LV. — Retour de Wamba en Espagne
Wamba, n'ayant plus d'ennemis à combattre, s'avança vers Narbonne où il entra en triomphe 8c où il séjourna quelque temps. Il s'appliqua, durant son séjour, à rétablir la paix & la tranquillité dans la Septimanie, que cette guerre civile, dont elle avoit presque soutenu tout le poids, avoit extrêmement désolée. Il eut soin entre autres de mettre de bonnes garnisons dans les places fortes du pays pour s'opposer aux mouvemens qui auroient pu s'y élever de nouveau & pour dissiper tous les restes de la rébellion. Il pourvut cette province 8c les diocèses ou villes qui la composoient de nouveaux gouverneurs plus humains que les précédens 8c. choisit des personnes propres à consoler les peuples 8c à adoucir par la douceur de leur conduite les maux qu'ils venoient de souffrir. Il fit de plus chasser de la Province tous les juifs qu'Hildéric, comte de Nimes, avoit rappelés, 8c qui avoient été, pour ainsi dire, la source de tous ses malheurs.
Ce prince, après avoir ainsi pourvu au gouvernement de la Septimanie 8t s'être mis en état de ne rien craindre ni de la part de ses sujets, ni de celle
' Julianus Toletaniis, Historia expeditionis IVambae régis, dans Duchesne, t. i , p. 833 & siiiv.
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des François Se Gaulois, ses voisins, partit de Narbonne à la tête de son armée & se rendit sur les frontières de ce diocèse, en un endroit nommé Canabac, que nous croyons être le même que celui qu'on appelle aujourd'hui les Cabanes de Fitou, situé sur les frontières du Roussillon. Wamba, après avoir remercié ses troupes de leurs services, les congédia dans ce même lieu. Il se rendit ensuite à Elne, où il s'arrêta deux jours. Il passa les Pyrénées Se rentra enfin dans Tolède, sa capitale, après en avoir été absent durant six mois entiers.
Ce roi entra dans cette ville avec toute la pompe d'un triomphe. Il étoit précédé de Paul, chargé de fers, St de tous les autres rebelles qu'on avoit mis sur des chariots, à une certaine distance de la ville, 8c qui paroissoient à découvert, la tête chauve, la barbe rase, nu-pieds Se revêtus seulement de quelques peaux, comme des esclaves. Paul marchoit le premier, portant une couronne de cuir qu'on avoit mise sur sa tête par dérision. C'est dans ce triste état que ce tameux rebelle entra avec ses complices dans Tolède, à la vue d'un concours infini de peuple que la curiosité du spectacle avoit attiré. Tous ces criminels, conformément à leur sentence, furent conduits en prison pour y demeurer le reste de leurs jours; mais le roi Ervige, successeur de Wamba, leur fit grâce, 8t ils furent élargis la quatrième année de son règne.
LVI. — Lois de ce prince pour la milice. — Les évêques 6* autres ecclésiastiques portent les armes.
Ce furent, sans doute, ces troubles de la Septimanie qui donnèrent lieu à Wamba de faire publier, d'abord après son retour à Tolède, une loi ' datée du premier de novembre. Il est ordonné par cette loi à tous les séculiers Se ecclésiastiques de se trouver en armes, au secours de la patrie, toutes les fois qu'ils seroient convoqués par les comtes ou autres officiers préposés au gouvernement des provinces, & lorsque ces derniers auroient besoin d'eux, soit pour arrêter les émotions populaires qui pourroient s'élever, soit pour repousser les ennemis qui voudroient tenter quelque irruption, sous peine i''J origin. d'exil, de confiscation des biens 8<. autres peines, suivant l'exigence des cas contre les intracteurs. Suivant cette loi, tous ceux qui se trouvoient à cent milles du lieu où s'élevoit le trouble étoient obligés de s'y rendre. Le roi Ervige, trouvant cette ordonnance trop rigoureuse, la fit modifier au douzième concile^ de Tolède.
* On voit, par ce que nous venons de dire 8c par d'autres monumens de ce temps-là, que les évêques 8c autres ecclésiastiques de la domination des Visigoths étoient dans l'usage Se même dans l'obligation de porter les armes 8e de se trouver aux sièges, aux batailles 8c aux autres expéditions militaires. Cet
' Codex V'isigoth. 1. 9, tit. 2, De his qui ai hel- p. 685 & seq. dans Labbe, Concilium ToUtalum non vadunt, leg. 8. num XII, t. 6, c. 1429.
Le cardinal d'Aguirre, Concilia Hispanica, t. 2,
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usage, qu'on observoit aussi parmi les François 8c qui fut la source de l'affoiblissement de la discipline de l'Église, étoit inconnu, ou du moins les exemples en étoient fort rares, dans le temps que les Romains ou anciens habitans du pays occupoient seuls les dignités ecclésiastiques ; mais il devint tort commun depuis qu'on eut admis les peuples barbares dans le clergé & que, par la faveur des princes qui avoient beaucoup de part aux élections, ils eurent obtenu les premières places. L'amour de la guerre, passion dominante de ces peuples, l'emporta sur celui de la paix, qui faisoit le caractère des anciens évêques, Romains de naissance, plus animés de l'esprit évangélique; en sorte que l'on vit, depuis ce temps-là, plusieurs prélats tirés de ces nations barbares plus attentifs à se signaler par des exploits militaires qu'à édifier par des vertus convenables à la sainteté de leur état. Ce désordre, qui commença dans le sixième siècle, ne subsista que trop longtemps dans les suivans, au grand scandale des fidèles.
LVII. — Mort de Childérlc , roi de Neustrie 6* de la partie du Languedoc austrasien. — Ricard, évêque d'Alhi.
Si le roi Childéric ne favorisa pas ouvertement les rebelles de la Septimanie St ne profita pas de cette occasion pour tâcher de se rendre maître de cette province, ce fut sans doute par lâcheté & pour ne pas troubler ses plaisirs auxquels il se livroit tout entier. Ce prince se précipita, en effet, dans toute sorte d'excès &, loin de suivre les sages avis de saint Léger, évêque clJAutun, son ministre, il l'envoya en exil dans le monastère de Luxeuil, en Bourgogne, sur le soupçon mal fondé qu'il conçut que ce prélat avoit conjuré contre sa personne, avec Hector, patrice ou gouverneur de Marseille, qui fut enveloppé dans la même disgrâce. Childéric devint enfin la victime de ses déréglemens, car il fut assassiné par un seigneur à qui il avoit fait un affront considérable. Toute la famille de ce prince éprouva le même sort, à la réserve du jeune Chilpéwc, son fils, qui échappa aux assassins Se qui régna dans la suite. Childéric II mourut après avoir régné quatorze ans, dix' dans le royaume d'Austrasie, depuis l'an 660 jusques en 670, Se ensuite près de quatre* dans les royaumes de Neustrie & de Bourgogne, dont il avoit hérité du roi Clotaire III, son frère. Sa mort arriva vers le mois de septembre^ de l'an 673.
Sur la fin de son règne en Neustrie, il convoqua'* un concile à Bordeaux, dont la réformation de la discipline de l'Église St le rétablissement de la tranquillité dans le royaume furent les principaux objets. A ce concile, qui fut tenu sous l'autorité & en présence du duc Loup, assistèrent les trois métropolitains d'Aquitaine, savoir ; de Bourges, de Bordeaux St d'Eause, avec la
' M;ibillon, Annales, ad ann. 656, n. 44. ' P'^g'. Critica, ad ann. 673, 11. 12.
' Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 2, ^ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
p. 974, Vitn S. IVaningi. n. III. — Voyez à la suite les canons de ce concile.
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plupart de leurs comprovinciaux, 8c l'abbé Onoaldus, député de levêque d'Albi, le seul de tout le Languedoc François dont on trouve la souscription dans ce concile, ce qui prouve que le pays d'Albigeois, qui anciennement faisoit partie du royaume d'Austrasie, étoit alors du domaine & de la dépendance de Childéric, roi de Neustrie, nonobstant le retour de Dagobert II d'Irlande, d'où il avoit été déjà rappelé, & son élévation sur le trône. Le reste de la partie méridionale du royaume demeura aussi sans doute sous la domination du même Childéric. Nous ignorons le nom de l'évêque d'Albi qui assista par procureur à ce concile; mais c'est, selon les apparences, le même que Ricard ou Richard qui occupoit ' déjà ce siège l'an ôyS, &. qui succéda, sans doute, immédiatement à Didon dont nous avons déjà fait mention.