‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 440 sur 553 · LI. — Soumission de Nimes ô* des rebelles · texte numérisé non relu

LI. — Soumission de Nimes ô* des rebelles

Ce prince qui marchoit avec pompe & comme en triomphe, au milieu de ses troupes, ordonna cependant de faire cesser tout acte d'hostilité jusques à son arrivée dans la ville. Lorsqu'il fut à la distance d'un stade ou de cent vingtcinq pas, il rangea son armée en bataille comme s'il eût eu dessein de donner l'assaut au château des Arènes qui lui restoit à soumettre. Il avoit déjà pris la précaution de faire marcher un corps considérable de troupes vers les frontières des François, du côté de la mer 8t des montagnes, pour couper le secours que les rebelles auroient pu recevoir de la part de ces peuples, & s'opposer à leur marche s'ils avoient fait quelque mouvement. Il donna: ordre ensuite à quelques-uns de ses principaux capitaines d'aller retirer des Arènes le duc Paul 8c ses complices que la crainte de la mort avoit fait cacher dans les caves ou souterrains de cet amphithéâtre.

Les rebelles furent aussitôt enlevés du lieu de leur retraite; on arrêta en même temps un grand nombre de Gaulois 8c de François qui avoient embrassé leur parti 8c étoient accourus à leur défense. On se saisit de tout le butin que les uns &c les autres avoient retiré dans cette forteresse, 8c qui étoit très-considérable. Tous ces prisonniers furent amenés, avec leur chef, devant le roi qui les reçut au milieu de son armée. La sentence ' qui fut prononcée contre eux en nomme vingt-sept des principaux, outre le duc Paul, à la tête desquels se trouve Gumildus, évêque de Maguelonne. Leurs noms parussent goths pour la plupart. I! n'est point tait mention d'Hikléric, comte de Nimes, le premier auteur de la révolte, ce qui fait que nous ignorons son sort. Quant au duc Paul, il fut conduit à pied, entre les bataillons rangés de côté 8c d'autre, attentifs à ce spectacle, Se présenté au roi, suivi des autres prisonniers, par deux officiers généraux à cheval qui tenoient chacun une tresse de sa chevelure. A la vue de ce chef des rebelles, ce prince, levant les mains au ciel, s'écria les larmes aux yeux : Je vous loue, 0 Dieu, roi des rois, d'avoir fait tomber ce rebelle orgueilleux, comme un homme blessé à mort, &• d'avoir terrassé mes ennemis par la force de votre bras. Paul, de son côté, ne fut pas plutôt en présence du roi, qu'il se prosterna à terre Se délia sa cein-

' Jiilianus Toletanus, Htitoria expejitionis Wambae régis, dans DuchesiiCj t. i , p. 833.

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ture. Un historien ' moderne prétend que ce chef des rebelles, se jugeant indigne des honneurs militaires, se dépouilla par là lui-même de ce qui en étoit la marque. On voyoit la consternation Si l'étonnement peints sur son visage. Le changement subit de sa fortune &. l'incertitude où il étoit de son sort dévoient produire naturellement cet effet, puisque la veille il poT-toit encore les marques de la dignité royale. Tous^ les autres prisonniers s'étant aussi prosternés en même temps, Wamba leur adressant la parole : Quel excès d'extravagance 6- d'ingratitude, leur dit-il, de me rendre, comme vous ave-^ fait, le mal pour le bien. Je ne veux pas, ajouta-t-il, examiner ici Vénormité de vos crimes, allej 6- demeure-^ aux arrêts jusques à ce qu'on prononce votre jugement. Je vous accorde la vie, quoique vous ne la méritiei^ pas. Après cet acte de clémence, ce prince donna ordre de partager ces relaelles en divers quartiers de son armée & de veiller soigneusement à leur garde.

LU. — Wamha renvoie les prisonniers françois & fait réparer la ville de

Nimes.

Wamba eut des égards particuliers pour les prisonniers françois, parmi lesquels se trouvoient plusieurs jeunes seigneurs que leurs pères avoient envoyés on otage au duc Paul comme un gage de la promesse qu'ils lui avoient faite de marcher incontinent à son secours. Ce prince ordonna de les bien traiter, t'f'i' p"f59. '^^ même que ceux de la nation des Saxons qui étoient avec eux, & qui obéissoient à un même maître, c'est-à-dire au roi d'Austrasie. Il fit plus : il eut la générosité de les renvoyer, dix-huit jours après, sans rançon & comblés de bienfaits, disant qu'il étoit de la gloire du vainqueur d'user de clémence à l'égard des vaincus.

Ce roi, touché des malheurs & de la désolation de Nimes, donna tous ses soins à l'entier rétablissement de cette grande ville. Il fit d'abord retirer & inhumer une infinité de cadavres qui infectoient les rues; il donna ordre de panser les blessés & de rendre aux habitans tout ce qui leur avoir été enlevé dans le pillage de leurs maisons. Il fit ensuite réparer les brèches, rétablir les murailles & mettre de nouvelles portes à la place de celles qui avoient été brûlées, le tout aux dépens du trésor royal. Il ordonna en même temps à tous ses soldats d'apporter tout le butin qu'ils avoient fait sur les rebelles, en fit séparer l'argenterie & les vases sacrés dont le duc Paul avoit dépouillé les églises de la Province afin de s'en servir pour se soutenir dans sa révolte. Si les leur fit restituer. Il fit rendre entre autres à celle de Saint-Félix, martyr, la couronne d'or que ce duc en avoit enlevée. Si qui lui avoit servi pour la cérémonie de son couronnement. Un auteur espagnol ^ croit que cette église de Saint-Félix est celle de Girone : mais il paroît plus vraisemblable que c'est celle de Narbonne où reposoient"* les reliques de ce saint martyr.

' Mariana, de Rehus Hispan'icis, 1. 6, c. i3. ' Rodericiis Toletanus, 1. 3, c. 9.

' ^uWanuiToltanus, Historia expeditionis If^am- ''Grégoire de Tours, de Gloria martyrum, 1. i

bae régis, dans Duchesne, t. r , p. 833. p. 92.

LUI. — Sentence portée contre Paul 6" ses complices.

Trois jours ' après la prise de Nimes, c'est-a-dire le 5 de septembre, Wamba fit dresser un trône au milieu de son camp, où, environné des principaux seigneurs de sa cour & des officiers de son palais, toutes les troupes sous les armes, il fit amener en sa présence le duc Paul qui parut chargé de fers, accompagné de tous ses complices. A son arrivée au pied du trône, ce chef des reSelles se prosterna Si, selon l'ancien usage, il présenta ses épaules pour servir de marchepied au roi. Alors ce prince, prenant la parole : « Je" « vous somme, dit-il, au nom de Dieu tout-puissant, d'entrer en jugement « avec moi dans cette assemblée, composée de vos frères, & de déclarer en « leur présence si j'ai jamais rien fait contre vous qui ait pu vous engager à « vous révolter contre moi & à vous ériger en tyran. « Paul répondit tout haut : « Je proteste devant Dieu que loin de m'avoir fait aucun mal, vous « m'avez comblé d'une infinité de biens Se de grâces dont j'étois indigne, « Se j'avoue que tout ce que j'ai eu la témérité d'attenter contre vous vient « de l'esprit de malice dont j'ai eu le malheur de suivre les suggestions. » Le roi ayant fait la même demande aux autres rebelles, ils firent tous la même réponse. On lut ensuite le serment de fidélité qu'ils avoient prêté à ce prince, d'abord après son élection, Se celui que le duc Paul avoit exigé de ses complices, par lequel ils s'engageoient de porter les armes contre Wamba jusquesà ce qu'ils l'eussent détrôné. La lecture de ces actes fut suivie de celle des canons des derniers conciles de Tolède suivant lesquels Paul St ses adhérens dévoient être condamnés à mort Se leurs biens confisqués ; mais l'assemblée, touchée de compassion .envers ces malheureux, & ne voulant pas user à leur égard de toute la rigueur de ces décrets, les remit à la clémence du roi qui ordonna seulement qu'on leur arracheroit entièrement les cheveux, ce qui étoit alors une marque d'infamie, & qu'ensuite on les entermeroit dans une prison pour le reste de leurs jours. Un ancien ^ historien ajoute que le roi fit de plus arracher les yeux à Paul, principal chef de la rébellion. C'est ainsi que ce prince termina son expédition contre les rebelles de la Septimanie.

LIV. — Les environs de Bé-^iers ravagés par les François, sous les ordres

du duc Loup.

Quelque impatient que dût être Wamba de retourner à Tolède, le bruit qui se répandit que les François méditoient de faire bientôt une irruption dans cette province 8c qu'ils avoient dessein de lui enlever ses prisonniers, lui fit juger que sa présence étoit encore nécessaire dans le pays-^. Il différa donc son départ pour attendre les suites des menaces de ces peuples contre lesquels,

' JuliamisToletamis, Historia cxpcdïtionis Wam- ' Lucas Tudensis, Chronicon.

hae régis, dans Duchesne, t. i, p. 83o, 833 & seq. ' Julianus Toletanus, ut supra.

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au rapport des historiens, il souhaitoit trouver l'occasion d'en venir aux mains & de venger sur eux les anciennes querelles de sa nation.

Suivant le témoignage de Julien', évêque de Tolède & auteur contemporain, de qui nous tenons l'histoire de la révolte du duc Paul, Wamba auroit prévenu le dessein des François & auroit été le premier à leur déclarer la guerre, si les seigneurs qui composoient son conseil ne l'eussent détourné de Éj.origin. cette entreprise en lui faisant entendre qu'il ne lui convenoit pas de troubler

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la paix qui régnoit alors entre les deux Etats, ce qui prouve que ce fut sans .l'aveu & sans le consentement de leur souverain que quelques François donnèrent du secours au duc Paul, & qu'ils le soutinrent dans sa révolte.

Wamba, après avoir demeuré à la vue de Nimes jusques au quatrième jour depuis la prise de cette ville, voyant que les François ne faisoient aucun mouvement & que ses approches avoient jeté la terreur dans toutes leurs villes voisines, étoit résolu de décamper, quand il fut averti qu'un duc ou général de cette nation, nommé Loup, s'étoit avancé jusque dans le territoire de Béziers & qu'il ravageoit ce pays. Ce prince partit aussitôt avec une extrême diligence, le 7 de septembre, pour aller à la rencontre de ce général, campé à Aspiran, lieu voisin de la rivière d'Hérault, entre Pézénas & le diocèse de Lodève ; mais dès que celui-ci eut appris que le roi des Visigoths venoit à lui & qu'il avoit déjà fait un détachement pour lui courir sus, il décampa Se s'enfuit vers les montagnes voisines avec tant de précipitation, que pour faciliter sa retraite il fut obligé d'abandonner la plus grande partie des équipages de son armée, dont les Visigoths s'emparèrent, sans compter un grand nombre de traîneurs qu'ils firent prisonniers.

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