans l'église du saint martyr pour se mettre, à la faveur de cet asile, à l'abri de sa colère. Ce prince usa cependant de modération à leur égard ; il se contenta de leur reprocher vivement, en présence de quelques évêques Se des seigneurs de sa cour, leur mauvaise conduite & surtout l'impiété &c le peu de discipline de leurs troupes, à quoi il attribuoit principalement le mauvais succès de leur expédition. Il leur rendit ensuite sa bienveillance, sur la promesse 'qu'ils lui firent d'être plus exacts à l'avenir à faire observer la discipline militaire. Éd. orisin. Contran eut encore de nouveaux suiets d'inquiétude en apprenant dans le
t. 1, p. Jo3. ' 1 . . . ,
même temps le progrès des armes de Reccarède. Ce prince visigoth, après avoir mis en fuite par sa seule présence le corps d'armée françois qui étoit aux environs de la ville de Carcassonne, s'avança dans le pays Se se rendit maître des deux châteaux de Cabaret, dans les montagnes du diocèse de Carcassonne, sur les limites du Toulousain ou du diocèse de Lavaur, que leur situation avantageuse rendoit extrêmement forts; il emporta l'un de force & l'autre se rendit par composition^. Après la prise de ces deux forteresses qui ont donné leur nom au pays de Cabardès, portion du diocèse de Carcassonne, Reccarède s'étendit^ dans le Toulousain qu'il ravagea de tous côtés & d'où il emmena un grand nombre de prisonniers. Il marcha ensuite vers le Rhône où, après la fuite de l'autre corps de troupes irançoises qui étoit de ce côté-là, il assiéga le château d'Ugernum'^; il le prit, le livra au pillage, fit la garnison prisonnière de guerre & se retira ensuite triomphant dans Nimes. Ce prince avoit achevé toutes ces conquêtes avant la fin du mois d'août ; car le roi Contran en apprit la nouvelle à Autun, peu de jours après la fête de saint Symphorien. Si l'on en croit un savant^ critique, Reccarède prit encore, durant cette campagne, la ville de Lodève sur les François, si tant est que le roi Leuvigilde, son père, ne l'eût déjà reprise au commence-
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 8, c. 3o. — Jean, '' C'est le château de Beaucaire, sur les bords du
abbé de Biclar, Chron'icon, p. i 56 & seq. Rhône; les anciens textes s'accordent sur ce point.
' Voyez tome II, Note LXXVII. [A. M.]
' Jean, abbé de Biclar, Chronuon, p. i 56 & seq. '' A. de Valois, Rerum Francicarum 1. 7, p. 3o3.
ment de son règne. Il est du moins certain que cette ville, dont Théodebert avoit fait la conquête en 533, tut toujours, depuis cette expédition de Reccarède, sous la domination des rois visigoths d'Espagne, jusques à la destruction de leur royaume par les Sarrasins.
XLIX — Soins de Contran 6- de Childebert pour la sûreté des frontières. Retour de Reccarède en Espagne,
Quelque inquiétude que donnât à Contran la prospérité des armes de ce prince, il n'osa cependant rien entreprendre contre lui. Il se contenta' de dépouiller du gouvernement de la province d'Arles, dont le château d'Ugernum dépendoit, le patrice Calumniosus, surnommé ^gila, qui, par sa négligence à garder les frontières, avoit sans doute occasionné la perte de cette place. Contran pourvut de ce gouvernement le duc Leudégisile qui avoit déjà donné des preuves de sa conduite 8c de sa valeur dans la guerre contre Condebaud. Ce nouveau gouverneur, plus vigilant Se plus attentif qu'i£gila, mit quatre mille hommes à la garde des frontières de la province d'Arles, tandis que le duc Nicétius, gouverneur de l'Auvergne, de Rouergue Se du pays d'Uzès pour le roi Childebert, s'avança sur celles de son gouvernement pour observer les mouvemens des Visigoths^. Reccarède, de son côté, voyant que la saison étoit déjà avancée, repassa les Pyrénées Si alla rejoindre en Espagne le roi Leuvigilde, son père.
Les armes de ce prince contre Contran ne turent pas moins heureuses sur mer que sur terre. Le roi de Bourgogne, dans le dessein de faire diversion, avoit fait équiper une flotte qu'il avoit envoyée vers les côtes de la Calice, pour exciter une révolte parmi les Suèves de cette province que Leuvigilde avoit entièrement soumis à sa domination; mais celui-ci lui ayant opposé son armée navale, battit celle de Contran, en sorte que peu de vaisseaux françois échappèrent.
Childebert, à qui le désir de retirer^ sa soeur Ingonde des mains de Maurice avoit fait prendre les armes contre les Lombards en faveur de cet empereur, ne réussit guère mieux dans son entreprise, par la mésintelligence de ses généraux qui se virent obligés de repasser les Alpes avec leur armée sans avoir rien tenté de considérable. Le mauvais succès de cette expédition chagrina d'autant plus la reine Brunehaut, qu'elle craignoit que l'empereur ne soupçonnât le roi, son fils, comme il avoit déjà fait l'année précédente, de quelque intelligence secrète avec ces peuples. Si que, sur ce soupçon, il ne différât d'accorder la liberté à Ingonde, sa tille, qu'elle croyoit encore en vie. Si au prince Athanagilde, son petit-iils. Le désir de la leur procurer tit qu'elle pressa très-vivement le roi Childebert Si les seigneurs d'Austrasie, alors assemblés à
' Grégoire de Tours, Hist. 1. 8, c. 35. — Jean, ' Jean, abbé de Biclar, Chronlcon, p. i56 & scq.
abbé de Biclar, Chronicon, p. i 56 & seq. — Isidore, — Isidore, Chronicon Sueyicum , p. 740. — A. de
Chronnon Suevicum, p. 740. — A. de Valois, Ke- Valois, Rcrum Franc'icarum I. |3, p. 298.
rum Franc'icarum 1. |3, p. 298. ' Grégoire de Tours, Hist. 1. 8, c. 18, 20 & 21.