LVIII. — Gouverneurs du Languedoc français
Le duc Loup, par les soins duquel ce concile fut tenu, n'est peut-être pas différent du duc de même nom dont il est parlé dans l'expédition de Wamba, qui, comme il y a lieu de le présumer, étoit gouverneur général des frontières de l'Aquitaine vers la Septimanie, c'est-à-dire de l'Aquitaine austra- ^f°"^l"' sienne, qui comprenoit le Vêlai, le Gévaudan 8c l'Albigeois. Le Toulousain, la Gascogne 8c l'Aquitaine occidentale ou neustrienne appartenoient alors à Boggis Se à Bertrand, fils de Charibert, roi de Toulouse, qui possédoient ce pays à titre de duché héréditaire^, sous l'autorité de Childéric. Quant au pays d'Uzès, ancien membre du royaume d'Austrasie, nous ignorons s'il dépendoit encore du gouvernement de Marseille ou de Provence, dont le patrice Hector étoit pourvu ^ avant sa disgrâce qui fut suivie de sa mort. Ce gouverneur eut pour successeur un noble Auvergnat, nommé Bonif*, qui s'acquitta de sa charge avec beaucoup d'intégrité 8c de sagesse.
LIX. - — Thierri III succède à Childéric II, son frère. — Troubles dans
le Languedoc austrasien.
Bonit fut redevable de son gouvernement au roi Thierri III,- frère 8c successeur de Childéric II. Ce prince, qui jusques alors avoit demeuré dans le monastère de Saint-Denis, en sortit aussitôt après la mort de son frère pour remonter sur le trône de Neustrie 8c de Bourgogne, 8c choisit Leudisius, fils d'Erchinoald, maire du palais de Neustrie, pour remplir cette importante charge.
Le règne de Thierri ne fut^ pas longtemps tranquille. Ébroin, ancien maire du palais, eut à peine appris l'élévation de ce prince sur le trône, qu'il sortit du monastère de Luxeuil, sous prétexte de venir à son secours, mais,
' D'Achéry, Spici'.egium, pr. edit. t. 7, p. SSô. ' Acta sanctorum ord'inis sancti Benedicti, saec. 2,
' Erreur, les ducs Boggis & Bertrand n'ayant p 644, Vita S. Praeject'i. p.is existé, ne pouvaient posséder ce duché à titre ' Ibid, saec, 3, part, i, p. 90, V'iia S. Boniti,
héréditaire. [E. M.] ' '^''a S, LeoJegarii, c. 8 & set].
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en effet, dans la vue d'être rétabli dans son ancienne dignité. Dans la crainte cependant de trouver un rival trop puissant en la personne de saint Léger, qui, de son côté, étoit sorti aussi de ce monastère pour aller joindre ce même prince, il tourna vers TAustrasie 8<. porta le trouble dans la Champagne & les autres provinces de ce royaume où, après avoir répandu un faux bruit de la mort de Thierri, il se donna toute sorte de mouvemens pour faire reconnoître à sa place un prétendu fils de Clotaire III, qu'il produisit & qu'il faisoit appeler Clovis.
Les peuples de cette partie du royaume d'Austrasie donnèrent dans le piège 8c reconnurent d'autant plus volontiers pour leur roi ce prince supposé que, quand même ils auroient été persuadés de la fausseté du bruit de la mort de Thierri, ils étoient charmés de trouver une occasion de se donner un autre roi que celui de Neustrie, tant ils souffroient impatiemment de se voir sous la dépendance des Neustrasiens. Ce nouveau roi fut donc reconnu, sous le nom de Clovis, dans les provinces méridionales d'Austrasie, c'est-à-dir-e en Champagne, dans l'Auvergne, le Rouergue, l'Albigeois, le Vêlai , le Gévaudan, le pays d'Uzès & la Provence qui avoient appartenu au roi Childéric; car Dagobert II ne régnoit que dans la partie septentrionale & l'orientale de ce royaume. Ebroin, s'étant emparé de toute l'autorité sur ces pays, sous le nom du prétendu Clovis, donna le gouvernement ou patriciat de Marseille au duc Adalric, & fit si bien par ses menées, qu'il mit le désordre & la confusion dans toute la France; tandis que les gouverneurs des provinces, au lieu d'employer leur autorité pour le maintien de la paix Si du bon ordre dans leurs départemens, ne firent, à son exemple, qu'augmenter les troubles autant par leur licence que par l'indépendance qu'ils affectoient.