‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 416 sur 553 · LXXXI. — Lois sur les mariages · texte numérisé non relu

LXXXI. — Lois sur les mariages

Saint Isidore confirme, ce semble, notre conjecture au sujet de ce que nous venons de dire de Baddon, par l'aveu qu'il fait que la mère du prince

■ Lucas Tudensis, Cliromcon. ' Voyez tome II, Note LXXVI, n. 2.

Liuva, fils de Reccarède, n'étoit pas de condition noble ' 5 or nous savons que

Baddon étoit de nation gothique & par conséquent sujette des rois visigoths,

puisqu'elle abjura les erreurs de l'arianisme au troisième concile de Tolède.

Il est vrai qu'elle y prend le titre de reine 81 qu'ainsi elle devoit être alors

épouse légitime de Reccarède^; mais c'est sans doute à cause que le mariage

de ce prince avec Rigonthe ou avec Clodosvinde, princesses françoises^, ne

réussit pas, & que Baddon, étant auparavant sa concubine, il l'avoit épousée u\,'p.'f2i.

publiquement, peu de temps après la tenue de ce concile. Nous voyons, en

effet, que les lois romaines qui prohiboient les mariages entre les personnes

d'inégale condition furent en vigueur'* parmi les Visigoths jusques au règne

de Reccesvinde, St que le divorce, autorisé par les mêmes lois, fut en usage ^

chez ces peuples jusques au roi Chindasvinde, son prédécesseur, qui le

défendit. Supposé donc que le roi Reccarède eût déjà épousé Baddon lorsqu'il

rechercha successivement en mariage les deux princesses françoises, son dessein

étoit sans doute de la répudier; ce que l'usage & les lois lui permettoient.

Nous avons cru cette digression nécessaire, tant pour justifier ce prince au

sujet de ses dittérentes femmes, que pour faire connoître l'usage alors observé

dans la Septimanie touchant la célébration des mariages.

LXXXII. — Etablissement des Gascons en deçà des Pyrénées. — Leur soumission à Théodebert 6- à Thierri.

Les Gascons ou Wascons, à qui Reccarède fit la guerre & dont il réprima les courses, étoient des peuples qui s'étoient maintenus dans l'indépendance & qui habitoient la Biscaye & la Navarre, au delà des Pyrénées. Il ne paroît pas qu'une partie d'entre eux eût encore pris des demeures fixes en deçà de ces montagnes avant la fin du sixième siècle. Il est vrai que le silence des anciens touchant l'époque de cette transmigration fait que les modernes sont partagés sur ce sujet; mais, suivant l'opinion '^ la plus vraisemblable, ces peuples ne s'établirent dans les Gaules qu'après la mort de Gontran, roi de Bourgogne, 8c celle de Childebert, roi d'Austrasie, son neveu. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils étoient déjà maîtres, sous les rois Théodebert & Thierri, fils du même Childebert, d'une partie de la Novempopulanie, province à laquelle ils donnèrent leur nom, & dont ils s'emparèrent entièrement dans la suite; en sorte qu'ils s'étendirent successivement jusques aux bords de la Garonne Se aux portes de Toulouse, & qu'ils occupèrent cette partie de l'ancien diocèse de ce nom située à la gauche de ce fleuve & anciennement comprise dans la Narbonnoise première.

' Isidore, Chronicon, p. 727. ' Codex Visigoth, 1. 3, tit. I, de Disponklonilius

' Voyez tome II, ^otf LXXVI, n. 2. nuptiarum, leg. 1.

' Voir la note que nous avons ajoutée plus ' Codex Visigoth. 1. 3, tit. 6, de Dlyortiis nup-

haut, au chapitre lxiii du présent livre, au sujet tiarum & discidio iponsorum, leg. 2. du mariage de Clodosvinde & de Reccarède. ^ Oïhenart, ?/<iti(io airiusyue riisconiac, 1. 3, c. ï.

[A. M.] — K. de Valois, Kerum Francicarum 1. 16, p. 5io,

An 6c

Les Gascons, déjà célèbres par leurs fréquentes excursions dans la Novempopulanie, résolus de s'établir dans cette province, passèrent les Pyrénées & s'emparèrent de quelques pays situés entre ces montagnes & la rivière d'Adour; ils s'approprièrent d'abord ce qu'on appelle aujourd'hui la basse Navarre, les pays de Labour & des Basques, pays ou ils fixèrent pendant fort longtemps leur principale demeure Si où leur langue se conserve encore de nos jours dans sa pureté. Leur établissement en deçà des Pyrénées & aux environs de ces montagnes n'arrêta pas leurs courses; ils les continuèrent encore avec plus de facilité dans le plat pays de la Novempopulanie. Les rois Théodebert & Thierri, à qui cette province appartenoit, irrités de leur audace, entreprirent de la réprimer & envoyèrent' une armée contre eux. L'expédi- Anôoz tion tut si heureuse que ces peuples furent subjugués & obligés de se rendre tributaires de ces deux princes, qui leur donnèrent le duc Génialis pour les gouverner Se les contenir dans le devoir.

LXXXin, — Mort de L'iuva 11, roi des Visigoths. — Wittéric élu

à sa place.

Ceux d'entre les Gascons qui étoient demeurés au delà des Pyrénées conservèrent leur ancienne liberté S<. donnèrent encore pendant longtemps de l'exercice aux successeurs de Reccarède. La jeunesse du roi Liuva, fils de ce dernier 8c la brièveté de son règne ne lui permirent pas sans doute de rien entreprendre contre ces peuples. Ce prince avoit à peine régné deux ans qu'il devint la victime de l'ambition du comte Wittéric. Ce seigneur, l'un des principaux^ d'entre les Goths, avoit abjuré l'arianisme avec le roi Reccarède qui l'avoit pourvu du gouvernement d'un diocèse ou comté; mais, séduit par les intrigues de Sunna, évêque arien de Mérida, il retourna à sa secte Se entra avec plusieurs autres seigneurs visigoths, apostats comme lui, dans la conjuration que ce prélat hérétique forma contre saint Massona, évêque catholique de la même ville. Wittéric n'évita la mort qu'il méritoit par ce complot qu'en le découvrant au roi Reccarède qui lui pardonna. Il n'en fut pas cependant plus reconnoissant envers son bienfaiteur; ce roi fut à peine'' décédé que, profitant de la jeunesse du roi Liuva, il chercha à l'opprimer St à s'emparer de son trône. Il excita d'abord une révolte contre lui &, s'étant saisi ensuite de sa personne, il lui coupa la main droite Si le fit mourir. Ainsi périt misérable- Éd. origin. rnent'^, à l'âge de vingt-deux ans, Liuva deuxième du nom, roi des Visigoths, dont les auteurs espagnols nous ont laissé un portrait très-avantageux^.

■ Frédégaire, c. 2 1 . c'est une. liste des rois visigoths, rédigée probable-

" Paul, diacre de Mérida, de Virtuùbus patrum ment d'après des notes officielles, car on y marque

Ementensium, c. 17 & seq. d'une manière précise le nombre d'années, de mois

' Isidore, Chronicon, p. 727. & même de jours que chaque roi a régné.

* Au dire d'une ancienne chronique des rois visi- > Cette chronique est publiée de nouveau dans

goths, rédigée sous Ervige, puisqu'elle ne va que le tome II de cette édition, aux Preuvfs, col. 1 3-1 5.

jusqu'à ce roi, & transcrite en tête d'un Codex [A. M.]

Visi^othorum ; ce texte mérite toute confiance : ' Voyez tome II, Note LXXVI.

LXXXIV. — Répudiation d'Ermemberge, fille de TVittéric, par Thierri. Sujet de guerre entre ces deux princes.

Wittéric, après avoir usurpé par ce crime le trône de ce prince, tâcha de s'y affermir en se faisant élire par la nation. Comme il étoit arien, il fit' les derniers efforts pour pervertir ses sujets & les faire rentrer dans leurs anciennes erreurs; mais toutes ses tentatives furent inutiles. La différence de religion n'empêcha pas Thierri, roi de Bourgogne, de lui demander sa fille Ermemberge en mariage; le roi des Visigoths la lui accorda^, à condition qu'il répudieroit une concubine qui lui avoit donné deux enfans, dont l'un portoit le nom de Childebert Se l'autre celui de Mérovée.

Ce mariage faisant craindre à la reine Brunehaut, aïeule & tutrice de Thierri, de perdre l'autorité qu'elle s'étoit acquise en Bourgogne & de trouver bientôt une rivale en la personne d'Ermemberge, elle n'oublia rien pour dégoûter le roi, son petit-fils, de sa nouvelle épouse. Elle tourna si bien son esprit qu'enfin elle le porta à la renvoyer ignominieusement au roi d'Espagne, son père; mais elle retint les présens qu'elle avoit apportés.

Wittéric, vivement piqué de cet affront, résolut d'en tirer vengeance. Dans cette vue, il envoya des ambassadeurs à Théodebert, roi d'Austrasie, frère de Thierri, à Clotaire, roi de Neustrie, & à Agilulphe, roi des Lombards, pour se plaindre de. l'injure que lui avoit faite le roi de Bourgogne Si les solliciter de se liguer avec lui contre ce prince. Ces rois écoutèrent ses plaintes, embrassèrent sa querelle Se firent avec lui une ligue offensive contre Thierri, à qui ils déclarèrent la guerre; mais tous leurs projets s'étant évanouis bientôt après, on ne sait comment, l'injure demeura impunie, 8c ce prince fut à l'abri de toutes leurs menaces.

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