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Les commencemens de la vie de cette reine, également célèbre & par ses vices & par ses grandes qualités, lui ont mérité les louanges des auteurs qui ont pris sa défense j mais par la suite de ses actions elle s'est attiré le portrait affreux que plusieurs historiens nous ont laissé de sa personne.
Après cette sanglante exécution, Clotaire II, roi de Neustrie, demeura maître absolu de toute la monarchie françoise, & par conséquent de toute la partie de la Province qui avoit appartenu à Théodebert & à Thierri, ses cousins. Ce prince, fils de Chilpéric & de Frédégonde, avoit alors vingt-neuf t'^i-p"?!"^ ^ns- O'^ prétend qu'il étoit naturellement porté à la paix & que ce fut malgré lui qu'il fit la guerre aux autres rois françois, ses proches parens; mais on ne sauroit excuser son inhumanité à l'égard de Brunehaut & des jeunes princes, arrière-petits-fils de cette reine. Au reste, depuis ce temps-là, on vit régner une paix profonde dans toute la France.
On loue' la piété de Clotaire, sa justice, la douceur de son gouvernement & le soin qu'il eut de soulager les peuples. Il fit surtout refleurir la discipline ecclésiastique que les désordres passés avoient extrêmement altérée, & tâcha entre autres d'abolir les simonies qui se commettoient dans les élections des évêques^. Parmi plusieurs règlemens qui furent faits dans une assemblée, tenue à Paris & composée des principaux prélats & seigneurs de la nation, il y en eut un par lequel ce prince ordonna que les juges seroient natifs des provinces où ils administroient la justice, afin de pouvoir punir, par la confiscation des biens qu'ils possédoient dans ces pays, les injustices qu'ils commettroient. Nous verrons, sous la troisième race, une ordonnance entièrement opposée.
Clotaire ne gouverna immédiatement par lui-même que le royaume de Neustrie, son ancien domaine. Il confia le gouvernement de ceux d'Austrasie & de Bourgogne à des maires du palais, dont l'autorité s'accrut tellement dans la suite qu'elle fit tomber enfin celle des rois mêmes. Ce prince mit toute son attention à bien choisir ceux qui dévoient remplir des postes si importans &c ne donna le gouvernement des provinces qu'à des personnes d'un mérite reconnu.
XC. — Sïagrius, comte d'Albl. — Commencement de la vie de saint Didier,
frère de Siagrius.
Tel fut Siagrius, comte d'Albi. Ce seigneur étoit fils de Salvi 8c d'Erchanfrède, citoyens de la même^ ville. Sa famille, qui étoit très-riche &. Gauloise d'origine, tenoit un rang des plus distingués, en Aquitaine, parmi celles qu'on appeloit alors Romaines, Salvi Se Erchanfrède joignoient à l'éclat de leur naissance celui d'une grande piété; Dieu bénit leur mariage par la naissance de trois enfans mâles & de deux filles. Les mâles furent Rustique,
' Recueil des Conciles, t. 5, c. 1653. ' Ki'îa S. Desiierii, dans Labbe, B'ihliotheca nova
' Ibid. manuscriptorum, t. I, p. 699; & t. 2, appendix.
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Siagrius & saint Didier; ce dernier est connu plus communément dans le pays sous le nom de saint Gérv. Les deux sœurs s'appeloient Salvie Se Avite.
Clotaire, devenu maître de l'Albigeois après la mort de Thierri 8c de Sigebert, son fils, fit appeler ces trois jeunes seigneurs à sa cour, dans le dessein de les faire élever sous ses yeux & de les rendre capables d'occuper un jour les principales charges du royaume. Quoiqu'ils eussent déjà fait de grands progrès dans la piété & dans l'étude des belles-lettres, Didier se rendit cependant plus recommandable que ses deux frères, soit par ses vertus, soit par ses rares qualités. Il se distingua surtout par son éloquence & la parfaite intelligence qu'il acquit des lois romaines; de sorte qu'on crut voir revivre en sa personne ces grands hommes qui, par des talens extraordinaires, avoient illustré les Gaules avant l'irruption des barbares; mais ce qui rendit ce jeune seigneur encore plus estimable 8<. plus digne de l'admiration des gens de bien, ce fut la pureté de ses mœurs qu'il sut conserver au milieu de la corruption de la cour, 81 la sagesse qu'il fit éclater dans un âge peu avancé & parmi des personnes plus capables de le corrompre que de l'édifier'. Rien ne contribua tant aux progrès qu'il fit dans la vertu que le soin qu'il prit d'éviter les compagnies qui pouvoient l'éloigner de Dieu Se de ne fréquenter que des personnes de piété, 8c surtout des religieux; en sorte qu'on l'auroit pris plutôt pour un ecclésiastique que pour un séculier. Il est vrai que Didier ne manquoit pas de grands exemples dans la cour de Clotaire : Ouen, Éloi, Sulpice, Faron Se Goëric, qui s'y trouvoient alors, 8c avec lesquels il contracta une étroite amitié, y étoient déjà regardés comme des modèles de sainteté Se méritèrent comme lui d'être élevés, dans la suite, aux premières dignités de l'Église 8c d'être mis enfin dans le catalogue des saints.
Didier, dont Clotaire connoissoit le mérite, fut pourvu, quoique encore jeune, par ce prince, de l'office de trésorier de la couronne, poste également important Se délicat. Il s'acquittoit de cet emploi avec beaucoup de vigilance Se d'exactitude lorsque, ayant appris la mort de son père, il demanda permission au roi de faire un voyage dans sa patrie pour y consoler sa mère. Il l'obtint Se, après quelque séjour dans l'Albigeois, il revint à la cour Se y continua les fonctions de sa charge.
Rustique, son frère Se son aîné, qui, dès sa jeunesse, avoit embrassé l'état Éd. orisin. ecclésiastique, fut revêtu de la dignité d'archidiacre de Rodez Se de celle '''P-^^*d'abbé palatin, ou d'intendant de la chapelle du roi, dans le temps que Clotaire, sur la fin de la trente-quatrième année de son règne, honora Siagrius, ITôTs" son autre frère, de la charge de gouverneur ou de comte d'Albigeois. Ce dernier partit aussitôt pour aller prendre l'administration de ce gouvernement, que la fidélité avec laquelle il avoit rempli auparavant divers emplois à la cour lui avoit mérité avec les bonnes grâces du prince. Clotaire faisoit d'ailleurs beaucoup de cas de toute cette famille, qu'il combla de bienfaits, comme nous le verrons dans la suite. Il paroît, au reste. Se c'est le sentiment d'un
' Voyez tome II, Note LXXVIII, n. ,5.
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habile' critique, que saint Salvi, évêqvie d'Albi, S<. Didier, duc de Toulouse, dont nous avons déjà parlé, étoient de cette même famille. En eftet, outre 1^ ressemblance des noms, ils étoient les uns Su. les autres d'une naissance distinguée, Romains ou Gaulois d'origine, & enfin natifs ou habitans du pays d'Albigeois, où ils avoient leurs biens & leur patrimoine. Nous remarquerons ici, par occasion, que l'ancien auteur de la Vie de saint Didier^ dit
' A. de Valois, Rerum Franc'tcarum 1. i 9, p. i 42.
' La Vie de saint Didier, évêque de Cahors, a été publiée par Labbe, dans sa Bibliotheca nova manuscriptorum, t. 1 , p. 699-716, d'après tin manuscrit communiqué par Vyon d'Hérouval, & qui contenait nombre de lacunes & de fautes; l'original de la copie employée par Labb* se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, latin 17002, f° 207; c'est un volume grand in-folio, écrit sur parchemin, à deux colonnes : il appartint autrefois à l'abbaye de Moissac, fut cédé par les moines, en 1 656 , à Claude Joly, & passa dans le fonds de Notre-Dame de Paris. On le rapporte au dixième siècle; il contient entre autres vies de saints deux remaniements de l'ancienne Vie de saint Sernin [{".^ 182 & 233). Labbe a introduit dans le texte une division en chapitres qui n'existe pas dans le manuscrit; celui-ci ne distingue que la vie & les miracles.
La Vie de saint Didier est donc antérieure au dixième siècle; elle a été écrite à Cahors; ce qui le prouve, c'est le paragraphe qui la termine dans l'édition de Labbe, où l'auteur, qui ne se nomme pas, dit avoir écrit pour rappeler à tous que Cahors eut Didier pour évêque. D'ailleurs, dans d'autres endroits il parle de cette ville en homme qui connaît ses monuments & qui est au fa'it de son histoire; de plus, dans l'épilogue, il mentionne & décrit assez longuement, avec des détails intéressants, les objets sacrés donnés par Didier à son église. Rien dans la latinité de cet ouvrage ou dans les expressions que l'auteur y emploie ne permet d'assigner une date bien précise à sa composition, qui resterait ainsi comprise entre 65o & 960. Remarquons cependant, d'une part, qu'aucun terme de l'auteur n'indique qu'il ait connu personnellement le saint, il semble même n'avoir pas connu de témoins oculaires des événements qu'il raconte ; &, d'autre part, sa latinité, généralement assez correcte, ne permet pas de le croire antérieur à la réforme littéraire & grammaticale de Charlemagne; car on ne peut supposer un copiste du dixième siècle capable de corriger la latinité barbare d'un auteur du huitième; c'est donc au neuvième siècle que nous attribuerons plutôt cet ouvrage.
Mais si nous le faisons ainsi bien postérieur au saint dont il raconte la vie, nous ne prétendons nullement infirmer son témoignage. En effet, con-
trairement à la plupart des compilateurs de vies de saints, l'auteur ne s'est pas contenté d'employer la légende; il faut même reconnaître que, pour ce qui est de la vie même, il ne lui a fait qu'un petit nombre d'emprunts, il ne s'en est guère servi que pour les miracles qui lui font suite; mais il a puisé à pleines mains dans les archives des évêques de Cahors, & nous a conservé plusieurs actes authentiques fort précieux; nous disons authentiques, car si à la rigueur on peut supposer un lettré du neuvième siècle capable de forger des lettres telles que celles de la mère de Didier à son fils, on ne peut le croire capable d'inventer une lettre telle que celle de Dagobert au peuple de Cahors, ou du même roi au metropolitain.de Bourges, Sulpitius. En effet, dans la première, nous trouvons observées toutes les formes de la chancellerie mérovingienne : souscription du roi, mention du référendaire [talis optulit), date par l'an du règne; & dans la lettre à Sulpitius, le roi lui donne le titre de papae (dans le manuscrit du moins), & l'on sait qu'au neuvième siècle ce titre était tombé en désuétude & ne s'appliquait plus aux évêques.
D'autre part, des sources authentiques vienjient confirmer une partie des détails de la vie; c'est ainsi qu'une lettre de saint Didier à saint Ouen, archevêque de Rouen, nous apprend qu'il avait perdu deux frères, dont il ne donne pas les noms ', & on sait par plusieurs textes, notamment par des lettres de lui au maire du palais, Grimoald, & par une autre de l'abbé Bestégysel % qu'il fut trésorier de la couronne. Cependant, il faut reconnaître qu'aucun autre texte ne nous permet de contrôler la généalogie & les alliances de Didier telles qu'il nous les indique ; & on peut craindre, en l'absence de tout autre témoignage, que l'auteur n'ait cédé au besoin de donner des détails un peu précis.
Aux sources diplomatiques ajoutons la chronique de Frédégaire, à laquelle l'auteur semble avoir emprunté la mention exacte de la mort des fils de Childebert, & peut-être des actes anciens de son église, tels que martyrologe, actes diplomatiques, testament de l'évêque dont il donne l'analyse, enfin, peut-être une vie ancienne que nous aurions perdue aujourd'hui. [A.. M.]
' Dom Bouquet, t. 4, p. 3g.
" IbU. t. 4, p. 43.
qu'il étoit natif de la ville d'Albi, située presque aux extrémités des Gaules, ce qui confirme ce que nous avons déjà dit ailleurs, que la Septimanie, voisine de l'Albigeois, étoit alors censée de l'Espagne, 8t qu'elle étoit comprise sous ce nom.
XCI. — Mort de Sisebut, roi d'Espagne. — Reccarède II , son fils, lui succède, &• Suintila à ce dernier.
Si Clotaire fut très-attentif à bien gouverner ses Etats, Sisebut, roi des Visigoths, ne le fut pas moins à faire régner la paix St la tranquillité dans les siens. Son règne ne fut pas de longue durée : il mourut' l'an 669 de l'ère espagnole ou 620 de J.-C, après avoir^ régné huit ans & six mois^. On eut quelque soupçon qu'il périt par le poison ; mais s'il mourut d'une mort violente, ce malheur lui fut commun avec la plupart des autres rois de sa nation, ses prédécesseurs Se ses successeurs. Reccarède deuxième du nom, son fils, lui succéda, quoique très-jeune, & ne lui survécut que peu de mois. Les Visigoths élurent à la place de ce dernier le général Suintila'^.
Quelques auteurs prétendent-^ que ce nouveau roi étoit fils du grand Reccarède, & ils lui donnent pour femme Théodore, qu'ils font fille de Sisebut. Ce qu'il y a de certain, c'est que lorsque Suintila obtint la couronne "^ des Visigoths, il s'çtoit déjà rendu célèbre par ses victoires sur les Grecs ou Impériaux établis en Espagne, & sur les rebelles du même pays, en qualité de général des armées de Sisebut.
XCII. — Clotaire donne à son fils Dagobert le royaume d'Austrasie , dont il se réserve entre autres les pays situés en Languedoc.
Le roi Clotaire, pour affermir la paix qui régnoit dans ses États Si se décharger d'une partie du gouvernement, le partagea avec son fils Dagobert, vers la fin de l'an 622, & lui céda'^ le royaume d'Austrasie. Il se réserva pourtant la principale autorité sur tout ce royaume dont il retint une partie, entre autres les provinces méridionales qu'il voulut gouverner par lui-même, ce qui fit que la portion de la Province qui dépendoit du royaume d'Austrasie ne changea alors ni de gouvernement ni de maître 8t demeura toujours soumise à l'autorité immédiate de Clotaire. Cette réserve brouilla quelque temps après le père avec le fils; mais leur brouillerie n'eut pas de suites 8c fut bientôt apaisée par l'entremise des seigneurs des deux cours. Ainsi Clotaire conserva toujours sous sa dépendance immédiate l'Aquitaine austrasienne 8t la Pro-
' Pagi, Crhica, ad ann. 619, n. 3. des Visigoths passe ce nom sous silence. [A. M.] ' Isidore, Chronicon, p. 729. " Lucas Tudensis, & Rodericus Toletanus, Chro-
' Corrige^ sept ans onze mois & seize jours. [A. M.] nicon.
* La chronique d'Ervige dit, sans doute par ^ Frédégaire, c. 47 & 53.
erreur, annos III : m.iis la deuxième chronique ' Voyez tome II, Note LXXVIII,
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vence. Il paroît que ce prince disposa alors du gouvernement de la première en faveur de Sadrégisile, que plusieurs anciens monumens qualifient duc d'Aquitaine. Nous savons, en eftet, que Clotaire', par estime & par considération pour ce seigneur, lui confia le gouvernement à.' Aquitaine ; mais, comme ce pays étoit alors partagé en plusieurs gouverneraens généraux^, nous avons lieu de croire qu'il l'établit seulement duc ou gouverneur dans la partie qui dépendoit du royaume d'Austrasie.