IX. — Rit mo-:^arahe introduit dans la Province
Outre le décret pour l'affermissement de Sisenand sur le trône d'Espagne 8c de Septimanie, le quatrième concile de Tolède en fit quelques autres qui concernoient cette dernière province, appelée dans les actes la province des Gaules, parce qu'elle étoit alors la seule en deçà des Pyrénées qui fût sous la ^Éd. origm. domination des Visigoths. Il fut ordonné, par le second canon, que les églises de cette province observeroient la discipline ecclésiastique de celles d'Espagne, surtout pour ce qui regardoit l'office divin 8c la liturgie, c'est-à-dire qu'elles suivroient le rit qu'on appela, dans la suite, Mozarabe, différent^ de la liturgie gallicane. L'usage de ce rit, que saint Isidore, l'un des principaux évêques de ce concile, perfectionna, se conserve encore dans une des chapelles de l'église métropolitaine de Tolède, depuis l'introduction de la liturgie romaine dans toutes les églises d'Espagne.
Le même concile fit divers autres canons pour rendre la liturgie uniforme
' Lucas Tudensis, &. Rodericus Toletaniis. * Mabillon, liturgie gallicane^ I. i , c. 4.
dans toutes les provinces de la domination des Goths ; il ordonna' que dans les églises de la Septimanie on béniroit le cierge pascal 8c la lampe durant l'office de la nuit de Pâques : cérémonie dont l'usage avoit été jusques alors inconnu dans cette province. Il défendit^ aux mêmes églises de chanter V Alléluia le premier janvier, parce que ce jour étoit consacré à la pénitence & à l'expiation des débauches Se des excès qui se commettoient dans ce temps-là , 8c qu'un reste de superstition païenne avoit conservés parmi les chrétiens. Il paroît qu'à l'abstinence de la viande qu'on observoit communément ce même jour, plusieurs ajoutoient celle du vin.
Il est ordonné^ par un autre canon que, conformément aux anciens décrets des Pères, le concile de chaque province s'assembleroit au moins tous les ans, le i8 du mois de mai, dans le lieu indiqué par le métropolitain ; 8c le concile général de l'Espagne 8c de la Gaule, lorsqu'il s'agiroit de la foi ou d'une cause commune à l'Eglise. La tenue de ces conciles est d'autant plus recommandée par ce canon , qu'outre qu'ils servoient infiniment à maintenir la discipline ecclésiastique, ils étoient d'une grande ressource au peuple contre l'oppression des grands : car les seigneurs, les juges 8c les magistrats étoient obligés de se trouver à ces assemblées, où on examinoit leur conduite, 8c où on recevoit les plaintes qu'on tormoit contre eux, de même que contre les évêques. S'ils refusoient de s'y rendre, on les y contraignoit par l'autorité du prince.
Le zèle indiscret que le roi Sisebut avoit témoigné pour la religion donna lieu enfin à un autre canon ^ par lequel on abolit la loi de ce prince qui contraignoit les juifs d'embrasser le christianisme. On se contenta d'ordonner que ceux qui auroient reçu le baptême seroient tenus de vivre conformément à leurs engagemens, pour empêcher par là que le saint nom de Dieu ne fût blasphémé. On ajouta cependant, pour faciliter la conversion des autres, qu'ils seroient exclus de toute sorte d'emplois 8c que leurs eiifans seroient élevés dans des monastères ou chez des chrétiens.
X. — Dagobert donne à Sigebert, son fils, le royaume d'Austrasie,
Dans le temps que Sisenand travailloit à s'affermir sur le trône, le roi Dagobert partagea^ le sien avec son fils Sigebert, qu'il déclara 8c fit reconnoître roi d'Austrasie, à Metz, la onzième année de son règne. Sigebert fut le troisième de ce nom qui régna en Austrasie ; mais comme la foiblesse de son âge, car il n'avoit alors que trois ans, ne lui perraettoit pas de gouverner ses États par lui-même, le roi son père lui donna pour ses principaux conseillers Clunibert, évêque de Cologne, 8c Adalgiscle qu'il fit duc du palais d'Austrasie. On'' prétend que Dagobert, en donnant ce royaume à son fils,
■ Concilium Toletanum /F, dans Labbe, Conciles, * Concilium Toletanum IV, ut supra, can. fij.
t. 6, can. 9. ' Frédégaire, c. -jH & seq.
' liid. can. II. * Pagi, Critica, ad ann. 633, n. 32; ad ann. 638,
' IHJ. can. 3. n. 1 1 .
An 633
Éd. origin.
en excepta les provinces méridionales, dont l'Albigeois, le Gévaudan , le Vêlai & le pays d'Uzès faisoient partie, qu'il se réserva & qu'il gouverna par lui-même jusques à sa mort, à l'exemple de Clotaire, son père, qui en avoit ;^n g3 usé de même à son égard. L'année suivante, Dagobert ayant eu un fils qu'on nomma Clovis, de la reine Nantilde, son épouse légitime, 8c voulant prévenir les troubles & les dissensions que pourroit faire naître après sa mort la succession du royaume de France entre ce dernier Se Sigebert, son autre fils, né d'une concubine, disposa solennellement de ses États de la manière qui suit. Il destina à Sigebert l'Austrasie dans toute son ancienne étendue, & déclara Clovis héritier présomptif des deux couronnes de Bourgogne 8c de Neustrie. Par cette disposition, la partie du Languedoc qui appartenoit alors aux François devoit être partagée entre ces deux princes.
XL — Mort de Sisenand. — Chintila, son successeur,
1^^ g3g Le roi Sisenand, qui occupoit le reste de cette province, mourut sur la fin
de l'année 635, ou peut-être seulement au commencement de l'année suivante; car Chintila, son successeur, ne commença de régner' que l'ère 674, qui revient à l'année 636. Celui-ci, peu de temps après son élection, fit assembler^, au mois de juin de la même année, un concile à Tolède, qui fut le cinquième de cette ville. Il ne paroît pas qu'aucun évêque de la Septimanie y ait assisté, 8c c'est mal à propos que, dans les éditions de ce concile, on a inséré la souscription d'Elpidius comme évêque de Carcassonne, puisqu'il ne l'étoit pas de cette ville, mais de Tarazona , en Espagne , comme on voit par un ancien manuscrit 8c par la souscription du même Elpidius aux conciles de Tolède tenus dans les années suivantes.
Il paroît par les canons de ce concile que le dessein de Chintila, en le convoquant, étoit moins de pourvoir aux besoins de l'Église d'Espagne, qu'à sa propre sûreté 8c à son affermissement sur le trône, où sa révolte contre Sisenand, son prédécesseur, l'avoit peut-être fait monter. On voit, en effet 3, par les actes de ce concile, que le royaume des Visigoths étoit alors agité de divers troubles, 8c que l'ambition de régner y excitoit plusieurs factions. Les évêques déclarèrent excommuniés tous les Goths qui, n'étant pas d'une ancienne noblesse, briguoient la couronne &i formoient des partis pour y parvenir. Ils approuvèrent "^ une ordonnance du roi, qui assista en personne au concile avec les principaux seigneurs de sa cour 8c les officiers de son palais, pour célébrer à l'avenir trois jours de pénitence, au mois de décembre, pour les Litanies, ce qui devoit être observé dans tout le royaume des Visigoths, 8c par conséquent dans la Septimanie. Ce canon fut confirmé^ dans le concile suivant de Tolède.
' Voyez tome II, Note LXXIX. •■ Concilium ToUtanum V, dans Labbe, t. 6,
' Le cardinal d'Aguirre, Concilia Hispanica, t. 2, can. 3.
p. 507. — Concilium ToUtanum V, dans Labbe, * IbiA. can. i.
t. 6, c, 1^83 & seq. ' Ihid. can. 2.
XII. — Prétendue translation des reliques de saint Saturnin, de Toulouse à l'abhaye de Saint-Denis, en France. — Mort de Sadrégisile, duc d'Aquitaine.
Dagobert, à qui les troubles d'Espagne alors très-fréquens présentoient une occasion favorable de se rendre maître de la Septimanie , vécut cependant en paix, à ce qu'il paroît, avec les Visigoths. Ce prince, dont l'humeur étoit fort pacifique, s'appliqua à embellir l'abbaye de Saint-Denis, qu'il fonda pour ainsi dire de nouveau. On l'accuse même d'avoir dépouillé les autres églises pour enrichir celle-là, & d'avoir fait enlever de Toulouse le corps de saint Saturnin, pour le mettre dans le trésor de cette abbaye.
On rapporte ', en effet, sur la foi des anciennes chroniques de Saint-Denis, que le duc Baronte ayant reçu ordre de Dagobert, après la mort du roi Charibert, son frère, de se rendre à Toulouse pour se saisir des trésors de ce prince, ce seigneur enleva en même temps les reliques de saint Saturnin, dans le dessein de faire sa cour à Dagobert, à qui il les présenta, 81 que ce prince les donna ensuite à l'église de Saint-Denis. On ajoute que depuis cet enlèvement les Toulousains furent affligés d'une stérilité générale qui régna parmi les femmes, & parmi les animaux du pays, 8t que pour obtenir de Dieu la cessation de ce fléau, ils envoyèrent, la quatorzième année de Dagobert, des députés à l'abbaye de Saint-Denis pour demander la restitution du corps de leur saint patron, avec offre de céder en échange ceux de saint Hilaire, évêque de Gévaudan St de saint Romain de Blaye , ce qu'ayant obtenu de l'abbé & des religieux, les maux dont ils étoient affligés cessèrent entièrement. Mais l'historien moderne^ de l'abbaye de Saint-Denis rejette avec raison, après le P. le Cointe, cette tradition comme très-incertaine. Il est vrai que ce monastère prétend posséder encore aujourd'hui les reliques de saint Hilaire, évêque de Gévaudan, qu'on appelle communément saint Chéli pour le distinguer de saint Hilaire, son successeur} mais ce n'est point une preuve que les Toulousains les aient données en échange du corps de saint Saturnin. Ce qu'il y a de certain, c'est que le roi Dagobert combla de bienfaits le monastère de Saint-Denis.
Ce prince donna entre autres à cette abbaye les biens que laissa en mourant Sadrégisile, duc d'Aquitaine, dont nous avons déjà parlé. Suivant^ quelques anciens historiens, ce duc avoit eu le malheur d'encourir la disgrâce de Dagobert du vivant du roi Clotaire, son père; mais plusieurs habiles modernes rejettent comme fabuleuse l'histoire qu'on raconte à ce sujet. Quoi qu'il en
' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 174. n. LXVII. — L'histoire de Sadrégisile est une f a -
* Vélihien, Histoire de Saint-Dmis, p. ip&suiv. ble; les éléments à l'aide desquels l'auteur de la
— Le Cointe, ad ann. 638, n. 22. charte d'Alaon a créé ce personnage ont été tirés
^ Gesta Dagoberti , c. 6, 3o & 35^ Recueil des des Gesta Dagoberti, ouvrage rempli de légendes
Historiens de France, t. 2, p. 578. — Aimoin, 1. 4, & auquel on ne peut ajouter foi. L'anecdote a
c. 17 & 28. — Voyez tome II, Note LXXVIII, aussi été rapportée par Aimoin, mais d'après les
n, 18, 8i aux Preuves, Chartes & Diplômes, Geiia auxquels il l'avait empruntée, [E. M.]
An 636
An 636
soit, Sadrégisile recouvra sans doute les bonnes grâces de ce roi, puisqu'il étoit encore duc d'Aquitaine la treizième année de son règne , c'est-à-dire vers l'an 635, qu'il fut tué, on ne sait pourquoi. Ses enfans, que Dagobert faisoit élever dans son palais, négligèrent de poursuivre les meurtriers. Ce prince en fut si irrité, que pour les punir de leur négligence, il les dépouilla de l'héritage de leur père, qu'il confisqua, conformément aux lois romaines, & dont il disposa en faveur de l'abbaye de Saint-Denis. Dagobert se conforma sans doute à l'usage de ces lois pour la confiscation des biens de Sadrégisile, parce que ce duc étoit peut-être de race romaine, ou plutôt parce que la plupart de ses biens étoient situés en Aquitaine, province qui suivoit l'usage du droit romain , 8c aux habitans de laquelle quelques-uns de nos anciens historiens ' donnent le nom de Romains. Nous avons déjà remarqué qu'il paroît que ce duc étoit gouverneur de la partie de l'Aquitaine qui dépendoit du royaume d'Anstrasie.
XIII. — Révolte d'Amand, duc des Gascons. — Le duché d'Aquitaine ou de Toulouse donné en fief hé ré dit aire , par Dagobert, à Boggis £> à Bertrand, ses neveux, fils de Charlbert.
Dagobert disposa, vers le même temps, de l'autre partie de l'Aquitaine ou des titats qui avoient appartenu à Charibert, son frère, en faveur de Boggis & de Bertrand, ses neveux^, fils de ce roi de Toulouse 5 car il paroît que la révolte d'Amand ^, duc des Gascons &. aïeul de ces deux jeunes princes,
■ Premier continuateur de Frédégaire, c. 3; Recueil des historiens de France, t. 2.
' Voir plus haut, au chap. v de ce même livre, ce que nous avons dit des ducs Boggis & Bertrand.
' Dagobert avait cédé à son frère comme sa part d'héritage, mais pour vivre en simple particulier [privato haiitu), quelques provinces ou domaines situés entre la Loire & la frontière d'Espagne. C'étaient Toulouse, dont il fit sa résidence habituelle, Cahors, Agen, Périgueux, Saintes, & la région comprise entre la Garonne & les Pyrénées'. La Vasconie, qui ne comprenait alors que l'ancien comté des Vascons, organisé en 602, c'est-àdire révéché de Lescar, avait donné depuis environ trente ans des signes inquiétants d'indépendance. L'autorité des rois francs y était contestée. Charibert, la troisième année de son établissement à Toulouse, résolut de réprimer ces mouvements. Il dompta les Vascons par les armes & réunit définitivement leur territoire à ses domaines. Ce prince mourut peu de temps après.
Les historiens qui nous rapportent ces faits ne font aucune mention d'un duc de Vasconie du nom d'Amandus. Ce duc est encore un produit de
' Frédégaire, Chronicon.
la charte d'Alaon. Au moment de la mort de Clotaire II (628), au rapport de tous les chroniqueurs, c'était un leude d'origine saxonne, nommé Aighinanus ou Aighinanes, qui gouvernait la Vasconie. Cet Aighinanus, qui avait comprimé une révolte de Vascons en 627, fut encore employé par Dagobert dans la grande expédition qui eut lieu neuf ans après, en 636, pour faire rentrer dans l'obéissance les Vascons soulevés de nouveau. Cette expédition, ayant eu pour résultat de dévaster la Vasconie, il fallut que les montagnards se résignassent, & l'année suivante leurs chefs allèrent à Clichy prêter serment de fidélité entre les mains du roi. Aighinanus se chargea de les présenter.
Le nom de ce duc a été écrit différemment par les chroniqueurs. Ils l'ont appelé aussi Agino, Agnianus, Anianus, Aimandus; de cette dernière forme à celle d'Amandus il n'y a pas une grande distance. Elle ne se trouve qu'une fois dans Aimoin & paraît être le résultat d'une faute de copiste facile à comprendre. C'est cependant cette faute d'un scribe ignorant, qui a donné au faussaire, auteur de la charte d'Alaon, l'idée de créer le premier duc héréditaire de Gascogne; mais les expressions d'Aimoin renversent son système de fond en comble; loin de présenter Aighinanus
laquelle arriva la quatorzième année du règne de Dagobert ou en 636, y donna occasion. Nous savons, en effet', qu'Amand, ayant alors fait révolter les Gascons 8c s'étant mis à leur tête, fit des courses dans tout le royaume qui avoit appartenu au roi Charibert, d'où il remporta un riche butin, ce qui nous donne lieu de croire que ce duc ne prit les armes que pour venger la querelle de ses petits-fils 8c soutenir leurs droits à ce royaume ou à la succession de leur père. Cette révolte donna de l'inquiétude à Dagobert. Ce prince, pour y remédier, assembla une puissante armée composée de toutes les milices du royaume de Bourgogne 8c résolut de porter la guerre dans le pays des Gascons pour réduire ces peuples à leur devoir. Il donna le principal commandement de ces troupes à Chadoin, son référendaire, capitaine expérimenté, 8c mit sous ses ordres dix autres ducs ou généraux, dont chacun commandoit les milices de son département, savoir : huit François, un Romain ou ancien Gaulois, 8c un Bourguignon de naissance, outre un duc saxon 8c plusieurs comtes qui ne reconnoissoient aucun duc pour supérieur.
Chadoin s'étant mis en marche avec cette nombreuse armée, s'avança vers le pays des Gascons 8c alla chercher ces peuples jusques au pied des Pyrénées, d'où ils étoient descendus pour faire tête aux troupes françoises. Celles-ci les attaquèrent aussitôt, les mirent en fuite, après en avoir fait un grand carnage, 8c les obligèrent de se retirer dans les cavernes de leurs montagnes 8c dans les creux des rochers où ils se croyoient en sûreté contre leurs ennemis. Mais les François les ayant vivement poursuivis jusque dans les défilés, en tuèrent encore un grand nombre, firent beaucoup de prisonniers, pillèrent leurs habitations 8c y mirent le feu. Les Gascons, se voyant sans ressource 8c forcés de toutes parts, demandèrent alors la paix 8c eurent recours à la clémence des généraux françois. Ils promirent que les principaux d'entre eux viendroient se présenter devant le roi pour lui demander pardon, qu'ils se soumettraient tous à son obéissance 8c qu'ils accompliroient fîdèlement tout ce qu'il leur ordonneroit. A ces conditions, ces généraux firent cesser les hostilités 8c levèrent le camp. C'est ainsi que les François domptèrent ces peuples rebelles sans perdre qu'un seul duc ou général, qui fut attaqué par sa faute dans la vallée de Soûle, 8c tué avec un grand nombre de noblesse qui servoit dans son corps d'armée.
En conséquence de leur promesse, les principaux seigneurs gascons, le duc
Amand à leur tête, se rendirent l'année suivante, qui étoit la quinzième du " ^
ou Anianus comme un chef national des Vascons, personnage apocryphe. Sa vie, telle que la rappor-
Aimoin dit simplement qu'il fut un des ducs francs tent les Bénédictins, est un pur roman. Il faut
(car il y en eut plusieurs) qui commanda dans la effacer de l'histoire ce vieux duc, resté maître de
guerre de Vasconie. Il gouverna ce pays de 628 à la Vasconie jusqu'à son dernier jour, qui, malgré
638. Il en avait été expulsé par la sédition de 636, tous les efforts de Dagobert, eut, dit-on, la conso-
sédition que Dagobert réprima en envoyant contre lation de transmettre sa succession intacte à ses
les Vascons une armée considérable qui les força petits-fils. [E. M.]
de demander la paix. ' Voyez tome II, Note LXXXIII, n. 3 & suiv
On voit donc que le duc gascon Araandus est un FréJégaire, c. 78. — Costa Dagobcrti, c. 36 8c 42.
An 637
règne de Dagobert, à Clichy-sur-Seine, où ce prince se trouvoit alors avec sa cour. Ils n'osèrent cependant paroître en sa présence & se réfugièrent aussitôt dans l'église de Saint-Denis, qu'ils regardoient comme un asile contre la colère du roi. Ce prince, étant arrivé peu de temps après, leur pardonna & reçut le serment de fidélité qu'ils firent à sa personne, à ses enfans £• au royaume des François, serment qu'ils se mirent peu en peine de violer dans la suite. Cela fait, Dagobert leur donna la liberté de retourner dans leur pays.
C'est alors que nous croyons que ce prince, touché de compassion pour ses deux neveux Boggis 8c Bertrand, & sollicité sans doute par Amand, duc des Gascons, aïeul de ces deux princes, leur donna', par forme d'apanage & à titre de duché héréditaire, le royaume de Toulouse ou la partie de l'Aquit"^! r'f^" taine qui avoit composé les Etats du roi Charibert, leur père. Nous avons déjà parlé ailleurs de l'étendue de ce ^ royaume auquel la ville de Toulouse, qui en étoit la capitale, avoit donné son nom. Elle le fut aussi du duché d'Aquitaine possédé par Boggis 8c Bertrand 8c par leurs descendans. Dagobert donna en même temps à ces princes, l'avouerie^ sur tous les monastères de ce duché, à condition qu'ils tiendroient l'un 8c l'autre à foi 8c hommage de la couronne, 8c qu'ils payeroient au trésor royal un tribut annueH qu'il leur imposa. Ces deux princes s'y soumirent, ou plutôt le duc Amand, leur aïeul, à leur nom, dans l'impuissance où ils étoient de faire valoir leurs prétentions 8c d'obtenir des conditions plus favorables. Depuis ce temps-là, Boggis 8c Bertrand, 8c les ducs d'Aquitaine issus de leur branche, demeurèrent sous la dépendance de Dagobert 8c des rois de Neustrie, ses successeurs. C'est là le premier exemple de l'hérédité des fiefs ^ dans la monarchie françoise, ou plutôt d'un apanage donné aux princes de la maisoii royale, apanage "^ qui fut possédé héréditairement, jusques à la fin de la première race, par le fameux Eudes 8c par les autres ducs d'Aquitaine, ses successeurs, qui descendoient'^ tous de Charibert, roi de Toulouse, 8c frère de Dagobert. C'est par là que ce dernier prince satisfit enfin la passion qu'il avoit toujours eue de régner seul en France, 8c qu'il exécuta le projet que le roi Clotaire, son père, paroissoit avoir formé, de réunir tout le royaume sur une seule tête 8c de ne plus partager, comme auparavant, l'autorité souveraine, ce qui avoit été la source de beaucoup de troubles 8c de divisions.
Nous ignorons si Boggis 8c Bertrand possédèrent par indivis le duché d'.\quitaine ou de Toulouse, que Dagobert leur avoit cédé, ou si chacun
' Voyez tome II, Note LXXXIII, n. 3 & siiiv. & pouvait pas y avoir d'hérédité des fiefs au septième
aux Preuves, Chartes & Diplômes, n. LXVII. siècle, puisqu'alors il n'existait rien qui put res-
' Voyez plus haut, chap. X de ce même livre ; & sembler au fief & que le nom n'était pas plus