XXIX. — Testament de saint Didier
Saint Didier n'oublia pas sa ville épiscopale ; il la fit ceindre de murailles & l'orna de divers édifices publics. Il fit éclater surtout sa libéralité envers son église cathédrale à laquelle il ajouta plusieurs bâtimens considérables. Il l'enrichit d'une grande quantité d'argenterie, de vases sacrés Si de bijoux, disposa d'une grande partie de ses biens en sa faveur, & le prince lui accorda le lieu de Cayrac [Caderense) à sa considération.
Ce prélat, déjà avancé en âge, sentant diminuer ses forces de jour en jour, songea à disposer de ses biens avant sa mort. Il fit donc son testament, la quinzième année de son épiscopat 8i la seizième du règne de Sigebert III, roi d'Austrasie, son souverain, c'est-à-dire^ l'an 654 de J.-C. Il fit héritière son église 8<. lui laissa sa vaisselle d'or St d'argent, ses meubles, ses bijoux & son argent monnoyé, avec plusieurs terres, bourgs ou villages qui lui appartenoient, savoir : dix dans le Querci &t vingt & un ou, selon d'autres^, vingt-quatre dans l'Albigeois, outre une grande maison qu'il avoit dans la ville d'Albi, sa patrie, à la charge d'avoir soin des pauvres & de pourvoir à leur entretien.
XXX. — Origine des villes de Gaillac iS- de Lautrec, en Albigeois.
Toutes ces terres ou seigneuries sont énoncées dans le testament de ce saint évoque, mais la plupart de leurs noms ont si peu de conformité avec les noms modernes qu'il est très-difficile d'en connoître la véritable situation, excepté quelques-unes, & entre autres Gaillac &. Lautrec, dans le pays d'Albigeois, qu'il légua à son église.
' Vha S. Desiderii, dans Labbe, Bihliotheci nova ' VoyeE tome II, Note LXXVIII, n. i 5.
manuscripiorum, t. i , c. y & seq. ' Le Cointe, ad ann. 648, n. 27.
An 655
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lid. origin.
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II y eut depuis, dans la première, un monastère sous l'invocation de saint Quentin qui dépendoit de l'abbaye de Figeac, en Querci , au commencement du neuvième siècle', ce qui peut nous faire juger que l'église de Cahors donna peut-être ce lieu à cette abbaye, connue anciennement sous le nom de Junant, ou en fit un échange avec elle. Quoi qu'il en soit, le monastère de Gaillac, dont nous parlerons ailleurs, ne dépendoit plus de l'abbaye de Figeac dans le dixième siècle & portoit alors le nom de Saint- Michel^. La ville de Lautrec appartient aujourd'hui au diocèse de Castres dont elle est la plus considérable après la capitale, de même que Gaillac est la principale du diocèse d'Albi après cette dernière. Lautrec est en même temps le chef-lieu d'une ancienne vicomte dont nous aurons occasion de parler souvent dans la suite.
XXXL — Mort de saint Didier.
Didier ne borna pas ses libéralités à sa seule église; il les étendit-^ aux autres églises 8c monastères de Querci & d'Albigeois auxquels il légua trente ou, selon un historien'* moderne, cinquante terres ou villages. Il donna entre autres au monastère de Saint-Amand le lieu de Marcillac, qui devint dans la suite une abbaye considérable. Il est fait mention, dans le même testament, du monastère & de l'église de Saint-Eugène, qui est sans doute le même que le monastère de Saint-Eugène de Vieux, en Albigeois, dont on a parlé ailleurs & qui, par conséquent, subsistoit dans ce temps-là.
Didier, quelque temps après avoir fait son testament, résolut de faire un voyage en Albigeois, sa patrie, pour visiter les terres qu'il avoit dans ce pays, ce qu'il faisoit de temps en temps. Il j étoit considéré comme un grand seigneur, & sa vertu 6t ses bienfaits lui attiroient l'amour 8c le respect des peuples, qui le regardoient comme leur père. Constance, alors évêque d'Albi, averti du dessein qu'il avoit d'entreprendre ce voyage au mois de novembre, lui^ écrivit pour l'inviter à passer le Tarn. Il le pressa de venir célébrer les fêtes de Noël dans sa ville épiscopale, qu'il appelle la ville de ce prélat {civitatula vestra Albige), 8c officier le jour de cette solennité, afin de donner au peuple d'Albi la consolation de recevoir sa bénédiction. Constance avoit tant de vénération 8c d'estime pour la personne de Didier qu'il attribue au mérite de ses prières son heureux retour de la cour d'Austrasie, où il avoit fait depuis peu un voyage.
Nous ignorons la réponse de l'évêque de Cahors à celui d'Albi ; nous savons 6 seulement que le premier, à son arrivée dans l'Albigeois, fut obligé de s'arrêter dans un lieu appelé Wistrilinguis, dont une dame de qualité,
' Voyez tome II, Note XCIII, n. 7. ■* Le Cointe, ad ann. 648, n. 27.
' Voyez sur cette dépendance, tome IV, la 'Note ' S. Didier, epist. 14 ; D. Bouquet, t. 4, p. 46.
CXX, ajoutée par les nouveaux éditeurs. ^ t^ita S. Desiderii, dans Labbe, Bibliotheca nova
^ Fita S. Desiderii, dans Labbe, Bibliotheca nova manuscriptorum, t. 1, p. 699 & suiv. manuscriptorum , t. r .
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nommée Bobilane, veuve de Sévère, sénateur, & fille d'Agila, homme de considération, avoit fait donation au monastère de Saint-Amand, dans le Querci. Didier y fut attaqué de la fièvre dont il mourut le i5 de novembre, la vingt-sixième année de son épiscopat & la dix-septième du règne de Sigebert III, roi d'Austrasie, c'est-à-dire l'an 655 de J.-C. Il étoit alors' environ dans la soixantième année de son âge. Telle fut la fin de l'un des plus illustres & des plus saints évêques de l'Eglise gallicane, la gloire Si l'ornement de sa patrie.
Ses domestiques eurent soin de transporter son corps, sur un brancard, dans le Querci, accompagnés dans la route d'une multitude infinie de peuple. A leur arrivée à Milhars {Mlliacum) , en Albigeois, vers les frontières du Rouergue & du Querci, une possédée fut délivrée par l'intercession du saint; . le peuple de Cahors vint en foule au-devant de son corps, témoignant par ses larmes & ses gémissemens la vivacité de sa douleur sur la perte qu'il venoit de faire, en sa personne, d'un bon père 6c d'un puissant protecteur. Son corps fut reçu avec pompe 8c enfin transporté au monastère de Saint- Amand , qu'il avoit choisi pour le lieu de sa sépulture. Sa sainteté éclata par un grand nombre de miracles que Dieu opéra sur son tombeau; il fut honoré bientôt après d'un culte public. On voit encore dans l'Albigeois deux endroits qui portent le nom de Saint- Didier ou, selon l'expression vulgaire du pays, de Saint-Géry, l'un situé entre les villes de l'Isle Se de Rabastens, 8c l'autre à une lieue au levant de la ville d'Albi. Wistril'mguîs, où il décéda, est peut-être l'un ou l'autre de ces lieux. Nous avons déjà dit que Didier passoit pour un homme très-éloquent^. On ne peut, en effet, disconvenir qu'il ne fût très-versé, pour son siècle, dans la langue latine; on peut en juger par seize lettres qui nous restent de lui avec quelques autres qui lui furent écrites^; elles sont des preuves de ses liaisons avec les plus Éd. origin. grands personnages de son temps &c des monumens précieux pour l'histoire de son siècle.
XXXII. — Troubles de l'Austrasie après la mort de Sigehert III. — Clovis II, son frère 6* son successeur. — Clotaire III , fils de ce dernier, maître de toute la monarchie .
Sigebert III, qui, en qualité de roi d'Austrasie, étoit maître du Querci 8c de l'Albigeois, ne survécut pas longtemps à saint Didier : il mourut à l'âge de vingt-six ans, le premier de février de l'année suivante, la dix-huitième de son règne à compter depuis le mois de janvier 689 ou la mort du roi Dagobert I, 8c la vingt-troisième en Austrasie'*. Ce prince, qui a mérité d'être mis dans le catalogue des saints, moins occupé des affaires de son État que des
' Voyez tome II, Note LXXVIII, n. i5. ' Canisius, Antiquae lectiones, edit. in-f", t. r,
' Canisius, Anti^uae lectiones, edit. in-f", t. i , p. 636 & seq. ^. 636 & seq. ^ Voyez tome II, Note LXXVIII, n. i5.
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exercices de piété, laissa prendre aux maires du palais une autorité qui devint funeste à ses successeurs,
Grimoald, qui occupoit alors cette charge en Austrasie, porta son ambition, après la mort de Sigebert, jusqu'à tenter de mettre son propre fils sur le trône An 656 '-^^ '■'^ royaume, au préjudice du jeune Dagobert, fils & légitime successeur de ce roi, encore trop jeune pour régner par lui-même. Ce ministre ambitieux, dans la vue de s'emparer de toute l'autorité, fit couper les cheveux à ce jeune prince, 8c après l'avoir fait passer en Irlande, où il le confina pour le dérober à la connoissance de ses sujets, il publia aussitôt qu'il étoit mort St déclara que, suivant les dernières dispositions du roi Sigebert, la couronne appartenoit à son propre fils, à qui il fit prendre le nom de Childebert. La plupart des seigneurs d'Austrasie furent ou assez crédules pour ajouter foi à la fausse déclaration de Grimoald, ou assez lâches pour ne pas oser s'opposer à son usurpation, ce qui fit qu'ils reconnurent d'abord ce nouveau roi. Mais Clovis II, roi de Neustrie & de Bourgogne, ne pouvant souffrir de voir passer la couronne d'Austrasie en des mains étrangères, s'éleva aussitôt contre Grimoald & Childebert, son fils, prit les armes contre eux &, après s'être saisi de la personne du premier & l'avoir fait mourir, il détrôna l'autre 8c devint par là maître de toute la monarchie françoise. Il en jouit peu de temps, car il mourut au mois de novembre de la même année 656, la dix-huitième de son règne. Ce prince laissa trois jeunes enfans mâles, sous la tutelle de la reine sainte Bathilde, son épouse, 8c d'Ébroin, maire du palais de Neustrie, savoir : Clotaire III, l'aîné des trois, qui fut d'abord reconnu pour unique monarque' des François, Childéric, qui monta sur le trône d'Austrasie quelques années après, 8c Thierri. Ainsi tout le Languedoc françois appartint d'abord à Clotaire. C'est là l'époque du commencement du haut degré de puissance où parvinrent enfin insensiblement les maires du palais.