‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 439 sur 553 · XLIX. — Paul abdique la royauté · texte numérisé non relu

XLIX. — Paul abdique la royauté

Paul paroissoit résolu de vouloir se défendre dans cette forteresse jusques à la dernière extrémité ; mais ceux de son parti occasionnèrent bientôt après sa ruine. Plusieurs d'entre les citoyens de Nimes qui l'avoient suivi dans les Arènes le soupçonnèrent, aussi bien que les soldats venus d'Espagne avec lui, de vouloir faire leur paix avec Wamba à leurs dépens 8c d'avoir dessein de les livrer à ce prince pour sauver leur vie. 11 s'éleva alors une sédition parmi les partisans de ce nouveau roi 8c, sans respect pour son autorité 8c pour sa présence, les habitans du pays font main basse sur tous ceux qu'ils croient coupables de trahison. Ce prétendu roi n'a pas même le crédit de sauver la vie à un de ses domestiques, qu'il voit tomber à ses pieds, 8c pour lequel il demandoit grâce avec toute l'humilité d'un suppliant, en sorte <{u'il n'est plus écouté 8c qu.e ses ordres sont méprisés par une grande partie de ceux qui avoient auparavant entrepris sa défense avec plus de chaleur.

La ville de Nimes offroit alors un spectacle des plus affreux. On y voyoit le sang ruisseler de toutes parts 8c les rues 8c les maisons pleines de corps morts, de mourants ou de blessés. Paul , hors d'état de faire une plus longue résistance, en butte à la contradiction de ses propres troupes, exposé à leurs

, , , 7 H HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. Vil.

An 073 ' '

reproches Se à leur mépris, insulté même par les railleries piquantes de ses proches, n'ayant plus enfin aucune ressource, prend le parti de se dépouiller des ornemens royaux, d'abdiquer la royauté 8c de se démettre publiquement de l'autorité qu'il avoit usurpée, ce qui arriva, par un événement singulier, le premier de septembre, jour auquel Wamba étoit monté sur le trône un an auparavant.

Le lendemain au matin, ce rebelle, ayant assemblé ses principaux complices, délibéra avec eux sur le parti qu'ils avoient à prendre. Il fut résolu que ne leur restant plus qu'à se mettre à la merci du roi , il falloit implorer sa clémence. Ils députèrent à ce prince, pour demander grâce en leur nom, Argebaud, évêque de Narbonne. Ce prélat avoit donné d'abord des marques éclatantes de sa fidélité envers le roi, comme nous l'avons déjà vu; mais il falloit qu'il se fût enfin laissé séduire par les rebelles 81 qu'il eût pris part à leur rébellion, car, suivant l'auteur' qui en a écrit l'histoire, il méritoit la mort, 8<. il eut besoin lui-même de la grâce de Wamba. Un historien^ postérieur assure cependant que les rebelles Tavoient emmené, malgré lui, de Narbonne à Nimes 81 qu'il n'avoit jamais voulu consentir à leur révolte.

L. — Argehaud, évêque de Narbonne, obtient grâce pour les rebelles.

Argebaud^, connoissant toute l'importance de sa commission & la difficulté de la remplir avec succès, crut devoir auparavant intéresser le Seigneur dans sa cause. Il eut donc recours à lui dans le sacrifice de la messe qu'il célébra solennellement 81 partit ensuite, revêtu de ses habits pontificaux. Environ à quatre milles de Nimes, il rencontra Wamba qui venoit à la tête de ses troupes dans le dessein d'entrer triomphant dans cette ville 81 d'achever de soumettre les rebelles. A la vue de ce prince, Argebaud descend aussitôt de cheval, &, s'étant prosterné à terre, il lui explique le sujet de sa députation 8<, lui demande grâce pour les coupables. Le roi, qui étoit à cheval, s'arrête 8c lui ordonne de se lever. Alors l'évêque de Narbonne, prenant la parole, dit, les larmes aux yeux : « Prince, nous avons péché contre le ciel 8c contre vous, « 8c notre infidélité à votre égard est trop grande pour mériter votre pardon ; <' votre piété seule peut arrêter le glaive meurtrier qui a déjà fait périr tant de Il citoyens 8c vous porter à épargner les restes des infortunés qui lui ont (< échappé. Ordonnez donc à vos soldats de ne plus répandre de sang, 8c que » les citoyens pardonnent aux citoyens. Le nombre de ceux d'entre nous qui « ont évité la mort n'est pas grand, usez donc de clémence à leur égard, car si » vous ne nous accordez promptement le pardon que nous vous demandons, ^Ed.origin „ \\ ,-,£ restera pas un seul habitant dans la ville de Nimes pour prendre sa « défense dans la suite. »

Wamba, touché du discours Se des larmes de ce prélat, répondit en ces

' Jiilhiniis Toletanus, Historia cxpeJitionis Wam- " Rodericus Toletanus, 1. 3, c. 8.

bae rcgij, dans Duchesne, t. i , p. Soi & suiv. ^ Julianus Toletanus, ut supra.

termes : « Rassurez-vous sur la parole que je vous donne : vaincu par la force i< de vos prières, j'accorde la vie à tous ceux en faveur desquels vous vous inté- '( ressez. Je ne les ferai pas mourir, mais je dois vous déclarer que leur crime « est trop énorme pour le laisser entièrement impuni. » Sur cette réponse, Arg?baud fit de nouvelles instances pour obtenir la grâce entière; mais le roi lui répondit avec indignation : Vous appartient-il de m'imposer la loi, 6n'est-ce pas asse-^ de vous avoir fait grâce de la vie? Eh bien, ajouta-t-il, je n'accorde qu'à vous seul le pardon entier, «S- je ne vous promets rien pour les autres. Cela dit, Wamba continua sa marche vers Nimes.

Page 1