‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 419 sur 553 · XCIII. — Ricimer associé par le roi Suintila, son père · texte numérisé non relu

XCIII. — Ricimer associé par le roi Suintila, son père

A l'exemple de Clotaire, Suintila^, roi des Visigoths, prit pour collègue son fils Ricimer, jeune prince qui promettoit beaucoup. Cette association, à laquelle saint Isidore termine sa Chronique des Goths, fut la source de tous les malheurs qui arrivèrent depuis dans la famille de ce roi. En effet, les Visigoths, voyant que ce prince tâchoit de rendre par là leur royaume héréditaire"*, se révoltèrent dans la suite contre le père & le fils 8t les réduisirent aux dernières extrémités.

XCIV. — Les évêques de la Province, soumis aux François, assistent

au concile de Reims.

Éd.origin. Avant ces troubles d'Espagne, il se tint un concile à Reims^, vers l'an 625, auquel quelques évêques de la Province, sujets des François, assistèrent, savoir : Willégiscle de Toulouse, Agricole de Javoux ou de Gévaudan , 8c Constance d'Albi, qui y souscrivirent avec plusieurs autres, & en particulier Emmon, évêque du pays d'Arsat'^. Celui-ci est le dernier évêque de ce pays dont la connoissance soit parvenue jusqu'à nous ; nous ignorons ce que cet évêché devint dans la suite. Rustique, alors évêque de Cahors & frère de Siagrius & de Didier, assista au même concile ; il avoit été élevé depuis trois ans ou environ à la dignité'^ épiscopale par la faveur sans doute du roi Clotaire, auprès duquel il exerçoit auparavant la fonction d'abbé palatin, ou de chef de tous les clercs de la chapelle de son palais.

XCV. — Siagrius, comte d'Alhi, obtient le duché de Marseille. — Saint Goëric lui succède dans le comté d'Alhi.

Ce prince, pour récompenser les services importans de Siagrius, comte d'Albi, & frère de ce prélat, lui confia le gouvernement de la ville de Marseille, qui comprenoit une grande partie de la Provence & donnoit à ceux qui en étoient revêtus le titre de duc & de patrice. Siagrius étoit déjà marié

' Gesta Dagohcrti, c. 6. — Aimoin, 1. 4, c. 1 7. ' Recueil des Conciles, t. 5, c. 1689.

' Voyez tome II, Note LXXVIII, n»M7 & 18. " Voyez tome II, Note LXVIII, n. 7 & suiv. .

' Isidore, Chronicon, p. 720. ' Vitu S. Desiderii, dans Labbe, Bihliotheca nova

^ Ibid. manuscriptorum, c. 3 & seq.

avec Bertolëne, dame de condition de la ville d'Albi, sa patrie, quand il fut pourvu de cSte charge vers l'an 625.

Il est vraisemblable que ce fut alors que la charge de comte d'Albi, vacante par l'élévation de Siagrius à la dignité de duc de Marseille, fut remplie par saint Goëric', ou Abbon, qui, avant que d'être élu évêque de Metz, vers l'an 627, avoir été, à ce que l'on prétend, gouverneur de l'Albigeois Si même d'une grande partie de l'Aquitaine. Saint Goëric succéda, dans l'évêché de Metz, à saint Arnoul , qu'on fait son proche parent. On assure^, en effet, que le premier étoit fils de Gamardus, & que celui-ci étoit frère du fameux Ansbert, aïeul du même saint Arnoul, 8t un des descendans de Tonance Ferréol, préfet des Gaules 3. On ajoute que saint Goëric étoit oncle paternel ou frère de sainte Sigolène, abbesse de Troclar, en Albigeois; mais tous les critiques ne conviennent pas également de la vérité de cette généalogie.

An 625

An 627

' Mabillon, Annales, ad ann. 627, n. 62. — Dominici, Anshenus reiiv'tvus, c. 7, & Appendix, p. 4 & seq. — Au sujet de ce célèbre ouvrage de Dominici, nous croyons utile d'indiquer ici quelques-uns des plus célèbres travaux qui parurent à l'occasion de toutes ces controverses. On sait que la première mention d'une fille de Clotaire, qui se serait nommée Blitilde & aurait épousé le sénateur Fulbert, de la- famille des Ferréols, se trouve dans l'ouvrage d'un poète anonyme, du temps de Charles le Chauve. Depuis. déjà longtemps cette invention a été battue en brèche, & on peut voir dans dom Bouquet (t. 3, p. 676) les principaux arguments qui ont été invoqués contre elle. Mais cette prétendue filiation des Carlovingiens a surtout été employée au dix-septième siècle par les généalogistes de la maison de France, ceux du moins qui rattachaient la race capétienne à Childebrand, frère de Charles Martel; ajoutons qu'à cette difficile question est venue se mêler celle de la loi salique, & les historiens français ont jugé nécessaire de défendre la race royale contre les imputations de l'école espagnole, représentée par Chifflet; c'est une idée analogue qui, plus tard, fit écrire à Pierre de Marca les premiers chapitres de son Marca Hispanica, & une idée contraire a donné naissance de nos jours à l'Histoire des comtes de Barcelone, de BofaruU.

Le signal des controverses semble avoir été donné par Du Bouchet dans sa Véritable origine de la maison de France (Paris, 1646, in-f°), dont la première partie renferme un long mémoire sur la postérité de Ferréolus, premier de ce nom, préfet du prétoire des Gaules, sous Honorius. Ce livre fit naître immédiatement des objections très-fortes : Le Cointe, dans ses Annales ecclesiastici, & • urtout Chantereau le Fèvre, dans son Discours historique (Paris, 1647, in-4°), attaquèrent vive-

ment ses conclusions, & une anecdote, rapportée par le P. Leiong [Bibliothèque historique, t. 2 , n. 24879), donne à croire que Du Bouchet fut amené à renoncer à sa première opinion. Le P. Labbe, auteur de la collection des Conciles & de la Bibliotheca nova manuscriptorum, releva le gant & imprima son Discours historique (1647), qu'il dédia au prince de Condé. Ce fut alors que Chifflet intervint, &, pour répondre à ses assertions, Dominici, historiographe du roi, reprenant & développant la thèse de Du Bouchet, répondit à la fois à Chifflet & à Chantereau le Fèvre; son livre est intitulé : Ansberti familia rediviva, contra Lu~ dovici Cantarelîi Fabri & Joannis Jacobi Chiffietii objectiones vindicata, sive linea superior & inferior stemmatis S. Arnulphi (Paris, Cramoisy, 1648, in-4°). Il obtint l'honneur d'une réponse imprimée de Chifflet (Anvers, 1649, in-f°) & d'une autre de Chantereau le Fèvre, restée manuscrite (voir le P. Leiong, t. 2, n»» 24883 & 24886). Mais quelques années plus tard, Adrien de Valois, avec une critique siire & pénétrante, venait définitivement anéantir les hypothèses de Du Bouchet & de Dominici, & débarrasser le champ historique de tous les personnages faux créés par l'auteur du neuvième siècle, pour flatter la vanité de Charles le Chauve (dans ses Annales, i658).

Si nous nous sommes ainsi étendus sur une question qui semble, au premier abord, étrangère à l'histoire du Languedoc, c'est que les conclusions du livre de Dominici ont été adoptées par dom Vaissete & que les Bénédictins se sont appuyés sur les textes cités par lui pour peupler la Province de personnages imaginaires. [A. M.]

' Encore une fable accréditée par Dominici.

' Dominici, Ansbcrtus rcdivivus, c. 7 & Appendix, p. 4 & seq.

An 027 ' j.

XCVI. — Didier succède à son frère Siagrius dans le gouvernement de Marseille. — Mort de Clotaire II.

Didier, frère de Siagrius 8c de Rustique, continuoit alors d'exercer à la cour de Clotaire la charge de trésorier, au grand contentement du prince St avec l'applaudissement des gens de bien. Il étoit soutenu dans les nouveaux progrès qu'il faisoit tous les jours dans la vertu, de l'exemple Se des tendres exhortations d'Erchanfrède, sa digne mère. Rien n'est, en effet, si édifiant que les sentimens de piété envers Dieu, de fidélité envers son souverain, d'honneur Se de probité à l'égard des hommes que cette dame tâchoit ' de lui inspirer dans les lettres qu'elle lui écrivoit, & dont il en reste encore trois.

Il paroît, par la latinité assez exacte de ces lettres, que le commerce des Gaulois ou anciens habitans du pays avec les barbares établis depuis longtemps dans la Province, n'avoit pas encore beaucoup altéré la pureté de la langue latine, qu'on parloit communément dans le pays. Elle commençoit cependant à se corrompre & dégénéra enfin de manière qu'elle forma ce qu'on appela dans la suite la langue romaine, qui est à peu près la même qu'on parle aujourd'hui dans les provinces méridionales du royaume, & qui, dès le milieu du neuvième siècle, se trouvoit déjà toute formée, ainsi que nous le verrons ailleurs.

La mort de Clotaire II, qui arriva^ vers la fin de l'année 628, dans la quarante-cinquième de son règne & de son âge, ne fit rien perdre à Didier de la faveur 8c du crédit qu'il s'étoit acquis à la cour. Dagobert, roi d'Austrasie, fils aîné de ce prince, en succédant au reste de ses Etats, succéda aussi à l'estime que le roi, son père, faisoit de cet officier. Il l'honora de sa protection, de sa bienveillance 8c de ses grâces. Se la reine Nantilde, son épouse, eut pour lui les mêmes sentimens. Dagobert lui donna surtout des marques de l'estime qu'il faisoit de sa personne, quand, après la mort de Siagrius, son frère, ce prince qui regrettoit beaucoup ce dernier, voulant consoler sa famille, le nomma à sa place duc de Marseille. Didier, que la perte de son frère affligeoit extrêmement 8c qui devoit lui succéder, parce qu'il étoit mort sans enfans, se rendit dans cette ville pour y prendre possession de sa dignité; mais il ne profita guère de sa riche succession. Siagrius, qui avoit toujours fait une profession singulière de piété, avoit laissé en mourant la meilleure partie de ses biens aux pauvres 8c aux églises. A son exemple, Bertolène, sa Éd.orijjin. veuve, après avoir passé le reste de ses jours dans la pratique des vertus les plus austères, fit comme lui un saint usage de ses grandes richesses. Didier ne fit pas un long séjour dans son gouvernement de Marseille; il revint bientôt après à la cour, où il continua l'exercice de sa charge de trésorier de la couronne, dont le roi avoit augmenté les droits 8c les fonctions à sa considération.

■ Vita. S. Deslderii, dans Labbe, Bibl'wtheca. nova ' Voyez tome II, Note LXXVIII. — Frédégaire,

manuscr'iptorum, c. 3 & seq. c. 56.

An 628

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VI. ôyS

XCVII. — Mort tragique de Rustique , èvèque de Cahors. — Saint Didier,

son frère, lui succède.

Ce seigneur avoit à peine repris l'exercice de cette charge, qu'il eut encore un nouveau sujet d'affliction par la mort tragique de Rustique, évêque de Cahors, son autre frère, dont Erchanfrède, sa mère, lui fit savoir la nouvelle par un exprès. Ce prélat avoit été assassiné dans une sédition qu'avoit excitée contre lui, dans sa ville épiscopale, une troupe de scélérats, au commencement de la huitième année de son épiscopat, & à la fin de la septième du règne de Dagobert en Austrasie, c'est-à-dire à la fin' de l'année 629. Erchanfrède, emportée sans doute par l'excès de la douleur que lui causoit la perte de son époux Se de deux de ses entans, morts tous trois en fort peu de temps, pressa vivement Didier de poursuivre auprès du roi la punition des assassins, afin que leur supplice servît d'exemple à la postérité. Dagobert, extrêmement irrité lui-même de cet assassinat, n'eut pas besoin de cette sollicitation pour en tirer vengeance. Ce prince fit mettre des gens aux trousses des meurtriers qui furent tous punis St condamnés les uns à la mort & les autres à l'exil ou à une servitude perpétuelle. Le corps de Rustique ne fut pas inhumé dans sa ville épiscopale; on le transféra^ dans un lieu de l'ancien diocèse de Toulouse, près de la Garonne, où il fut dans la suite honoré comme martyr. Ce lieu s'appeloit Saint-Pierre de Silva-agra & avoit titre de prieuré, dépendant de l'abbaye du Mas-d'Azil.

Les habitans les plus considérables de Cahors, pour marquer que loin d'avoir aucune part à la mort de Rustique, ils en étoient au contraire trèsaffligés, élurent^ Didier, son frère, pour leur évêque, du consentement du roi. Ce prince agréa d'autant plus volontiers ce choix, qu'il étoit conforme à ses souhaits. Il l'approuva par une lettre circulaire qu'il adressa aux évêques, aux ducs ù à tout le peuple des frontières des Gaules. Dans cette lettre, datée du 8 du mois d'avril 8c de la huitième année de son règne, Dagobert donne à Didier le titre à'illustre^^ St fait un grand éloge de sa personne. Il avoue entre autres que ce n'est pas sans se faire violence qu'il se prive pour le bien de l'Eglise d'un ministre si religieux, si fidèle & si utile à son État. Ce roi écrivit en même temps à saint Sulpice, évêque de Bourges & métropolitain de ^Cahors, d'assembler ses comprovinciaux pour la cérémonie du sacre de Didier, pendant les fêtes de Pâques, c'est-à-dire dans tout l'intervalle du temps pascal, ce qui fut exécuté^.

On voit par ce récit, tiré des monumens du temps, que Dagobert étoit

■ Voyez tome II, Note LXXVIII, n. 6 & suiv. de l'Empire d'Orient, il indique seulement le rang

' Mabillon, Annales, t. 2, p. 267 & 44°' — social de Didier.

Voyez tome II, Chartes & Diplômes, n. XXXI. Rappelons en passant que les rois barbares,

' VitaS. Desiderii, dans Labbe, BihUolheca nova jusqu'à Chnrlemagne, prirent ce titre dans leurs

manuscriptorum, t. I, c. 7 & seq. actes. [Talii, rex Francorum, vir inluster.)

* Ce titre est purement honorifique; emprunté [A. M 1

par la chancellerie des rois barbares au cérémonial ' Voyez tome II, Note LXXVIII, n. 9.

An ûz8

An 628

maître du Querci au commencement de la huitième ' année de son règne, c'est-à-dire à la fin de l'année 629 8c au commencement de la suivante, & que, par conséquent, il n'avoit pas encore cédé ce pays à Charibert, son frère, non plus que les autres provinces qui échurent bientôt après en partage à ce dernier, partage qui donna occasion au rétablissement du royaume de Toulouse, dont nous parlerons dans le livre suivant.

' Mabillon, Annales, t. 3, p. 53o.

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