LIVRE HUITIEME
I. — État de la Septimanie sur la fin du règne des Visîgoths.
TANDIS que les Sarrasins achevoient la conquête de l'Espagne après la ,"^']" ""f^"' mort de Roderic, la Septimanie qui en faisoit partie étoit dans une espèce d'anarchie. Cette province demeura en cet état jusques à ce qu'elle An 712 devînt enfin à son tour la proie de ces infidèles. Nous n'avons aucun monument qui nous fasse connoître en particulier ce qui s'y passa durant tout cet intervalle, il paroît seulement qu'elle demeura toujours sous l'obéissance des Goths Se que plusieurs d'entre ces peuples s'y réfugièrent d'Espagne pour se mettre à couvert de la fureur des Maures. Peut-être que les Visigoths qui l'habitoient, avec ceux qui pouvoient y être venus d'Espagne, élurent un chef ou prince de leur nation pour les gouverner, à l'exemple de ceux qui, s'étant retirés dans les montagnes des Asturies, choisirent Pelage pour leur commandant. Nous savons du moins que la Septimanie continua d'être administrée par lin duc Se des comtes de la même nation.
II. — État de la partie Jrançoïse du Languedoc dans le même temps.
Le reste du pays compris aujourd'hui dans le Languedoc étoit sous l'obéis- ,^^,'"''§16 sance d'Eudes, duc d'Aquitaine, comme nous l'avons déjà remarqué, à la réserve peut-être du Vivarais qui, faisant partie du royaume de Bourgogne, devoit être soumis à Childcbert III, roi de France, ou plutôt à Pépin d'Héristal, son ministre, alors maître absolu de toute la monarchie françoise. La mort de ce roi, qui arriva l'an 711, n'apporta aucun changement à la
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An 712 ' '
fortune de Pépin. Ce maire du palais se maintint dans toute son autorité, au nom de Dagobert, fils de Childebert, âgé alors seulement de douze ans, qu'il fit reconnoître pour roi après la mort de son père, 8<. qui, comme lui, n'en porta que le titre. Pépin s'étoit tellement assuré du gouvernement du royaume, qu'il en disposa comme de son patrimoine en faveur de ses enfans. Il avoit épousé en premières noces Plectrude, femme' également distinguée par sa naissance & par son esprit, & en avoit eu deux fils, nommés Drogon & Grimoald qui décédèrent avant lui, après avoir été élevés, l'un à la dignité de duc de Champagne 8<. l'autre à celle de maire du palais des royaumes de Neustrie 8(. de Bourgogne. Pépin, ayant répudié dans la suite Plectrude, épousa Alpaïde dont il eut Charles Martel, le seul de sa famille qui fût en état d'administrer le royaume dans le temps de sa mort, laquelle arriva au '"^~~ mois de décembre de l'an 714 après avoir gouverné la France pendant vingthuit ans.
On assure' que Pépin, avant que de mourir, disposa de l'Austrasie , qu'il regardoit comme son patrimoine, en faveur de ce dernierj qu'il désigna maire du palais du royaume de Neustrie Théodald, son petit-fils & fils de Grimoald, & que voyant ce dernier encore en bas âge, il le mit sous la tutelle de Charles, qui devenoit par là maître absolu de toute la monarchie. Plectrude, qui vivoit encore, étoit trop habile pour ne pas comprendre que Théodald, son petit-fils, avoit tout à craindre de son oncle, dont elle connoissoit l'ambij^^ ^g tion. Dans cette vue, elle s'assura de la personne de Charles, le fit conduire en prison à Cologne, s'empara ensuite de toute l'autorité & gouverna tout le royaume au nom de Théodald, son petit-fils.